Daniel Tron


Daniel Tron, actuellement Ater à l'université d'Angers, il prépare une thèse intitulée « Du texte à l'image, architecture(s) et déconstruction(s) de la réalité » sous la direction de Gilles Menegaldo. L'étude porte sur la métalepse dans des récits littéraires et cinématographiques, en particulier ceux de Terry Gilliam et de Philip K. Dick. Il a aussi travaillé sur l'idéologie et la représentation de la nature en Hard SF.

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Cycnos | Volume 22 n°2

La Reconstruction de l'histoire, de Philip K. Dick au cinéma coréen contemporain

Le but de cette communication est d’établir une étude croisée entre une uchronie littéraire américaine, Le maître du Haut-Château de Philip K. Dick, publiée en 1962, et une uchronie cinématographique coréenne, 2009 Lost Memories, réalisée par Si-myung Lee en 2002. Les deux récits postulent une occupation du pays concerné (Les USA pour Dick et la Corée pour Lee) par le Japon à la suite d’une seconde guerre mondiale à l’issue alternative. Les deux œuvres jouent essentiellement sur une confusion entre les niveaux de réalité, l’Histoire telle que nous la connaissons se mêlant à celle née de la fiction. Avec des instruments narratifs différents, l’auteur et le réalisateur commencent par déterminer ce qu’Eric Henriet appelle « le point de divergence » précis à partir duquel l’histoire s’est modifiée. Ainsi, dans le film de Lee, c’est l’incrustation de fausses images d’archives, en couleur sépia, qui joue ce rôle. D’emblée, la question de la crédibilité, aux yeux du public visé, est déterminante. Il faut que ce « point de divergence » soit suffisamment consensuel pour être efficace. Dans les deux œuvres, on assiste également à la mise en place d’une historiographie parallèle : tantôt les détails des événements sont donnés par un professeur, tantôt ils se glissent dans les dialogues ou dans les scènes d’exposition. Progressivement, la question de l’identité culturelle se pose. Celle d’Américains vivant sous domination japonaise. Celle de Coréens cherchant à reconquérir leur liberté, à se réapproprier leur histoire. Plus intéressant encore, on assiste à la mise en scène d’une « méta-uchronie » traçant les contours, à l’intérieur du monde parallèle qui nous est proposé, d’une histoire qui ressemble à s’y méprendre à la nôtre, sans nécessairement l’être. Ainsi, dans Le Maître du Haut-Château, un auteur étrange, vivant en reclus, écrit une uchronie intitulée « La sauterelle est pesante » qui raconte la victoire des Alliés à la fin de la seconde guerre mondiale. La reconstruction de l’histoire confère au récit, littéraire ou cinématographique, une dimension mythique, en particulier grâce à ce que l’auteur appelle « des glissements textuels de réalité ». C’est le caractère transgressif des œuvres qu’il convient ici de retenir, oscillant sans cesse entre concordance et discordance entre histoire réelle et trame imaginaire. Au final, apparaît une dimension autobiographique de ces uchronies, toutes deux très personnelles sous couvert de fiction.

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