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Cycnos | Volume 28 n° Spécial

Edward Heath et le refus du thatchérisme : entre stratégie de survie et combat politique

Le 11 février 1975 Heath perdit l’élection au poste de chef du Parti Conservateur et céda sa place à Margaret Thatcher. Cette date marque le point d’ancrage d’un processus de marginalisation volontaire au travers duquel Heath marqua son opposition à Thatcher et son refus du Thatchérisme. Pendant les quinze ans de l’ère Thatcher, Heath endossa le rôle du dissident révolté et devint selon John Campbell “the embodiment of anti-Thatcherism.” Nous verrons à cette occasion que si son entreprise de dissidence suivit des mécanismes classiques – négation de l’autorité du leader, refus de sa légitimité, critique systématique de son action – elle n’en offre pas moins un intéressant renversement des codes. Son entrée en dissidence fut bien plus qu’une opposition à un adversaire politique, elle fut un moyen d’existence et de renaissance. Le pouvoir a muselé Heath, la dissidence l’a libéré. Heath s’est posé en s’opposant et s’est révélé en se rebellant. Son expérience de la dissidence offre ainsi un éclairage original sur une notion trop souvent associée aux concepts d’oppression ou de clandestinité. Heath fut le seul vrai résistant à Thatcher et il reste encore à ce jour dans le paysage politique britannique une figure essentielle de la dissidence et de la rébellion. Il sera intéressant de se pencher sur ses années de révolte – encore peu étudiées à ce jour – et de voir comment il construisit son opposition à un leader que rien ne semblait atteindre et comment elle s’opéra à l’intérieur d’un parti connu pour être peu tolérant des actes de dissensions et de déloyauté.

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