Laurence Talairach-Vielmas


Laurence Talairach-Vielmas, agrégée d’anglais, est Maître de Conférences à l'université Toulouse2-Le Mirail où elle enseigne la littérature victorienne. Spécialiste du roman à sensation, elle a publié plusieurs articles sur Wilkie Collins dans des revues internationales.

Articles de l'auteur


Cycnos | Volume 23 n°2 | R.

La Loi du silence : écrire le crime dans Man and Wife de Wilkie Collins

Si le roman à sensation des années 1860 est célèbre pour ses personnages féminins atypiques, ses héroïnes passionnelles et souvent criminelles, les « sensation novels » ne traitent pas tous de la même manière les meurtrières. Dans Man and Wife (1870), de Wilkie Collins, en particulier, le manuscrit d'Hester Dethridge, personnage muet depuis l'assassinat de son époux violent et alcoolique, nous conte les pulsions meurtrières d'une femme prise au piège par l'institution maritale. Emblème de la parole bâillonnée, le manuscrit de la femme muette vient narrer l'impuissance de la femme dans une société patriarcale, créant un bruit à la marge d'un roman où les femmes sont à la merci d'hommes sans scrupules. À travers cette étude du mutisme de la femme assassine, cet article se propose d'analyser comment Collins retravaille le stéréotype gothique de l'héroïne impuissante enfermée dans sa tour, pour mettre à jour l'idéologie meurtrière qui pousse le personnage féminin au crime. Tandis que le corps de la femme se fait pierre tombale, enterrant vivant la parole assassine, le mutisme féminin bascule dans la subversion et resémiotise l'image d'un idéal féminin qui tait sa souffrance. If the sensation novels of the 1860 were famous for their improper and criminal female protagonists, they did not all deal with murderesses in the same way. In Wilkie Collins's Man and Wife (1870), Hester Dethridge, who has been dumb since she murdered her violent husband, recalls the story of her crime in her diary. Telling about the powerlessness of a working-class wife in a patriarchal society, her manuscript illuminates the fate of all the women in the novel subjected to heartless men. In this study of female dumbness, this article analyses how Collins revisits the literary cliché of the voiceless and powerless heroine locked up in a gothic castle, and unveils the ideology which drives the woman to kill. While the character fashions her body into a crypt, burying deadly secrets, female dumbness becomes subversive in order to rework the image of the woman unable to phrase her sufferings

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