Catherine Lanone


Catherine LANONE est Professeur de littérature anglaise à l’Université de Toulouse 2; elle a publié deux ouvrages (l’un sur E.M. Forster et l’autre sur Emily Brontë) et de nombreux articles sur les littératures du dix-neuvième et du vingtième siècles – y compris sur Thomas Hardy.

Articles de l'auteur


Cycnos | Volume 25 Spécial - 2008

Jane Eyre et l'affect de l'image : entre texte et écran

Dans Jane Eyre, Charlotte Brontë met en abyme le rôle de l'image en faisant des aquarelles de Jane des visions romantiques prémonitoires originales. Brontë nous invite ainsi à réfléchir au rapport texte/image, aux mécanismes de transposition (puisque Jane enfant se réfugie dans les gravures de Bewick, qui viendront inspirer ses visions d'adulte), aux modalités de représentation, cadrage ou hors champ, autant d'éléments qui peuvent éclairer notre approche d'un autre type de transposition, l'adaptation filmique ou cinématographique. En partant entre autres des aquarelles de Jane, cet article se propose donc de s'interroger sur une scène de rencontre emblématique, celle de Jane et de Rochester, afin de montrer comment le texte de Brontë sait contrevenir aux conventions qui régissent d'ordinaire les scènes de première rencontre, et comment cet affect peut se transposer à l'écran, entre gothique et romance, dérive insolite et insistance sur la résilience de Jane. Les effets de décor, d'éclairage, le choix des plans et des dialogues, sont autant d'indices guidant peut-être, en fin de compte, vers l'utilisation très particulière des effets sonores qui permettent à Brontë de jouer avec brio sur le hors champ.

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Cycnos | Volume 25 n°1 - 2007

“An inhabitant of both countries”: Division in The Power and the Glory

Dans The Power and the Glory, le protagoniste n’est pas présenté sous des traits héroïques mais il finit par devenir une figure de saint tandis que le deutéragoniste n’est jamais présenté comme une figure de saint bien qu’il soit doté de traits héroïques. Il n’y a donc pas coïncidence entre la figure du saint et celle du héros et, puisque cette coïncidence constitue l’une des caractéristiques de l’hagiographie, le récit du prêtre anonyme ne ressortit pas à l’hagiographie ; or, si The Power and the Glory n’est pas une hagiographie bien que décrivant l’itinéraire d’un saint, c’est bien que le roman de Greene entend se montrer séditieux envers les métarécits canoniques. De fait, l’hagiographie enchâssée fait l’objet d’une mise en texte caricaturale et de fait, le héros contrevient à toutes les typologies du héros classique tel qu’il est défini par Baudoin, Campbell ou Sellier. Si Greene s’efforce de mettre en cause les acceptions et les conceptions conventionnelles des concepts de saint et de héros, c’est pour signaler son hétérodoxie fondamentale tant sur le plan théologique que romanesque. Dans l’axiologie idiosyncrasique de Greene, le protagoniste tire sa sainteté de son avilissement et le héros romanesque est à la fois un anti-héros et un héros qui échappe aux classifications génériques. En redéfinissant et reconfigurant le saint et le héros par un processus d’hybridation, Greene souligne donc son horreur de l’orthodoxie que ce soit dans le domaine religieux ou dans le domaine littéraire.

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Cycnos | Volume 26 n°2

"Without throwing a Nymphean tissue over a milkmaid" (19): from Bathsheba Everdene to Tess of the d'Urbervilles

Far from the Madding Crowd est peut-être le roman le plus léger de Thomas Hardy, où la pastorale se teinte d'un humour savoureux. La catastrophe y reste évitable, grâce à la vigueur et au dévouement de l'emblématique berger, Gabriel Oak. Mais le roman comprend aussi un certain nombre de scènes fortes, sur lesquelles Virginia Woolf mit jadis l'accent. Le bruit du temps introduit sa dissonance dans la logique de la pastorale immuable, tandis que les premiers dérapages amoureux et amères ironies pointent, à travers Boldwood, jouet de l'interpellation et de la sublimation. Les éclairs du sabre remodelant la silhouette de Bathsheba au fil du rasoir préfigurent la violence faite à Tess, tandis que la peinture du personnage de Fanny prend des accents poignants, à travers une forme de présence spectrale au moment de l'enterrement qui va au-delà du mélodrame. De même, l'épisode de la tombe joue sur des motifs gothiques, comme la gargouille, pour réinscrire dans le texte la figure du bébé perdu.

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