Cycnos | Volume 27 n°1 Ville et violence 

Didier Revest  : 

Agressions et homicides dans les rues de Londres au XIXème siècle : crise sociale grave ou psychose ?

Résumé

Cette contribution au débat sur « Ville et violence » soulève la question des agressions et homicides perpétrés dans les rues de la capitale britannique au XIXème siècle, ainsi que celle de leur représentation tant à l’époque que depuis lors (par exemple dans les romans policiers). Il semblerait en effet que l’aura morbide de Jack l’Eventreur soit particulièrement trompeuse. Agressions et meurtres étaient plutôt exceptionnels dans l’espace public ; quant aux formes de violence les plus graves, elles étaient, quelles qu’aient été leurs conséquences, de nature bien moins extraordinaire (rixes entre compagnons de beuverie, disputes opposant des membres d’une même famille). Il est tout aussi instructif par ailleurs de voir en quoi les errements de la presse londonienne en la matière ont fini par peser lourd dans la vie quotidienne des couches sociales les plus modestes.

Texte intégral

1Dès que l’auteur d’un roman policier évoque Londres, l'espace public de cette ville, la rue en particulier, semble être associé aux crimes de sang les plus terrifiants que l'on puisse imaginer. Les exactions de Jack l'Eventreur en particulier – cinq crimes odieux1, les corps des victimes ayant été littéralement dépecés – planent de toute leur macabre envergure sur la capitale britannique et sur ce qu'ont pu en dire bien des écrivains. Ainsi le roman Singing in the Shrouds (paru en 1958) de la Néo-Zélandaise Ngaio Marsh2, communément considérée à l'époque comme la première dauphine d'Agatha Christie, commence-t-il par la découverte du corps inanimé d'une jeune femme dans une ruelle sombre du quartier du port (« The Pool of London ») un soir de brume, une brume si épaisse, nous explique la romancière, qu'elle transforme les êtres humains en « fantômes ». Quant au profil psychologique de l'assassin, un quasi-psychopathe, qui avouera, une fois pris, avoir choisi ses victimes totalement au hasard3, il ne fait qu'ajouter à l'impression générale de profonde obscurité et de danger extrême.

2Plus près de nous, au milieu des années 1990, l'américain Bruce Cook, alias Bruce Alexander, a également choisi de situer ses romans policiers à Londres durant la seconde moitié du XVIIIème siècle. S’appuyant sur des œuvres littéraires (Defoe, Johnson, Gay), mais aussi sur des sources primaires (articles de presse, lettres, et écrits théoriques des frères Fielding4), l'auteur brosse un portrait de la capitale, de ses habitants et de ses rues, dans lequel jeu, alcool, prostitution et meurtre sont omniprésents.        B. Alexander semble même avoir convaincu l'un de ses exégètes que « la ville justifie l'existence du crime », mieux, que « c'est de cette même ville que naît le crime lui- même »5.

3Comme la littérature sert souvent de support à l'art cinématographique, on ne s'étonnera pas que cette vision très noire de l'espace public londonien ait aussi connu de grandes heures à l'écran. Tournés pour l'essentiel durant la Seconde Guerre mondiale par la compagnie Universal Pictures, les épisodes strictement londoniens des aventures de Sherlock Holmes et de son fidèle associé Watson par exemple, joués respectivement par Basil Rathbone et Nigel Bruce, à commencer par Sherlock Holmes and the Voice of Terror de 1942 (sur fond de propagande antinazie), jouent de la même manière sur certains des poncifs énumérés ci-dessus : brouillard et présence de mauvais garçons.

4Les ouvrages de type universitaire consacrés à cet univers spécifique qu'est la rue, quoique brillants, paraissent accréditer un peu plus l'idée qu'elle est décidément un univers bien obscur. Comme un bon nombre de ces livres le souligne, le propre de la rue, c'est qu'elle est « mouvante et complexe », ce qui la rend « de toute façon difficile. »6 Elle est à l'image de la ville, ce « labyrinthe » qui défie l'entendement7, « provisoire », en             « constante fragmentation et réinvention », malgré l'impression d'unité qu'elle donne8.

5Il faut bien avouer au demeurant que Londres au XIXème siècle semble bien être la plus parfaite illustration de ces phénomènes. La population y a crû de un à trois millions d'âmes pour la seule période 1801-1851 ; s'est alors mis en place un ensemble inédit de relations humaines dans un cadre urbain lui aussi inédit, car en mutation, ce qui a eu pour résultat, ainsi que l'atteste, entre autres, la production littéraire d'un Charles Dickens, la naissance de véritables mythes9. Mais ce faisant, tout a basculé : les êtres qui s'agglutinaient partout dans la ville sont devenus une source de danger, perdant, pensait-on, leur humanité pour se transformer finalement en une      « force explosive »10.

6En réalité, comme nous allons le voir, les agressions et crimes crapuleux (ou plus ou moins gratuits) perpétrés dans la rue étaient, malgré les apparences, exceptionnels, et les formes de violence les plus graves étaient de nature bien plus prosaïque. Nous expliquerons également comment et pourquoi la rue a été – si l'on peut dire – lue à l'aide de verres déformants, avant d'indiquer brièvement quelles furent les conséquences de ces exagérations pour les classes modestes de la capitale.

7A lire la presse en particulier, dont les très nombreuses publications quotidiennes et hebdomadaires pénétraient un bon nombre de milieux11, on ne peut qu'être convaincu que les fictions citées en introduction traduisent finalement une réalité sociale bien enracinée dans l'histoire de la ville, d'autant que chaque meurtre, quelle qu'en fût la nature, faisait l’objet d’un compte rendu12. Elle ne nous épargne rien par exemple lors de la grande affaire de la « garotte », tenue dans les années 1850 et 1860 pour une nouvelle forme de délinquance prospérant sur le pavé londonien, et définie par l’Annual Register de 1862 comme suit : tandis que l’un des deux (voire trois) assaillants entoure le cou du passant de son bras afin de lui comprimer la gorge, voire de l’assommer, son acolyte lui fait les poches, avant le cas échéant de le tuer13. Ainsi le Daily News du 18 juillet 1862 n’hésitait-il pas à écrire que les rues étaient un « champ de bataille pour cochers de fiacre en furie le jour, et un repaire de détrousseurs et d’assassins la nuit. »14 Le 23 novembre, The Observer déplorait aussi que les rues ne fussent plus ce qu’elles avaient été15, point de vue auquel allait pleinement souscrire The Quarterly Review l’année suivante16. Le 5 novembre 1862 un lecteur prenait même la plume pour expliquer que « les nuits devenant plus longues, il nous faudrait acheter des revolvers et les transporter dans nos poches. »17

8Bien des années plus tard, alors que Londres ne parle plus que de « l'Eventreur », la revue Littell's Living Age publie le 3 novembre 1888 un article consacré au quartier de Whitechapel. On y égrène les turpitudes de ses habitants (alcoolisme, bagarres entre femmes, prostitution), le but de la manœuvre étant de montrer les liens inéluctables entre ces populations et ce qui peut arriver de pire en ces lieux : « (cette situation) », nous apprend-on en effet, « les convertit tous en assassins et voleurs potentiels. »

9Par ses comparaisons avec des contrées éloignées18, la presse, en outre, entretenait finalement l’idée selon laquelle on pouvait en tel ou tel endroit s'attendre à tout. Le Times déclarait par exemple en 1900 que certaines zones de ce même quartier de Whitechapel étaient plus dangereuses pour le passant que les coins reculés de Calabre, de Sicile ou de Grèce19.

10Certes, en matière d’homicides commis durant la seconde moitié du siècle, Londres fut bel et bien en tête des villes britanniques. On assista même à une envolée des cas dans les années 1880, plus de cent cinquante cas par an au cours de cette décennie contre une trentaine au début des années 186020. Cependant, le taux des homicides volontaires pour la période 1850-1900 fut d'environ 1 pour 100 000 habitants ; dans la décennie 1880, il ne fut que de 0,9 quand il était de 1,7 à Paris21. Londres était donc une des villes les plus sûres d'Europe. De surcroît, si le sang y coulait, c'était aussi et surtout à l'intérieur des maisons, c’est-à-dire au sein des familles.

11Dans une étude de 1994 portant sur 173 cas de mort violente au cours de la période 1862-1892, représentatifs de ce que contiennent les archives, une spécialiste nous explique que 37 cas (un peu plus de 20 %) concernaient de très jeunes enfants, la tranche de zéro à quinze ans représentant en outre quelque 40 % des crimes22, ce qui nous renvoie nettement à l'univers domestique plutôt qu'à la rue. L'année 1849 par exemple a bien vu plusieurs crimes de sang effroyables, mais aucun n'a impliqué des individus ne se connaissant pas, et aucun ne s'est produit dans l'espace public : ainsi a-t-on tué son employeur, son ancien prétendant, son mari, voire un ou plusieurs de ses enfants23. Quant aux tueurs coupables de plus d'un meurtre, ils commettent leurs méfaits toujours à l'intérieur du cercle familial ou de leur cercle d'amis. C'est par exemple le cas du docteur William Palmer, exécuté en 1856 pour quatorze assassinats (un ami, sa femme, sa belle-mère, son frère, quatre de ses enfants légitimes et plusieurs de ses enfants illégitimes), ou de James Blomfield Rush qui tue en novembre 1848 un homme et son fils à qui il avait prêté 5 000 livres24.

12Concernant les assassinats perpétrés effectivement dans la rue, nous sommes de surcroît bien loin des idées véhiculées par la presse. La majorité des victimes connaissait généralement ses agresseurs. Le 5 mars 1862 par exemple, un jeune marin assassinait dans Ratcliff Highway (une artère des quartiers est de la capitale) le gérant d'une pension située dans Denmark Street (paroisse de St George's in the East) qui refusait de lui rendre ses effets personnels25. Même dans le cas contraire, lorsqu'il s'agissait de personnes qui ne se connaissaient pas, les agresseurs ne correspondaient pas au portrait type brossé dans les journaux et autres. Ainsi, comme c'est encore le cas quelquefois aujourd'hui26, maints agents de police sont morts en tentant d'empêcher une bagarre ou d'appréhender un suspect. Le tout premier des agents de la nouvelle police londonienne27 à avoir été tué en service commandé, fut d'ailleurs un certain Joseph Grantham, le 29 juin 1830, alors qu'il essayait de séparer deux Irlandais ivres qui en étaient venus aux mains28. En fin de siècle, on a même évalué à environ 9 % la proportion d'agents « sauvagement agressés » dans l'exercice de leurs fonctions. Sur     3 112 cas recensés de blessures subies par les agents (au titre de l'année 1896), 2 717 (c’est-à-dire environ 7/8e) leur avaient été infligées par les personnes qu'ils étaient venus arrêter29. Les conséquences de ces arrestations se produisaient quelquefois longtemps après. Un certain Hill par exemple, ancien membre des forces de police, se fera tiré dessus en mars 1868 à l'angle de Whitecross Street (près de Finsbury Square, au nord de la Cité de Londres) par un cordonnier irlandais, habitué d'un pub que ce même Hill avait auparavant été chargé de surveiller30.

13Même constat ailleurs. Ainsi s'agissant de la mésaventure, survenue dans la Cité de Londres (Hatton Court, Threadneedle Street), de ce très jeune employé d'une firme de courtiers attaqué alors qu'il transportait un sac rempli de bons ; son agresseur n'était pas un monstre, un être surgi des marges de la société, mais, au contraire, un homme ruiné par la spéculation et tenté par le contenu du sac au point de presque égorger sa victime31. Si trancher la gorge, en outre, était le mode opératoire dans un quart des cas environ, un crime de ce type était presque exclusivement de nature domestique ici encore ; en étaient d'abord victimes les épouses et les enfants32. Ce genre d'affaire vient confirmer ce que pensent les spécialistes : les meurtriers étaient en réalité parfaitement intégrés à la société ; c'est pourquoi - fait révélateur - la police n'avait, exception faite de l'Eventreur, aucun mal à les appréhender33.

14Plus généralement, le fait qu'un certain nombre de victimes n'ait rien su de leur(s) agresseur(s), ne signifie pas, loin de là, que les uns et les autres n'aient point appartenu au même univers social, et qu'ils soient tombés sous les coups de brutes sanguinaires, espèces d'émules de Jack l'Eventreur. Car une majorité des crimes perpétrés à l'aide d'un couteau34, pour ne parler que de ce type d'arme, se produisait durant des bagarres générales (entre marins de telle nationalité et marins de telle autre, russes et américains par exemple), où l'alcool, consommé en quantité toujours plus grande au fur et à mesure qu'avançait la soirée, jouait le rôle de détonateur35. En effet, à l'extrême fin du XIXème siècle, dans les ruelles les plus malfamées de Mile End (dans l'est de la capitale) par exemple, on ne mourait guère assassiné dans la rue suivant les scénarios évoqués par la presse, sauf précisément dans le cas de rixes mettant aux prises bandes rivales, individus louches ayant décidé d'en découdre et marins ici encore36. Lorsqu'il écrit au Times le 23 juillet 1889, le pasteur Samuel Barnett de Whitechapel n'entend pas revenir sur les dangers courus par ses ouailles du fait de l'Eventreur, mais pour dénoncer une fois encore le fond du problème, à savoir ces disputes nocturnes quasi quotidiennes, et durant lesquelles l'usage de couteaux était  « commun ».

15Quoi qu'ait pu en penser le député S. Morton Peto37 dans les années 1860, convaincu qu'il était que dans la plupart des cas de violences commises sur autrui (les attaques contre les agents de police en particulier) les accusés se défendaient en faisant valoir qu'ils avaient été en état d'ébriété38, il paraît néanmoins probable que la trop grande consommation d'alcool, donnée fondamentale, ait été à l'origine de la plupart des homicides. Ainsi une proportion élevée des crimes de sang étaient-ils commis à proximité d'un pub, voire devant le pub lui-même. Le 29 janvier 1877, un certain William Whale succombe, dans le quartier de Bow (zone est de la capitale), aux coups de brique et de pieds donnés par deux compagnons de beuverie avec lesquels il n'avait cessé de se disputer et de se battre toute la soirée alors que les trois hommes faisaient la tournée des débits de boissons39.

16A leurs abords à vrai dire, le passant prenait quelques risques, notamment dans les instants qui suivaient l'heure de la fermeture. Un certain Arthur Melton fut ainsi battu à mort dans la soirée du 24 novembre 1862 devant la Dock House Tavern située dans Victoria Dock Road (Canning Town) par deux marins saouls qu'il ne connaissait pas40. Cependant, malgré la bien triste répétition des crimes dus à l'alcool, il semble que les tribunaux aient été très tolérants41 ; si le nombre de meurtres commis sous son emprise entraînait rarement une condamnation à mort42, c'est précisément qu’on y voyait – comme dans le cas des bagarres ou disputes entre époux ou amis – un grave moment d'égarement plutôt que l'expression d'une marginalité absolue et monstrueuse. Thomas Holmes, missionnaire auprès des tribunaux de police de la capitale à la fin du siècle, en était convaincu : de quelque ordre qu'ils fussent, les problèmes (oisiveté, saleté, cruauté) étaient tous dus à une seule cause, l'alcool encore une fois43, constat que faisaient tous les observateurs chevronnés. Comme on a pu le souligner vers 1900 à propos des rues pauvres de l'arrondissement de Bermondsey44 par exemple (notamment celles situées entre Long Lane et Tabard Street) :

Rares sont les actes délictueux graves ; l'alcool est la plus grande faiblesse des habitants. Alcoolisme, troubles à l'ordre public, bagarres et violences dues à la boisson sont les délits les plus communs45.

17On comprend mieux dès lors certaines mesures adoptées dans tel ou tel débit de boissons. A proximité de Wellclose Square (à quelques centaines de mètres à l'est de la Tour de Londres et à proximité des docks situés dans les quartiers de Wapping et de Shadwell) au cours des années 1870, on trouvait une taverne appelée Preussischer Adler, qui accueillait des marins du monde entier : français, espagnols, italiens, allemands, hollandais, grecs, malais, chinois, etc. La direction avait jugé nécessaire de placarder, au rez-de-chaussée, une affiche qui disait en substance que toute personne se rendant dans la salle de danse du premier étage devait au préalable déposer au bar pistolets, couteaux ou toute autre arme46. Ces précautions, malgré tout, ne changeaient pas grand-chose au résultat final, le pub en lui-même n'étant de toute façon bien souvent que le point de départ de rixes qui se déroulaient véritablement dans la rue. Pour reprendre les propos du professeur Ph. Chassaigne : « S'il est rarement le théâtre d'un meurtre (8 % des affaires jugées), c'est bien entre ses murs que débutent beaucoup de querelles (…). »47    

18Ce qui précède ne signifie aucunement que les attaques contre les passants et les crimes de sang de type crapuleux n'aient pas existé, ou que les victimes en question au regard de l'Histoire soient quantité négligeable. Non seulement Londres avait ses bandes de voyous, y compris dans des quartiers résidentiels comme Marylebone (zone de Regent's Park)48, mais les sources primaires sont de toute façon là pour prouver le contraire. Dans Lambeth Road (grande artère située au sud de la gare de Waterloo), le 17 décembre 1866, après minuit, Henry Brown, un commerçant, fut ainsi passé à tabac et délesté de son argent par trois individus49. Le 29 mars 1875, vers 21 heures, devant l'Olympic Theatre (situé dans le Strand, l'une des grandes artères du centre de la capitale) et sous les yeux d'une foule importante qui n'est pas intervenue, trois inconnus se jetèrent sur une femme accompagnée de deux hommes afin de lui dérober une chaîne et une montre en or50. Le 17 juillet 1889, des mois après le dernier des meurtres attribués à Jack l'Eventreur51, une prostituée de plus était retrouvée égorgée dans le quartier de Whitechapel52. On s’attaquait en outre aux marins, aux enfants, aux juifs, aux marchands ambulants, auxquels on dérobait montres, argent et autres effets.

19En revanche, il est possible d'affirmer que les risques qu'un passant, après une certaine heure ou non, eût pu être molesté voire assassiné en pleine rue par de parfaits inconnus prêts à tout, étaient bien plus minimes que ne le laissait entendre la presse et – par voie de conséquence – ce qu'il faut bien appeler la rumeur. Sur les 173 cas de meurtre évoqués ci-dessus, trois à peine, et bien que ce chiffre ne rende pas ces meurtres moins affreux, correspondent à l'archétype du crime tant redouté par la population en général, à savoir l'attaque à la « garotte », la strangulation éventuellement mortelle infligée à un passant par deux inconnus ou plus53.

20En d'autres termes, on peut légitimement considérer que « l’extraordinaire écho (de la) série meurtrière de (Jack l’Eventreur) », selon l'expression du professeur Roland Marx54, est véritablement l'arbre qui cache la forêt. Fait particulièrement significatif (même s'il faut y voir aussi l'expression d'un préjugé), après avoir tout d'abord cherché « le monstre de l'East End » du côté des gangs de rue (tous connus de la police d'ailleurs, ceci expliquant de surcroît cela) et des prostituées, les enquêteurs s'orientèrent, comme l'a montré l'universitaire américaine J. R. Walkowitz, vers des classes sociales totalement intégrées : bouchers, cordonniers et marins entre autres55.

21Si certaines affaires étaient totalement tragiques, il n'y avait dans l'ensemble rien de suffisamment opaque donc pour faire à la rue la réputation que l'on sait. Dès lors, une question s'impose : d'où pouvait-elle bien venir ?

22Le départ vers des quartiers toujours plus excentrés de tous ceux qui en avaient les moyens, et donc la mise à l'écart progressive d'une frange de la population56, qui se trouvait de toute façon exclue économiquement, ne pouvant dans sa grande majorité rien trouver à l'exception d'emplois temporaires, peu rémunérés57, s'est confirmé tout au long de la période après 1850. Robert D. Storch, un spécialiste de la question, a expliqué qu’« une profonde interruption de communication avait alors eu lieu entre les classes sociales », les pratiques des classes inférieures devenant ainsi                       « profondément effrayantes »58. La construction de gares (et donc de voies ferrées), de nouvelles artères, de canaux, responsables de la disparition de nombreux logements, mutations qui contraignaient les plus humbles à s'entasser dans des lieux toujours plus exigus et moins visibles dans l'espace urbain, a conforté dans leur opinion ceux qui les percevaient déjà comme des groupes humains vivant à la marge. C’est tout naturellement qu’est né et que s’est imposé, loin de ces rues, le fameux concept des « deux nations »59.

23Il ne faut toutefois pas exagérer l'importance de ces phénomènes, ni le caractère abrupt et définitif de l'éclatement en deux blocs de la société londonienne. Il s'agissait aussi, et pour une large part, d'une question de représentation. Car, en fait, les classes les plus aisées60 ignoraient à peu près tout de la vie quotidienne des humbles. Pour elles, l'hétérogénéité de la classe ouvrière, les subtiles nuances qui marquaient les limites entre groupes et entre sous-groupes, n'existaient tout simplement pas. En d'autres termes, elles n'ont pu véritablement percevoir la nature complexe des relations au sein des couches populaires et surtout comprendre que les rues et quartiers qui défrayaient la chronique n'étaient pas – loin de là – la norme. Quoi qu'il en soit, si leurs représentations mentales de Londres, à l'articulation des images concrètes du paysage urbain et des conceptions liées à leurs valeurs61, s'imposèrent, c'est d'abord parce qu'elles possédaient, mieux que quiconque, des moyens d'accès privilégiés, de par leur statut social et leurs activités professionnelles, à ce que nous appelons aujourd'hui les media.

24Ainsi qu'on l'aura compris ci-dessus, la presse, en effet, a joué ici un rôle capital. Elle était devenue le lien principal entre une certaine société, d’un côté, et la rue et ses populations, de l’autre. De cette situation particulière naquirent toutes les distorsions possibles. L’émoi qui saisit Londres au moment de l’affaire de la « garotte » (voir supra) doit toute sa réalité non pas tant à des délits graves commis sur la voie publique, mais plutôt à l’interaction entre la presse et ses lecteurs : prompte à l’amalgame et partisane, elle nourrissait les angoisses de son lectorat qui, en retour, noircissait de ses lettres, et de ses expériences malheureuses éventuelles, les colonnes des journaux, ce qui entraîna véritablement une vague de panique62. Comme pour compliquer les choses, c'est vers cette époque que naît une presse à sensation promise à un grand avenir, prête pour croître et prospérer à toutes les approximations et exagérations imaginables63.

25Au total, c'est l'anormalité du criminel que l'on a eu une forte tendance à mettre en avant64. Des impasses de Londres, de ses ruelles pauvres et, circonstance aggravante, peu ou pas du tout éclairées65, quantité d'inconnus sanguinaires pouvaient donc surgir à tout instant. Ils frappaient plutôt la nuit, dans la rue, univers qui, par définition, était le plus éloigné du fameux « Home Sweet Home » victorien ; ils étaient l'archétype même de tout ce qui sortait de l'ordinaire. Le fameux fog londonien, particulièrement épais durant les deux dernières décennies du XIXème siècle en raison de l'utilisation massive de charbon par une population toujours plus nombreuse66, autorisait – on s'en doute – tous les fantasmes en matière d'explication.

26Il ne pouvait en être autrement puisque, dans le cas contraire, la société victorienne aurait dû admettre l'idée que la délinquance était inscrite en son sein même, qu'elle en était donc pour partie responsable, alors qu'elle préférait rejeter le meurtrier dans un univers totalement étranger, étranger à tous les points de vue pour qu'il n'y ait pas de confusion : valeurs, habitudes, environnement. C'est pourquoi on a pu écrire à ce sujet : « L'idée d'un monde immoral, gangrené, qui profite des richesses de la ville, tout en s'enfermant dans des zones de non droit, en marge d'un centre vertueux et monumental, s'impose rapidement. »67

27N'oublions pas toutefois, à la décharge des journalistes dans leur ensemble, qu'ils n'étaient pas formés à l'étude sociologique, laquelle n'en était pour ainsi dire même pas à ses débuts. Il serait en effet malvenu de leur reprocher d'avoir ignoré ce que ladite science a finalement mis des décennies à nous faire entrevoir, c'est-à-dire, par exemple, que même les données statistiques ne sont pas une traduction directe de la réalité (délinquante ou autre), car droit pénal, normes morales en vigueur et définitions de ce qu'est un acte criminel, ne cessent d'évoluer au fil du temps. Les vagabonds d'hier qui finissaient au bagne ne sont-ils pas devenus ces « SDF » sur le sort desquels – avec raison – nous nous apitoyons de nos jours ?

28On se posait d'autant moins de questions que l'anti-urbanisme (croire que l'univers urbain est mauvais pour l'homme et le dénature) avait acquis depuis longtemps ses plus belles lettres de noblesse. La rue trahissait, disait-on déjà dans les années 1840 (période où la crise économique frappe durement les plus pauvres et marque durablement les esprits)68, un dangereux appauvrissement de la nature et des relations humaines69. De 1770 à 1828, année après année, les comités parlementaires ad hoc ont d'ailleurs défendu l'opinion que la criminalité augmentait régulièrement et qu'il fallait impérativement la combattre par une plus grande prévention70.

29Les ouvrages dont les auteurs ont tenté de faire la part des choses sont, à notre connaissance, très peu nombreux. Ainsi un livre de 1805 qui parut anonymement à une époque où les déclarations alarmistes de l'industriel écossais Patrick Colquhoun dans son Traité sur la police de Londres (A Treatise on the Police of the Metropolis, London: C. Dilly,   1797 – 5e édition) étaient dans toutes les mémoires. Malgré certains propos qui peuvent paraître naïfs de nos jours, on s'y efforce de traiter les voyous comme des exceptions, et on souligne le très faible nombre d'attaques contre des passants et de meurtres commis dans les rues, la nuit par exemple71.

30Dans la seconde moitié du siècle, c'est encore le discours inverse cependant qui gagne du terrain72. On parle ainsi dans un ouvrage écrit par C. F. G. Masterman, qui fut député du Parti libéral et membre du gouvernement, de « foule menaçante », d'une humanité devenue « the Mob » (la populace), « hébétée », tournant en ridicule ce qu'elle ne comprend pas. Autant de phénomènes qui n'auguraient que d'un avenir dans lequel la violence l'emporterait sur la raison et les pratiques illégales se multiplieraient73. Dans un autre livre qu'il avait dirigé, paru quelques années auparavant, The Heart of the Empire - Discussions of Problems of Modern City Life in England, Masterman déjà avait prédit que l'homo urbanus du XXème siècle se nourrirait en priorité à deux mamelles : la voyouterie et la rue74.

31D'autres forces encore ont joué un grand rôle, comme l'a bien souligné R. Marx à propos des crimes de « Jack l'Eventreur » :

Il serait erroné d'isoler le fait de la sexualité d'autres réalités qui ont également contribué au retentissement du fait-divers. La peur de la mort, la hantise d'un monde urbain déshumanisé, la perturbation de tout un code moral et la révélation de l'inefficacité des vieilles barrières répressives ont fait partie de l'espèce de psychodrame que joua la population londonienne affolée. L'environnement du crime, c'est aussi la crise économique, le chômage, la montée du socialisme [cf. les manifestations et émeutes ouvrières de 1886 et 1887], le pessimisme (…)75.

32La littérature ne fut pas en reste. Que l'on songe à ce roman de 1885 écrit par Richard Jefferies76 et qui narre la destruction d'un Londres livré à la corruption et au mal, ainsi que le retour à la barbarie qui en découle. L'auteur récidivait en fait ; il avait en effet, probablement avant 1875, écrit un petit texte intitulé « The Great Snow » (mis en appendice, pp. 243-248, du roman mentionné en note) racontant comment la populace des quartiers est de la capitale en venait à se jeter sur les beaux quartiers de l'ouest. Bien des élus britanniques en fait n'auraient pas été surpris que de tels événements se produisent77 ; la physionomie particulière des lois qu'ils votèrent pour lutter contre la délinquance n’est que le reflet de leurs perceptions erronées. Le battage fait par la presse au sujet de l'affaire de la  « garotte » par exemple, a induit, par le truchement de la réaction d’une partie de la population, une mutation sensible de la législation concernant la délinquance, mutation marquée par une plus grande sévérité. Les attaques de passants rapportées en 1856 donnèrent naissance au Penal Servitude Act de 1857. Celles perpétrées au cours de la seconde moitié de 1862 furent à l’origine de la loi votée en 1863 (Security Against Violence Act), communément appelée The Garotters’ Act. The Penal Servitude Act (1864) et The Prisons Act (1865) tendirent en outre à rendre le séjour carcéral des délinquants plus dur. The Habitual Criminals Act (1869) vint confirmer l’ensemble en imposant une période de contrôle policier de sept ans à tout criminel récidiviste, au cours de laquelle il pouvait être condamné de nouveau par un magistrat sur la seule foi du témoignage d’un agent de police par exemple.

33On peut en définitive considérer que rien ne justifie l'association systématique des deux propositions suivantes : « rue à Londres au XIXème siècle » et « peur, violence(s), mort ». Contrairement à une idée reçue, Londres n'était pas peuplée « d'éventreurs ». Mieux, on est en droit de se demander comment, dans une ville qui était le cadre de très grandes disparités sociales et qui a connu une crise économique chronique à partir des années 1870, il n'y a finalement pas eu davantage de meurtres crapuleux commis dans l’espace public.

34Ce que j'ai tenté d’expliquer ci-dessus tend, plus généralement, à rejoindre les conclusions auxquelles parvient la sociologie à l'heure actuelle, à savoir que les comportements délinquants sont presque toujours le résultat d'interactions entre plusieurs acteurs dans des situations données. S'agissant des meurtres en particulier, les relations entre individus sont primordiales ; dans la grande majorité des cas, les auteurs de ces actes et leurs victimes se connaissent, ce qui, corrélativement, rend la rue beaucoup moins propice au meurtre que l'espace confiné de l'univers domestique ou de lieux tels que les clubs et les bars par exemple.

35Fait symptomatique, les sources secondaires traitant des crimes de sang à Londres au XIXème siècle, dont une majorité joue ouvertement la carte du sensationnel, peinent pourtant à trouver des cas où la victime et son (ou ses) assassin(s) corresponde(nt) trait pour trait à cet univers déshumanisé et ultra dangereux qu'était devenue la rue dans l'inconscient collectif des mieux lotis ; on ne trouve presque rien d'autre que des violences entre époux ou contre des mineurs, et des rixes qui tournent mal entre compagnons de beuverie ou marins de diverses nationalités. Au chapitre du meurtre gratuit ou crapuleux, impliquant par exemple deux parfaits inconnus, dont on donne néanmoins à penser qu'il aurait été monnaie courante du fait du délabrement de l'espace public à Londres, il n'y a rien, publication après publication, de tangible. Un bon exemple de ce genre d'ouvrage, d'ailleurs disponible dans certains musées de la capitale et à la très sérieuse Guildhall Library, la bibliothèque municipale de la Cité de Londres, est celui de Steve Jones, intitulé Capital Punishments - Crime and Prison Conditions in Victorian London78. De son côté, le titre du livre de Leonard Piper, Murder by Gaslight79, est on ne peut plus trompeur puisque aucun des meurtres évoqués n'a été commis dans la rue alors même que la gravure de couverture reproduit un dessin paru dans la presse en 1863 qui montre trois hommes en train de rudoyer un passant. Enfin, tout ce qu’a pu trouver Leonard de Vries, qui a utilisé des numéros de la revue Illustrated Police News pour son ouvrage 'Orrible Murder: An Anthology of Victorian Crime and Passion80, se résume grosso modo là encore à des cas de femmes assassinées par leur mari, d'enfants tués par leur mère.

36Ayant commencé cet article en mentionnant l'œuvre de deux auteurs de romans policiers, je vais donc « boucler la boucle » en parlant d'un troisième, Anne Perry. Dans son roman de 1996, Pentecost Alley81, inspiré par les crimes de l'Eventreur, auquel il est fait nommément référence plusieurs fois82, ne serait-ce que parce qu'elle situe l'action deux années plus tard, cette romancière d’origine américaine fait de nobles efforts pour brosser un portrait réaliste de l'époque : tenues vestimentaires, état de la voirie et des habitations, comportements des individus, situation sanitaire. Les classes sociales sont de surcroît décrites dans toutes leurs subtilités et bien des scènes et personnages ont très probablement dû exister83. Le problème se situe ailleurs selon moi. Car ces descriptions, aussi proches soient-elles de la réalité de telle ou telle rue de Londres en 1890, n'ont pour ainsi dire pas de contrepoint qui pourrait permettre au lecteur de relativiser ce qu'il vient de lire. Le pire devient donc le quotidien de tous, et ce faisant, on perpétue inéluctablement le mythe d'un Londres plus noir que noir.

37Ce reproche, qui n'enlève strictement rien au talent de conteuse d'Anne Perry, dont j'avoue apprécier les romans, a été fait à bien des études menées sur les pauvres à l'époque. C'est celui que l'on a adressé dans les années 1970 à Henry Mayhew par exemple, journaliste qui a dans les années 1840 et 1850 couru Londres à la recherche de témoignages sur la vie de ses marchands ambulants, de ses prostituées et pickpockets. Mais voilà, sans trop y prendre garde, il a parlé d'eux en donnant le sentiment qu'ils étaient en définitive représentatifs de tous les humbles de la capitale, d'autant que le titre des quatre volumes qu'il a publiés n'est autre que : London Labour and the London Poor (« Les travailleurs et les pauvres de Londres »). Chez lui, les « gens de la rue » (« street folk »), c’est-à-dire les prostituées, les pickpockets, les mendiants, les marins, sont souvent assimilés au groupe beaucoup plus vaste constitué par les pauvres en général84. Les pratiques d'une minorité deviennent alors celles de la majorité.

38Il se pourrait de la même manière, mais pour des raisons structurelles bien différentes, liées à sa finalité, que la littérature policière ne soit pas plus en mesure d'éviter certains poncifs, même informée, précise et nourrie des recherches les plus récentes. En effet, la peur du noir est selon toute vraisemblance ancrée au plus profond de nos sociétés et elle assure, à n'en pas douter, de bien beaux jours à ce genre littéraire qu'est le polar. D'après une étude de 2001 sur la délinquance en Grande-Bretagne, nombre de citadins ont peur, le soir, de fréquenter certaines rues ou certaines populations (qu'ils jugent dangereuses), voire, carrément, de sortir seuls. Pourtant, ce serait plutôt à la faveur de rues désertes que la délinquance sous toutes ses formes tend à augmenter85.

Notes de bas de page numériques

1    Dont le dernier toutefois (celui de la prostituée Mary Jane Kelly) n'a pas eu lieu dans la rue.

2   London: HarperCollins Publishers, 2002 (1958), 239 pages.

3    Voir pp. 11, 12, 14, 16-17 & 236-238.

4   Henry Fielding (le célèbre romancier), An Inquiry into the Causes of the Late Increase of Robbers, etc., 1751 ; John Fielding (qui exerçait les fonctions de juge), A Plan for Preventing Robberies within Twenty Miles of London, 1755, et An Account of the Origin and Effects of a Police, 1758.

5    Voir Alain Kerhervé, « Blind Justice de Bruce Alexander – Représentations du crime à Londres au XVIIIème siècle », in François Gavillon (dir.), Ville et crime, Les Cahiers du CEIMA (2), juin 2003, pp. 35-48.

6      Arlette Farge, Vivre dans la rue à Paris au XVIIIème siècle, Paris, Gallimard, 1992 (1979),   p. 19.

7     Jean-Michel Ganteau, « A Hint of the Postmodern Sublime: The Contemporary Faces of London », inThe European English Messenger, Spring 2002, Vol. XI/1, pp. 26-28.

8     Mark Little, « ‘Preposterous city’ », in Gilbert Bonifas (dir.), Lecture(s) de la ville / The City as Text (Actes du Colloque de Newcastle-upon-Tyne – septembre 1999), Nice, Publications de la Faculté des Lettres de Nice, 2000, p. 13.

9    Voir D.W.S. Gray, « London and Paris Illustrated in the First Half of the Nineteenth     Century », in Gilbert Bonifas (dir.), Lecture(s) de la ville, pp. 149-150.

10    Raymond Williams, The Country and the City, London: The Hogarth Press, 1985 (1973), p. 217.

11   On estime à plus de 205 millions le nombre d'exemplaires de ce genre de publication imprimés à Londres pour la seule année 1864. Voir Claire Charlot, 19th-Century       Britain – Home Affairs / Key Documents (1815-1901), Gap & Paris, Ophrys-Ploton, 1995, p. 52.

12   Jennifer Ann Bars, Defining Murder in Victorian London: An Analysis of Cases (1862/1892) [thèse de doctorat soutenue à Oxford, 1994, 377 p., disponible à la Guildhall Library (cote SL 42:021)], p. 19.

13   Rob Sindall, Street Violence in the Nineteenth Century – Media Panic or Real Danger?, Leicester: Leicester University Press, 1990, pp. 10-11.

14    Voir p. 54.

15   Geoffrey Pearson, Hooligan – A History of Respectable Fears, London: Macmillan Education Ltd., 1987 (1983), pp. 130-131.

16    The Quarterly Review, n° 113 (1863), cité par Geoffrey PEARSON, Hooligan, p. 54.

17    Cité par Rob Sindall, Street Violence in the Nineteenth Century, pp. 39 & 40.

18   Voir par exemple Edward Walford, Old and New London – Vol. III: Westminster and the western Suburbs, London: Cassell, Petter, Galpin & Co., date ?, p. 202.

19    The Times, 30 October 1900, cité par Geoffrey Pearson, Hooligan, p. 76.

20    Philippe Chassaigne, « Londres 1900 : assassins, crimes et procès », in L'Histoire, n°154, avril 1992, p. 33.

21    Voir p. 34.

22    Jennifer Ann Bars, Defining Murder in Victorian London, pp. iv, vi-vii & 114.  

23   Michael Alpert, London 1849 – A Victorian Murder Story, Harlow: Pearson, 2004,         pp. 204-205.

24   Jennifer Ann Bars, Defining Murder in Victorian London, pp. 66 & 67 (notes 90 & 91).

25    The Annual Register (of the Year 1862), 1863, p. 37.

26   Voir par exemple Rosie Cowan, « Police officer stabbed to death » - The Guardian, 22 May 2004, sur la mort d'un agent de police à Birmingham lors d'une tentative d'arrestation.

27    Fondée par le ministre de l'Intérieur Robert Peel en 1829.

28   Philippe Chassaigne, « Criminalité et police à Londres au XIXème siècle », in Jacques Carré (dir.), La Ville Victorienne, Revue Française de Civilisation Britannique - Vol. XII, n° 3, CRECIB., automne 2003, p. 106.

29   Arthur Griffiths (auteur prolifique ; inspecteur des prisons), Mysteries of Police and   Crime - A General Survey of Wrongdoing and its Pursuit (Vol. I), London: Cassell & Co. Ltd., 1898, p. 88.

30    Voir The Annual Register (of the Year 1868), 1869, p. 24.

31    Arthur Griffiths, Mysteries of Police and Crime - A General Survey of Wrongdoing and its Pursuit (Vol. II), London: Cassell & Co. Ltd., 1898, pp. 273-274.

32    Jennifer Ann Bars, Defining Murder in Victorian London, p. 228.

33    Philippe Chassaigne, « Londres 1900 », pp. 37-38.

34    Ce type d'instrument était utilisé dans de nombreux métiers (cordonnerie, vente ambulante et métiers des docks par exemple) et donc en permanence dans les poches de la plupart des hommes fréquentant les pubs des quartiers ouvriers. Voir Jennifer Ann Bars, Defining Murder in Victorian London, p. 222.

35    Voir pp. 222-225.

36   Charles Booth (armateur originaire de Liverpool ; auteur à partir de la fin des années 1880 d'une étude à caractère sociologique consacrée à Londres), Life and Labour of the People in London, 3rd Series - Religious Influences, Vol. I - London north of the Thames: the outer Ring, London: Macmillan & Co. Ltd., 1902, p. 53.

37   Sir Samuel Morton Peto (1809-1889), entrepreneur (construction de voies ferrées en particulier), élevé au rang de baronnet en 1855, et député libéral de Norwich (1847-1854), de Finsbury (1859-1865), de Bristol (1865-1868).

38   Voir débats aux Communes du 23 mai 1862, in Hansard's Parliamentary Debates, 3rd Series, Vol. CLXVI, London: Cornelius Buck, 1862, cols. 2111-2113.

39    Jennifer Ann Bars, Defining Murder in Victorian London, p. 218.

40    Voir pp. 216 & 218.

41    Voir p. 212.

42    Voir p. viii.

43   Thomas Holmes, Pictures and Problems from London Police Courts, etc., London: Edward Arnold, 1900, p. 66.

44    Quartier situé sur la rive droite de la Tamise.

45   Charles Booth, 3rd Series, Vol. IV - Inner South London, New-York: AMS Press, Inc., 1970 (1902-1904), pp. 117-118.  

46    Voir « Gaslight Wanderings (n° 3): Down East » - The Metropolitan, 14 September 1872.

47   Philippe Chassaigne, « Londres 1900 », p. 35. Aujourd'hui encore, et d'après des études émanant du Home Office (le ministère de l'Intérieur britannique) portant sur l'année 2003, environ la moitié (1,2 million d'incidents) de ce que l'on nomme « violent crime » (c'est-à-dire la délinquance accompagnée de violences physiques), ainsi que 70 % des admissions en urgence dans les hôpitaux en période de pointe, sont dus à l'abus d'alcool. Voir Alan Travis, « Blitz on ‘happy hour’ pubs after 21% rise in thuggery » - The Guardian, 30 April 2004, et « On the streets of binge Britain » - The Observer, 5 September 2004. A Glasgow, ce problème a pris des proportions telles que les responsables de la police locale parlent désormais de la nécessité d'avoir une politique à long terme de lutte contre l'alcoolisme. Voir Dan McDougall, « Alcohol culture must be tackled to overcome violence, say police » - The Scotsman, 10 April 2004.

48   Philippe Chassaigne, « Londres 1900 », p. 35. Les quartiers huppés de Fulham, Westminster, Kensington et autres, étaient aussi quelquefois le théâtre d’actes répréhensibles (vols en pleine rue par exemple). Voir Charles Booth, 3rd Series, Vol. III - The City of London and the West End, London: Macmillan & Co. Ltd., 1902, pp. 86 & 171, et George R. Sims, The Mysteries of Modern London, London: C. Arthur Pearson, 1906, p. 119.

49    Voir l'article paru dans le Times du 9 janvier 1867, p. 9.

50    The Annual Register (of the Year 1875), 1876, p. 24.

51    Il aurait tué sa dernière victime le 9 novembre 1888.

52    The Annual Register (of the Year 1889), 1890, p. 34.

53    Jennifer Ann Bars, Defining Murder in Victorian London, p. 249.

54   Roland Marx, 1888 – Jack l'Eventreur et les Fantasmes victoriens, Bruxelles, Editions Complexe, 1987, p. 174.

55   Voir Judith R. Walkowitz, « Jack The Ripper and the Myth of Male Violence », in Feminist Studies 8, n° 3, Autumn 1982, p. 555.

56   Voir entre autres R. Glass, « Anti-Urbanism », in Current Sociology, Vol. 4, 1955,          pp. 5-19 ; Gareth S. Jones, Outcast London - A Study in the Relationship between Classes in Victorian Society, Oxford: The Clarendon Press, 1971, p. 14, et David Cannadine,          « Residential Differentiation in Nineteenth-Century Towns: from Shapes on the Ground to Shapes in Society », in James H. Johnson & Colin G. Pooley (eds.), The Structure of Nineteenth Century Cities, London: Croom Helm, 1982, pp. 239 & 245.

57   A Londres, les réservoirs d’emplois stables pour quantité d’ouvriers sans qualifications étaient peu nombreux à cause de l'absence relative d’usines et de l'importance de la production à petite échelle (dans le textile par exemple). Voir Donald J. Olsen, The Growth of Victorian London, London: B. T. Batsford, 1976, p. 325, et David R. Green,    « Street Trading in London: a Case Study of Casual Labour (1830-1860) », in James H. Johnson & Colin G. Pooley (eds.), The Structure of Nineteenth Century Cities, p. 130.

58   Robert D. Storch, « The Policeman as Domestic Missionary: Urban Discipline and Popular Culture in Northern England, 1850-80 », in R. J. Morris & Richard Rodger (eds.), The Victorian City: A Reader in British Urban History (1820-1914), London: Longman, 1993, pp. 304 & 305.

59 David Cannadine, « Residential Differentiation in Nineteenth-Century Towns », pp. 239  & 245.   

60   Vers le milieu du siècle, Londres était la ville du royaume où la proportion d'adultes de sexe masculin appartenant à la bourgeoisie était la plus élevée : environ 35 %. Voir Richard Trainor, « The Middle Class », in Martin Daunton (ed.), The Cambridge Urban History of Britain (Vol. III / 1840-1950), Cambridge: Cambridge University Press, 2000, pp. 678-679.

61   Claire Hancock, Paris et Londres au XIXème siècle (représentations dans les guides et récits de voyage), Paris, CNRS Editions, 2003, pp. 295-296.

62   Jennifer Davis, « The London Garotting Panic of 1862 », in V. A. C. Gatrell, Bruce Lenman & Geoffrey Parker (eds.), Crime and the Law: the Social History of Crime in Western Europe since 1500, London: Europa Publications Ltd., 1980, p. 204.  

63   C’est d’ailleurs à une époque où la criminalité baisse effectivement que, paradoxalement, la machine à produire de l’événementiel s’emballe. Voir V. A. C. Gatrell & T. B. Hadden,      « Criminal Statistics and their Interpretation », in E. A. Wrigley (ed.), Nineteenth Century Society - Essays in the Use of Quantitative Methods for the Study of Social Data, Cambridge: Cambridge University Press, 1972, p. 374, cité par V. A. C. Gatrell, Bruce Lenman & Geoffrey Parker (eds.), Crime and the Law, p. 196, note 19, et Rob Sindall, Street Violence in the Nineteenth Century, pp. 5-6.

64   Voir Laurent Mucchielli, « La criminalité : une construction sociale », in Sciences Humaines, n° 123, janvier 2002, pp. 22-26.

65   Qui étaient encore légion dans les quartiers modestes vers la fin du siècle. Voir par exemple William J. Fishman, The Streets of East London, London: Duckworth, 1979,   pp. 56-57, et Thomas Burke, The Streets of London through the Centuries, London: B. T. Batsford Ltd., 1940, p. 121.

66   A ce sujet, voir Peter Brimblecombe, The Big Smoke: a History of Air Pollution in London since Medieval Times, London: Methuen, 1987, 185 pages.

67   Françoise Barret-Ducrocq, « Quelles marges dans la capitale victorienne ? », in Jacques Carré (dir.), La Ville Victorienne, p. 83.

68   William Toboul, « Le pauvre dans le réel et dans l'imaginaire social et religieux », in Solange Dayras & Christiane d'Haussy (dirs.), Religion, politique et société en Grande-Bretagne, Revue Française de Civilisation Britannique - Vol. VI, n° 3, CRECIB., novembre 1991, p. 72.

69   Friedrich Engels, The Condition of the Working Class in England from Personal Observation and Authentic Sources, London: Lawrence & Wishart, 1984 (1845), pp. 59-60, et Flora Tristan, Promenades dans Londres, ou l'Aristocratie et les Prolétaires anglais (édition établie par F. Bédarida), Paris, Maspéro, 1983 (1840), p. 134 (note).

70    Arthur Griffiths, Mysteries of Police and Crime (Vol. I), p. 83.

71   Anon., Modern London; Being the History and Present State of the British Metropolis, London: Richard Philipps, 1805, pp. 146-148.

72   Une lecture plus sereine des faits ne s'imposera véritablement que plus tard, bien qu'ait existé dès les années 1830 et 1840 déjà une abondante littérature philanthropique, chartiste et religieuse (le socialisme chrétien par exemple avec John Ludlow, Charles Mansfield et Charles Kingsley, sans parler du méthodisme). Voir William Toboul, « Le pauvre dans le réel et dans l'imaginaire social et religieux », pp. 76-77.

73   Charles Frederick Gurney Masterman, The Condition of England, London: Methuen, 1909, pp. 94, 95, 96, 98 & 108.

74   Masterman n'est nullement un cas isolé. Voir par exemple Henry Solly, Rehousing of the Industrial Classes, 1884, et Raymond Unwin, Town Planning in Practice: An Introduction to the Art of Designing Cities and Suburbs, 1909 ; selon ce dernier, les masses urbaines étaient à la fois ignares et dangereuses (p. 60). Ces auteurs font écho entre autres à Robert Owen, A Statement Regarding the New Lanark Establishment, 1812, et J. Minter Morgan, The Christian Commonwealth, 1850, pour qui la ville était un univers profondément néfaste.

75    Roland Marx, 1888, p. 9.

76    After London - Wild England, Oxford: Oxford University Press, 1980 (1885), 248 pages.

77   Voir par exemple les propos du député Gregory durant les débats aux Communes du 7 mars 1878, in Hansard's Parliamentary Debates, 3rd Series, Vol. CCXXXVIII, London: Cornelius Buck, 1878, col. 876.

78    Nottingham: Wicked Publications, 1993 (1992), 86 pages.

79    London: M. O'Mara Books Ltd., 1991, 219 pages.

80    London: Mac Donald, 1971, 160 pages.

81    London: HarperCollins Publishers, 1998 (1996), 405 pages.

82    Voir par exemple pp. 285 & 286.

83    Voir pp. 3-4, 172, 175, 176, 182, etc.

84   Voir Gertrude Himmelfarb, « The Culture of Poverty », in Harold J. Dyos & Michael Wolff (eds.),The Victorian City - Images and Realities, Vol. II, London: Routledge & Kegan Paul, 1973, p. 712. Pour une critique de fond de l’œuvre de Mayhew, voir également Anthony S. Wohl, « Introduction », in John Hollingshead, Ragged London in 1861, London: Dent, 1986 (1861), p. xvii notamment.

85   Voir Philip Connolly (responsable de Living Streets pour Londres), « Streets that police themselves » - The Guardian, 17 July 2003.

Pour citer cet article

Didier Revest, « Agressions et homicides dans les rues de Londres au XIXème siècle : crise sociale grave ou psychose ? », paru dans Cycnos, Volume 27 n°1, mis en ligne le 12 janvier 2011, URL : http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=6459.


Auteurs

Didier Revest

Didier REVEST est angliciste et Maître de conférences à l’université de Nice/Sophia-Antipolis, où il enseigne l’histoire de la Grande-Bretagne. Auteur d’une thèse de doctorat sur « La rue à Londres à l’époque victorienne et édouardienne » (2000), il a rédigé plusieurs articles sur la thématique conjointe du social et de l’urbain, et notamment : « Rue et marginalité : le cas de Londres au XIXème siècle », paru dans Jacques Carré (dir.), La Ville victorienne – Revue Française de Civilisation Britannique, CRECIB., Vol. XII, n° 3, automne 2003.