Charlie Galibert


Charlie Galibert est anthropologue et philosophe, chercheur associé au Lirces de l’Université de Nice-Sophia Antipolis. Principales publications : La Corse, une île et le monde, PUF, 2003 ; Guide non touristique d’un village corse, Albiana, 2004 ; L’anthropologie à l’épreuve de la mondialisation, L’Harmattan, 2007 ; Sarrola 14-18. Un village corse dans la première guerre mondiale, Ajaccio, Albiana. 2008 ; Lîle diserte. Pour une anthropologie de la Corse contemporaine, Albiana, 2012, coordination scientifique du numéro d’Ethnologie française consacré à la Corse (juillet 2008).

Articles de l'auteur


Cycnos | Volume 28 n° Spécial

Pas de Petitsboutiens sans Grosboutiens – ou de l’Arlequin originaire. Pour une poétique de la diversité culturelle

L’anthropologie en tant que relation de terrain entre un observateur (l’ethnologue) et un acteur (natif, membre d’un groupe, d’une société…) joue d’une double illusion de totalité. Du côté de l’acteur, l’illusion de totalité prend la forme du fantasme d'un monde clos fondé une fois pour toutes, qui n'a pas à être connu ou reconnu par celui qui n’en est pas membre ; la connaissance de sa société prend la forme d’une appartenance plus ou moins essentialiste dont l’autre est exclu par sa non-appartenance et son extériorité. L’'illusion de l'ethnologue est celle d'une société si transparente à elle-même qu'elle s'exprime tout entière dans le moindre de ses usages, dans n'importe laquelle de ses institutions comme dans la personnalité globale de chacun de ceux qui la composent - charte sociale de Malinovski, fait social total de Marcel Mauss. Ces deux illusions de totalité fonctionnent, comme en miroir, sur le mode du refus de l’altérité en tant que refus de l’illusion de l’autre. Du côté de l’acteur, la vérité de sa société est exclusive et ne saurait relever de la vérité de l’ethnologue. Du coté de l’ethnologue, la pensée scientifique est exclusive et ne saurait relever de celle du natif. Cette opposition réciproque de deux refus de l’altérité peut prendre les formes de l’objectivisme, du positivisme, de l’essentialisme, du relativisme – postures en fin de compte équivalentes dans la méconnaissance de la singularité de l’autre. Dans tous ces cas ce refus de l’autre est refus de la vérité contraire, de la contradiction, de penser les possibles, les contraires, ensemble, la rencontre comme échange et réciprocité. L’auteur examine l’épistémè qui soutient cette proposition, en référence à l’histoire autant qu’au présent de l’anthropologie, en discute l’origine et l’historicité, et interroge la possibilité d’une anthropologie dialogique pratiquant la cohabitation des oppositions et des refus et l’inter-traduction de vérités contraires.

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