Raphaëlle Costa de Beauregard


Raphaëlle COSTA DE BEAUREGARD est Professeur Emérite, Université de Toulouse II, Fellow de Clare Hall (Cambridge, G.B.), Membre de SCM, AFECCAV, NECS, fondatrice en 1993 de la SERCIA (Société d’Etudes et de Recherche sur le Cinéma anglophone). Elle a dirigé en 2009 Cinéma et Couleur - Film and Colour, Paris : Michel Houdiard, et publié sur Greenaway 2010 “Green Apples and Red Prawns : the Colour of Time in Peter Greenaway’s A Zed and Two Noughts (Z.0.0.)”, The Journal of British Cinema and Television, volume 7, 1, pp. 82-94; accessible en ligne Avril 2010. 2007 “From Screen to Flesh : The Language of Colour in The Belly of an Architect”, Wendy Everett dir. Questions of Colour in Cinema – From Paintbrush to Pixel, New Studies in European Cinema n°6, Peter Lang : Bern, pp. 57-66. 2007 « The Belly of an Architect (1987) de Peter Greenaway ou l’art du clin d’œil en trompe l’œil » in Les autres arts dans l’art du cinéma, Dominique Sipière et Alain Cohen, dirs. Rennes : Presses Universitaires de Rennes, pp.31-48. Recherche en cours : ouvrage sur le temps au cinéma.

Articles de l'auteur


Cycnos | Volume 26 n°1

Perception and affect in Peter Greenaway’s Z.0.0. / A Zed and Two Noughts

Dessins, peinture, chant, calligraphie, danse ou théâtre, le cinéma de Greenaway, à l’interface des genres et des langages, englobe tous les arts et en explore les limites. Dans Prospero’s Books (1991), film qui adapte librement La Tempête de Shakespeare, les procédés réflexifs et méta cinématographiques – mises en abyme, texte calligraphié et visible à l’écran, incrustations d’images ou images-miroirs – permettent de surenchérir sur la veine métathéâtrale essentielle dans la pièce et opèrent comme des révélateurs esthétiques et culturels. Les merveilles artistiques et scientifiques de la période sont présentées en un catalogue exubérant qui évoque les collections hétéroclites de ces cabinets de curiosités chers aux princes mécènes, qu’il s’agisse de François 1er de Médicis ou de l’empereur mélancolique Rodolphe II de Habsbourg, peut-être un modèle pour le personnage de Prospéro. Ici, le cumul de merveilles visuelles et auditives contribue à faire du film lui-même un cabinet de curiosités. Dans Nightwatching (2006), la mise en abyme du célèbre tableau de Rembrandt sert de révélateur à un discours social moralisateur. Du théâtre au cinéma, de la peinture au cinéma, le processus méta-artistique opère dans les deux films d’une manière dialectique, à la fois comme illustration explicite d’un contexte et exercice de style esthétique. L’esthétique évoquée (maniériste pour le premier ; baroque pour le second) contamine à son tour tout le film, soulignant ainsi toute la magie de l’artifice artistique. Drawing, calligraphy, dance, painting or drama, Greenaway’s cinema encompasses all arts. Whether it explores the genesis of a work of art or the complex processes at stake in artistic creation, it is always meant to show art as magic and the work of art as an artifice. This is particularly true for Prospero’s Books, the 1991 exuberant adaptation of Shakespeare’s play The Tempest. Metacinematic or framing devices, mise en abyme effects and mirror-images enhance the nature of cinematic art, taking up and amply expanding on the meta-artistic vein present in the play. The eclectic erudite references to mannerist artists or great scientific and historical figures of the Renaissance also powerfully illustrate the context while succeeding in imitating the artists’ virtuosity, style and “bella maniera”. Such comprehensive contextual evocation also reminds one of Renaissance habits. One may think for example of princes indulging in the contemplation of heteroclite collections of marvels in their secret curiosity chamber, hence Francesco de Medici in his studiolo in Florence or Rudolf II in Prague Hradschin castle Wunderkammer. The great melancholy emperor could well be considered a model for erudite Prospero “rapt in secret studies in his poor cell”. Such erudite Borges-like cataloguing partakes both of an irony and of a genuine wish to evoke the context and tends to turn the very film itself into a cabinet of curiosities. In Nightwatching, the mise en abyme of Rembrandt’s painting serves to reveal the mystery of a plot and a murder, thus pointing at the dark underworld of 17th century thriving but corrupted Amsterdam. It also serves an aesthetic purpose, as the filmmaker attempts to “match the painter’s mystery of light”. Baroque aesthetics are not only shown in the film; they become the matter and essence of the film. Here again self-referential constructions serve a two-fold purpose, cultural and aesthetic.

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Cycnos | Volume 26 n°2

The sounds and silences of time in Thomas Hardy’s Far From the Madding Crowd (1874): novel and film

Dès le premier chapitre du roman, la description détaillée de montres diverses prend en charge le portrait des personnages. Mais le temps est aussi un ressort dramatique dans le roman, tout comme dans le film : agent silencieux et universel, il est rendu visible par les choix de paysages empruntés à des peintres du dix-septième siècle ainsi qu’à ceux de l’école préraphaélite. Il serait mal venu de se contenter comme David Lodge de dire que Hardy est un cinéaste avant l’heure, car les procédés qu’il utilise se trouvent dans la peinture, en ce qui concerne les échelles de plan, et dans le roman du dix-huitième siècle, pour ce qui est du montage, et non d’un cinéma dont les techniques ne se sont affirmées comme telles que dans la deuxième décennie du vingtième siècle. La fonction de Gabriel dans l’adaptation filmique par Renton étudiée dans cet article est la prise en charge par un  regard omniscient des fonctions du narrateur et de l’ange gardien. Le film s’adresse toutefois à un public de 1998 et donne de ce fait au rôle de Fanny la part qui lui revient alors que le roman se contente de l’esquisser. 

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