Cycnos | Volume 23 n°1 Le Qualitatif - 

Viviane Arigne  : 

Les discrets collectifs face aux massifs: des modes de discrétisation des noms massifs

Abstract

This article studies various modes of individuation of singular mass nouns (N2) by semantically discrete nouns (N1) in N1 of N2 noun phrases. The description is based on an ontological analysis of N1s and on four modes of individuation, modes 1, 2 and 3 isolating one single chunk while mode 4 isolates multiple units. The combination of these modes can associate individual and multiple reference and mode 3 type-individuation may provide the multiple units outlined by mode 4 in the case of a collection of types or of linguistic items. On the contrary, some N1s fail to preserve collective reference in front of singular N2s then only selecting mode 3 and others only exhibit mode 1 in front of non-collective mass N2s. Similarly, other N1s may lose collective reference because of a graph-structure which isolates two sets of multiple units of a different kind. Lastly, N1s usually referring to a multiplicity of primary types and in some cases preferably requiring two coordinated N2s, exhibit mode 3 individuation while obliterating primary multiple reference.

Plan

Texte intégral

1Le travail présenté ici se situe dans le cadre d'une recherche plus générale sur la quantification des noms massifs, et plus particulièrement la quantification des massifs à l'intérieur du syntagme N1 of (…) N2 dans lequel le N1 est discret et collectif (N1dc) et le N2 massif singulier (N2msg). Certains aspects de ce travail ont déjà été exposés ailleurs (Arigne, 2005a). Il s'agira simplement ici d'examiner quels sont les divers types ou modes de discrétisation du massif. Il faudra alors dans certains cas voir comment s'organisent ces divers modes de discrétisation (éventuel cumul, possible hiérarchisation) et, dans le cas de référence multiple, quelle est la nature des unités multiples. Cette analyse de la nature des unités multiples a sa place dans une analyse plus vaste de classification des N1 discrets collectifs qui a été conduite à partir d'une analyse ontologique des N1 discrets collectifs1. Tout le travail a été mené sur un corpus extensif d'anglais britannique, le British National Corpus (BNC), auquel s'ajoutent parfois d'autres sources isolées.

2Je me contenterai de quelques mots rapides concernant la terminologie employée et, bien entendu, ce qu'elle recouvre. Le terme « discret » renverra seulement à la possibilité qu'a un nom d'isoler une unité unique2. Pour ce qui est de l'appellation « collectif », je renvoie à l'acception la plus littérale qui est celle d'une simple référence à une multiplicité d’éléments3. Dans cette perspective, des noms discrets comme party, set, archipelago ou des noms massifs comme humanity, mankind, furniture sont collectifs. Il découle de cela qu'un nom qui cumule les deux caractéristiques de discret et de collectif d'une part renvoie à une unité unique, caractérisée par une limite (à l'inverse du massif qui lui ne comporte pas de limite) et d'autre part, regroupe des sous-unités multiples. Afin d'établir le caractère collectif des N1d, je me suis appuyée sur l'existence de syntagmes N1 of N2pl tels que a number of places, a set of up to 20 clients, a collection of 120 works, a stack of some ten to fifteen canvases, a list of three measures, a catalogue of 224 stolen, lost or damaged works of art, a range of five oils, a cross-party selection of 15 MPs, a variety of factors, a network of 31 liaison officers/ of tunnels.

3Les principes qui ont guidé l'analyse sont ceux d'une sémantique référentielle et explicitement référentielle (cf. par exemple Kleiber, 1994 et 1999). A l'intérieur de cette sémantique référentielle, l'analyse des noms est une analyse méronymique en tout et parties. En ce qui concerne les N1dc, il faudra donc prendre en compte: 1) le renvoi à l’unité unique et discrète donné par la limite du N1 discret et qui fait que le N1 pourra, associé à un N2 massif, permettre de prélever un chunk de ce N2 massif; 2) le renvoi aux unités multiples lié au caractère collectif du N1. Les unités multiples sont des parties du tout, ce sont des parties de même genre et donc homéomères, et ces parties homéomères du N1dc peuvent alors être des parties homéomères du N2msg. Dans ce dernier cas le N1dc révèle une multiplicité interne associée au N2msg, non codée dans le massif lui-même. D'où l'examen prioritaire d'exemples où le N1 est au singulier et l'exclusion pour ces mêmes N1 des cas de pluriel, pour éviter de brouiller l’analyse par des multiplicités parasites (cf. Arigne, 2005a). 3) Lié à ces deux types de référence, devra être également pris en compte le renvoi au principe d’organisation permettant de regrouper ces unités multiples en un tout unitaire, d'un seul tenant. Ce principe d'organisation est une partie de genre différent, donc une partie anoméomère, et fournit ainsi l'hétérogénéité à l'origine de la limite du nom discret (Kleiber, 1997: 326, Arigne, 2005a). Notons enfin que le parcours systématique de la classe des N1dc a fait apparaître un très grand nombre de noms massifs qui n'ont pas été l'objet d'une analyse systématique. Je ne prends pas non plus en compte dans l'examen des noms les éventuels degrés de nominalité (Simone, 2003).

4Je vais partir de quatre types ou modes de discrétisation des massifs que l'on trouve dans la littérature et que l'on trouve associés à deux types de contextes syntaxiques différents qui sont soit des syntagmes N1 of N2 soit des séquences AdjN ou SN quantifié.

5— Dans les syntagmes N1 of N2, on prélève ou on découpe une portion du massif grâce au N1. Cette portion peut être de deux types ontologiques différents. Soit on obtient un bloc, un chunk qui est une occurrence du massif (cas 1 et 2). Soit la portion prélevée n'est pas une simple occurrence, mais un type (cas 3). Les N1 qui permettent d'opérer cette discrétisation sont:

61) des termes comme item ou piece permettant de prélever une unité du référent du massif, ainsi que des termes comme heap ou pile qui renvoient à un bloc, une portion du massif et admettent par ailleurs le regroupement d’unités multiples.

72) des noms de contenant tels que glass et les noms de contenu lié à un contenant comme mouthful, handful, qui permettent dans les deux cas de donner une forme et des limites à des substances ou matières. C'est ce que l'on a en particulier dans le cas de référents liquides, gazeux ou granulaires, comme les coquillages ou le charbon.

83) des noms comme type ou kind, qui sont souvent qualifiés de qualitatifs, et en tant que tels parfois opposés aux deux premières catégories. Il a toutefois été montré (Galmiche, 1988: 73) que distinguer des espèces ou des variétés d’un même massif selon des critères qualitatifs, revient à effectuer sur ce massif une partition de type quantitatif4.

9— Dans des séquences AdjN ou SN quantifié, l'individuation est liée à la référence du terme massif lui-même. Elle se voit révélée par la présence de l'adjectif ou du quantificateur et fait apparaître des unités multiples.

104) dans une séquence comme large furniture, l’adjectif large ne s’applique pas à l’entité massive furniture, mais aux objets ou unités référentielles multiples que sont les divers meubles/ pieces of furniture constituant ce que l’on appelle furniture (McCawley, 1975: 318). Ce phénomène est d'occurrence fréquente dans une langue comme le français qui connaît le riz long, à côté du sucre cubique, du gros sel et de la petite quincaillerie (cf. Kleiber, 1994: 32, Van de Velde, 1995: 45), ou encore de la petite monnaie5 ou (tout ce) petit monde pour référer à des enfants. De même, on trouve des suites comme All regular mail in Canada is 38 cents (Gillon, 1992: 632) dans lesquelles le quantificateur porte sur les sous-unités.

11Les types de discrétisation dégagés sont donc: T1 qui permet d'isoler une occurrence sous la forme d'un bloc ou chunk, T2 qui isole également une occurrence mais par le biais d'un contenant, T3 qui isole un type et T4 qui permet une référence à des unités multiples.

12Il est d'ores et déjà possible de former une première idée de la façon dont peuvent s'organiser ces différents modes de discrétisation. Ainsi, dans un syntagme N1dc of N2msg, on pourra avoir une double discrétisation: les types T1 et T4 vont pouvoir apparaître ensemble. Le mode d'individuation lié à l'unité de rang supérieur du N1 discret collectif co-existe avec le mode d'individuation lié aux sous-unités de rang inférieur du N1 discret collectif: on a tout à la fois un chunk qui correspond à l'unité unique à laquelle renvoie le N1 discret et les unités multiples rassemblées par le N1d collectif. C'est ce qu'illustrent les paires d'exemples suivantes dans lesquelles le deuxième élément contient une séquence N1 of N2msg.

(1) a private collection of weapons/ a collection of weaponry
(2) the lovely array of mugs/ the dazzling array of kitchen equipment
(3) a set of related concepts/ a set of information

13Parmi les collections d'occurrences, on a d'abord des noms qui résistent à la construction N1 of N2msg: il s'agit des noms associés aux nombres cardinaux, des noms de groupes d'animés ainsi que des noms de séries.

14— Les noms associés aux nombres cardinaux comme number, couple, pair ou encore twosome ne fournissent que des suites avec N2pl comme a number of places/ reasons et la seule association avec un massif singulier ne peut se faire que par le relais d’un autre nom discret de type T1 servant de discrétiseur du massif, comme dans a number of strands of evidence ou encore a couple of pieces of mail (K. Amis, Jake’s Thing, p. 201). De leur côté, les noms de groupes d'animés comme party, crowd, army, audience, company, swarm, shoal, regiment … n’entrent pas aisément dans des constructions de type N1dc of N2msg. Ceci n’est pas à imputer à un manque de noms massifs pour renvoyer à des animés, puisque l’anglais dispose de quelques noms pouvant jouer le rôle de N2 dans les structures étudiées. Il s’agit de humankind, mankind /m4n'ka2nd/, humanity, mankind /'m4nka2nd/ et womankind et enfin labour, qui renvoient tous à des animés humains, les termes hyperonymiques renvoyant à des animés non humains tels que fry, vermin, livestock fonctionnant tous uniquement comme des pluriels6. On connaît toutefois la facilité qu'ont les noms singuliers qui renvoient à des groupes d'animés à être repris anaphoriquement par des pronoms pluriels renvoyant aux unités multiples de rang inférieur, ainsi que leur grande aptitude à être à l'origine de désaccords syntaxiques sujet-verbe (the government is/ are expected to announce its/ their tax proposals today (CIDE, p. 614)). Il est donc difficile de se prononcer quant à la stabilité du caractère massif singulier du N2 dans les séquences fournies par le corpus. Elles ne sont pas nombreuses, mais l’on signalera toutefois deux cas faisant figurer congregation et procession:

(4) the congregation of mankind entered
(5) a barefoot procession of injured humanity

15Je m'intéresserai surtout ici à l'emploi de ces noms de groupes d’animés lorsqu'ils renvoient à des groupes de non-animés. Il s'agit bien entendu d'emplois figurés dans lesquels ces noms N1dc, également largement minoritaires dans le corpus examiné, fonctionnent comme quantificateurs et prennent un sens de « grande quantité ». Ces emplois ne sont pas toujours acceptés par les locuteurs anglophones et l'analyse des modes de discrétisation ne vaut bien sûr que pour les cas de jugements de bonne acceptabilité. Si l'on examine par exemple crowd, army et regiment, on aura, à côté de suites comme this crowd of spots, an army of infant terrors ou a regiment of birch trees:

(6) His mind and spirit wandered far from the crowd of contemporary detail
(7) an army of furniture
(8) the regiment of cutlery

16Les locuteurs anglophones consultés ont un avis partagé sur ces exemples crowd/ army/ regiment of N2msg qui soit sont jugés parfaitement acceptables, soit sont totalement rejetés. Dans le cas où ils sont acceptés, on note que l'on a comme modes de discrétisation T1 et T4. On notera que les deux N2msg furniture et cutlery sont deux N2msg clairement collectifs, comme le confirme l'analyse de Wierzbicka (1985/1988: 510) pour qui ce type de nom renvoie à des heterogeneous classes of objects.

17— Comme les noms associés à la cardinalité examinés plus haut, les noms de séries spatiales statiques (alignements) et temporelles mettent en œuvre une forme de linéarité associée au caractère discret et comptable des éléments de la série et, de ce fait, aux nombres. En ce qui concerne les séries spatiales statiques, des noms comme row ou line renvoient à des ensembles d’éléments ordonnés dans l’espace suivant un alignement le long d’un axe. Pour ces deux N1, on trouvera des suites comme:

(9) She could see a bowl of salad, the wine bottle and a row of cutlery
(10) Needles are selected for the next row of weaving
(11) ‘...there’s a fertiliser spreader, plough,’ indicating the line of machinery outside

18pour lesquelles il convient de noter à nouveau la diversité des avis des locuteurs interrogés sur tous ces exemples qui sont soit tous bien acceptés, soit rejetés dans leur totalité. Toujours dans le cas de jugements de bonne acceptabilité, les modes de discrétisation sont ici T1 et T4. Dans le cas des séries temporelles, la seule interprétation de succession n'a fourni qu'un seul exemple:

(12) a succession of ever-increasing acclamation

19unanimement mal perçu. D'autres noms renvoient à des séries plus « abstraites » qui ne sont pas fondamentalement spatiales ou temporelles. Ainsi a-t-on simplement affaire avec series à un groupe dont on peut envisager chacun des éléments l'un après l'autre individuellement, comme par exemple en (13) dans le cas d'une étude scientifique.

(13) ...a clinical series of 2549 patients with cirrhosis
(14) Isabella Kacprzak is showing, until the end of the year, a series of 12 small paintings

20A côté de ces suites N1 of N2pl le corpus donne également des syntagmes N1 of N2msg pour lesquels on retrouve des interprétations diverses et parfois variables de l'ordre associé à series:

(15) In this study we present a series of equipment that facilitates the handling of 32P…
(16) an interesting series of correspondence

21Là encore, ces deux derniers énoncés (15) et (16) sont soit bien acceptés soit rejetés. Dans le cas où ils sont acceptés, on a les modes de discrétisation T1 et T4.

22Très bien acceptée par tous, en revanche, est l’association de N2msg avec des N1dc comme queue ou convoy qui, comme row, marquent bien un alignement spatial, mais un alignement mobile, ou tout au moins destiné à l’être. Ainsi trouve-t-on :

(17) the queue of traffic/ the small convoy of police traffic

23Ces deux noms queue et convoy sont à rapprocher des noms de groupes d’animés comme procession ­en (5) renvoyant lui aussi à un alignement spatial mobile. On notera que si, d'une part, queue pouvait être listé parmi les noms de groupes d’animés vus plus haut, on est par ailleurs ici en (17), avec traffic, dans le cas d’artefacts mis en mouvement, et donc en quelque sorte animés par des animés humains. Je n'ai trouvé ici que ce seul exemple de N2msg, traffic, clairement collectif. Les exemples sont certes en nombre insuffisant pour assurer une quelconque solidité d'éventuelles conclusions, mais on peut toutefois suggérer que la compatibilité est liée au caractère mobile qui entraîne un déroulement dans le temps, et apparaît de ce fait liée à un caractère événementiel ou processuel7. Ceci serait en particulier visible pour procession en (5) et pourrait rendre compte de la parfaite acceptabilité de la suite:

(18) the line of traffic was slowing down

24quand il y a mouvement (cp. (11) …the line of machinery, parfois rejeté). Notons enfin que congregation en (4) apparaît dans un exemple comportant entered, forme de prétérit d'un verbe de mouvement. Les modes de discrétisation sont ici T1 et T4.

25Avec un nom comme volley, on n'a plus un simple alignement spatial. Ce nom s’associe pour sa part aisément avec des N2msg et, à un exemple comme There was no crescendo of applause, just a lone volley of claps, répondra une suite du type:

(19) a volley of applause (D.Lodge, Small World, p. 293)8

26Le sens de volley au sens du français salve comporte une dimension temporelle, qu'il s'agisse d'une simultanéité ou d'une rapide succession comme dans a volley of blows (LDCE, p.1600) ou a volley of questions/ insults (OALDE, p.1332). Par ailleurs dans tous les cas, on a affaire à des objets dont chacun effectue un parcours dans l'espace, comme par exemple des objets "lancés" (blows, questions). Cette multiplicité de trajectoires dessine des contours dans l'espace de telle sorte que, même dans le cas d'une simple succession temporelle comme il est possible d'avoir avec a volley of shots (OALD, p.1448), cette succession ne réduit pas l'interprétation à celle d'une simple linéarité. On voit ici en (19) comment, en raison de ces trajectoires multiples, le fait de ne pas avoir une simple linéarité donne à volley un type de référence parfaitement compatible avec celui de applause ou acclamation9. C’est avec ce même type de référence qu’à des suites N1 of N2pl comme a volley of ten darts/ of bullets/ of shots/ of screamed obscenities, correspondront des séquences N1 of N2msg comme:

(20) a volley of fire/ another volley of musketry/ of rifle fire/ of musket fire
(21) a volley of dismissive French

27Les modes de discrétisation sont, ici encore, T1 et T4. La comparaison de volley avec les autres noms de séries « simples » c'est-à-dire ne prenant en compte qu'une seule dimension qui ont été examinés plus haut permet de suggérer que le fait de ne pas prendre en compte une seule dimension linéaire permet, tout comme le caractère mobile des séries comme convoy, de donner un contour au référent du N1 et que cette limite lui donne à son tour des propriétés « massales » (cf. Arigne, 2005a) et objectales qui permettent la discrétisation T1 par l'unité unique de rang supérieur du N1d collectif.

28Qu’il renvoie à des animés ou à des non-animés le nom group n’autorise que la construction N1 of N2pl dans des exemples tels que a group of people/ of 300 UK companies/ this group of sonnets. Le nom group ne semble comporter que l’idée d’une prise en compte collective d’une multiplicité d’éléments et donc de leur regroupement, sans qu’un quelconque autre principe d’organisation de ces éléments soit envisagé. Le principe d'organisation semble trop peu marqué pour dessiner une limite suffisamment forte permettent de mordre dans le N2 massif. On observe la même chose avec cohort lui aussi seulement compatible avec des N2pl dans des exemples tels que a cohort of 386 patients, this cohort of companies ou encore a complete cohort of students. Le nom collection peut pour sa part renvoyer à une multiplicité tout en référant à un principe d’organisation sémantiquement plus marqué, à savoir celle d’un ensemble d’éléments rassemblés intentionnellement en un même lieu en raison de l’intérêt qu’ils ont suscité10. Les suites N1dc of N2msg sont alors parfaitement licites, et parallèlement à des séquences N1dc of N2pl comme a collection of 120 works/ of bottles, on pourra trouver:

(22) his collection of bottled air
(23) the largest collection of late medieval ironwork/ Brian’s vast collection of equipment
(24) a collection of post-1945 British poetry/ a special collection of A-level background reading

29Les modes de discrétisation sont ici T1 et T4, et en (22) T1 et T2/T4, la discrétisation T2 étant donnée par le biais d'un contenant marqué par le participe passé (ici adjectival) bottled. Le mode de discrétisation T2 fournit les unités multiples pour une discrétisation T4 en les formatant, et le mode T1 reste celui de l'unité unique de rang supérieur à laquelle réfère le nom discret. Dans le cas de set, on a un principe d’organisation qui rassemble des éléments qui « vont ensemble » et dont la caractéristique semble être, peut-être de façon typique, d’assurer la formation et la cohésion d’un tout11, ce qui permet de distinguer set de group. On trouve avec set aussi bien des suites N1dc of N2pl comme a set of related concepts (3) que des suites N1dc of N2msg:

(25) a separate set of equipment/ a complex set of machinery
(26) a good set of cutlery
(27) one/ a set of information/ a new boxed set of Beatles music (CIDE, p.1300)

30Avec batch, l’unité unique regroupe une multiplicité d’unités présentes ensemble en un même lieu simultanément. Ce sens n’est que l’extension du sens étymologique de « fournée » qui renvoie à l’ensemble de pains, gâteaux ou autres aliments cuits au four en une seule fois lors d'une même cuisson, comme dans bake a batch of biscuits12. Le principe d’organisation de l’unité fait ici intervenir une dimension spatio-temporelle et la simultanéité dans laquelle sont prises les unités multiples qui constituent l’unité, insère cette unité unique dans une succession temporelle. C'est ce que l'on a dans des séquences N1 of N2pl comme an initial batch of 35 aircraft, the latest batch of letters/ the next batch of recruits, another batch of envelopes, a further batch of questions. Ces suites N1 of N2pl ne sont pas les seules possibles, puisque l’on pourra aussi avoir :

(28) a complete batch of cheese/ another batch of food/ the next batch of of typescript
(29) the same batch of metal/ a fresh batch of nuclear fuel
(30) a batch of furniture (Quine, Word and Object, p. 98)

31Le nom cluster est aussi un nom de groupe pour lequel les unités multiples rassemblées dans l’unité unique sont posées comme proches les unes des autres. On a là affaire à un type de groupe « serré » construit sur un modèle tridimensionnel, et on voit que l'on a, peut-être justement à cause de la présence de ce modèle tri-dimensionnel absent avec group, un principe d'organisation plus marqué. Il permet des séquences telles que a cluster of four houses/ of trees/ of curls/ of symptoms/ of features, a cluster of narrow streets ou encore a cluster of islands/ of stars. Malgré la présence de ce principe d'organisation, la compatibilité avec un N2msg est quasiment nulle puisque je n'ai trouvé qu'un seul cas:

(31) the cluster of short hair

32donné dans l'édition du CCED de 1987 (p. 259), mais absent de l'édition postérieure de 1995, et aucun exemple dans le BNC. Le caractère discret des unités multiples reste ce qu'il y a de plus saillant et il ne suffit manifestement pas d'assurer une proximité des unités dans l'espace de façon statique pour avoir un chunk de quelque chose de massif. Ici aussi, pour ces trois noms collection, set et batch, les modes de discrétisation sont T1 et T4.

33Dans tous les cas, la structure N1dc of N2msg est possible. On a toujours un principe d'organisation présent et suffisamment fort qui permet de regrouper les unités multiples et le contact des unités entre elles suffit peut-être à présenter l'unité unique comme étant suffisamment d'un seul tenant et connexe. Le temps me manque ici pour détailler l'analyse et pour plus de précisions le lecteur pourra se reporter à Arigne (2005a) Je signalerai simplement que ces regroupements d'éléments sont tous construits sur un modèle tridimensionnel et comprennent d'un côté les empilements avec des noms comme stack ou pile et d'un autre côté les ensembles liés rassemblant les faisceaux et enchevêtrements et que l'on trouve avec des noms comme bunch ou bundle. Je citerai rapidement des exemples comme:

(32) the pile of crockery/ a pile of change/ a pile of warm ironing13
(33) a stack of writing paper/ of paperwork/ of reading matter
(34) a bunch of firewood
(35) He’d a French cocked-hat on his forehead, a bunch of lace at his chin…
(36) a bundle of mail/ of (folded) money
(37) a bundle of assorted clothing/ of laundry/ of washing
(38) a bundle of grass/ of firewood/ of wet straw

34pour lesquels toutes les séquences N1dc of N2msg donnent également à voir les modes de discrétisation T1 et T4.

35Avec ces dispositions d'éléments, on retrouve le regroupement d'unités multiples qui sont des occurrences de même genre, mais on commence à voir apparaître la prise en compte des propriétés qualitatives des unités multiples, et donc de la variété. Ainsi un nom comme array accepte-t-il deux interprétations différentes. Dans certains de ses emplois qui de fait sont ceux d'une majorité des exemples du corpus, le nom permet de regrouper une multiplicité d’éléments disjoints exposés à la vue, et parfois disposés de façon régulière, comme par exemple une formation militaire14. Cet agencement des unités est toujours, semble-t-il, l’effet d’une forme peut-être minimale mais en tout cas efficace de disposition et de calcul, puisqu’il s’agit d’agencer les unités multiples de façon à ce qu’elles puissent être vues, et vues dans leur totalité15. Dans ce cas-là, les unités multiples sont données comme nombreuses comme dans an array of bottles. C’est ce dernier trait sémantique d'unités nombreuses que l’on retrouve, sans celui d’une disposition particulière, dans d’autres emplois où array renvoie simplement à un grand nombre d’éléments et à une simple multiplicité. Ces derniers emplois se retrouvent de façon privilégiée avec des N2 dont les référents ne sont pas accessibles à la vue et ne permettent donc pas que soit envisagée une disposition dans l’espace, comme dans the array of temptations ou a bewildering array of emotions (CCED, p. 81). On notera dans ce dernier cas que peut s’ajouter à l’idée de multiplicité celle d’une diversité qualitative, rapprochant en cela l’emploi de array de celui de range étudié plus loin (III.1.). Le trait de diversité peut s’interpréter comme une transposition dans un domaine non spatial de la saillance relative apportée aux divers éléments par leur disposition dans l’espace.

(39) a splendid array of food (CIDE, p.64)/ the tables groaned with an array of fare…
(40) the dazzling array of kitchen equipment/ an array of cheap bric a brac (OALD, p.137)
(41) an impressive array of…information/ a vast array of literature

36Les deux types de discrétisation sont à nouveau ici T1 et T4. Les unités multiples sont des occurrences qui ont des propriétés qui font qu'elles sont d'un certain type. Mais ce sont encore les occurrences, c'est-à-dire les occurrences de genre identique, qui constituent les sous-unités du N1dc. On retrouve des éléments multiples regroupés et disposés de façon ordonnée pour constituer une unité avec des noms renvoyant à des dispositifs militaires, que leur usage soit ou non métaphorisé. Ainsi en est-il des noms battery et panoply pour lesquels des séquences N1dc of N2msg donneront:

(42) a battery of equipment/ a huge battery of criticism
(43) the whole panoply of weaponry (CCED, p.1195)/ the proposed panoply of regulation

37Les référents des noms collectifs sont définis comme regroupant des éléments multiples que j'ai dit être des parties homéomères du référent du N1 et de celui du N2. Les parties homéomères sont bien toutes, de ce fait, des parties de même genre, mais les regroupements envisagés jusqu’ici n’interdisent pas de poser pour les parties, des variations qualitatives à côté de l’identité de genre. L’existence de ces propriétés qualitatives peut être donnée dans le SN1 comme dans an assorted group of friends, a disparate group of individuals, the most diverse group of living organisms on Earth, a motley collection of idle college students ou dans le SN2 comme dans an aggregate of disparate individuals, mais elles ne font en aucun cas partie du sens du N1. Il en va différemment, on l’a vu, du sens de array dans son emploi métaphorisé qui, lui faisant quitter le domaine spatial, permet d’ajouter une propriété différentielle aux unités multiples posées au préalable comme de même genre, comme dans a bewildering array of emotions. Les éléments multiples ont alors des propriétés communes (ce sont des émotions) et des propriétés différentes (les émotions ont telle ou telle propriété et sont donc de telle ou telle nature; elles sont qualifiées).

38Tout comme ces emplois de array, d’autres noms renvoient à des regroupements d’unités données par le sens du N1 comme semblables et constituant donc des parties homéomères du référent associé au N1 et au N2, mais comportant aussi des différences qualitatives. Un nom comme assortment permet par exemple de regrouper des éléments similaires présentant entre eux des différences suffisantes pour mettre en relief des saillances relatives de ces éléments, pris individuellement ou par groupes. Les occurrences deviennent alors représentatives d'un type puisqu'elle sont sélectionnées en fonction d'un type comme le montrent les exemples suivants: an assortment of objects/ of vegetables/ of different examples. Là encore, le N1 entre également dans des constructions N1 of N2msg. Le corpus donne par exemple:

(44) an assortment of cheese (CCED, p. 91)/ an assortment of bric-a-brac
(45) a last with a heavy boot on it, and an assortment of other footwear
(46) an assortment of home ‘fitness’ machinery/ There was an assortment of equipment

39On retrouve ici la problématique des découpages sur le massif (par exemple cheese) dont on a vu qu’elle peut se faire en fonction de critères qualitatifs pour dégager des types ou des espèces de ce massif (types/ kinds of cheese) qui ne cessent pas moins pour cela d’être le massif en question (cheese). L’interprétation de assortment suppose par ailleurs un certain calcul quant à la représentativité des éléments au regard de la variété et du nombre et donc de la multiplicité de ces variétés. Ceci peut se rapprocher du calcul de type perceptuel, et donc forcément lié à l'accessibilité aux sens, qui était effectué avec array afin que les occurrences puissent être vues dans leur totalité. On a ici les modes de discrétisation T1 et T4, mais T4 est étayé par T3 qui devient alors un principe d'organisation des unités. Ce calcul sur les saillances relatives et la représentativité des types (types/ kinds of N2msg) fait que assortment permet d’opérer un tri, et donc une classification. C’est un principe d’organisation analogue que l’on retrouve par exemple avec des noms comme selection ou choice qui permettent de contraster des suites comme a selection of shoes ou a small choice of three or four dishes/ a wide choice of dishes avec:

(47) a large selection of designer knitwear
(48) a huge choice of pasta/ a good choice of authentic Italian cooking

40Le cas est un peu différent avec range qui apparaît comme une collection non plus d'occurrences mais de types. Tout d'abord, il semble bien que, comme assortment, le nom range puisse regrouper des occurrences à la fois semblables et différentes. C’est ce que l’on a dans des exemples comme a wider range of foodstuffs, a wide range of food items/ of literary forms/ of opinions/ of classroom activities, the range of instruments, a wide range of totally dissimilar tasks auxquels répondent des suites comme:

(49) a wide range of food/ the range of equipment
(50) a wide range of literature/ of opinion/ the whole range of classroom activity
(51) a wide range of reading/ of advice/ of knowledge/ a whole range of information

41Mais si un nom comme assortment regroupe des occurrences entre lesquelles se manifestent des différences montrant l'appartenance à tel ou tel type16, le nom range ne regroupe des occurrences qu'en tant qu'elles sont une manifestation référentielle d'une entité ontologiquement d'un autre ordre qui est le type. Les unités multiples regroupées sont alors les types différenciés eux-mêmes, définis par leur différences. C'est en cela que range, dans les cas examinés ici, peut être analysé comme un regroupement ou une collection de types. C’est ce qu’illustrent clairement des exemples tels que:

(52) a range of different types of note-taking
(53) …a range of five oils, peanut, mass-produced Italian extra virgin olive-oil, non mass-produced Italian extra virgin olive oil from Liguria, walnut oil and hazelnut oil

42En effet, le premier exemple fait figurer explicitement le N2 type qui, au pluriel et précédé de different, renvoie aux éléments regroupés par le N1 range, tout en permettant de découper le massif note-taking. Le second quant à lui montre un cas exemplaire de conversion morphosyntaxique et sémantique d’un nom massif singulier (oil) en nom discret (oil/ oils et ici five oils) associée à la référence au type (cf. par exemple Galmiche, 1988). Les modes de discrétisation sont ici T1 et T3/T4. La notation T3/T4 signale que c'est le type qui constitue l'unité de rang inférieur et que les unités que sont ces types sont multiples. On a donc ici un tout dans lequel on peut effectuer un classement. Cela revient à ordonner les propriétés qualitatives et permet à range de souvent viser à l'exhaustivité des types: on peut classer et ordonner les types17. On retrouve de semblables collections de types, forcément fondés sur des différences qualitatives, avec un nom comme spectrum qui renvoie justement à une gamme donnant les limites à l’intérieur desquelles se déclinent des variations. Comme avec range, la construction N1 of N2 pourra donner des suites comme a spectrum of variations/ a wide spectrum of musical types ou the spectrum of activities/ the complete spectrum of symptoms qui contrasteront avec:

(54) a whole spectrum of musical activity/ a broad spectrum of activity
(55) a whole spectrum of infection … ranging from asymtomatic carriage through acute to persistent diarrhoea with intestinal malabsorption

43Le fait que l'on ait affaire à des collections de types permet de comprendre plus aisément la très bonne compatibilité d’un nom comme range, spécialisé dans la sélection de propriétés (types et variétés) avec des N2 massifs, même et en particulier lorsqu’il ne s’agit pas de massifs qui réfèrent à des collections hétérogènes d’objets tridimensionnels.

44On peut ici faire une rapide remarque sur les deux fonctionnements du lexème polysémique line. En effet, à côté du fonctionnement déjà mentionné (II.1.a) et proche celui de rank et row qui donne the line of booths/ a line of trees, on trouvera aussi un fonctionnement analogue à celui de range avec a new line of Unix processors. A ce type d’exemple N1 of N2pl avec lequel l’emploi de line est spécialisé et réservé à un contexte de production, auxquels correspondront des suites N1 of N2msg du type:

(56) a line of expensive Italian knitwear [cp. a new range of sportswear]

45avec lesquels line regroupe une multiplicité de variétés. Ce fonctionnement polysémique de line est l'occasion de noter l'existence d'un lien analogue entre le sens de range comme collection de types et ses sens plus anciens de rank (auquel il est étymologiquement apparenté) et file ou encore de row, line, series (Onions, 1966: 738, Klein, 1966/1977: 617).

46Le N1d variety associé à un N2pl fonctionne comme un nom collectif et un syntagme tel que a variety of factors laissera entendre que les factors sont many and varied. On a donc des unités multiples entre lesquelles il y a des différences qualitatives comme le montrent des exemples comme a variety of seasonings/ of factors/ of ways, a wide variety of countries/ of insects ou encore a variety of different contexts/ a variety of different criteria. Il joue le rôle d'un quantificateur que j'appellerai « variétal » en tant qu'il s'oppose à des quantificateurs non-variétaux comme crowd ou host. Lorsque variety est associé à un N2msg comme dans:

(57) a rich variety of expression

47l'interprétation est bien souvent celle d'un N2 donné comme varié car possédant des qualités ou propriétés multiples, sans que ce N2 massif soit lui-même perçu comme découpé en unités multiples: le N2msg n'a pas de caractère collectif. On a simplement un nom de qualité (variety) construit à partir d'un prédicat (various) nominalisé. Le corpus donne toutefois quelques séquences N1 of N2msg qui témoignent d'une référence collective du N1 et du N2msg:

(58) It provides a variety of reading material from newspapers and other authentic sources…
(59) These classes use a variety of apparatus, from sponge balls and plastic hoops to bean bags, larges cushions and even paper bags
(60) … but above and around is a variety of lovely historic architecture, some Georgian, some Regency, some Victorian

48Ces derniers cas montrent une discrétisation T1 et T3/T4, T4 étant, comme avec assortment, étayé par T3.

49On a ici des N1dc comme list, c'est-à-dire des noms de série, et ces noms permettent de regrouper des unités multiples qui sont des items langagiers. Dans ces cas-là, la discrétisation du N2msg par le N1dc toujours possible. A l'instar de row, un nom comme list ou catalogue renvoie à une série, un ensemble d’éléments ordonnés de façon linéaire entretenant entre eux des rapports de successivité. Il s’agit dans les deux cas de séries de représentations d’items langagiers pouvant être accompagnées de descriptions ou commentaires. C’est effectivement ce que l’on trouve avec a list of specific words/ of three measures/ of persons/ of topics ou a catalogue of more than 200 portraits/ a large catalogue of songs. Mais on voit tout de suite que le passage de a list of words à a list of measures ne peut se faire sans un saut référentiel: si word renvoie bien à un item langagier donné dans sa représentation, measure ne peut se trouver ici en N2 qu’en renvoyant lui aussi à un item langagier, et donc dans un emploi autonyme. Tel est d’ailleurs forcément le cas de tous les N2pl dont le sens référentiel n’est pas celui d’un item langagier et qui donc, pour ce faire, doivent être utilisés dans un emploi autonyme. C’est avec ces emplois autonymes que l’on trouve de façon fort régulière, à côté des séquences N1dc of N2pl, des séquences de type N1dc of N2msg comme le montrent les exemples ci-dessous :

(61) ... the list of stolen property (S.Radley, This Way Out, p. 130)
(62) Below is a list of equipment…/ Make a list of material...
(63) A possible list of management information ... is given overleaf.
(64) a complete catalogue of Molitor’s furniture
(65) Elton’s catalogue of music/ a catalogue of available music

50Dans tous ces cas, les noms multiples pris dans leur emploi autonymes et appartenant à la série à laquelle renvoie le N1 list ou catalogue sont des noms qui renvoient à des référents non langagiers qui peuvent être considérés comme des parties constitutives du massif singulier utilisé en N2, tels que par exemple des items of equipment, pieces of furniture, pieces of material, ou de pieces of music. En même temps, ces noms d’items sont à chaque fois pris dans leur emploi autonyme, ce qui renvoie à un autre type de relation, ici taxinomique, entre quasi-hyponyme et quasi-hyperonyme18. Ainsi par exemple, des méronymes d'un holonyme comme equipment tels que des items of equipment pourront être listés au moyen de noms tels que desk, computer, printer etc. qui sont des (quasi-)hyponymes du même equipment, ici hyperonyme. S'illustre ici clairement la façon dont toute taxinomie peut se penser en termes de méronymie (Cruse, 1986: 179). On voit ici le lien entre l'hyponyme au sein d'une taxinomie et le type, un item tel que un computer pouvant par exemple être considéré comme un type (type/ kind) d'equipment. On comprend alors comment des noms de séries comme list, en tant que tels plutôt apparentés à des noms comme number ou row, permettent, grâce à l’emploi autonyme qu’ils imposent à un N2, ici massif singulier, de révéler une référence multiple ce même massif. Les modes de discrétisation sont ici T1, (aut-h)T4, les autonymes (aut) multiples étant des hyponymes (h) qui réfèrent à des parties, types ou occurrences, du massif.

51Le nom clump retient l'attention par la façon qu’il a d’osciller entre ce sens collectif (clump1) de groupe (très) serré comme cluster dans a clump of beech trees/ of symbols/ of cells à celui d’un discrétiseur comme piece ou lump (clump2) avec lequel on ne retrouve plus forcément un sens collectif puisqu’il est alors spécialisé dans les suites N1 of N2msg. Si l'on prend par exemple:

(66) the nearest clump of vegetation/ a clump of grass/ a clump of hair

52on retrouve une idée de multiplicité et donc un sens collectif. On retrouve les modes de discrétisation T1 et T4, à condition de trouver un N2msg accommodant, c'est-à-dire un N2msg à référence explicitement collective. On n'a en effet plus de référence multiple avec:

(67) a clump of compost/ of rock
(68) a clump of tissue/ of dark wet material

53Un N2msg qui n'a pas une claire référence collective va sélectionner clump2 et le mode de discrétisation sera simplement et seulement T1. On n'a pas de discrétisation T4, car il n'y a pas d'interprétation collective et donc pas d'unités multiples. Cette dualité de comportement trouve une analyse éclairante dans la description que fait Tournier (1985: 139-167) des processus à motivation phonique. Dans cette analyse en effet, clump se trouve conjuguer les deux éléments idéophoniques que sont /kl/ à l’initiale et /0mp/ en finale (Tournier, 1985: 146-148). Ainsi a-t-on dans clump, comme dans cluster ou clod, l’élément idéophonique /kl/ dont le sens général est « serrer », tandis que le sens général de l’élément idéophonique /0mp/ est celui d’« une masse molle ou arrondie » comme dans « bump, hump, lump, rump, stump ». On voit comment le resserrement du grain du référent du N1 collectif, lorsqu’on passe de groupes relativement aérés à des groupes plus serrés et compacts, peut aboutir à donner à ce référent une compacité allant jusqu’à faire perdre au N1 toute référence collective.

54Un nom comme network n'est pas perçu comme collectif au même titre que des noms comme group, family, collection ou array puisque ce sont deux types d'éléments multiples qui se trouvent être rassemblés par l'unité unique qu'est le network. On a en effet selon les cas a network of agencies ou a network of lanes. Ceci s'explique aisément si l'on considère deux choses. Tout d'abord, un nom comme network renvoie de façon exemplaire à un réseau et peut être représenté par un graphe. Cette analyse permet dès lors de comprendre que l'on puisse avoir affaire à deux sortes ou genres d'unités discrètes, et donc à deux espèces d'unités de même genre. D'un côté, des points/ sommets/ nœuds et de l'autre des arêtes/ arcs/ fils/ chemins. Ensuite, ce graphe est connexe au sens où tout sommet est lié à chacun des autres sommets par une chaîne: il est d'un seul tenant. On a donc d'un côté des exemples comme a network of agencies/ the … network of items auxquels répondent des séquences telles que a network of lanes/ the … network of fibres19. En résumé, les unités multiples regroupées par network sont de deux ordres: soit des éléments qui constituent les points reliés, soit les liens eux-mêmes bornés par les points. De fait, en raison du sémantisme de network, il est toujours clair que si l’on a affaire à une multiplicité d’objets reliés par des fils, il s’agit d’objets reliés, tandis que si l’on a, à l’inverse, affaire à une multiplicité de fils, ils constituent des chemins qui relient des « objets reliés ». Mais il arrive aussi que ce soit dans certains cas le choix du N2 et parfois de son contexte qui marque de façon explicite soit que l’objet est un objet relié, soit que le fil établit un lien. C’est ce qu’illustrent les exemples the famous network of friends (…) who power the Clinton campaign ou a network of 31 liaison officers dans lesquels friends dans le premier exemple et liaison dans le second permettent de parler des éléments que sont les points ou objets reliés tout en indiquant que ces éléments entretiennent avec d’autres des relations. De même, dans l’exemple a network of tunnels/ of irrigation pipes/ of relationships/ of communications les termes tunnels, pipes, relationships ou communications explicitent l’élément « mise en relation » des éléments reliés par cette mise en relation. Cette dualité de fonctionnement de network avec deux types de N2pl traduit en fait dans chacun des cas les traits sémantiques de network dans leur double aspect de liens et d’éléments reliés, l’un de ces aspects étant présent « en creux » quand l’autre est « en plein ». De ce point de vue-là les N2pl, pris dans une interprétation restrictive imposant de choisir entre lien ou objet, conservent leur propriété de parties homéomères du N1, préservant de ce fait le caractère collectif du N1 tel qu'il a été défini plus haut.

55Ces suites N1 of N2pl trouvent des séquences correspondantes N1 of N2msg dans des cas comme l'exemple:

(69) the wide network of apparatus available in the Department

56dans lequel le N2msg apparatus est collectif et renvoie à des référents tridimensionnels multiples qui constituent des objets reliés. On a ici les modes de discrétisation T1 et T4. On retrouve ces modes de discrétisation avec d'autres N2msg non tridimensionnels (contra Arigne 2005a: 34) n'offrant pas explicitement le même type de référence collective:

(70) a vast network of information (…) provided by its consular service here and embassies in London and Dublin
(71) a linked network of information
pour lesquels se retrouvent les modes T1 et T4. A l'inverse dans un exemple comme:
(72) a post-natal network of one-to-one friendship

57il s'avère plus difficile de défendre l'interprétation d'une référence multiple du N2msg friendship. On ne perçoit pas ici de multiplicité comme on aurait pu l'avoir avec un N2pl comme (friendly) bonds ou comme on l'avait plus haut avec le N2pl friends. On peut être tenté ici de considérer que c'est la totalité du SN2 one-to-one friendship qui neutralise l’opposition que donnait le N2pl entre liens et objets reliés, de telle sorte que n’apparaissent comme parties homéomères du N2msg que des objets mixtes, des « objets avec liens » portant en eux-mêmes de quoi se relier à un autre du même genre et que l'on pourrait appeler des « objets relieurs ». Si lien et objet relié sont des parties anoméomères de l'objet relieur et du N1 network, les objets relieurs sont pour leur part des parties homéomères de network, toutes de même genre et reliées entre elles. Mais cette homéomérie parfaite qui assure l'homogénéité de référence interne au N1 et celle du N2 massif peine à référer collectivement en raison d'un manque de discrétisation de ces objets relieurs. De fait, ce sont les N2pl qui révèlent chez un N1 comme network une référence multiple en oblitérant telle ou telle partie de l'objet relieur, isolant ainsi de façon exclusive des sommets ou des arêtes. Network ne peut être collectif qu'en optant pour la saillance de l'une ou l'autre facette de l'objet relieur, comme c'est le cas avec les N2pl du corpus ou le N2msg apparatus en (69). Cette saillance permet alors de scinder les objets relieurs et de constituer ainsi deux sous-classes homogènes, l'une de ces deux sous-classes étant ainsi reléguée au statut de principe d'organisation: soit les liens/arêtes permettent de solidariser des points/sommets, soit les points permettent d'assurer le contact entre les fils/arêtes et leur continuité, autorisant ainsi un cheminement possible sur l'ensemble de ces arêtes ainsi devenues des liens. C'est ce que montre a contrario l'exemple

(73) a network of scaffolding/ the network of wooden scaffolding

58avec le N2 scaffolding dont la trame tridimensionnelle réticulée assimilable à celle de network n’accorde pas de saillance particulière à des points/ sommets ou à des liens/ arêtes et qui n'a de ce fait pas de référence multiple. On alors une isomorphie entre le N1d et le N2msg et le mode de discrétisation ne peut être que T1, excluant toute référence collective associée au mode T4.

59Cette association de network avec des N2msg montre que si la sous-classe des liens devient aisément principe d'organisation pour une référence à une multiplicité de points/ sommets comme on l'a vu dans les exemples (69) (70) et (71), il semble qu'il n'en aille pas de même dans la situation inverse puisque je n'ai pas trouvé d'exemple permettant de référer à une multiplicité de liens/ arêtes: le corpus ne comporte pas d'exemple où l'on aurait quelque chose comme *a network of wireø. Pas plus d'ailleurs, on vient de le voir, qu'on ne peut disjoindre et donc discrétiser les objets-relieurs.

60Le nom class connaît un fonctionnement spécialisé lorsqu’il renvoie à un groupe d’animés humains qui reçoivent ensemble un enseignement comme dans a class of infants/ of rowdy twelve-year-olds/ of students. A côté de ce fonctionnement spécialisé, class offre un comportement remarquable, puisque l’on trouve 1) des suites N1 of N2pl comme a specific class of persons dans lesquelles class a bien un caractère collectif, comparable à celui de set, 2) des suites N1 of N2msg comme a particular class of mail dans les quelles class perd son caractère collectif et donne un mode de discrétisation T3 et enfin 3) des suites N1 of N2dsg comme a better class of person dans lesquelles class n’a pas non plus de caractère collectif.

61Lorsque class s’associe avec un N2 massif singulier, il perd son caractère collectif et prend en revanche une référence variétale, ce qui lui donne le sens de type, category. C’est ce que l’on a dans des suites comme:

(74) a particular class of mail
(75) this class of equipment

62dans lesquelles class associé au massif singulier ne regroupe pas des variétés ou types multiples, mais permet, comme kind ou sort, de découper un seul type du massif considéré. Le mode de discrétisation est alors T3. On notera au passage que group est lui aussi tiré vers ce type de fonctionnement, non pas dans des syntagmes N1 of N2, mais dans des syntagmes NN comme blood group qui signifie justement blood type et où s'illustre clairement la similarité entre group et type, identique à celle que l'on vient de voir pour class et type. Cette référence au type que l’on a avec un N2 massif singulier est aussi celle des suites comportant un N2 discret singulier:

(76) a better class of person/ a different class of car
(77) There is no argument whatever for treating errant motorists more leniently than any other class of offender… (Newstatesman, January 12th 2004, p. 4)

63On comprend alors l’équivalence que l’on peut poser entre le type marqué par class et un syntagme nominal générique de type the + Ndsg, comme dans :

(78) …there stepped a class of soldier, the mercenary, whose presence to people in the late Middle Ages meant destruction and disorder20

64exemple dans lequel the mercenary fait pendant à a class of soldier. En conclusion, on peut dire que lorsque le N2 est singulier, class donne une référence à un type unique, que le N2 soit massif ou discret. On remarquera enfin ici que l'examen de family dans sa référence à des non-animés n'a fait apparaître que des suites N1dc of N2pl comme a family of 800 species/ of solutions ou a new family of drugs à l'exclusion de toute séquence *N1dc of N2msg.

65Des noms de mélanges comme miscellany ou mixture renvoient bien comme assortment à des collections regroupant des éléments de même genre présentant entre eux des différences qualitatives, mais n’effectuent pas de classification à partir de ces différences qualitatives. Le nom miscellany donne par exemple des suites comme a miscellany of jobs/ of ideas/ of topics, a splendid miscellany of houses à côté d'assez rares séquences comme:

(79) a miscellany of ramshackle furniture
(80) the miscellany of bric-a-brac

On a ici les modes T1 et T4, T4 étant, comme avec assortment, étayé par T3. En ce qui concerne mixture, le corpus ne fournit également que peu d’exemples où le N1 ait une interprétation collective dans une construction N1 of N2msg ne comportant qu’un seul N2. Ainsi à côté d’une séquence comme a mixture of people, trouve-t-on:
(81) crumbling school fabric and obsolescent textbooks brewed a noxious mixture of political complaint
(82) … a tantalising mixture of talent is due to appear at the townhall in Oxford on Friday

66où l’on trouve le N2 talent, pris comme métaphore d’animés humains (comme dans a dazzling array of talent). Ces deux exemples font apparaître les modes de discrétisation T1 et T4, T4 étant là encore étayé par T321. Ces exemples où mixture se prête à une interprétation collective de mélange dans lequel les unités multiples restent disjointes et discernables sont, je l'ai dit, peu nombreux22. De fait, avec mixture ou combination, l’interprétation collective que l'on avait en (81) et (82) a tendance à sélectionner un GN2 sémantiquement et formellement complexe: la propriété différentielle des éléments et par là, la multiplicité, se trouve marquée formellement dans le GN2 par une coordination:

(83) a mixture of curiosity and envy, a combination of personal and impersonal imagery

67C'est en revanche une interprétation de fusion qui est privilégiée avec blend dans une construction comportant un seul N2 comme dans:

(84) their own special blend of whisky

68qui fait écho à des suites comme a rich blend of cultures. On a alors un mode de discrétisation T3 secondaire (T3b), construit sur une discrétisation préalable de modes T3 (T3a) et T4 donnant une multiplicité de types, soit T3b, [T3a/T4]. Cette dernière interprétation, typique pour blend mais, semble-t-il, plus marginale pour mixture, devient plus aisée si l’on associe mixture et combination à la catégorie du pluriel. Cela permet, semble-t-il, de ne plus avoir à marquer au niveau du GN2 quels sont les deux types de massif « mélangés ». On a simplement affaire à plusieurs mélanges (de types) du massif considéré, sans que soit conservée la mémoire de leur composition, c'est-à-dire celle des propriétés différentielles des types initiaux. Avec le pluriel, les seules éventuelles propriétés différentielles sont données par le pluriel et sont celles des nouveaux types (c'est-à-dire des mélanges) créés à partir des types initiaux (qui sont ceux qui ont été mélangés). Ces deux N1 fonctionnent alors de façon analogue à celle de type/ kind/ sort:

(85) combinations of paint/ food/ weaponry, mixtures of behaviour

69La discrétisation se fait alors sur le mode T3 qui, le N1 étant associé au pluriel, renvoie à une multiplicité de nouveaux types T3b+pl, chacun de ces nouveaux types étant le résultat d'une opération oblitérée qui est le mélange d'une multiplicité de types originaux (T3a/T4). On a alors T3b [T3a/T4].

70La discrétisation des N2 msg par des N1 dc fait apparaître une discrétisation aux deux niveaux que sont l'unité multiple et les sous-unités multiples du N1dc (Arigne, 2005a). On a vu que les cas de figure de cette double individuation sont divers, que les unités multiples soient de simples occurrences (mode T4 ou T2/T4) ou des types qui formatent les unités multiples (T3/T4) rassemblées par le N1dc. Dans le cas des collections d'autonymes, c'est une taxinomie qui fournit les types, eux-mêmes méronymes du N2msg. En même temps, ce détour par la classe des discrets collectifs et le parcours, même partiel, de cette classe des discrets collectifs, permettent de mettre en lumière ce que la référenciation des discrets collectifs et des massifs a de semblable. Semblable bien sûr, puisque les discrets collectifs révèlent une référence collective du massif. Mais aussi semblable lorsque inversement la perte du caractère collectif du N1d montre un point de rupture ontologique où la référence interne du N1dc se rapproche de celle d'un massif dont la référence multiple, non marquée, reste opaque. Ainsi, un nom comme clump permet de saisir un lieu où disparaît la référence multiple du collectif: le grain est si serré qu'il devient une masse où l'on ne distingue plus les unités multiples. On a alors une discrétisation T1 avec perte totale du caractère collectif. Le nom network quant à lui montre comment une structure isomorphe à celle du massif interdit la référence multiple. Sauf à scinder la structure réticulée en deux ensembles d'unités disjointes de genre différent dont l'un (les arêtes) devient principe d'organisation pour l'autre (les nœuds) qui devient collection d'unités multiples. Des noms de mélanges comme blend montrent une nouvelle façon d'oblitérer la référence multiple à plusieurs types, et donc, encore une fois, le caractère collectif. Enfin, on voit avec class comment, grâce à sa fonction de dénomination, un N1 parvient à nommer un type et par là même à référer au type.

71Cette parenté entre discrets collectifs et massifs, déjà amplement notée dans la littérature est liée à l'homogénéité de référence. Cette propriété, liée à la propriété cumulative (cf. Quine, 1960: 90-91), est ce qui fait que la partie interne du N1 discret collectif, c'est-à-dire le N1dc sans sa limite, comme le N2msg, est constitué de parties homéomères. Cette similitude de référence permet de comprendre pourquoi la limite de ces discrets collectifs, qui est ce qui les constitue en tant que discrets, peut être considérée comme poreuse23. Elle est l'occasion de rappeler que le terme de « massivité » n'a pas toujours eu la préférence de tous, puisque le terme de collective a parfois été préféré à celui de mass24. Cette nouvelle prise en compte d'une similitude référentielle fournit aussi des éléments pour une étude future de comportements « massifs » de certains discrets collectifs que l'on trouve au singulier sans article que ce soit en fonction de prédicat comme dans he's ø family (cp. this table is wood) ou en fonction sujet dans des emplois du type: Data […] shows that ø family is as much the first port of call for support in times of crisis as it was three decades ago (Newstatesman, 19 April 2004, p.29).

Notes de bas de page numériques

1 Ce texte est la version longue d'une communication présentée au XXXXIVe Congrès de la SAES de Saint-Quentin-en-Yvelines en mai 2004. Un premier texte, considérablement réduit en raison du manque de place, est publié dans le recueil des communications rassemblées par Geneviève Girard pour les Publications de l'Université de Saint-Etienne (cf. Arigne, 2005b). Ce travail a été pour sa plus grande partie rendu possible par une délégation au CNRS au Laboratoire de Linguistique Informatique de Villetaneuse (LLI-UMR7546).
Pour plus de détails sur les fondements de cette analyse et l'analyse elle-même, voir Aristote (646a646b), Hobbes (1839/1994), Husserl (1913/1993), Simons (1987), Bordron (1991) et Arigne (1998 et 2005a).
2 Contra Arigne (1998) et Arigne (2005a)
3 Sur ce point, voir Arigne (1998: 59). Pour un aperçu de diverses acceptions du terme « collectif », explicites ou non, on pourra consulter par exemple Borillo (1996), Lecolle (1998), Flaux (1998, 1999) pour le français, et entre autres, Depraetere (2003) Jespersen (1924/1971), Larreya et Rivière (1991/1999), Michaux (1992), Pollard & Sag (1994), Link (1998: 49) pour l'anglais.
4 Galmiche (1988), s'appuyant sur le test de la référence homogène (cf. par exemple Bunt (1985)), précise que « des variétés de vin, de terre, de miel etc., c'est toujours du vin, de la terre, du miel etc. … »
5 On retrouve d'ailleurs la même chose avec small change en anglais.
6 Je ne prends pas ici en compte man que, compte tenu de la possibilité d'interprétation massive d'un syntagme générique (cf. Kleiber, 1990), je considère comme étant fondamentalement l'emploi générique d'un nom discret.
7 C'est-à-dire, ici, simplement non statique.
8 Ces exemples évoquent la paire française: une volée de coups et une volée de bois vert.
9 La référence à une seule succession n'est illustrée dans le corpus que par le seul exemple (12) a succession of ever-increasing acclamation, unanimement mal perçu.
10 Il s'agit donc uniquement ici de collection correspondant au sens français d'une « collection » faite, par exemple, par un collectionneur (de pièces de monnaie, de timbres, de tableaux, etc...).
11 Le tout est alors un tout connexe (pour « tout connexe », voir par exemple et entre autres Cruse (1986) et Simons (1987)).
12 Rappelons que batch est étymologiquement dérivé de bake.
13 On trouve le même phénomène en français avec une pile de linge (vs une pile de chemises).
14 Cf. l’expression in battle array.
15 Je dois cette observation à LDCE (p.60).
16 Pour une définition plus précise de « type », voir par exemple Zemach (1970/1979: 74), Galmiche et Kleiber (1994: 51/1996: 26).
17 Sans qu'il soit possible de se livrer ici à une analyse détaillée, on notera toutefois brièvement les emplois de range avec des Nmsg tels que difficulty renvoyant à une propriété, comme dans a wide range of difficulty. Cette propriété donnée comme un continuum est découpée en unités discrètes qui sont des degrés. On retrouve la problématique plus générale de l'individuation du massif à partir de critères qualitatifs: les propriétés différentielles qui donnaient les types dans les descriptions précédentes deviennent alors les degrés, des variétés d'une super-propriété plus large qui les inclut. Comme avec les autres exemples comportant range, on retrouve la possibilité de référer à une collection de types de façon ordonnée, en utilisant une représentation linéaire par le biais d'une échelle graduée.
18 Cf. Lyons (1977: 299), Cruse (1986: 97).
19 Pour plus de détails sur la notion de graphe, voir par exemple Fomin, Genkin et Itenberg (1992/1996), chapitres 5 et 13 et Grasland (2001).
20 Pour la référence au type des SN génériques, voir Galmiche et Kleiber (1994: 51/1996: 26) et Kleiber (1990) pour l'interprétation massive de syntagmes génériques.
21 Le cas de talent renvoyant à des animés humains mériterait de plus amples commentaires. Je me contenterai de remarquer ici que le N2msg qui renvoie justement à ces animés humains est un nom à référent abstrait, et de surcroît un nom intensif (cf.Van de Velde: 1995).
22 A (great) mixture of music n'est accepté qu'avec réticences et interprété comme a variety of music.
23 Flaux (1999) parle de la « perméabilité de la frontière ».
24 Quine (1960: 91) rappelle que la propriété cumulative des massifs est ce que Goodman (1951: 54) appelle « collective », considérant de ce fait qu'un terme comme water est collectif; il affirme que c'est d'ailleurs l'étiquette que lui-même préfèrerait. Le terme de collective est, explique-t-il, celui qui a sa préférence à côté de celui de bulk term, mais il utilise finalement mass term pour suivre Jespersen et parce que l'utilisation de mass term semble devenue bien établie (entrenched) en linguistique.

Bibliographie

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Notes de la rédaction

Viviane Arigne est Maître de Conférences de linguistique anglaise à l’Université de Villetaneuse – Paris XIII.

Pour citer cet article

Viviane Arigne, « Les discrets collectifs face aux massifs: des modes de discrétisation des noms massifs », paru dans Cycnos, Volume 23 n°1, mis en ligne le 31 mai 2006, URL : http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=876.


Auteurs

Viviane Arigne

Université de Villetaneuse Paris XIII ; LLI-FRE2882, CNRS et Université de Paris 13 ; viviane.arigne@lli.univ-paris13.fr

Université de Villetaneuse Paris XIII ; LLI-FRE2882, CNRS et Université de Paris 13

viviane.arigne@lli.univ-paris13.fr