Rémi Fontanel


Maître de conférences en études cinématographiques et audiovisuelles à l’Université Lumière Lyon 2. Chez Aléas, dans la collection Cinéma, il a publié une monographie sur le cinéma de Maurice Pialat (Les Formes de l’insaisissable, 2004), et en a dirigé une autre sur le cinéma de Claire Denis (L’énigme des sens, 2008). Ses recherches actuelles sur le genre biopic ont permis un ouvrage collectif co-dirigé avec Martin Barnier (Les Biopics du pouvoir politique de l’antiquité au XXe siècle. Hommes et femmes de pouvoir à l’écran, Aléas, 2010), et le volume n° 139 de la revue CinémAction (Biopic : de la réalité à la fiction, Corlet éditions, 2011). Il a également écrit une étude actorale sur Patrick Dewaere (Le funambule) aux éditions Scope (coll. Jeux d’acteurs, 2010).

Articles de l'auteur


Cycnos | Volume 27 n°2 - 2011 | Familles

Patrick Dewaere : ses pères, son frère, ses fils.
Un acteur au miroir du cinéma

La généalogie « dewaerienne » se doit d’être pensée sur le mode d’un transfert. Le trouble généalogique de l’homme s’est déplacé sur les personnages que Patrick Dewaere a incarnés et sur la manière dont il a eu de les façonner. Il s’agit en l’occurrence d’envisager la construction d’une persona chargée par le deuil perpétuellement rejoué d’une paternité recherchée. Maurice Dugowson voyait en lui un nouveau Douglas Fairbanks, celui qu’il n’arriva finalement pas à devenir. Car c’est un tout autre chemin qu’il décida de prendre ou que le cinéma décida de lui faire prendre. Dewaere, d’abord bondissant, exubérant, éclatant, devient rapidement une figure tourmentée, cérébrale, éprouvée par le monde tant physiquement que psychologiquement. Aujourd’hui Vincent Cassel et Jean-Paul Rouve rappellent combien il a compté pour eux, et si Romain Duris n’exprime pas directement cette possible filiation, son jeu, à la fois intense et fiévreux, instaure une sensibilité et une proximité qu’il convient d’établir. A "Dewaerian" genealogy should be thought of as a transfer. Patrick Dewaere’s own family disorder has smeared into the characters he has played and into the way he has shaped them, a grieving persona in search of a father figure. Maurice Dugowson saw him as a new Douglas Fairbanks, which, eventually, he was unable to be. For he decided to take a totally different direction (or movies decided that he should). Bouncing, exuberant, bursting with energy, Dewaere quickly became a tormented figure, brainy, shaken by the outside world, both physically and psychologically. Today Vincent Cassel and Jean-Paul Rouve duely pay their debt to him, and if Romain Duris does not express directly a possible parentage, his acting, both intense and feverish, does establish some connection, through its sensitivity.

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