Cycnos | Volume 22 n°2 La science-fiction dans l'histoire, l'histoire dans la science-fiction - 

Jérôme Goffette  : 

Exploration d’une histoire possible : la dichtonie de Stanislas Lem

Résumé

Dans les Voyages électriques d’Ijon Tichy, Stanislas Lem imagine la visite d’une planète semblable à la Terre (di-chton) mais ayant plusieurs chapitres d’histoire d’avance. Le personnage principal explore ce qui est présenté comme une encyclopédie historique mais se révèle être pour nous une exploration du futur possible. Cette « histoire visionnaire » possède deux traits particuliers : il s’agit essentiellement d’une histoire des transformations corporelles et d’une histoire des idéologies politiques associées. Intermédiaire entre un récit romanesque et une fiction philosophique, il s’agit aussi et surtout d’un texte tourbillonnant sur la plasticité de l’humain. Bien des essais philosophiques actuels sur la post-humanité à venir (Sloterdijk, Fukuyama, etc.) auraient gagné à s’approfondir de la connaissance d’un tel texte.

Index

mots-clés : corps , futur, histoire, métamorphose, omniplastie, Stanislaw Lem

keywords : body , future, history, metamorphosis, omniplasty

Plan

Texte intégral

1La question des transformations corporelles à venir de l’être humain agite de plus en plus le cercle de la philosophie et plus largement celui de la sociologie, de l’anthropologie, voire des sciences politiques. Certes, il convient d’emblée de remarquer que nous ne sommes pas confrontés à de l’inédit radical. L’être humain, par son humanisation elle-même, a toujours eu affaire à l’artificialisation, y compris sur son propre corps. La médecine en est un des plus éclatants exemples. Peut-on pour autant reprendre l’adage Nil novi sub sole1 ? En fait, il semble bien que les transformations à venir pourront être d’une toute autre ampleur que celles du passé. A ce titre elles réactivent fortement les problématiques de l’artificialisation et de l’humanisation ou déshumanisation.

2A lire les textes publiés à ce jour, les positions sont aussi diverses que tranchées. Si Lucien Sfez décrit avec une certaine distance une utopie en marche, celle de la santé parfaite2, d’autres sont beaucoup plus enthousiastes, comme Peter Sloterdijk3, et d’autres franchement alarmistes, comme Hans Jonas4, Francis Fukuyama5 ou David Le Breton6. Les éclairages qu’ils apportent révèlent tous plusieurs aspects du problème, mais souffrent en même temps d’un obstacle inhérent à ce genre d’essais prospectifs, à savoir la difficulté à se représenter l’avenir du fait que nous n’en ayons pas encore l’histoire, la substance, la matière. Avec des arrière-plans divers, tous soulignent l’artificialisation du corps, la fin de la nature humaine, mais sur ces transformations du corps à venir ils demeurent souvent allusifs ou pris dans le tourbillon de l’actualité comme s’ils se heurtaient à l’impossibilité d’une prospective.

3Cet article se propose d’essayer d’atténuer cet obstacle épistémologique en puisant dans la science-fiction, non à titre de textes littéraires mais d’ouvroir de corporéités potentielles (pour plagier l’Oulipo). Il est curieux qu’aucun de ces essayistes ne l’ait fait. Naturellement, plutôt qu’un survol rapide d’une multitude d’œuvres, il est préférable d’analyser quelques textes seulement. Un auteur paraissait particulièrement indiqué, Stanislas Lem, puisqu’il est lui-même auteur d’essais de prospective, de réflexions sur la futurologie7 et écrivain renommé de science-fiction. Très humblement, vu son extrême densité, il ne sera ici question que d’un seul écrit, Les Voyages électriques d’Ijon Tichy de S. Lem, et plus particulièrement du « Vingt-et-unième voyage ». Ce texte est certes moins connu et commenté que Solaris ou le Congrès de futurologie8, mais il apporte une réponse particulièrement intéressante à la question posée : le corps.

4Le livre original de Stanislas Lem, dans sa version complète, a été écrit en polonais en 1976 et publié sous le titre Dzienniki Gwiazdowe (une première version est parue dès 1957). La traduction française date de 1980, aux Editions Denoël (Présence du futur), et il convient de souligner d’emblée le travail de transcription accompli par Dominique Sila, puisque le texte fourmille de néologismes à double sens et de jeux de mots aussi truculents que subtils. En fait, bien qu’il soit clairement inscrit dans le genre « science-fiction », il présente, comme la plupart des écrits de S. Lem, une forme et une construction qui le rattachent aussi à d’autres traditions, comme le pastiche, le récit de voyage, le compte-rendu d’expédition scientifique à la façon du XIXème siècle ou l’expérience de pensée philosophique9. De plus, il s’agit d’un récit encadré tel qu’on les trouve dans l’Antiquité, à la Renaissance ou à l’âge baroque10. La construction du texte présente par exemple certaines similitudes avec Le Songe (1634) de Johannes Kepler, dont Fernand Hallyn a souligné les quatre niveaux de textualité enchâssés11. En observant attentivement la préface et le « 21ème voyage », on s’aperçoit qu’il ne doit pas exister moins de cinq ou six niveaux d’encadrement concernant l’histoire de la Dichtonie, certains troublant les autres, qui plus est ; il convient de souligner à cet égard que S. Lem est un habitué de l’auto-référence ironique et de l’emboîtement des récits, puisque cela est aussi présent dans A Perfect Vacuum12, de même qu’on peut trouver un jeu sur les préfaces de livres fictifs dans Imaginary Magnitude13.

5En particulier, le « héros », Ijon Tichy, se présente lui-même comme en mission d’historien. Plus précisément, Tichy a accepté lors du vingtième voyage de devenir directeur de l’OPTEHIUHYP, l’Optimalisation Téléchronique de l’Histoire Universelle par Hypernateur : « On va régler l’histoire universelle, la nettoyer, réparer, redresser et perfectionner, conformément aux principes humanitaires, rationalistes, ainsi qu’à l’esthétique générale. » (pp. 152-153)

6Après en avoir tâté et avoir souffert des actions peu intègres de ses collègues, il fuit. Il veut aller le plus loin possible, ce qui le décide pour la planète Dichtonie. Un peu de grec suffit pour comprendre que « dichtonie » signifie ni plus ni moins que « deuxième Terre ». Le déplacement dans l’espace n’est qu’apparent. De même, bien qu’Ijon Tichy soit parti du XXVIIème siècle, on peut faire l’hypothèse que S. Lem a intitulé ce chapitre « Vingt-et-unième voyage » pour signifier un voyage au XXIème siècle, c’est-à-dire le futur assez proche pour un homme de 1970 (l’ouvrage ne commence qu’avec le « Septième voyage »). Ici encore, le déplacement dans le temps n’est qu’apparent.

7Dernier point permettant de comprendre la situation du récit, le « Vingt-et-unième » voyage est un double récit. Au premier niveau, Tichy relate ses aventures en Dichtonie. Mais au second, il rend compte de sa lecture d’un « précis d’histoire dichtonienne, succinct mais instructif, dû à la plume d’un historiographe officiel » (p. 200). Tichy commence son compte-rendu par ces mots : « Jusqu’en 2300 environ, les Dichtoniens étaient les frères jumeaux des hommes, du moins par leur apparence » (p. 200). 2300 correspond donc à notre présent. Nous sommes donc dans une « histoire du futur » (l’expression est d’ailleurs plus pertinente ici que pour Robert A. Heinlein).

8Face à l’histoire de la Dichtonie, nous sommes donc face à un texte qui se présente pour le narrateur Ijon Tichy comme le résumé d’une encyclopédie historique, et pour nous comme un essai de prospective, ou plus exactement comme une histoire de notre futur.

9En reprenant attentivement le texte, il est possible de recomposer le déroulement de l’histoire dichtonienne. Il s’agit d’une histoire où les transformations corporelles sont les déterminants les plus importants, avec les controverses et les théories qui s’y rapportent.

10Avant 2300, ce qui correspond environ sur Terre à 2000 après J.C., la Dichtonie eut une histoire semblable à la nôtre. A cette époque charnière, à la fois sous l’impulsion de l’Eglise duiste et de la société, le Pr Gragz « tenta pour la première fois de mettre sur pied une technologie de l’immortalisation » (p. 201). Améliorés par la suite, les immortalisateurs qui soignent à tout moment chacune de nos cellules pour les purifier des stigmates de la sénescence ne parvinrent pas à un stade pratique. C’étaient des machines encombrantes. Un scientifique, Haz Berdegar, finit par démontrer que tout immortalisateur devait peser au moins cent soixante-neuf fois plus lourd que l’immortalisé, ce qui rendit cet appareillage insupportable sur le long terme. On ne pouvait donc devenir immortel que temporairement ! L’historien donne à cette occasion un aperçu des réflexions intellectuelles qui s’ensuivirent. Voici ce qui advint suite à la démonstration déprimante de Haz Berdegar :

La démonstration de Haz fit sensation et plongea la société entière dans une grave dépression ; on venait de comprendre que le mur de l’immortalité ne pourrait être franchi sans que l’on renonce au corps donné par la Nature. Sur le terrain de la philosophie, la célèbre doctrine du grand penseur dichtonien Donderwars constituait une riposte à la démonstration de Berdegar. Il écrivait que la mort spontanée ne saurait être qualifiée de naturelle. Seul ce qui est admissible pouvait être naturel ; en revanche, la mortalité était un scandale et une honte à l’échelle cosmique. [...] La Nature se comportait vis-à-vis de nous en véritable crapule, envoyant sans cesse des innocents accomplir une mission qui, pour paraître plaisante, n’en était pas moins funeste. [...] Comme nul n’avait le droit de s’acoquiner avec des assassins, toute collaboration avec cette infâme Nature était inadmissible. Or l’enterrement représentait une espèce de collaboration [puisqu’] il s’agissait en effet de dissimuler quelque part la victime, comme ont coutume de le faire les complices d’un meurtre ; on inscrit sur les pierres tombales toutes sortes de gribouillis insignifiants, omettant la seule chose essentielle [...]. Ce n’était point memento mori qu’il fallait répéter, mais estote ultores, aspirez à l’immortalité, même s’il fallait pour cela perdre votre apparence traditionnelle ; tel était le testament ontologique de cet éminent philosophe. (p.202)

11La mort est donc récusée comme phénomène acceptable. Cette première tentative débouche ainsi non pas sur une acceptation fataliste, mais sur un redoublement. Il s’agit à la fois de parvenir à l’immortalité et d’opérer une transformation radicale de notre corporéité. Au XXVème siècle dichtonien eurent ainsi lieu différentes « révolutions biotiques ». Techniquement, il devint possible de congeler indéfiniment un humain vivant. D’où la question théologique de savoir si, congelé, il était mort ou non, s’il gardait une âme ou non. Au vu des témoignages d’anciens congelés, la réponse défia la dogmatique religieuse : puisqu’il n’y avait aucun souvenir, il n’y avait pas voyage de l’âme dans un au-delà, pas de vie de l’âme. Mais comme l’âme revient avec la décongélation, il n’y a pas non plus mort. L’âme devient irrémédiablement matérielle, au grand dam des Eglises.

12Par ailleurs, une autre technique, celle de l’inversion temporelle, sema beaucoup de trouble. Grâce à elle, on pouvait faire revenir le corps à un état temporel antérieur. A partir de la poussière d’un défunt on put ainsi opérer des résurrections. Or le défunt ranimé ne gardait aucun souvenir d’un au-delà, autre signe désespérant d’une mortalité de l’âme. Autre possibilité, on pouvait ramener n’importe qui à un stade embryonnaire, par exemple pour supprimer des anomalies de développement in utero, ou pour obtenir un dédoublement gémellaire. Comment ce qui avait eu une seule âme pouvait-il en avoir désormais deux ? Il était même possible de remonter avant la fusion des gamètes, et la question se posa de savoir comment, d’une âme, on passait ainsi à une absence d’âme ? Il fallut ajouter à ces horizons techniques des innovations en matière de conception. Grâce à un usage particulier de la technique d’inversion, il était possible, à partir de n’importe quelle cellule du corps, d’obtenir un jumeau complet, (ce qu’on appelle aujourd’hui clonage reproductif). A ce sujet, S. Lem ne peut s’empêcher cette remarque facétieuse lorsqu’il se penche sur les problèmes théologiques :

Comme tout cela se passait sans la moindre fécondation, l’on avait indubitablement affaire à une biotechnique de l’Immaculée Conception, laquelle fut également appliquée à l’échelle industrielle. L’on pouvait déjà inverser l’embryogenèse, l’accélérer ou la dévier de façon qu’un œuf humain se changeât en œuf de singe ; quel était alors dans tout cela le sort de l’âme ? [...] Or, selon le dogme, l’âme ne pouvait disparaître une fois formée ni d’avantage rapetisser, étant donné qu’il s’agissait d’une unité indivisible. On se demande déjà si l’Eglise n’allait point jeter l’anathème sur les ingénieurs de la fécondité, mais elle y renonça, à bon escient, car l’ectogenèse avait déjà été vulgarisée [...]: il devenait malaisé de refuser les sacrements à l’humanité tout entière en alléguant qu’elle était née par parthénogenèse. (p. 204)

13Si nous gardons à l’esprit les débats et réflexions contemporaines sur les procréations assistées, on s’aperçoit sans peine que les spéculations de S. Lem sont finalement les fondements mêmes des problématiques actuelles : filiation complexe, attribution du statut de personne, troubles d’identité, voire hybrides sous-humains.

14La prospective ironique de S. Lem ne s’arrête pas là et va investir la caractéristique humaine la plus fondamentale qui soit après son type corporel :

Pour comble de malheur, une autre technologie fut bientôt mise au point - celle de la conscience. Pour ce qui est du problème de l’esprit dans la machine engendrée par le développement de l’intellectronique et l’apparition d’ordinateurs intelligents, on parvenait encore tant bien que mal à le régler, mais d’autres, hélas, lui succédèrent : ceux de la conscience et du psychisme des fluides ; l’on synthétisait déjà des solutions sages et pensantes que l’on pouvait embouteiller, transvaser, mélanger, créant à chaque fois une nouvelle personnalité parfois plus spiritualisée et plus sage que tous les Dichtoniens réunis. De violentes controverses se déchaînèrent au Concile de l’an 2479 : il s’agissait de savoir si les machines ou les solutions pouvaient avoir une âme; on finit par établir un dogme nouveau : celui de la Création intermédiaire proclamant que Dieu avait donné à ses créatures raisonnables le pouvoir d’engendrer des raisons de la génération suivante. (pp. 204-205)

15Le siècle d’après poursuivit sur cette voie :

En l’an 2401, Byg Brogar, Dyrr Daagard et Merr Darr avaient ouvert toutes grandes les portes d’une liberté autoévolutive illimitée : ces savants étaient profondément convaincus que l’Homo artefac sapiens né grâce à leur découverte atteindrait la plénitude de l’harmonie et du bonheur lorsqu’il pourrait acquérir les formes corporelles et les propriétés de l’âme qu’il jugerait lui-même parfaites. (p. 206)

16Ainsi, le projet de polymorphisme humain volontaire se crée sous le signe d’une recherche de la perfection, avec les idéaux de beauté, de santé, d’harmonie corporelle. « La laideur et la sottise devinrent de simples survivances du passé » (p. 207). Toutefois, ce premier stade un peu naïf ne tarda pas à être dépassé. En s’habituant à ce modelage, on ne pouvait s’arrêter à l’archétype un peu figé de l’être humain. Il fallait aussi ménager le souci d’originalité, c’est-à-dire de la dérogation au canon archétypique. Mais comme il est difficile de se mettre d’accord sur ce qu’est la perfection, vers 2420 on vit apparaître les premiers clivages sociaux. D’un côté, il y avait « le programme monotique qui prônait le réductionnisme, c’est-à-dire la nécessité de se débarasser des organes considérés comme superflus » (p. 207), de l’autre les partis « polytiques » se donnant comme mot d’ordre la plus grande diversité possible. Il y eut les « solistes » qui demandaient l’adoption universelle d’un seul type de corps, jugé parfait, les « tendons », qui estimaient qu’on ne pourrait y parvenir que par degré, les « polyssiers » qui souhaitaient qu’on puisse changer d’apparence corporelle selon l’occasion, et une pullulation d’autres tendances. L’heure était à la zizanie, jusqu’au tournis, jusqu’à l’insupportable. D’où l’intervention des pouvoirs publics pour éviter des expériences sauvages dommageables :

Afin d’écarter la menace de l’anarchie corporelle, l’on mit sur pied un BIPROCOPS (Bureau Institutionnel des Projets Corporels et Psychiques) dont le rôle était d’approvisionner le marché avec toutes sortes de variantes et de plans transcharnels soigneusement expérimentés. (p. 212)

17Cette institutionnalisation minimale n’était qu’un garde-fou. Elle ne résolut en rien les querelles idéologiques. Celles-ci culminèrent avec le dossier de la corporéité sexuelle :

Les controverses les plus enflammées se déchaînaient à propos des questions sexuelles ; les uns estimaient que tout y était du plus mauvais goût et qu’il fallait en la matière prendre modèle sur les fleurs et les papillons, tandis que les autres, fustigeant l’hypocrisie des platoniciens, exigeaient au contraire l’amplification et l’escalade de ce qui existait déjà. [Avec cette puissante controverse] le BIPROCOPS se désagrégea en une multitude d’associations puis en instituts, tels le PONEI (Police Nationale d’Esthétisation Immédiate), le COCORICO (Comité de Correction Rigoureuse du Corps), le LUBRIC (Laboratoire d’Universalisation Biotechnique de Renouveau et d’Investissement Charnel) et beaucoup d’autres. [...] Personne ne pouvait désormais maîtriser dans son ensemble la nouvelle problématique appelée en abrégé EAU (Explosion Automorphique) ; alors, pour mettre fin à la pagaille, l’on remit finalement tous les pouvoirs en matière biotique à la CALEPSOMATIQUE (Calculatrice électronique psychosomatique). (pp. 213-214)

18Si, au début, cette calculatrice donna totale satisfaction, on remarqua cependant par la suite l’apparition de formes assez étranges, comme redoublées. La machine s’était mise à bégayer et à faire des humains avec deux jambes supplémentaires, ou quatre, etc., jusqu’à des sortes de mille-pattes qui s’entortillaient parfois sur eux-mêmes :

Les tentatives de réparation de la Calepsomatique échouèrent et finalement, non sans avoir préalablement qualifié la machine de « collapsomatique », on la fit sauter. Le soulagement qui suivit immédiatement ne dura guère, car la même question cauchemardesque se posait de nouveau : qu’allait-on faire du corps ? (p. 219)

19Certains parlèrent de retourner à l’apparence traditionnelle, mais aux élections de 2520 ce furent les relativistes qui l’emportèrent, avec pour programme « Que chacun fasse ce qui lui plaît ». Les limitations n’étaient que fonctionnelles, le fonctionnaire corpiste avalisait tout projet viable. Ainsi, après le centralisme étatique vint l’initiative privée.

Cette période d’initiative privée du corpogénie dura trois quarts de siècle. Tout d’abord on se délecta de la liberté conquise en matière d’automorphie ; une fois de plus la jeunesse était à l’avant-garde, les garçons arboraient des brancarillons et des heurtiquettes, les filles des épatoches. (p.220)

20Mais à cette génération hédoniste succéda une génération contestataire, qui adopta des formes disgracieuses, provocantes, inconfortables et parfois même cauchemardesques, avec une mode des tentacules, des membres sonores, etc. :

C’était déjà le déclin de l’ère contestatrice ou, plus exactement, sa faillite totale. Ses adeptes ne poursuivaient aucun but précis, il s’agissait uniquement d’une rébellion contre le baroque orgiaque de l’époque. Ce baroque eut pourtant ses apologistes et ses théoriciens ; ceux-ci proclamaient que si nous avions un corps c’était pour nous permettre d’éprouver le maximum de plaisir au maximum d’endroits à la fois. (p. 221)

21Il y avait donc d’un côté un hédonisme qui multipliait et amplifiait les zones corporelles érogènes (des muscles libidineux, des programmes psychiques extatiques), et de l’autre des contestataires faisant de la disgrâce et de l’inconfort une distinction. Sombrant finalement dans une sorte de décadence égalisant les deux camps dans leurs extrémismes, on se traîna ainsi jusqu’au XXVIIIème siècle.

22Enfin Ijon Tichy ouvrit le dernier tome de son encyclopédie historique, tome consacré aux Temps modernes :

Le premier chapitre traitait des mouvements autopsychiques du XXIXème siècle. L’on était devenu si las de toute omnitransformation que l’idée de se détourner du corps pour s’occuper de la formation des esprits rajeunit pour ainsi dire la société et l’extirpa du marasme. Et ce fut le début de la Renaissance. Les génialites en furent les chefs de files et formèrent le projet de convertir tous les vivants en sages. Cela déclencha une grande soif de savoir ; l’on se mit à cultiver les sciences avec ferveur [...] ; cependant, cette avalanche d’informations nouvelles contraignit les gens à pratiquer d’autres refontes corporelles [...] ; la société se supergénialisa. [Mais] traîner après soi ce cerveau chaque jour plus puissant devenait de plus en plus inconfortable ; c’est pourquoi, après une brève période où l’on vit apparaître des dipsyches [...] la vie se chargea elle-même de transformer les génialites en immeubles. Chacun demeurait enfermé dans la tour d’ivoire de sa propre intelligence, tandis que, semblable à une Gorgone, l’on laissait les câbles se lover autour de soi, tels des serpents. La société était comme un rayon de sagesse récoltée à l’instar du miel, et au milieu duquel se lovait la larve humaine vivante. (pp. 234-235)

23Malheureusement, cet âge scientifique idyllique s’effondra lorsque certains se mirent à écouter les pensées des autres, voire à voler le savoir et la personnalité. Il s’ensuivit une guerre parmi les plus atroces qui soient, où chaque immeuble pensant, pour se prémunir, se dota d’armes concrètes effroyables et de moyens de rétorsion psychique. Une pullulation de corps-machines asservis, dirigés à distance, s’affronta sur des champs de bataille chaotiques. Les sages génialites s’étaient mués en dictateurs combattants, et lorsqu’il n’en resta plus guère, ils finirent par s’extirper des villes et par se cacher, laissant la cohorte de leurs créations militaires : « zigouillon, fédérastes et fusillites sévissaient dans le chaos général » (p. 235). C’est à cette époque très troublée que se répandit la mode de l’agonisticisme. Il s’agissait rien moins que de transformer l’agonie en émotion forte, aussi atroce qu’exquise. Comme on avait les moyens de procéder autant de fois qu’on le voulait à sa propre résurrection, on entendit le cycle répété des cris atroces des agonisticistes. Ijon Tichy, lors d’une promenade, passant à côté de la maison d’un tel adepte, ne put s’empêcher d’être glacé d’épouvante devant une telle horreur. Voici le paysage de cette époque qu’on appela par la suite « monstrolytique » :

Des hordes d’hachilles musclés forniquaient dans les forêts avec des tankinettes ; au milieu des arbres déracinés, à l’écart, des satrapes-nigauds se tenaient à l’affût. Plus rien ne témoignait que la planète ait jadis été le berceau d’une forme d’intelligence anthropomorphe. Dans les parcs envahis par les mauvaises herbes de tables et les couverts sauvages, entre des touffes de nappier reposaient d’énormes corporations — véritables montagnes de chair vivante. (p. 235)

24A nouveau, la Dichtonie dut faire face au chaos et par contre-coup l’ordre se fit impérieux :

Au début du XXXème siècle Dzomber Glaubon prit le pouvoir en dictateur sur toute la planète et, pendant vingt ans, procéda à l’unification, la normalisation et la standardisation corporelles, qui furent d’abord accueillies comme autant de mesures salvatrices.(p. 236)

Dzomber écrivit Les Pensées, œuvre où il exposa en détail son programme. Il supprima le sexe, croyant y voir les causes de la décadence du siècle précédent ; il laissa toutefois à ses sujets les centres de la volupté, non sans les avoir préalablement socialisés [la jouissance ne venant que par le travail, ce qu’il appela laboribido].(p. 236)

25Mais cela ne marcha qu’à moitié. Il y eut bien sûr des déviants, difficiles à contrer par la biolice (police biologique) et finalement « Glaubon se retira de la vie biolytique parfaitement désappointé » (p. 237).

26Vers 3100, le nouveau gouvernement voulu aborder la question sexuelle sous un autre angle et casser son aspect rebelle et résistant :

Agissant dans l’esprit du principe divide et impera, Pentadoch Marmozel augmenta légalement le nombre de sexes tolérés officiellement. Sous son gouvernement, à côté de l’homme et de la femme on créa le mêlhome et la famêle, ainsi que deux sexes auxiliaires : les soutendrons et les frottins. L’existence, et plus particulièrement la vie érotique, devint, sous ce Pentadoch, extrêmement compliquée. En outre, des organisations secrètes commencèrent à se réunir et à organiser des débats sous couvert de s’adonner à la sextuple activité sexuelle recommandée par le gouvernement. (p. 238)

27Il y eut ensuite un gouverneur qui prôna la micro-miniaturisation des humains, puis un autre qui annula ces décrets et autorisa le port de la queue, etc. :

Ces oscillations continuaient toujours lorsque [Ijon Tichy] débarqua sur Dichtonie. Ce qu’on ne pouvait d’aucune façon réaliser corporellement était formulé dans la littérature pornobiotique, écrits clandestins. (p. 239)

28Cette fin du récit n’est donc pas une « fin de l’histoire » à la manière de certains philosophes, mais un retour à l’horizon historique du futur, à son irrésolution, ce qui témoigne d’un sens de l’histoire finalement assez réaliste.

29La lecture de ce texte très dense d’à peine quarante pages donne le tournis. Il est utile ici de tenter une analyse et un commentaire. Il est aisé de remarquer que S. Lem mêle à la fois histoire, exploration des métamorphoses du corps et réflexion philosophico-religieuse, ce qui caractérise souvent les œuvres de cet auteur14. Ce texte est particulièrement emblématique des textes de S. Lem, que P. Swirski qualifie très justement de « models for a single historiosophic scenario »15. Aussi, contrairement à ce qu’il semble au premier regard, ce « Vingt et unième voyage », n’est nullement un délire facétieux sur le corps et ses transformations. Il s’agit en fait d’un texte très construit s’attaquant aux principaux piliers anthropologiques de la corporéité humaine : la mortalité, l’unicité individuelle, l’identité personnelle, la reproduction, la sexualité et la séparation du biologique et du mécanique, chacun de ces aspects méritant qu’on l’interroge.

30Premier point, à la suite des techniques d’immortalisation et de leur difficulté, avec l’obligation de recourir à une transformation corporelle pour devenir immortel, la mort est donc récusée comme phénomène acceptable. Il n’y a pas de mort « naturelle » nous dit S. Lem. On peut à cet égard se demander si nous ne sommes pas entrés déjà de plain-pied dans cette façon de penser. La passionnante étude épistémologique sur les causes de la mort menée par Anne Fagot-Largeault, médecin-philosophe, ne dit finalement pas autre chose lorsqu’elle souligne que la démarche scientifique médicale, par sa recherche des causes, a conduit à deux conséquences majeures : primo on ne meurt plus de vieillesse mais d’un trouble pathologique ; secundo ce mode de penser transforme un fait nécessaire en un événement contingent puisqu’il aurait suffit de mieux agir sur les causes pour repousser la mort16. Aussi, en s’appropriant, à tort ou à raison, le modèle de l’explication causale, la conscience populaire s’écarte-t-elle des sagesses traditionnelles où la mort appartient à l’ordre de la nécessité métaphysique. Ce faisant, elle adopte les deux conséquences évoquées, produisant une lutte active contre la mort. On ne meurt plus « naturellement », mais de maladie, et la lutte contre la mort peut devenir assez aisément une lutte pour l’immortalisation.

31Plus encore, les techniques d’inversion temporelle et de résurrection font de la mort un simple événement, une émotion forte dont la banalisation culmine avec la pratique agoniciste. En un sens, c’est la fin de toute idée d’immortalité de l’âme, mais en un autre c’est son extension matérielle. Tandis que la religion affirmait qu’après la mort de l’homme, seule l’âme continuait à vivre, la prospective de S. Lem affirme que même mort corps et âme, on peut revivre.

32Deuxième point, dans le même registre, il s’attaque à cet autre dogme associé à l’âme, selon lequel une fois créée l’âme serait indestructible et inaltérable. Or, plus que celles de congélation, les techniques de procréation et d’inversion temporelle montrent qu’on peut diviser l’âme, la faire retourner au néant, la réduire et la modifier fondamentalement pour en faire par exemple une âme de singe.

33Troisième point, portant cette fois sur l’identité unique, individualisée de l’âme, S. Lem achève son travail de sape des dogmes de l’âme par l’irruption de la problématique d’êtres pensants de trois types : les humains, les ordinateurs intelligents et les fluides pensants. Si les seconds font partie depuis longtemps des thèmes consacrés de la science-fiction et même de l’imaginaire humain (cf. les rêveries sur les automates au XVIIème siècle), il est plus surprenant de voir apparaître des « fluides pensants ». Que viennent-ils faire ici ? N’est-ce qu’un stigmate incongru de l’agitation mentale de l’auteur ? En fait, à travers cette image du fluide pensant, c’est une des plus belles métaphores de la plasticité psychique qui nous est offerte. De plus, S. Lem ne se contente pas de la donner à voir, il en explore d’emblée certaines conséquences intrinsèques, à savoir une psychologie du mélange, de la division, de l’incorporation psychique, de l’additivité ou de la soustractivité, c’est-à-dire une physico-chimie ou plutôt une psychimie du complexe et de l’absence de contour, d’adhérence du contenant. Nous sommes au-delà du modulable, problématique à la mode aujourd’hui : nous sommes dans le miscible, dans le creuset de la fusion. Nous entrouvrons la question de la personnalité psychique confrontée à l’absence d’enclosure, de fermeture, de finitude. Cette problématique du mélange n’est pas sans rappeler les théories stoïciennes du mélange total (crasis di holon). Ce n’est plus un art du chimérisme à la façon des mythologies antiques ou des merveilles de la Renaissance, ni même un art de la composition, mais un art du sublime et plus particulièrement une alchimie psychique. Si l’on songe à quel point la philosophie se heurte à la question du solipsisme depuis René Descartes et George Berkeley, c’est une curieuse figure qui est donnée à méditer. Loin d’une mise en abîme de dogmes théologiques, c’est au fond la question de l’identité, de sa définition, de son ossature, de son armure et de sa texture, qui est posée.

34Quatrième point, proche du précédent, S. Lem brouille aussi la distinction entre humains et machines avec la vision d’humains devenus « immeubles », avec plusieurs perspectives. D’un côté on peut penser une sorte d’enflure, d’obésité monstrueuse venant à figer l’homme et à lui faire quitter la mobilité animale pour l’immobilité végétale. D’un autre il s’agit de bien plus que cela : d’une humanité dont le corps serait devenu décor, paysage — corps décoré d’ornement mais aussi corps-décor de l’habitat, cet intérieur-extérieur. C’est là une seconde métaphore saisissante de l’omniplastie humaine qu’il donne à voir17.

35Cinquième point, enfin, après la mort et l’identité, il convient de compléter par la question sexuelle. Sur ce thème, l’auteur s’en donne à cœur joie d’une façon là encore très méthodique : exubérance des attributs ou au contraire effacement, altération des sexuations, multiplication des sexes, refonte radicale du sens même de la sexualité (par exemple la laboribido), etc. L’horizon de la sexuation corporelle est ici bien plus vaste que les clichés très souvent rebattus. Chacun d’entre eux, là encore, mériteraient d’être approfondi et appréhendé dans ces conséquences et ses résonances anthropologiques, sociales et philosophiques.

36Au vu de la systématicité de S. Lem, on peut pousser l’admiration jusqu’à se demander s’il n’a pas fourni la réflexion sur le corps la plus accomplie existant à se jour, voire s’il n’a pas fait le tour de la question du corps. A vrai dire, plus qu’en concurrence, les textes philosophiques sur les transformations du corps et les textes de S. Lem sont complémentaires. Il est clair que par sa radicalité, S. Lem est plus systématique dans sa prospective que la plupart des philosophes ou sociologues actuels. Il est curieux d’ailleurs de constater que sa fantaisie littéraire est finalement plus proche de l’esprit méthodique que la méditation des philosophes. A vrai dire cela n’a rien d’étonnant. En professionnel de l’imaginaire, qui plus est formé à la médecine, S. Lem connaît en quelque sorte les règles de l’exploration imaginaire mieux que les investigateurs du concept. Par goût et par style, il joue de la truculence rabelaisienne du défoulement de la parole et il possède l’art baroque de la mise en variation, de la déclinaison, du contrepoint et il n’a aucun a priori contre l’investigation technique concrète.

37En revanche, comme dans les écrits classiques qui le hantent, S. Lem reste en quelque sorte extérieur à son objet (la distance ironique) et ces figures, simplement esquissées, mériteraient d’être approfondies anthropologiquement et psychologiquement. Par exemple, traitant de la reproduction et de la procréation, on pourrait s’attendre à des aperçus de l’ébranlement psychologique qu’induisent ces remaniements de la filiation, voire sa disparition (ce qu’on trouve par exemple chez John Varley18). De même, puisqu’il est essentiellement question de corps, il est curieux de voir comment S. Lem reste dans une pensée classique de la distinction du corps et de l’esprit, à la façon de Descartes ou La Mettrie. La question de l’appropriation de ces corps étranges mériterait d’être abordée sous l’angle de la notion de schéma corporel de Paul Schilder ou celle de corps propre de M. Merleau-Ponty, avec bien des développements sur la complexité de notre être-corps.

38Mais il est tout aussi possible d’inverser la perspective et de reconnaître que les réflexions philosophiques, que ce soient par Sfez, Sloterdijk, Fukuyama ou Le Breton, mériteraient de se confronter à un imaginaire des possibles plus radical et plus systématique, plus dense. Penser les techniques, ce n’est pas seulement penser les techniques présentes mais aussi tenter de vivre par procuration avec des techniques éventuelles, comme le souligna Gilbert Hottois19.

39Finalement, sans doute faut-il renouveler la façon d’envisager les expériences de pensées en développant en leur sein ce qu’on pourrait appeler des expériences d’imagination réflexives, philosophie et science-fiction étant l’une pour l’autre sources d’inspiration et de réflexion — comme cela est souvent le cas chez les grands auteurs de l’un et l’autre genre.

Notes de bas de page numériques

1 Paroles de l’Ecclésiaste, I, 9.
2 Sfez Lucien, La Santé parfaite, Paris : Seuil, 1995.
3 Sloterdijk Peter, La domestication de l’Etre, trad. O. Mannoni, Paris : 1001 Nuits, 2000 ; Règles pour le parc humain, trad. O. Mannoni, Paris : 1001 Nuits, 1999.
4 Jonas Hans, Le Principe de responsabilité, trad. J. Greisch, Paris : Cerf, 1990.
5 Fukuyama Francis, Our Posthuman Future, New York : Picador, 2003.
6 Le Breton David, L’Adieu au corps, Paris : Métaillé, 1999.
7 Lem Stanislaw, Summa technologiae, Krakow (Polski) : Widawnictwo Literackie, 1964. Lem Stanislaw, Fantastika i futurologia, Krakow (Polski) : Widawnictwo Literackie, 1970.
8 Sur les études critiques menées sur Lem Stanislaw, cf Peter Swirski, A Stanislaw Lem Reader, Evanston (USA) : Northwestern University Press, 1997.
9 Lem est souvent qualifié d’auteur de science-fiction philosophique, cf Gräfrath Berndt, « Taking ‘Science-Fiction’ Seriously : Stanislaw Lem’s Philosophy of Technology », Research in Philosophy and Technology, n°15, 1995.
10 A titre d’exemples, on peut penser au « Songe de Scipion » dans la République de Cicéron, à L’histoire vraie de Lucien, à La Cité du Soleil de Campanella ou aux Etats et Empires de la Lune de Cyrano de Bergerac.
11 Hallyn Fernand, La structure poétique du monde : Copernic, Kepler, ch. 11, Paris : Seuil, 1987.
12 Lem Stanislaw, A Perfect Vacuum, trad. M. Kandel, San Diego (USA), Harcourt : 1983 (texte original : 1971).
13 Lem Stanislaw, Imaginary Magnitude, trad. M. E. Heine, San Diego (USA) : Harcourt, 1985 (texte original : 1973).
14  « Lem, Stanislaw », in Clute J. & Nicholls P., The Encyclopedia of Science Fiction, New York (USA), St. Martin’s Griffin, 1995.
15 Swirski Peter, « Stanislaw Lem : A Stranger in a Strange Land », p. 17, in A Stanislaw Lem Reader, Evanston (USA), Northwestern University Press, 1997.
16 Fagot-Largeault Anne, Les Causes de la mort — Histoire naturelle et facteurs de risque, Introduction, Paris, Vrin, 1989.
17 Cf. Goffette Jérôme, Guïoux Axel, Lasserre Evelyne, “ Le corps décor : réflexion philosophique et anthropologique sur les transformations du corps ”, Parcours anthropologiques, Lyon, CREA, n°4, 2004, pp. 42-51.
18 On peut penser ici particulièrement au Canal Ophite, aux Gens de la Lune ou aux nouvelles qui gravitent autour de ce cadre.
19 Hottois Gilbert, Species Technica, Paris, Vrin, 2002.

Pour citer cet article

Jérôme Goffette, « Exploration d’une histoire possible : la dichtonie de Stanislas Lem », paru dans Cycnos, Volume 22 n°2, mis en ligne le 13 octobre 2006, URL : http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=571.


Auteurs

Jérôme Goffette

Maître de Conférence, Philosophie des Sciences, Université Claude Bernard Lyon 1, LIRDHIST Serv. Com. de Sc. Hum. & Soc. Domaine d'étude : les transformations de l'être humain. Responsable, avec Hugues Chabot, du groupe de recherche « Sciences et Science-Fiction » au sein de leur université.