Christelle Betelli


Diplômée de l’Université de Nice (licence, maîtrise et DEA en littératures, langues et civilisations anglaises), docteur en littérature anglaise, spécialiste de l’art et de la littérature fin de siècle, auteur d’une thèse sur les mythes et les symboles de l’esthétique fin de siècle en Angleterre (“Les mythes et les symboles de l’esthétique fin de siècle : éloge de Narcisse”, Nice, décembre 2005).

Articles de l'auteur


Cycnos | Volume 25 n° Spécial - 2006

Le Double ou l’Esthétique du Paradoxe dans trois œuvres d’Oscar Wilde

Le double. De Melmoth the Wanderer de Maturin (1820) à The Picture of Dorian Gray de Wilde (1891) en passant par The Strange Case of Dr Jekyll and Mr Hyde de Stevenson (1886), la littérature du XIXe siècle offre de nombreux récits qui mettent en scène cette créature étrangement inquiétante dont l’existence se révèle constitutive et indissociable de celle du héros. Alors qu’il emprunte aux deux autres romans le thème du portrait animé et du héros démoniaque, The Picture of Dorian Gray a ceci de particulier qu’il détourne les canons du genre fantastique pour illustrer et conforter l’esthétique de Wilde et plus particulièrement la théorie du masque. Si chez Wilde ce récit est le seul à traiter aussi directement du double en tant que “lieu de la différence, illustrant le moi comme autre”, il n’en demeure pas moins que la poétique du double sous-tend une large part de l’œuvre wildienne et se manifeste précisément à travers la théorie du masque, et notamment par le biais de la figure du paradoxe, grâce à une rhétorique qui met sans cesse en jeu le visible et l’invisible, le dit et le non-dit, le double-sens et le mensonge, la surface et le symbole, et qui a pour devise “[a] Truth in art is that whose contradictory is also true”. Afin d’illustrer cette idée, trois œuvres sont étudiées dans cet article, The Picture of Dorian Gray bien sûr, mais aussi deux pièces, The Importance of Being Earnest d’une part et Salomé d’autre part, dans lesquelles le double rejaillit à travers ce que nous nommerions respectivement le paradoxe androgyne et le paradoxe de Narcisse. From Maturin’s Melmoth the Wanderer (1820) to Stevenson’s The Strange Case of Dr Jekyll and Mr Hyde (1886) and Wilde’s The Picture of Dorian Gray (1891), nineteenth-century literature provides many narratives staging the double as this uncanny creature whose being is a vital part of the hero’s own existence. Although The Picture of Dorian Gray develops in common with the two other novels such themes as the animated, magical portrait or the demonic hero, Wilde’s story subverts the established canons of fantastic literature to illustrate and support the author’s aesthetics and more precisely his “theory of masks”. Among Wilde’s writings, The Picture of Dorian Gray alone presents the Double motif as what Rosemary Jackson calls “an iconographical establishment of difference, illustrating self as other”. Yet, the essential part of Wilde’s work is inspired by the poetics of the double which shows itself in the theory of masks and especially through the use of paradox, thanks to a rhetoric which constantly plays on the opposition between seen and unseen, said and unsaid, double meaning and lying, surface and symbol, and which is contained in Wilde’s epigrammatic phrase “A Truth in art is that whose contrary is also true”. In order to demonstrate the idea, three different works are studied in this essay, The Picture of Dorian Gray of course, but also The Importance of Being Earnest and Salomé, two plays in which the Double emerges through what we respectively name the paradox of the androgyne and the paradox of Narcissus.

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