Loxias | Loxias 15 Autour du programme d'Agrégation de lettres 2007 | I. Littérature française |  Marot: réédition du colloque de Nice 1996 et autres articles 

Mireille Huchon  : 

Rhétorique de l’épître marotique

Résumé

La section des épîtres, entre poétique et rhétorique, manifeste une réflexion précise de Marot sur l'esthétique d'un genre, les pièces ajoutées en 1538 fonctionnant comme de véritables révélateurs. Les onze épîtres de L'Adolescence de 1538 offrent des constantes architectoniques dans leur structure de base, mais présentent dans leurs variations tous les grands types de lettres distingués selon les critères rhétoriques.

Index

Mots-clés : genre de l’épître , Marot, pratique, rhétorique

Texte intégral

[NB : Cet article est paru dans Clément Marot et l’Adolescence clémentine, textes réunis par Christine Martineau-Génieys, Centre d’Etudes Médiévales, Association des Publications de la Faculté des Lettres de Nice, CID diffusion, Paris, 1997, pp. 39-57.]

Car bien peu sert la Rhetorique gente
Si bien et loz on n'en veult attirer
L'Adolescence clémentine, 1532

*

Car bien peu sert la Poësie gente,
Si bien, et loz on n'en veult attirer
L'Adolescence clémentine, 1538 (épître II)

Les arts poétiques du XVIe siècle ont formalisé le genre de l'épître en vers1 - très en vogue depuis la traduction des Héroïdes d'Ovide par Octovien de Saint-Gelais2 - essentiellement à partir de l'épître marotique. Sébillet, en 1548, dans le chapitre qu'il lui consacre avec l'élégie, donne comme exemple les épîtres de Marot et d'Ovide. Il souligne, dans ce genre qui sert selon lui à l'information et à l'expression des sentiments, la variété des sujets3 et relève pour la forme la présence de superscription et de souscription4. Du Bellay, dans La Deffence et illustration de la langue francoyse (1549), n'accorde guère ses faveurs aux épîtres en vers, les trouvant trop familières pour l'illustration du français, n'eût été qu'elles fussent faites à l'imitation des élégies d'Ovide ou des épîtres sentencieuses d'Horace5. Son contradicteur, Barthélemy Aneau, qui souligne dans le Quintil Horatian (1550) l'utilité des épîtres tant en vers qu'en prose, lui oppose les Epistres de l'amant vert de Lemaire de Belges « tant riches en diversité de plusieurs choses et propos que c'est merveille »6 (épîtres que Marot a « reveues et remises en leur entier »7), les exemples de Marot, Vauzelles, Octavien de Saint-Gelais. Peletier du Mans, qui, dans son art poétique de 1555, invite lui aussi à imiter Horace, n'a pas les réserves de Du Bellay sur ce genre qui lui paraît convenir parfaitement aux « narrations qui ne se peuvent bonnement discourir en autre genre »8, trop longues pour l'épigramme ou trop familières pour les vers lyriques. L'épître en vers sera ainsi préférée à la prose, « quand on a envie de parler allégoriquement et sous fiction : et qu'on a fantaisie de s'ébattre par comparaisons, raconter songes, et autres gaietés ». C'est souvent donc par rapport à la prose et en relation avec la notion de familiarité que se définit ce genre que Deimier dans son Académie de l'art poétique (1610) n'inclut plus dans les genres poétiques, la lettre en prose s'étant affirmée comme genre privilégié dans la seconde partie du XVIe siècle9.

Si l'épître exclusivement poétique donne lieu à des commentaires somme toute assez restreints et inspirés de l'exemple marotin, il n'en est pas de même pour la pratique générale de l'épître. Les Artes dictaminis, qui s'étaient développés au XIe siècle, ont été particulièrement florissants à Bologne au XIIe siècle, puis à Orléans au XIIIe siècle10. Les manuels d'épistolographie qui offrent classification et modèles de lettres se sont multipliés à la fin du XVe siècle où ont fleuri les ouvrages de Mario Filelfe, Epistolare, Franciscus Niger, Ars epistolandi, critiqués par Erasme dans son abondant Opus de conscribendis epistolis, paru en 152211. La première rhétorique du français imprimée, Le grant et vray art de pleine Rhetorique de Fabri (1521) qui est une rhétorique, mais aussi une poétique, consacre deux longs chapitres (74 pages) aux épîtres et lettres missives, en fournissant les données de Niger12 amalgamées avec des préceptes hérités des Artes dictaminis médiévaux et de l'Ars epistolandi (fin du XVe siècle) de Guillaume de Savone pour les parties de la lettre.

On peut être tenté d'observer les épîtres de Marot à la lumière de la riche pratique rhétorique, d'autant que c'est un genre que, dans L'Adolescence clémentine, Marot cultive en prose et en vers. On s'autorisera de l'exemple d'un Barthélemy Aneau qui traduit en vers français une épître latine13 qu'il dote d` « Annotations de l'artifice Rhetorique » et d'une longue préface, inspirée d'Erasme, où il distingue les épîtres familières et les épîtres oratoires : les premières devant estre « labourees » de sorte qu'elles semblent « illabourées », les secondes « de haut argument » étant adressées sous le nom d'une seule personne en fait à tous. On s'autorisera aussi de l'exemple de Pierre de Courcelles, qui, dans sa Rhétorique de 1557, tire pour l'exorde rhétorique ses illustrations des oeuvres de Marot. On rappellera aussi que, dans la première édition de L'Adolescence clémentine, Marot utilise les termes de « rhetorique » et « rhetoriquer » qu'il remplace en 1538 par ceux de « poetique » et « poetiser » dans l'épître II et dans trois épigrammes14.

Après avoir précisé les modifications qui affectent la section des épîtres entre l'édition de 1532 et celle de 1538, j'étudierai ces épîtres à partir des ouvrages d'art épistolaire de Fabri et d'Erasme qui pour définir la lettre et l'épistolier évoque respectivement le poulpe qui change de couleur selon le terrain où il est placé et Mercure15 ; je m'attacherai aux rapports qu'entretiennent prose et poésie dans cette section et à l'émergence d'une « Prose poëtique cueillie au jardin de rhetorique et de poesie », pour reprendre les termes de la première attestation connue de cette expression de « prose poétique » en français, en 1542, précisément dans le titre de l'oeuvre d'un grand imitateur de Marot, François Habert, intitulée La contemplation poetique du Banny de liesse.

Des neuf épîtres de L'Adolescence clémentine de 153216, deux ont été imprimées antérieurement et appartiennent aux premières publications de Marot, L'Epistre de maguelonne a son amy pierre de prouvence, elle estant a lhospital17, parue entre 1517 et 1520 et Lepistre et ordonnance du camp de monseigneur Dalencon, ayant la charge du roy nostre sire, et aussi les noms des capitaines estants en la compagnie du dit seigneur18. La première est la seule épître « artificielle » du recueil, inspirée des Heroïdes d'Ovide ; à la seconde, Marot adjoint en 1532 quatre vers de subscription, où il la qualifie de « Lettre mal faicte et mal escrite ». Dans l'édition Dolet-Gryphe de 153819, Marot clôt la section des épîtres par deux nouvelles pièces, Marot a monsieur Bouchart, Docteur en Theologie et l'Epistre a son amy Lion, qui avaient déjà été publiées en 1534 dans le Premier Livre de la Metamorphose d'Ovide. Item Certaines oeuvres qu'il feit en prison, non encore imprimeez. Elles faisaient partie des cinq pièces qui après la Métamorphose se rapportent à un prétendu emprisonnement20 dont elles fournissent une chronologie : « Premierement Le rondeau qui fut cause de sa prince » (devenu en 1538 le rondeau « De l'inconstance de Ysabeau »), puis « La Ballade qu'il feit en prison » (devenu en 1538 « Contre celle qui fut S'amye ») où le poète raconte que par vengeance la dame à qui il reprochait son inconstance l'a accusé de manger le lard et l'a ainsi fait emprisonner, puis l’ « Epistre qu'il envoya a Bouchard, docteur en Theologie », pour solliciter sa mise en liberté, puis le « Rondeau parfaict, composé après sa delivrance, et envoyé à ses amys »- et enfin l’ « Epistre a son amy Lion » auquel l'éditeur de 1534 avait donné faussement le titre « En liberté » alors qu'il s'agissait du rentrement du rondeau parfait précédent21. En 1538, ces pièces sont redistribuées par Marot en fin des sections épîtres, ballades22, rondeaux, au mépris du déroulement chronologique et au grand dam d'une fiction autobiographique sacrifiée aux nécessités du genre. Leur première publication en pendant à la Métamorphose d'Ovide invitait à ne pas en faire une lecture littérale23. Ainsi, l'épître à son amy Lion, fable ésopique, hétérogène dans la fiction narrative par rapport aux quatre autres textes (ce qui explique l'erreur de l'éditeur de 1534 qui a pensé qu'il s'agissait d'une pièce écrite après la libération), devait se lire en rapport avec la réflexion contemporaine sur la fable poétique, suggérée par Marot dans sa préface à la Métamorphose et longuement développée par Aneau dans son édition augmentée de la traduction de Marot de la Métamorphose24. Les jeux sur le destinataire qui pourrait être aussi le roi25 participaient de cette lecture fabuleuse.

La seconde épître qui, elle, contrairement à l'épître à son amy Lion était bien inscrite dans la chronologie du prétendu emprisonnement comme demande de mise en liberté a été remaniée pour l'édition de 1538. Le titre de 1534, « Epistre qu'il envoya a Bouchard, docteur en Théologie »26 est devenu en 1538 une adresse directe, « Marot a Monsieur Bouchart Docteur en Théologie ». Les vers

Point ne suys Lutheriste,
Ne Zvinglien, encores moins Papiste,
Je ne fuz onq, ne suys, et ne seray,
Sinon Chrestien, et mes jours passeray
S'il plaint à Dieu, soubz son filz JESUSchrist

ont été remplacés par

Point ne suis Lutheriste,
Ne Zvinglien, et moins Anabatiste :
Je suis de Dieu par son filz Jesuschrist27.

L'état premier, d'inspiration luthérienne28, suggère qu'il s'agit, plutôt que d'une requête à un théologien, d'une attaque contre la Sorbonne29. Cette abjuration évoque, comme l'a signalé Gérard Defaux30, le passage de la Farce des théologastres - composée vraisemblablement entre 1526-1528 et publiée vers 153131- où est mis en scène Berquin, traducteur d'Erasme et de Luther, accusé d'hérésie en 1523 et 1526 par la Sorbonne et par le Parlement, qui avait dû alors au roi son salut, mais dont la condamnation le 17 avril 1529 par le Parlement fut suivie d'une exécution immédiate, afin que le roi, sa mère ou sa soeur ne puissent encore intervenir32 :

THEOLOGASTRES
Qui estes vous ? Qu'on le nous die.
MERCURE
Je suis Berquin.
FRATREZ
Lutherïen.
MERCURE
Nenni non, je suis chrestïen !
Je ne suis point sorboniste,
Holcotiste ne bricotiste.

Dans la première publication de l'épître à Bouchard, JESUS et CHRIST sont écrits en majuscules, mais le titre décerné à Bouchard, « cher seigneur, nostre maistre », titre traditionnel des docteurs de Sorbonne, n'a même pas de capitale en initiale33. Il y a là, selon toute vraisemblance, ironie de la part de Marot dans la mesure où Erasme dans son Eloge de la folie critique les théologiens de se faire appeler MAGISTRI NOSTRI et de déclarer « impie d'écrire MAGISTER NOSTER autrement qu'en majuscules »34.

Par ailleurs, ces deux épîtres se caractérisent par une prise directe de la parole par le « je » (comme le souligne aussi le changement de titre de l'épître à Bouchard) qui dans les premières épîtres apparaît surtout dans son rôle social, comme le dépourvu, l'ami de l'allié ou l'escripvant. La critique a mis en valeur cette émergence d'un moi nouveau fondé sur une « rhétorique du for intérieur »35 et une nouvelle esthétique du naturel36. Cependant, le nouveau moi marotique, qui ne doit pas être confondu avec un moi autobiographique37, derrière une apparente simplicité, derrière une pseudo-lisibilité immédiate, se révèle beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît comme le montrent bien les jeux de masques précités (Mercure, Berquin, Marot) ou la parodie que fait du début de l'épître à son amy Lion François Habert dans ses Epistres cupidiniques38.

Marot a donc enrichi son corpus de lettres de deux épîtres aux riches implications qui l'une et l'autre invitent à ne pas se contenter d'une lecture littérale. Elles pourraient rétrospectivement donner un mode d'emploi pour la lecture de certaines pièces précédentes, par exemple pour celles faites pour le capitaine Bourgeon et le capitaine Raisin dont les noms semblent faits à plaisir, peut-être par référence au grand rhétoriqueur André de la Vigne sur le nom duquel Mellin de Saint-Gelais n'hésite pas à jouer dans une de ses épîtres39 et dont l'œuvre est très présente dans les premières épîtres de Marot40 ; il n'est pas impossible que dans l'épître pour le capitaine Bourgeon, la référence au boiteux et au cheval fasse plaisamment allusion à la Moralité de l'aveugle et du boiteux de ce même André de La Vigne (où l'aveugle sert de cheval au boiteux)41. L' « Epistre à la damoyselle negligente de venir veoir ses Amys » est peut-être, selon une suggestion récente, en rapport avec la paix souhaitée42 ; elle pourrait être en relation avec l'Epistre familiers de prier Dieu, texte anonyme, publié en 1533 avec des pièces de Marot et avec la Briefve doctrine pour deuement escripre selon la propriete de la langue francoyse où l'on a vu la main de Marot43, et joint à certaines éditions du Miroir de Marguerite de Navarre. Cette épître familière, qui offre comme le texte de Marot la rime « OBSECRO TE / croté »44, porte sur les modalités de la prière et sur les demandes à ne pas formuler45. L'épître marotique pourrait bien être une variation plaisante sur les vœux non exaucés.

Si l'on délaisse les spéculations à plus haut sens et si l'on ne s'en tient qu'au niveau formel, les deux pièces nouvelles de L'Adolescence clémentine de 1538 permettent à Marot d'offrir à son lecteur un vaste échantillonnage où toutes les catégories de lettres répertoriées par Erasme se trouvent représentées. Aux trois genres traditionnels de la rhétorique (délibératif, démonstratif, judiciaire), Erasme avait ajouté le genre familier et distingué 27 espèces - par exemple pour le genre délibératif, les épîtres exhortatoria, dehortatoria, suasoria, dissuasoria, consolatoria, petitoria, commendatitia, monitoria, amatoria46 - tout en relevant que les catégories ne sont pas vraiment tranchées et que certaines lettres peuvent être mixtes. L'addition de l'épître X à Monsieur Bouchart a le mérite de fournir le seul exemple de genre judiciaire, plus exactement de purgatio,     « réponse aux critiques ».

Les autres lettres appartiennent au genre délibératif : amatoria pour l'épître I ; petitoria pour l'épître II ; au genre démonstratif : épîtres III et IV. Du genre familier relèvent les épîtres V et VI de l'espèce mandatoria, mais aussi respectivement exhortatoria et petitoria ; l'épître IX de l'espèce lamentatoria ; les épîtres VII, VIII, XI de l'espèce iocosa, mais aussi petitoria.

Les épîtres familières sont donc fréquentes dans L'Adolescence clémentine ; Marot insiste sur le caractère familier par des variations sur l'ami. La dernière épître de la section de L'Adolescence clémentine de 1532 faisait une allusion directe en finale à une des vertus de la lettre familière et célébrait l'ami :

(Car dueil caché en desplaisant courage,
Cause trop plus de douleur, et de rage,
Que quand il est par parolles hors mis ;
Ou declairé par lettre à ses Amys)
Tu es des miens le meilleur esprouvé
Adieu celluy, que tel j'ay bien trouvé.

L'épître V au titre d’ »Epistre à la damoyselle negligente de venir veoir ses amys » est envoyée à « nostre amye treschere » par ses amis. L'épître VI à la nouvelle alliée parle de l'amie et de l'ami à choisir. En 1538, la dernière épître est titrée à son amy Lyon et l'épître X évoque (ironiquement ?) de prétendues relations d'amitié entre Marot et 1e théologien :

Docte Docteur. Qui t'a induict à faire Emprisonner depuis six jours en ça
Ung tien amy, qui onc ne t'offensa ?

Te suppliant, à ce coup amy m'estre.

Epître familière, épître judiciaire, Marot joue évidemment de la double fonction.

D'une extrême variété de contenu et de finalité, l'épître marotique se caractérise toutefois dans sa forme par un recours à la tripartition dérivée des Artes dictaminis et célébrée par Fabri47. Les Arte dictaminis répartissent par analogie avec les parties du discours cicéronien la lettre en cinq parties : salutation, captatio benevolentiae narration, petition, conclusion48. Ces cinq parties se trouvent réduites trois dans la Summa dictaminis de Guido Faba (XIIIe siècle) qui compare la lettre à une maison avec fondation, murs et toit : exordium, narratio, petitio49. Pour Fabri50, « toute epistre est partie en trois comme ung argument qui est de majeur/ mineur et de conclusion, que les auteurs disent la cause : l'intention, la consequence » ; « La cause est ce qui nous meult ou contrainct a escripre a aultruy en luy voulant signifier notre volunte. L'intention cest de luy signifier par lettre notre volunte. La conséquence cest quand est promise nostre intention, et déclarée nous faisons conclusion en bien ou mal ou proffit ou dommaige ». On peut faire une lecture de chacune des onze épîtres de L'Adolescence clémentine en adoptant la tripartition susdite. Ainsi, pour l'épître III, la cause ou exordium : invitation de Bon Vouloir à prendre la plume ; l'intention ou narratio : la description de l'armée, la conséquence ou petitio : le souhait du poète d'avoir plu et d'être mis au rang des serviteurs. Ainsi, pour l'épître IX : le désir de donner des nouvelles d'un malheureux, le récit des malheurs, les souffrances adoucies par le récit. On notera comme faits saillants dans cette structure tripartite, la longueur de la cause dans l'épître II qui devient en fait le récit d'un songe et pour l'épître IV, avec la description de la puissante armée triomphante, l'évocation des misères de la guerre, puis l'espoir de la paix, une utilisation de la tripartition pour inviter à lire, sous le prétexte de la célébration de l'année, comme véritable intention la dénonciation des horreurs de la guerre.

La conclusion selon la Rhétorique à Herennius comprend trois éléments : récapitulation, amplification, appel à la pitié. L'appel à la pitié est de mise sauf dans l'épître VI ; dans les épîtres II, III, IV, V et XI, il se double d'une prière à Dieu. La récapitulation est présente dans les épîtres I, II, IV, IX, XI. Quant au corps de l'épître appelé narratio ou intention, il s'agit soit d'une narration au passé, avec immiscion du présent et discours rapporté (épîtres I, VII, IX, XI), soit d'une description (épîtres III, IV, à laquelle on rattachera la structure définitionnelle de l'épître X), soit d'une demande (être de la maison de Marguerite de Navarre, épître II ; le choisir pour ami, épître VI ; lui donner un cheval, épître VIII ; souhaits de voir la dame formulés par ses amis, épître V). Ressortent tout particulièrement les deux dernières épîtres. La narration de l'épître XI qui fait usage de l'analepse, d'intrusion du narrateur, de prise à partie de l'auditoire, se donne comme fable. L'épître X est à lire comme une profession de foi, une définition de soi-même où, à travers le je du poète, apparaît le je évangélique.

L'exorde marotique se conforme aux critères rhétoriques qu'il s'agisse de l'exorde indirect ou de l'exorde direct qui tend à rendre l'auditoire docile, bien disposé et attentif, en parlant de nous, de nos adversaires, des auditeurs ou de la cause, classification que l'on trouve dans la Rhétorique à Herennius, tout aussi bien que dans la Rhétorique de Pierre de Courcelles51 qui, comme cela a déjà été précisé, aime à prendre ses illustrations chez Marot. Ainsi les auditeurs seront bénévoles

si mettons en avant noz incommoditez et fortunes, comme povreté, solicitude et calamité. De povreté tout premierement Marot a usé, disant. Plaise au Roy nostre Sire (épigramme 19)

Ou si les prions d'aide ou secours (chanson 18)

Ou si demonstrons n'avoir jamais voulu prendre esperance d'ordre et support de nully : fors seulement à ceux auxquelz sommes deliberez parler dont Marot a souventesfois usé en plusieurs lieux, mais principalement en ceste chanson, disant. Si au monde ne feussiez point (chanson 18).

Des choses mesmes rendons l'auditeur benevole, envers nous totalement favorable, si louons et estimons nostre cause, de sorte qu'en la louant et estimant, plus haute et en plus haut degré la faisons estre,

ainsi qu'en une Epigramme Marot l'a ingénieusement observé, disant « Le livre mien d'Epigrammes te donne ».

Ou si par contemnement abbaissons et mettons a fond nostre adversaire ou autre : moyennant que d'icelle chose, de laquelle parlerons soit fait propos et mention. De telle sorte qu'en l'Epigramme de Marot adressante à Maistre Grenouille poëte ignorant.

Dans les épîtres, tous les exordes directs (I, V, VI, VII, VIII, IX, X) obéissent au souci de bien disposer son auditeur en parlant de lui, généralement en le louant, et en se présentant soi-même singulièrement dépourvu.

Les trois exordes indirects (II, III, XI) sont du plus grand intérêt. Ils ressortissent tous à l'art poétique : dans l'épître II, le désir d'écrire se manifeste par un débat entre Mercure, le chef de l'éloquence, Crainte et Bon Espoir avec intrusion de formes poétiques comme le rondeau, la ballade ; dans le second cas, la hantise de la page blanche est annihilée par Bon vouloir ; dans le troisième cas où les allégories sont abandonnées, c'est un véritable catalogue des spécificités poétiques que le poète livre à ses lecteurs sous forme performative. Ces exordes indirects de pratique poétique que renforce celui de l'épître à son amy Lion qui se révèle un répertoire des diverses inspirations poétiques, parodié par François Habert, mettent l'accent sur une autre fonction de l'épître : le discours metapoétique, comparable à celui de cette autre épître célèbre qu'est l'épître aux Pisons, c'est-à-dire l'art poétique d' Horace.

Les termes techniques sont très nombreux, qu'il s'agisse des désignations du poète (« autheur », « escrivain » (II), « escripvant » (III), « rimailleur », « rimart », « rimeur » (VII)), des formes génériques (« complainte », « rondeau » (I), « ballade », « lay » (II)), des niveaux de style (« souverain » (II), « rude », « rural » (III)), alors que toute l'épître II décline les cinq parties de la rhétorique : invention (« Les bons propos, les raisons singulieres /Je voys cherchant, et les belles matieres »), disposition (« disposez »), élocution (« motz... mal consonnans à ceulx du Dieu Mercure », « composer nouveaulx motz, et recens »), mémoire (v. 18) et action (« contenance, ne geste »), le poète se révélant ainsi orateur parfait.

C'est dans cette perspective « metapoetique » qu'a été lue la « Petite Epistre au Roy », puisqu'elle fournit la matière de la rubrique « rime » et de ses dérivés dans le Thresor de la langue francoyse de Jean Nicot (1606), rubrique particulièrement intéressante dans la mesure où elle invite à faire dans cette épître une lecture polysémique du terme de « rime » qui ne doit surtout pas être restreint à la seule homéotéleute52 :

Rimes en pluriel, se prend pour les vers et poèmes mesmes qui sont faits en rime, ce que l'Italien observe exactement, disant, Le Rime del Bembo, del firenzuola, Et comprend soubs ce mot toute sorte de rime, sonets, chansons, madrigauls, sestines, tiercets, et autres, mettant à l'opposite ce mot prose, comme Le prose del Bembo, del firenzuola, Par lequel il entend la composition vulgaire qui n'est en Rime, ce que Marot en une de ses Epistres au Roy a observé en ce vers, Afin qu'on die en prose, ou en rimant. Le François à present n'a pas en frequent usage ce mot en pluriel, Rimes, pour les vers ou oeuvres faites en rime, ce qu'il avoit neantmoins anciennement. Marot en une Epistre au Roy le prent en ceste signification. Car vous trouvez assez de rime ailleurs et, Mais moy à tout ma rime et ma rimaille, et, Elle prendra plaisir en rime oyant.

Nicot emprunte à cette même épître ses exemples pour « rimer », « rimeur », « rimailleur », « rimaille », « rimant », « rimart » ; pour « rimete », il précise : « Marot qui en est l'inventeur et presque; de tous les mots dessusdits, en use en laditte epistre au Roy il en est de même pour «  rimoner » et « rimoyer ».

Les épîtres contiennent aussi les Proses de Marot. L'épître est le seul genre à offrir des pièces de prose dans L'Adolescence clémentine. Dès 1532, le lecteur pouvait lire l'épître IV et en tête l'épître « à ung grand nombre de frères qu'il a : tous enfants d'Apollo ». En 1538 s'ajoutent deux nouvelles épîtres : la première selon les divers états de l'édition de 1538 à Dolet ou aux imprimeurs, la seconde en tête du temple de Cupido (sans texte préliminaire en 1532, mais qui dans sa publication antérieure offrait une épître au roi). L'éditeur des Oeuvres de Marot de 1596 adjoindra ces trois textes au corpus habituel des oeuvres en mentionnant qu'il le fait « tant pource qu'elles donnent cognoistre entre autres choses certaines particularités notables, qui servent tant a maintenir ses couvres en leur entier par les Imprimeurs que pour voir quel estoit son style en prose ». De fait comme exemple de prose marotique, le lecteur moderne n'a que les épîtres.

La comparaison des épîtres III et IV de sujet et de structure voisins permet de déterminer la conception de Marot en matière de « prose poétique »53 pour reprendre l'expression de François Habert. Ces deux textes présentent des parallélismes descriptifs à partir de « voir » ; ainsi, dans l'épître en prose : « Icÿ veoit on » ; « Apres peult on veoir » ; « Aultre chose ne voions nous » et, dans les deux cas, la finale est introduite par « Voyla comment ». En ce qui concerne l'ordre des mots, dans les deux épîtres, Marot pratique l'antéposition du complément du nom, du complément circonstanciel, l'inversion du sujet. Dans l'épître IV, comparaisons et métaphores relèvent d'une certaine recherche, « comme le Basilicque premier voyant l'homme mortel » « ceste impitoyable Serpente la guerre » - d'autant plus intéressante dans le cas précis que ces métaphores appartiennent aussi au langage des armes - ; ou encore « la tressacrée fille de Jesuschrist nommée Paix, descendra, trop plus luisante que le Soleil pour illuminer les régions Gallicques ». L'épître précédente en vers est moins riche en langage figuré, marquant une préférence pour la comparaison (« Qui ayment plus debatz, et grosses guerres, / Qu'un laboureur bonne paix en ses terres » ; « roydes comme Elephants ») ; la métaphore de la « Tige partant de la fleur Liliale » n'est qu'un emprunt à Jean Marot54. Alors que le choix de l'épithète est assez indigent dans l'épître III où l'on ne relève pas moins de sept emplois de haut, quatre de gentil, bon, grand, trois de noble, gros, gentil, l'épître IV se caractérise par des épithètes non répétitives et particulièrement bien venues ; ainsi pour les horreurs de la guerre : lamentable, desolé, despouillé, confuse, universelle, impitoyable, inextinguible. La prose de l'épître IV recourt par ailleurs sporadiquement à l'allitération (« par paroles persuadentes », « en leurs villes, villages ») ; l'on relève quelques membres de longueur semblables (six syllabes par exemple pour « au travers du pays despouille de verdure par le froid hivernal » ; quatre syllabes pour « ardent en feu (sans eaue de grace) inextinguible »). Il y a désir manifeste d'une prose où intervient discrètement le nombre55. Désir aussi d'offrir face à la « lettre mal faicte, et mal escripte » en vers un correspondant en prose où malgré l'absence de contrainte du vers se manifestent beaucoup mieux certaines spécificités poétiques.

Les autres pièces en prose de Marot offrent des traits assez voisins le ceux qui sont mis en oeuvre dans l'épître IV. Ainsi, dans le salut aux enfans d'Apollo, Marot choisit ses métaphores :

Ce sont oeuvres-de jeunesse, ce sont coups d'essay : ce n'est (en effect) autre chose, qu'un petit jardin, que je vous ay cultivé de ce que j'ay peu recouvrer d'Arbres, d'Herbes et Fleurs de mon printemps...,

filant la métaphore du jardin56. Il y use occasionnellement du parallélisme, du binôme synonymique. Il fait de même dans son épître à Dolet dans une structure de verset biblique : « J'ai planté les arbres, ils en cueillent les fruictz. J'ay trainé la Charrue, ils en serrent la moisson ». La courte épître en tête du « Temple de Cupido » manifeste un recours à l'anaphore, au polyptote, autant de signes d'une « poétisation » de la prose qui reste néanmoins discrète. Ces proses de l'Adolescence clémentine se conforment aux particularités que Cicéron dans l'Orateur reconnaît à l'orateur de style simple :

Donc l'orateur simple, pourvu qu'il soit puriste ne sera pas audacieux pour la création verbale ; il sera discret et économe dans l'emploi métaphorique des mots, modéré dans l'archaïsme et les autres ornements de mots et d'idées : peut-être plus abondant dans la métaphore, dont tout langage fait un usage très fréquent, non seulement celui de la ville, mais même celui des paysans, si tant est que ce soit eux qui aient inventé de dire que la vigne « bourgeonne », que les champs « ont soif », que les moissons sont « grasses » et les blés « luxuriants »57.

C'est dans les termes mêmes par lesquels Cicéron, dans l'Orateur, dresse le portrait de l'orateur attique que Guillaume des Autels en 1551 célèbre Marot, relevant sa précellence absolue dans ce genre :

Et quant à ceux de cest aage, ou de prochainement passé, comme de Marot, j'en estime ce que Ciceron faisoit de l'orateur excellent au plus bas genre de bien dire. Marot donq est facile, humble, imitant quasi la coutume de parler, et qui semble facile à tous d'estre suivy : pour ce que ceste subtilité de parole, semble sans doute estre imitable à celuy qui la considere, mais rien moins à celuy qui l'essaye. Aussi n'ha on pas veu un de tous ceux qui ont imité Marot (non obstant plus grand savoir) qui ayt approché de sa grace, et qu'on prenne l'exemple de Dolet, et d'un autre en sa poésie que je ne nomme, pour ce qu'il est encor vivant. En luy, je voy une admirable douceur et naïve grace, que les Grecs appellent Charité, de laquelle Apelles se vantoit en ses peintures, une proprieté, pureté et netteté de langage, non pleine, mais ornée, de gracieuses plustost que de haultaines figures : peinte non teinte de plaisantes, non trop vives couleurs. Somme ce geaie naturel et non affecté qui fait vivre les vers, s'il n'a beaucoup de sang, il ha prou de bon jus : et s'il n'ha celle tant grande et robuste force, au moins est il en bonne santé : toutefois il n'ha esté tel qu'en son temps mesme, il n'hayt esté surmonté non en son genre auquel, comme je disois en mon epistre, il n'ha encores trouvé son pareil : mais d'un à mouvoir les affections, d'un autre en imagination et apprehensions ingenieuses, inventions divines, propres et poëtiques descriptions, haultesse de style, gravité de sentences, magnificence de mots innovez et translatez, et en toutes sortes de diverse et variable erudition. Il est vray que cestuy dernier au commencement de l'edition de son oeuvre (c'est asavoir alors que ce doux poete duquel j'ay parlé Marot estoit adoré pour sa facilité), fust accusé d'obscurité trop grande58.

Style bas de ces épîtres, mais particulièrement travaillé, comme le montre la comparaison avec une épître non littéraire de Marot59. « Style naturel »60 sans aucune commune mesure avec 1’ « asianisme » de 1’ « exposition moralle du romant de la rose » qui plutôt qu'un texte inauthentique61, pourrait être un essai de Marot dans un autre « genre de bien dire » auquel renoncera en vers aussi ce « genie naturel et non affecté ».

La section des épîtres, entre poétique et rhétorique, manifeste une réflexion précise de Marot sur l'esthétique d'un genre, les pièces ajoutées en 1538 fonctionnant comme de véritables révélateurs. Les onze épîtres de L'Adolescence de 1538 offrent des constantes architectoniques dans leur structure de base, mais présentent dans leurs variations tous les grands types de lettres distingués selon les critères rhétoriques. Alors que dans les exordes directs se manifeste le pouvoir de persuasion inhérent au genre, les exordes indirects permettent l'apparition d'un discours oblique sur l'art poétique qui parcourt tout le texte, l'épître aux Pisons servant en quelque sorte de palimpseste. C'est à la pratique poétique en rime ou en prose que s'est attaché Marot opposant l'épître en prose, qui reluit comme un joyau de prose poétique, à la lettre mal faite de jeunesse où l'homéotéleute ne semble plus suffire à faire le poète. Réflexion sur la composition poétique, cette section est aussi une réflexion sur la fiction, qui conduit de la lettre artificielle sous le patronage des Héroïdes au récit fabuleux, « belle fable » qui dans sa première publication était un pendant à la Métamorphose d'Ovide. L'épître marotique de L'Adolescence est bien ce poulpe dont parle Erasme et l'épistolier ce Mercure protéiforme, ce « chief d'eloquence » au « voller subtil ».

Notes de bas de page numériques

1 Succession de vers à rimes plates depuis l'Art et science de rhétorique du début du XVIe siècle. Voir Recueil d'arts de seconde rhétorique, éd. Ernest Langlois, Paris, 1902, p. 270 : « La plus facile et commune taille de rimes est celle appelée la doublette, qui est par couples de deux vers en deux vers suyvans ». L'auteur précise que tel est le patron métrique de la traduction des épîtres d'Ovide et ajoute : « Ainsi prosecutivement l'un couple masculin parfaict et l'autre feminin et imparfait. Et de cette façon et maniere de ryme sont communement faictes et composées epistres qu'on escript l'un a l'autre, comme on voit souvent faire les amoureux a leurs dames et elles a eulx ».
2 Voir H.Guy, Histoire de la poésie française au XVIe siècle, t. I, Paris, Champion, 1910, p. 105.
3 Th.Sébillet, Art poétique français, dans Traités de poétique et de rhétorique de la Renaissance, éd. Francis Goyet, Paris, Le livre de Poche, 1990, p. 128 : « Par ce moyen tu discours en l'Epître beaucoup de menues choses et de différentes sortes sans autre certitude de sujet propre à l'Epître ».
4 L'élégie ne se différencie pour lui de l'épître amoureuse que par l'absence de superscription et de souscription. On remarquera que, dans L'Adolescence clémentine, l'épître I qui pourrait être une élégie a une superscription, alors que les autres, mis à part l'épître III, abandonnent ces superscriptions au profit d'une forme d'adresse beaucoup plus libre. Dans La Suite de L'Adolescence clémentine, Marot offre plusieurs élégies « en forme d'epistre ».
5 Du Bellay, La Deffence et illustration de la langue francoyse, 1549, 11, IV. Ce texte ressortit clairement du genre de l'épître en prose : « ne pensant toutefois au commencement faire plus grand oeuvre qu'une épistre et petit advertissement au lecteur », J.du Bellay, Œuvres poétiques, éd. H. Chamard, t. I, Paris, Nizet, 1982, p. 14.
6 Barthélemy Aneau, Le Quintil horacien, dans Traités..., p. 213. Il donne pour exemple d'épîtres graves les épîtres politiques et les dédicaces.
7 Lamand verd envoye ses Epistres a ma Dame Marguerite Auguste, Reveues/et remises en leur entier par Clément Marot. Ensemble plusieurs lettres missives amoureuses. Avec Balades et Rondeaulx nouveaulx, Lyon, Juste, 1537 (Mayer n° 248) ; voir sur cette édition Ad. Hàmel, « Clément Marot und François Juste », Zeitschrift für franzdsische Sprache und Litteratur, L, 1927, pp. 131-134. Cette édition est reprise par Pierre de Tours en 1552 (Mayer n° 276).
8 Peletier du Mans, Art poétique, 1555, H, VI, dans Traités..., p. 299.
9 Sur le développement des lettres d'éloquence, lettres mondaines et lettres polémiques, voir Alain Viala, « La genèse des formes épistolaires en France (XVIe XVIIe s.) », R. L. C., t. LV, 1981, pp. 168-183, et La lettre au XVIIe siècle, RHLF LXXVIII, 1978.
10 Voir James J. Murphy, Rhetoric in the Middle Ages : A History of Rhetorica Theory from Saint Augustine to the Renaissance, University of California Press Berkeley and Los Angeles, 1974, pp. 194-268.
11 Pour l'analyse de ce texte, voir Jacques Chomarat, Grammaire et rhétorique chez Erasme, Paris, Les Belles Lettres, 1980, t. II, pp. 1003-1052.
12 Voir Guy Gueudet, « Archéologie d'un genre : les premiers manuels français d'art épistolaire », Mélanges V.-L. Saulnier, Genève, Droz, 1984, pp. 87-98.
13 B. Aneau, Euchier a Valeriàn. Exhortation nationale Retirant de la mondanité et de la Philosophie Prophane, à Dieu et à l'estude des Sainctes Lettres. Traduicte en vers Francois jouxte l'Oraison Latine, avec Annotations de l'artifice Rhetorique, é choses notables en icelle, Lyon, Macé Bonhomme, 1552.
14 Voir l'échange de pièces entre Abel et Marot et l'épigramme à maître Grenoille.
15 Erasme, Opus de conscribendis epistolis, Bâle, Froben, 1522, p. 18.
16 Sur les liens thématiques qui unissent les cinq premières épîtres et sur les implications des deux épîtres ajoutées en 1538 dans une réflexion sur la paix et le ferme amour, voir Francis Goyet, « Sur l'ordre de l'Adolescence clémentine », Clément Marot « Prince des poëtes françois » 1496-1996- Actes du Colloque international de Cahors en Quercy 21-25 mai 1996, Paris, Champion, 1997, pp. 593-613.
17 Mayer n° 2 ; BN Rés. Ye 1575. implications des deux épîtres ajoutées en 1538 dans une réflexion sur la paix et le ferme amour.
18 Mayer n° 3 ; musée Condé de Chantilly n°50 (IV. D.45).
19 Sur cette édition imprimée par F. Juste et dont les exemplaires Gryphe et Dolet diffèrent par deux cahiers, voir J. Veyrin-Forrer, « Les oeuvres de Clément Marot : Questions bibliographiques », Humanism and letters in the Age of François 1 °, Proceedings of the Fourth Cambridge Renaissance Colloquium 19-21 September 1994. Edited by Philip Ford and Gillian Jonford, Cambridge French Colloquia, 1996, p. 151-175. Les exemplaires Gryphe donnent en tête une liste d'errata.
20 Aucun document n'accrédite la thèse d'un emprisonnement en 1526 au Châtelet et d'un transfert à Chartres, sinon les propos de Marot dans le rondeau parfait. Les seules pièces connues sont en date du 13 mars 1526 ; l'évêque de Chartres Louis Guillard y informe le tribunal ecclésiastique de Chartres de la nécessité de faire un procès à Marot pour hérésie et de le faire incarcérer et il lance un mandat d'amener, voir C.-A. Mayer, La religion de Marot, Genève, Droz, 1960, p. 11 : « et quia dubitamus ne praedictus Marot se absentet sine corrrectione et punitione, in animae suae grande periculum, hinc est quod nos praemissis atentis vos in juris subsidium requirimus,. quatenus dictum Marot per aliquem seu aliquos ex servientibus vestris, si ipsum reperire poteritis, capi et incarcerari faciatis et mandetis, et eum sic captum per aliquem seu aliquos de dictis servientibus vestris remittatis seu remitti faciatis atque in hiis et dependentiis subsidium et auxilium impendatis pro super dictis criminibus et delictis per vos diligenter dictum Marot puniendo, corrigendo et examinando, iustitia mediante ». Toute cette affaire de l'emprisonnement (voir C.-A. Mayer, Clément Marot, Paris, Nizet, 1972, p. 83-131) est en fait construite sur les dires de Marot.
21 L'édition Dolet-Gryphe qui copie le texte sur cette édition de 1534 ne fournit pas le rentrement, mais la liste des errata des exemplaires Gryphe précise : « Et après le dernier vers fault rentrer, En liberté ».
22 L'édition procurée par G. Defaux, Cl. Marot, Œuvres poétiques, Paris, Garnier, 1990-1993, inclut dans la section Ballades, le « Chant royal de la Conception nostre Dame », clairement présenté dans l'édition Dolet-Gryphe, comme le montrent les majuscules BALLADES, CHANT ROYAL, dans une section indépendante.
23 Voir M.Huchon, « Poétique et rhétorique des genres : L'Adolescence clémentine et les métamorphoses des oeuvres de prison », à paraître dans les Cahiers de Fontenay.
24 Trois premiers livres de la Metamorphose d'Ovide, Traduicts en vers François. Le premier et second par Cl. Marot, le tiers par B. Aneau. Mythologisez par Allegories Historiales Naturelles et Moralles, recuillies des bons Autheurs Grecz, et Latins, sur toutes les fables, et sentences illustrez de figures et images convenantes. Avec une preparation de voie à la lecture et intelligence des Poetes fabuleux, Lyon, 1556.
25 Hypothèse émise par F.Goyet, Le sublime du « lieu commun », Paris, Champion, 1996, pp. 399-403. Voir pour des arguments supplémentaires M.Huchon, art.cit. Ce n'est qu'en 1538 que Marot insiste sur l'équivoque avec Jamet, en transformant le vers faux « Mais ce Lyon (qui ne fut pas Grue) » en « Mais ce Lyon (qui jamais ne fut Grue) ».
26 Sur Nicolas Bouchard, voir J.K.Farge, Bibliographical Register of Paris Doctors of Theologie, Toronto, Pontifical Institute of Medieval Studies, 1980, pp. 47-49.
27 Les exemplaires Gryphe et Dolet de 1538 ont la leçon « Sinon de Dieu » ; la liste des errata en tête des exemplaires Gryphe invite à corriger en « je suis de dieu ».
28 Voir M.-A. Screech, Marot évangélique, Genève, Droz, 1967, p. 27-30; les vers qui font suite à « Point ne suis Lutheriste » évoquent le commentaire de Luther à la première épître de saint Paul aux Corinthiens.
29 Le seul emploi de « papiste », dans le contexte gallican exacerbé (voir J.K.Farge, op. cit., p. 48), ne permet pas de trancher.
30 Voir l'édition Defaux, t. II, p. 842. Sur Berquin, voir 1’ « Epistre de Barquin » attribuée à Marot dans l'édition Defaux, pp. 71-73 ; sur les échos de Berquin dans l'œuvre marotique, voir Gérard Defaux, Le poète en son jardin, Paris, Champion, 1996, p. 102.
31 Voir La Farce des Théologastres, éd. Claude Longeon, Genève, Droz, 1989, p. 14.
32 Voir Journal d'un bourgeois de Paris, éd. L. Lalanne, Paris, J. Renouard, 1854, pp. 378-384.
33 En 1538, les noms de « Jesus » et « Christ » ne sont plus entièrement en majuscules et « seigneur »et « maistre » ont une capitale à l'initiale.
34 Erasme, Œuvres choisies, éd. J. Chomarat, Paris, Le Livre de Poche, 1991, p. 188.
35 Gérard Defaux, Le poète en son jardin, p. 126.
36 Jean Lecointe, L'idéal et la différence, Genève, Droz, 1993, p. 692.
37 Voir Robert Mélançon, « La personne de Marot », Clément Marot « Prince des poëtes françois », pp. 515-529.
38 François Habert, Les Epistres cupidiniques du banny de liesse, Paris, 1541 (4e épître) :Je ne t'escrips, O ma brunete folle,/ Des faictz d'Alix ou la blanche Nicolle,/ Je ne t'escrips des dames de Lyon/ Ne le recit du Rat et du Lyon,/ Je ne t'escrips des Nymphes de Venus/ Ne de leurs dictz ces jours icy tenus,/ Je ne t'escrips de ceste court planiere/ Que feit Venus, tu ny fus mise arriere,/ Je ne t'escrips du printemps verdelet,/ Ne du cheval du petit Pacollet,/ Ains seulement pour te mouvoir à rire/ Je suis contraint ceste lettre t'escripre,/ Pour y coucher bien amplement ung songe.
39 Voir Mellin de Saint-Gelais, Œuvres poétiques françaises, t. 2, Paris, Société des Textes Français Modernes, 1995, p. 256, « Responçe des filles de Madame, demourees à S. Germain, aux lettres du Sieur de la Vigne ».
40 Voir Frank Lestringant, « De la déploration aux ossements : Clément Marot, André de la Vigne et l'épître de Maguelonne », Op. Cit., 7, 1996, pp. 67-77 pour l'épître I et l'édition Defaux, t. I, p. 452 pour la présence dans Le Vergier d'honneur d'Octavien de Saint-Gelais et André de la Vigne d'une « Epistre du Despourveu d'amoureuse liesse ».
41 Cette moralité qui servait d'épilogue au Mystère de saint Martin d'André de La Vigne joué en 1496, a été éditée au XVIe siècle (voir André Duplat, Le mystère de saint Martin d'Andrieu de La Vigne (1496) d'après le manuscrit 24332, Lille, Service de reproduction des thèses, 1980). Les deux mendiants ne pourront échapper au miracle qui, au passage des reliques du saint et malgré eux, les délivrera de leur infirmité.
42 Voir Francis Goyet, « Sur l'ordre de L'Adolescence clémentine », Actes du Colloque de Cahors, 1996.
43 Voir Nina Catach, L'Orthographe française à la Renaissance, Genève, Droz, 1968, pp. 51-60 ; Gérard Defaux, Le poète en son jardin, p. 107.
44 On relèvera également dans la Briefve doctrine une allusion au cheval Pegasus et à celui de Pacolet, présents dans l'épître de Marot.
45 Epistre familiere de prier Dieu, Paris, Augereau, 1533, f. 8v° : « Concluons doncques briefvement/ Ce poinct, et disons tout rondement,/ Que si l'on veult faire priere/ A DIEU et n'estre mis arriere/ Il fault qu'elle soit bien formee,/ Et tousjours au sens conformee/ De ce que JESUS nous aprent/ Au Pater, qui tout bien, comprent/ Rien plus ne debvons demander ».
46 Voir pour les autres genres : genre judiciaire : criminatoria, expostulatoria, purgatio, exprobratio, inuectiva, deprecatoria ; genre familier : nunciatio, mandatoria, collaudatoria, gratiarum actio, lamentatoria, gratulatoria, iocosa, conciliatoria, laudatoria, officiosa, disputatoria. Erasme n'a pas distingué d'espèces dans le genre démonstratif.
47 Fabri, op. cit., f. 67 r°.
48 Voir Three Medieval Rhetorical Arts, édités par James J. Murphy, Berkele University of California Press, 1971.
49 Voir Charles B. Faulhaber, « The Summa dictaminis » of Guido Faba Medieval Eloquence- Studies in the Theory and Practice of Medieval Rhetori Berkeley, University of California Press, 1978, pp. 85-111.
50 Fabri, op. cit.,  f. 68v°, qui avait distingué trois états de destinataires en relation avec « la doctrine de haute, basse et moyenne substance » fournissait des conseils pour les adresses : ainsi utilisation de superlatifs et de comparatifs et interdiction l'impératif pour des interlocuteurs d'un état plus haut que le sien. Ces formules de politesse traditionnelles sont bien représentées dans les épîtres II, III et IV à la duchesse d'Alençon, mais sont totalement absentes de la petite épître VII au roi. Par  ailleurs, Marot, dans l'épître à Bouchard, joue des appellations du docteur de la Sorbonne.
51 Rhétorique à Herennius, I, 6-11 ; P. de Courcelles, op. cit., f. 10-14.
52 Voir sur cette épître la brillante analyse de François Cornilliat, « Or ne mens ». Couleurs de l'Eloge et du Blâme chez les « Grands Rhétoriqueurs », Paris, Champion, 1994, pp. 330-338, qui ne prend toutefois en considération que le sens restreint de « rime ».
53 Sur la prose poétique au XVIe siècle, voir René Sturel, « La prose poétique au XVIe siècle », Mélanges Lanson, Paris, 1922, pp. 47-60 ; Alexandre Lorian, « La phrase poétique dans la prose française du XVIe siècle », Travaux de Linguistique et de Littérature, XI, 1973, pp. 435-444 ; Jean Lecointe, « Naissance d'une prose inspirée : « prose poétique » et néo-platonisme au XVIe siècle en France », BHR. LI, 1989, pp. 13-57.
54 Voir Jean Marot, Le Recueil, « Commencement d'une Epistre à la Royne 21aude, en laquelle Epistre (si mort luy eust donné le loisir), il avoit deliberé de lescrire entierement la deffaicte des Suisses au camp Sainte Brigide » : « Tige l'honneur, Hermine lylialle ». Le début et la fin de l'épître de Clément Marot sont inspirés du début de cette épître.
55 Voir Kees Meerhoff, Poétique et rhétorique au XVIe siècle en France, Leiden, E.J. Brill, 1986, qui a étudié comment le XVIe siècle utilise les figures traditionnelles de la concinnitas, arrangement symétrique des mots et des membres de phrase (isocolon, antithèse, homéotéleute, homéoptote) pour produire le numerus, nombre, qui, à l'origine, est une alternance de syllabes longues et brèves. Pour Antoine Fouquelin, La rhétorique française, dans Traités..., p. 379 : « Le Nombre, est une plaisante modulation et harmonie en l'oraison. Le Nombre se fait ou par une certaine mesure et quantité de syllabes, gardée en l'oraison : ou par une douce résonance des dictions de semblable son ». Si l'observation du nombre des syllabes ne concerne que la poésie, « l'autre maniere de Nombre... convient tant à la prose qu'au carme ». Elle se fait « par l'harmonie de semblables sons répétés en certain lieu et ordre » (epizeuxe, anaphore, épistrophe, épanalepse, épanode, anadiplose, -rint;nnl n„ en « incertain lieu et ordre » (paronomase, polyptote).
56 La même métaphore se retrouve en vers dans l’Epître à Monseigneur le grand maistre de Montmorency par laquelle Marot luy envoye ung petit recueil de ses oeuvres et luy recommande le porteur.
57 Cicéron, L'Orateur, éd. A. Yon, Paris, Les Belles Lettres, 1964, XXIV, 81.
58 Guillaume des Autels, Replique aux furieuses defenses de Louis Meigret, Lyon, 1551, p. 71. Le poète suggéré dans la seconde partie de ce texte est Maurice Scève.
59 Voir le texte d'une lettre autographe de Marot cité dans C.-A. Mayer, Clément Marot, p. 170 : « Monseigneur, Entre les autres œuvres que j'ay presentées au Roy depuis l'absence de Madame je luy ay presenté ung rondeau de la paix lequel hier à son coucher il me commanda envoyer à ma dite dame. Et son commandement m'a donné hardyesse de l'adresser à vous tant pour vous en donner le plaisir que pour le presenter en si bon lieu. Vous suppliant tres humblement, Monseigneur, ainsi le vouloir faire, m'ayant tousjours pour recommandé en vostre bonne soubvenance ».
60 Voir Jean Lecointe, L'idéal et la différence, p. 692, qui oppose la nouvelle esthétique du naturel de Marot à l'arianisme de ses débuts.
61 Gérard Defaux, op cit., t. II, p. 1358, émet de sérieux doutes sur l'authenticité de ce texte.

Pour citer cet article

Mireille Huchon, « Rhétorique de l’épître marotique », paru dans Loxias, Loxias 15, I., Marot: réédition du colloque de Nice 1996 et autres articles, Rhétorique de l’épître marotique, mis en ligne le 09 décembre 2006, URL : http://revel.unice.fr/loxias/index.html/index.html?id=1416.

Auteurs

Mireille Huchon

Université de Paris IV - Sorbonne