double dans Cycnos


Articles


Cycnos | Volume 25 n° Spécial - 2006

Le Double ou l’Esthétique du Paradoxe dans trois œuvres d’Oscar Wilde

Le double. De Melmoth the Wanderer de Maturin (1820) à The Picture of Dorian Gray de Wilde (1891) en passant par The Strange Case of Dr Jekyll and Mr Hyde de Stevenson (1886), la littérature du XIXe siècle offre de nombreux récits qui mettent en scène cette créature étrangement inquiétante dont l’existence se révèle constitutive et indissociable de celle du héros. Alors qu’il emprunte aux deux autres romans le thème du portrait animé et du héros démoniaque, The Picture of Dorian Gray a ceci de particulier qu’il détourne les canons du genre fantastique pour illustrer et conforter l’esthétique de Wilde et plus particulièrement la théorie du masque. Si chez Wilde ce récit est le seul à traiter aussi directement du double en tant que “lieu de la différence, illustrant le moi comme autre”, il n’en demeure pas moins que la poétique du double sous-tend une large part de l’œuvre wildienne et se manifeste précisément à travers la théorie du masque, et notamment par le biais de la figure du paradoxe, grâce à une rhétorique qui met sans cesse en jeu le visible et l’invisible, le dit et le non-dit, le double-sens et le mensonge, la surface et le symbole, et qui a pour devise “[a] Truth in art is that whose contradictory is also true”. Afin d’illustrer cette idée, trois œuvres sont étudiées dans cet article, The Picture of Dorian Gray bien sûr, mais aussi deux pièces, The Importance of Being Earnest d’une part et Salomé d’autre part, dans lesquelles le double rejaillit à travers ce que nous nommerions respectivement le paradoxe androgyne et le paradoxe de Narcisse. From Maturin’s Melmoth the Wanderer (1820) to Stevenson’s The Strange Case of Dr Jekyll and Mr Hyde (1886) and Wilde’s The Picture of Dorian Gray (1891), nineteenth-century literature provides many narratives staging the double as this uncanny creature whose being is a vital part of the hero’s own existence. Although The Picture of Dorian Gray develops in common with the two other novels such themes as the animated, magical portrait or the demonic hero, Wilde’s story subverts the established canons of fantastic literature to illustrate and support the author’s aesthetics and more precisely his “theory of masks”. Among Wilde’s writings, The Picture of Dorian Gray alone presents the Double motif as what Rosemary Jackson calls “an iconographical establishment of difference, illustrating self as other”. Yet, the essential part of Wilde’s work is inspired by the poetics of the double which shows itself in the theory of masks and especially through the use of paradox, thanks to a rhetoric which constantly plays on the opposition between seen and unseen, said and unsaid, double meaning and lying, surface and symbol, and which is contained in Wilde’s epigrammatic phrase “A Truth in art is that whose contrary is also true”. In order to demonstrate the idea, three different works are studied in this essay, The Picture of Dorian Gray of course, but also The Importance of Being Earnest and Salomé, two plays in which the Double emerges through what we respectively name the paradox of the androgyne and the paradox of Narcissus.

Consulter l'article

Double et dualité chez Lady Clementina Hawarden, photographe victorienne

De manière aussi bien thématique que graphique, Lady Clementina Hawarden explora à travers son oeuvre photographique la question de la représentation de la féminité dans la société victorienne patriarcale à travers les aspects de la dualité, de la gémellité et du double. Imitant les codes traditionnels de la photographie, elle dépeignit la perte d'identité en tant que condition de la féminité. Duplication et gémellité, soutenues par la géométrie de l'espace, la stéréoscopie et les miroirs, contribuent à la caricature de normes prédominantes, pour dénoncer l'effet de standardisation et la réification de la femme en tant que signe visuel. Subvertissant la dualité quasiment manichéenne de la représentation des femmes, Lady Clementina Hawarden ébranla la conception prédominante de la féminité et en proposa une nouvelle définition : une somme de cette dualité, ambivalente plutôt que dichotomique.Elle employa ainsi les doubles à la fois en tant qu'instruments de dénonciation et d'émancipation et tenta d'atteindre l'unité du moi féminin. Throughout her photographic work, thematically as well as graphically, Lady Clementina Hawarden explored the question of the representation of femininity in patriarchal Victorian society through the aspects of duality, twinship and the double. Imitating the traditional photographic codes, she pictured the loss of identity as a condition of femininity.Duplication and twinnings, sustained by the geometry of space, stereoscopy and mirrors, contribute to the caricature of prevailing norms, to denounce the effect of standardisation and reification of woman as a visual sign. Subverting the almost Manichean duality of the representation of women, Lady Clementina Hawarden undermined the predominant conception of womanhood and proposed a new definition of it: the very sum of this duality, ambivalent rather than dichotomous. Thus, she employed doubles both as instruments of denunciation and emancipation and attempted to attain feminine self-unity. 

Consulter l'article

La Fiction et les Doubles dans Moby-Dick

La question du Double constitue incontestablement un aspect essentiel du texte de Melville. C’est tout d’abord un principe majeur de représentation à l’œuvre dans Moby-Dick, où diverses formes liées à la réduplication gouvernent à la fois relations entre les personnages et structure du texte. Mais l’étude du Double débouche ensuite sur une question d’ordre plus métaphysique : se fondant sur les analyses formulées par Clément Rosset dans Le Réel et son Double, cette étude aborde ainsi le délicat problème de l’ (impossible) duplication du réel . The topic of duplicates and duplication definitely constitutes a main issue in Melville’s text. They are above all a major means of representation in Moby-Dick, a novel in which several forms of reduplication control the interactions among the characters and the general economy of the book. But studying the issue of duplication leads us to broach a much more metaphysical notion : starting from the analyses exposed by Clément Rosset in Le Réel et son Double, this article tackles the difficult problem of the (impossible) duplication of the Real.

Consulter l'article

Death of a Salesman ou la chronique de deux morts annoncées

Comme l'annoncent les didascalies portant sur le décor de Death of a Salesman, la pièce d’Arthur Miller se déroule dans un espace et un temps qui sont doubles. Selon qu'ils évoluent sur la partie centrale de la scène ou plus près du public, les personnages appartiennent à un temps ou un autre de la vie de Willy Loman. Mais le temps de la représentation associe ces éléments discontinus dans la continuité confuse que Willy leur attribue. C'est à dire que ce qui est un effet de confusion chez Willy correspond à la réalité la plus proche du spectateur, dans un détournement du principe même de l'illusion théâtrale. L'espace scénique, le temps, les situations, les mots mêmes des personnages fonctionnent sur deux niveaux entre lesquels la folie de Willy creuse sa tombe. As the stage directions at the beginning of Arthur Miller’s Death of a Salesman indicate, time and space are double. But while the characters moving on stage from one space to another belong to two different times in the life of Willy Loman, he perceives those times and spaces as one. Willy's confusion matches the reality of the performance, thus contradicting the very principle of theatrical illusion. What the characters do and say is a constant play of echoes which is orchestrated by Willy's mental confusion and leads him to his death.

Consulter l'article