Cycnos | Volume 16 n°2 Détermination nominale et individuation - 

Pierre Busuttil  : 

Les vertus individualisantes de THE : étude de quelques cas

Plan

Texte intégral

1Dans un article qui m'a été inspiré par le texte de la version d'agrégation 1993 1, je m'étais intéressé aux constructions VERBE + SUPERLATIF, avec ou sans THE, du type :

[...] She must have known, I think, what happened to her mother, her mother's mother, her grandfather's father and that she herself was the final accident in this long line of what I shall call our soft and well-intentioned bastardy. In the mirror our two heads—the bald one, the little silver one—would make faces together, reflecting for our innocent amusement the unhappy expressions worn once by those whom she and I—Pixie and I—had survived. So the all-but-abandoned Pixie, and my daughter, whose death I fought against the hardest and my weightless wife, a flower already pressed between leaves of darkness before we met—these then are my dreams, the once-living or hardly living members of my adored and dreadful family, the cameo profiles of my beribboned brooch,the figures cut loose so terribly by that first explosion which occurred in my father's private lavatory. I know it was meant for me, his deliberate shot. [...] (John HAWKES, Second Skin, New York. 1964)

2pour remarquer que le segment :

a. ... my daughter, whose death I fought against the hardest...

3pouvait revêtir en discours quatre types d'agencement syntaxique différents :

b. ... my daughter, whose death I fought the hardest against...
c. ... my daughter, whose death I fought against hardest...
d. ... my daughter, whose death I fought hardest against...

4Ces différents agencements servent à exprimer le degré de manière différente. L'absence de THE conditionne le passage de l'expression du degré relatif à celle du degré absolu, c'est un fait, mais elle fait beaucoup plus encore : elle rend possible l'accolage du superlatif absolu au verbe pour former avec lui une construction complexe, pensée en tant que telle et quasiment autonome (fight hardest).

5On peut trouver d'autres illustrations de ce phénomène dans, par exemple :

But for the technical fact, we have the artist's own testimony: “Of late years, I find that I like best to work out-of-doors”. Corpus Brown

6où l'on a bien une complémentation du sens du verbe LIKE par l'adverbe BEST au superlatif selon le schéma suivant :

Image1

7Le système fonctionne un peu comme celui des "principals" et des "adjuncts" décrit par Jespersen pour les groupes nominaux (1954, 2) :

The Three Ranks1.21. When anyone wishes to call up a picture or an idea in the mind of another man he does not always find one single word that is sufficiently definite for his purposes. In most cases he has to piece together the picture or idea by means of several words. One word is defined (or modified) by another word, which in its turn may be defined (or modified) by a third word, etc. We are thus led to establish different ranks of words according to their mutual relations as defined or defining. In the combination extremely hot weather, weather may be called a primary word or a principal; hot, which defines weather, is a secondary word or an adjunct; and extremely, which defines hot, is a tertiary word or a subjunct.

8Il arrive que l'accolage principal-adjunct soit si étroit que se perdent les règles les plus communément acceptées, par exemple, celle de la distinction entre comparatif et superlatif :

Line Of Vision, who finished second to the highly rated Argentum at Nottingham, should do best of the pair, but may fail to hold the impressive Brighton winner, Alysardi (.40), who at $205,000 as yearling, cost almost 10 times as much. Corpus Oxford

9Dans le cas du groupe nominal, le problème est sensiblement identique : les "vertus individualisantes" de THE sont partout décrites comme variables selon les contextes et couvrant tout le continuum qui s'étend du spécifique au générique.

10On peut, pour illustrer le propos, reprendre Jespersen encore, ou Joly et O'Kelly, ou également l'analyse énonciative pour illustrer les possibilités d'application de THE au générique :

An assertion about a whole species or class ‑ equally applicable to each member of the class ‑ may be made in various ways :

1. The singular without any article : man is mortal
2. The singular with the indefinite article : a cat is not as vigilant as a dog
3. The singular with the definite article : the dog is vigilant
4. The plural with the definite article : the English are a nation of shopkeepers. (Jespersen (1954, 131))

11Joly et O'Kelly (1990, 371) remettent en question l'appellation "défini" en opposant :

(1) A man is always a man
(2) There was a man came to see you
(3) The man who wanted to see you called again
(4) The child is father to the man

12Pour les "énonciativistes", le spécifique semble privilégié et THE est présenté comme la marque d'une opération de fléchage, "qui présuppose la pré-existence de l'élément fléché par rapport à l'énoncé dans lequel il figure" (Souesme 1992, 184), ou encore :

THE est la trace d'une opération de fléchage, c'est-à-dire d'une détermination particulière. cette opération est toujours seconde : c'est-à-dire qu'elle suppose une première opération (toujours antérieure) : prélèvement implicite ou explicite qui indique la pré-validation de l'occurrence. Elle spécifie 2 et marque souvent un contraste par rapport à d'autres éléments. (Bouscaren et Chuquet, 1987, 85)

13Il semble évident qu'entre le THE désignant une "espèce entière ou une classe" et celui qui exprime une détermination "particulière", qui "spécifie", il reste de la place pour une certaine variation. D'ailleurs, Jespersen lui-même avait soulevé le problème en n'éliminant pas l'interprétation spécifique du marqueur, même quand il parle de "singulier générique" (1954, 133) :

A generic singular with the definite article is very frequent, though in itself ambiguous : the origin of the ballad may refer both to the individual ballad we are just discussing, and to the ballads in general as a literary species ; in the latter case the ballad stands as a (typical) representative of the whole class.

14Dans le travail que j'ai effectué sur les constructions VERBE + ADVERBE au comparatif ou au superlatif, j'ai discuté le terme "générique" et je me suis efforcé de montrer que la présence de THE bloque toujours le processus de complexification du verbe car THE est toujours individualisant et interdit dans tous les cas le renvoi "total" à la notion. Je me propose d'étudier ici quelques expressions "idiomatiques" parallèles du type VERBE + THE + NOM ou VERBE + Ø + NOM afin de voir si, mutatis mutandis, la présence du déteminant THE a le même effet. Je ferai également quelques comparaisons avec le français.

15Signe des temps sans aucun doute, ce travail sur la détermination nominale a réllement commencé pour moi par un échange sur la liste de discussion de l'ALAES à propos de l'internet / d'internet (?) et de l'emploi en anglais du mot "internet" en discours : doit-il ou ne doit-il pas être précédé par le déterminant THE ? On peut en effet trouver les deux types d'occurrence :

1. Lewinsky 8/6/98 GJ at 76. The President was referring to the Drudge Report, carried on the Internet, which had reported on July 4 (the day of Ms. Lewinsky's previous White House visit) that Michael Isikoff of Newsweek was "hot on the trail" of a story involving "a federal employee sexually propositioned by the President on federal property." (Drudge Report 7/4/97)
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16Cette discussion a eu lieu en mai et juin 1998 et a concerné Denis Jamet, Jean Tournier, Ivan Birks, Charles Watkins et moi-même.

17Jamet pose la question de savoir si on doit dire on internet ou on the internet. A cette question plusieurs tentatives de réponse sont avancées :

- Je comprends l'utilisation avec THE, "internet" étant l'amalgame (blending) de "international network": the international network => the internet. Il y aurait alors fléchage. Mais comment rendre compte de "internet" sans déterminant? Peut-on postuler que "internet" est devenu un nom propre, par essence auto-référentiel, d'où une détermination zéro? (Jamet)
- THE internet is used by net professionals - the old-timers, whereas Ø internet is used by more recent amateurs. The zero-article may express a more passive use of the medium, similar to 'I saw it on television/ I heard it on France Culture'... (Birks).
- A propos du message de D. Jamet, je précise qu'Internet n'est pas l'amalgame de "international network", mais de "interconnected network". […] L'article disparaît naturellement de l'usage à mesure que disparaît chez l'usager la perception de la forme pleine sous-jacente. […] Actuellement, si une minorité d'apprentis-internautes anglophones utilisent encore l'article, les internautes chevronnés ne l'utilisent pratiquement plus (Tournier).
- Je verse la pièce suivante au dossier : Newsweek June 8, 1998, special advertising section. Toutes les références à (l')Internet sont faites au moyen de "the Internet" (avec déterminant ET majuscule). Les seules occurrences de "Internet" sans déterminant sont les cas où Internet est déterminant (Internet users, Internet technology, etc.). […] Reste à savoir si l'usage est le même en anglais britannique. (Busuttil).
- Et bien justement non, l'usage ne semble pas être le même en anglais américain et en anglais britannique. J'ai contacté mes collègues du département d'anglais de University of Georgia (je suis plutôt américaniste!) et tous sans aucune exception m'ont assuré qu'ils ne diraient jamais Ø internet, mais THE internet (alors que cela semble être le contraire en anglais britannique) (Jamet).
- I refer to Jean Tournier's (recent) and Ivan Birk's (not so recent) communications about the article (or not) before Internet, what of "I heard it on the radio" but not "*on radio"? […] Personnellement, je dis toujours "the Internet" et je pense n'entendre/lire que ça. J'ai tendance à souligner Internet tout court dans les copies comme un gallicisme. (Watkins).

18Trois points au moins méritent, à mon sens, une analyse approfondie :

19En effet, les opinions de Jamet et Watkins (britannique) divergent. Selon le premier the internet serait américain alors que Ø internet serait britannique. Cependant il ne semble faire aucun doute à Watkins que Ø internet seul est à rejeter. Sans compter qu'il faudrait évidemment, pour avoir une réelle opinion globale, savoir ce qui se dit dans les autres grandes communautés anglophones du monde (Australie par ex. ou Inde ou Afrique anglophone). Il convient de faire des recherches sur corpus afin d'avoir une idée plus objective des fréquences et de pouvoir se prononcer.

20L'article de Newsweek reproduit en annexe comporte 11 occurrences du mot Internet, toutes précédées de l'article et comportant toutes une majuscule, et il semble qu'effectivement Internet soit le plus souvent écrit avec une majuscule. Cela tendrait à militer en faveur de la thèse du nom propre autoréférencé. Cette thèse est toutefois affaiblie par la présence plus que fréquente du déterminant THE. On peut imaginer, qu'à l'instar d'autres mots anglais (E/earth; M/moon par exemple), le mot Internet se trouve dans une position intermédiaire dans son évolution : perçu tantôt comme un nom propre, tantôt comme un nom commun. Si la seule théorie était vérifiée on devrait avoir Internet sans déterminant et avec I majuscule ou the internet avec déterminant et i minuscule, mais les choses sont loin d'être aussi simples.

21Watkins fait remarquer qu'il est possible de dire on television mais pas *on radio. Une toute petite modification suffirait cependant à lever cette interdiction :

3. The Archbishop, speaking on Radio Four's Sunday programme, was commenting on Dr Habgood's statement last week that the Coronation Oath, in which the monarch promises to maintain the 'doctrine, worship, discipline and government' of the Church of England, should be rewritten to reflect Britain's 'ecumenical and multi-faith' society.

22On peut dire que l'ajout de "Four" a provoqué le changement du statut de "radio" pour le transformer en nom propre et que s'applique alors la "règle" de l'autoréférenciation mentionnée plus haut. Mais que dire à ce moment-là de on television ? Il semble que l'on trouve des occurrences de ce mot avec ou sans majuscule et sans transformation explicite en nom propre.

23Pour ce qui concerne la proposition de Birks selon laquelle le déterminant Ø serait le signe d'une utilisation "plus passive" du medium télévision, il s'agit-là d'une conjecture que, dans l'état actuel de mes connaissances et de mes recherches, je ne peux ni confirmer ni infirmer.

24La majorité des arguments exprimés dans cette discussion reposent sur des opinions personnelles, sur l'usage en discours par les personnes concernées du mot en question et sur l'exposé de thèses (disparition de forme pleine sous-jacente, autoréférenciation, etc.) qui méritent d'être confirmées par les faits, d'autant plus que la question soulevée ne se limite absolument pas au seul mot "internet". Le problème est beaucoup plus large. Il s'agit globalement d'un problème de détermination, et plus précisément d'individuation, question qu'il nous est proposé de discuter ici. On retrouve la même alternance dans de nombreuses autres expressions en anglais contemporain. Je cite par exemple :

- Play Øpiano / play the piano
- Play Øguitar / play the guitar
- Go to Ø hospital / go to the hospital
- On Ø television / on the television
- Take a plane, a train, a taxi / *take Ø plane / *take Ø train / *take Ø
taxi mais go by Ø plane, Ø train, Ø taxi
- In the morning / *in Ø morning mais Ø Morning en position initiale.

25On a en général coutume, pour expliquer chacun de ces choix, de recourir à des explications qui semblent convenir à la majorité et peuvent se résumer ainsi :

26- Piano :

27Play the piano est censé être la forme correcte en anglais britannique alors que play Ø piano est souvent donné comme une construction américaine.

28- Guitar :

29Le même raisonnement semble s'appliquer (play the guitar anglais britannique, play Ø guitar anglais américain). On retrouve la même alternance pour les autres instruments de musique. Dans le cas particulier de play Ø guitar on entend également une autre explication selon laquelle l'expression serait fortement marquée par la communauté qui emploie cette expression (locuteurs jeunes, amateurs de musique rock, etc.).

30- Hospital :

31Dans Go to Øhospital, il ne s'agirait pas d'un hôpital en particulier mais de l'institution "hôpital" (go to Ø hospital = être hospitalisé) alors que go to the hospital serait réservé pour toutes les visites à l'hôpital qui n'entraîneraient pas d'hospitalisation (à moins qu'il ne s'agisse d'une hospitalisation dans un hôpital particulier.

32- Television :

33On devrait théoriquement pouvoir appliquer le même raisonnement. Ø television renverrait alors au type de moyen de communication (comme Ø

34radio) et the televison renverrait à l'instrument de ce moyen de communication.

35- Plane, train, taxi :

36Le même type de raisonnement s'applique : dans take a plane, a train, a taxi, il s'agit à chaque fois d'un avion, d'un train ou d'un taxi particulier.

37- Morning :

38Ø Morning renvoie à la notion, alors que in the morning renvoie à un matin particulier ou, par extension, à tous les matins (généralisation à partir d'une série de matins particuliers, comme the novel peut renvoyer tantôt à un roman particulier tantôt au genre littéraire).

39Les raisons invoquées pour justifier chacune de ces explications sont logiques et reposent sur des concepts sur lesquels s'accordent la grande majorité des spécialistes de la grammaire anglaise aujourd'hui (renvoi à la notion / extraction / fléchage) et, dans un monde parfait, les choses pourraient sans doute être aussi simples. Dans la réalité cependant, elles sont bien plus complexes, et il n'est pas difficile de trouver des exemples qui permettent de s'inscrire en faux contre chacune d'entre elles :

40- Piano :

41Dans les deux exemples suivants l'expression play Ø / the piano désigne la même activité et les deux formes peuvent être aisément expliquées : dans (4) on peut arguer qu'il ne s'agit pas du jeu sur un piano en particulier mais de l'activité du pianiste "en général", et dans (5) on peut tout aussi logiquement avancer que pour se livrer à son activité le pianiste a besoin d'un piano qui ne soit pas uniquement notionnel :

4. The right time and right place for Vladimir Ashkenazy to be born was 1937 in Gorky in Russia. His father played piano in a variety orchestra and travelled all over the Soviet Union. (The Times, 10/2/1990)
5. […] though not professional musicians, they were a music-loving family. In his native Cologne, where his mother taught him to play the piano, he (William Steinberg) was able to read notes before he learned the alphabet. (Corpus Brown)

42On remarque par ailleurs que l'instance de play Ø piano provient d'un corpus d'anglais britannique, alors que celle de play the piano est extraite d'un corpus d'anglais américain.

43- Guitar :

44L'emploi de ce mot semble être régi par les mêmes règles, ou, pour le moins, soumis aux mêmes usages que celui de piano :

6. And while, in interviews, Clapton has often talked about what he currently calls his `chaotic'' personal life in a way most celebrities would feel was recklessly unguarded, he can step on to the public stage to sing and play guitar and keep it oddly impersonal throughout. (The Times, 17/1/1990)
7. To play the guitar as he (Andres Segovia) aspires will devour his three-fold energy as a historian, a poet and a singer. (Corpus Brown)

45On remarque qu'ici encore play Ø guitar est extrait d'un corpus d'anglais britannique. On ne peut manquer de remarquer également que play guitar est mis exactement sur le même plan que sing : E. Clapton peut monter sur scène aussi bien en tant que chanteur que guistariste (il s'agit de chanter et de jouer de la guitare, et non d'une guitare particulière).

46- Hospital :

8. Mr. G. H. Griffiths, popular Secretary of Rhyl Silver, was rushed to hospital on Friday before Christmas and is to remain lying very quietly for at least a month. Before going into hospital Mr. Griffiths has had a bad time during the last four or five years […]. (Corpus LOB)
9. Shortly after the beginning of Sherman's Georgia campaign, an ailing Yank wrote his homefolk: "The surgeon insisted on sending me to the hospital for treatment. I insisted on taking the field and prevailed - thinking that I had better die by rebel bullets than [by] Union quackery". (Corpus Brown)

47L'exemple (8) est conforme à la règle énoncée plus haut. L'énoncé (9) en revanche laisse place à une interprétation plus large. On pourra arguer qu'il s'agit probablement de l'hôpital de campagne en opération près du champ de bataille, mais rien ne le prouve ici. Il ne semble pas que le sens de l'énoncé soit fondamentalement différent de celui de la glose The surgeon insisted on sending me to hospital for treatment. Il est posssible que les sens de to the hospital / to hospital ne soient pas encore figés en discours comme le sont, par exemple ceux de to the school / to school.

48Dans ce cas particulier (comme probablement aussi dans le cas d'Internet) il ne faut pas perdre de vue la dimension socio-linguistique : selon les quelques américanophones que j'ai consultés, on ne dit pas go to Ø hospital en anglais américain, mais go to the hospital 3.

49- Television :

50La théorie voudrait que the televison désigne l'appareil de télévision, comme dans :

10. Similar switches can be used in other ways. For example, substance P can be used to control not its own synthesis but some other pathway, just as a thermostat could be used to switch on the television instead of the boiler.

51Il existe cependant de nombreux énoncés dans lesquels cela n'est pas le cas :

11. Ken Livingstone's problem is that he is always on the television slagging the party off.

52Il s'agit ici clairement d'un renvoi au médium et non à son instrument. Il faut d'autre part également rendre compte de l'emploi des variantes TV et Telly.

53- Plane, train, taxi :

54Le raisonnement qui permet de justifier la présence obligatoire du déterminant a devant les expressions comme take a plane ou take a taxi est en partie infirmé par la possibilité de rencontrer de multiples occurrences de chaînes dans lesquelles ces mots sont précédés du déterminant Ø (du type by Ø plane ou by Ø taxi) :

12. Then Churchill lunched with M. Reynaud, who had just arrived by plane, and after lunch the formal meeting of their Council of War began.

55On note toutefois que les occurrences de TAKE + Ø + NOM ne sont pas rares en anglais (take leave, take part, par ex.). Si l'expression take Ø plane existait, elle serait le signe de la formation d'un verbe complexe par accolage du nom plane au verbe take. L'accolage a abouti dans take Ø leave ou take Ø part, tout comme celui du nom occupation au verbe make dans :

13. It had seemed to her that if the girl had walked in the door all her troubles would be past and she would be happy and serene again, she wouldn't have to gorge herself on unsuitable foods, she wouldn't have to make occupation. (Ruth Rendell, A Sight for Sore Eyes)

56Ce n'est pas le cas de *take Ø plane. Comme dans le cas de certaines des expressions verbales que j'ai mentionnées plus haut, on peut émettre l'hypothèse que plane est à l'heure actuelle encore perçu comme une entité repérée comme concrète par la plupart des locuteurs anglophones et qu'il est donc indispensable de le déterminer. Ici encore, le déterminant THE est l'outil de ce repérage. Il interdit tout renvoi à la notion et donc tout emploi de Ø plane comme complément notionnel du verbe take. Rien ne permet cependant de dire que cet accolage n'aboutira pas un jour.

57- Morning :

58L'exemple suivant montre que si Ø Morning renvoie effectivement à la notion (à l'"idée" de matin plutôt que celle d'après-midi : le phénomène est semblable à celui que décrivent Bouscaren et al. (1984, 140) )4, son utilisation n'est pas incompatible avec la mention en discours d'un matin particulier :

14. Morning came, eventually, and by ten or eleven o'clock a giddy and rollicking company were gathered at Judge Thatcher's, and everything was ready for a start. (Mark Twain, Tom Sawyer)

59Le repérage de ce matin particulier est clairement effectué dans le passage qui précède, le lecteur ne peut avoir aucun doute sur la référence à un matin précis :

The invitations were sent out before sunset, and straightway the young folks of the village were thrown into a fever of preparation and pleasurable anticipation. Tom's excitement enabled him to keep awake until a pretty late hour, and he had good hopes of hearing Huck's maow, and of having his treasure to astonish Becky and the picnickers with, next day; but he was disappointed. No signal came that night.

60L'impression qui se dégage des commentaires précédents est que, dans les cas étudiés au moins, il existe une possibilité théorique pour que des constructions du type Ø + nom ou the + nom puissent être employées. Très souvent même, les deux types de construction semblent pouvoir cohabiter : certains locuteurs, certaines communautés linguistiques préférant alors une construction plutôt que l'autre, pour des raisons qui sont parfois d'ordre purement personnel 5.

61S'il veut éviter le recours à des méthodes normatives, l'enseignant ou l'apprenant de l'anglais peut alors avoir recours à l'analyse systématique d'un corpus. La méthode statistique a certes l'inconvénient de ne rien expliquer, mais elle a au moins l'avantage de mettre en évidence l'usage : ce qui se dit et/ou s'écrit réellement dans une communauté linguistique donnée. Les résultats d'une étude statistique ne sauraient être l'unique raison du choix de telle ou telle autre forme, ils peuvent néanmoins servir d'indicateur dans ce choix. Il arrive en effet qu'ils confortent une théorie et, ce faisant, la valident, mais il arrive également, on le verra, que la théorie soit prise en défaut. Il n'est pas toujours inutile ni dangereux de se plier à la règle édictée par le plus grand nombre : l'usage.

62Aux fins de cette recherche, j'ai réuni sur un CD-ROM unique 6 plusieurs documents qui constituent un corpus d'environ 70 millions de mots (450 Mo). Ce corpus comprend, entre autres, les éléments principaux suivants :

  • Corpus Brown : anglais américain

  • Corpus LOB : anglais britannique

  • Corpus Oxford Microconcord, collections A et B : anglais britannique

  • The Times and Sunday Times 1990 et 91

  • Traité de Maastricht

  • Divers romans en anglais britannique et américain

63La collection est, on le voit, essentiellement constituée de textes d'anglais britannique (la plus volumineuse parie du corpus est constituée par la collection des Times et Sunday Times).

64Les outils "rechercher" ou "rechercher et remplacer" des logiciels de traitement de texte courants ne sont pas assez puissants pour effectuer des recherches systématiques sur des corpus aussi volumineux car il sont incapables d'extraire et de sauvegarder les portions de texte intéressantes pour l'analyse. Il faut en conséquence recourir à des programmes spécialisés. Mon choix s'est fixé sur deux d'entre eux :

  • Inforapid Search and Replace, en raison de sa réelle rapidité 7 et de sa capacité à analyser de très longs fichiers. Ce logiciel est disponible gratuitement sur l'internet 8.

  • Look it up!, extension de Word (à partir de la version 6). Il s'agit d'une macro-commande que j'ai réalisée et qui permet de paramétrer la taille des sélections que l'on veut sauvegarder. Cette macro-commande est également disponible gratuitement sur l'internet 9.

65J'ai effectué des recherches systématiques sur les expressions suivantes :

The Internet / Ø Internet

the Internet

11

the internet

Ø Internet

Ø internet

3 (il s'agit d'adresses internet).

66Ces résultats ne permettent pas de se prononcer de manière catégorique : les textes du corpus datent, pour la plupart, des années 1960 à 90, avant l'essor de l'internet pour le grand public donc. Ils permettent toutefois d'indiquer une tendance. L'article de Newsweek, plus récent, est révélateur à ce sujet. Il semble toutefois que la tendance soit inverse de celle décrite par Tournier et que l'usage consacre la forme the internet.

Play the piano / play Ø piano

play the piano

 26

plays the piano

 5

played the piano

 15

playing the piano

 21

Total

 67

play Ø piano

 5

plays Ø piano

 2

played Ø piano

 5 ( 7, dont 2 played piano duets)

playing Ø piano

 8 (dont 1 playing guitar and piano)

Total

19

67Soit une proportion de 77% en faveur de la construction avec THE. C'est une proportion significative, mais qui ne permet pas de rejeter systématiquement la construction avec Ø.

Play the guitar / play Ø guitar

play the guitar

7

plays the guitar

2

played the guitar

6

playing the guitar

5

Total

20

play Ø guitar

2

plays Ø guitar

5

played Ø guitar

1

playing Ø guitar

7

Total

15

68La proportion est ici beaucoup moins significative (57% en faveur du déterminant THE). Peut-être cela est-il dû à l'essor de la guitare (sèche ou électrique) depuis les années 1960. On peut supposer également que, ne serait-ce qu'en raison de la taille et du poids de l'instrument, la "présence physique" du piano est plutôt perçue comme nécessaire, ce qui induit un repérage obligatoire et freine l'emploi de Ø piano comme complément notionnel du verbe play. On remarque d'ailleurs un glissement de sens dans bon nombre d'énoncés dans lesquels les expression play Ø piano ou play Ø guitar ne signifient pas tout à fait "jouer du piano" ou "jouer de la guitare" mais plutôt "être pianiste" ou "être guitariste" (exemple n°4) :

The right time and right place for Vladimir Ashkenazy to be born was 1937 in Gorky in Russia. His father played piano in a variety orchestra and travelled all over the Soviet Union. (The Times, 10/2/1990)

69Un changement du verbe (practise à la place de play) ne montre pas de résultats qui puissent modifier la tendance décrite ci-dessus : 2 occurrences de practis/ces the piano, 1 occurrence de practis/ces guitar et 2 occurrences de practis/ces his piano. Pour les autres variantes, aucune occurrence n'a été trouvée. Je postulais, en effectuant cette recherche supplémentaire, que les chances de trouver PRACTIS/CE + THE étaient plus élevées que celles de trouver PRACTIS/CE + Ø en raison du caractère plus "concret" de l'expression (on a besoin d'un piano pour travailler son piano). Ces résultats n'ont pas grande valeur statistique en raison des petits nombres, ils illustrent cependant une tendance : quatre occurrences sont précédées d'un déterminant, une seule ne l'est pas.

To the hospital / to Ø hospital

to Ø hospital

718

to the hospital

120 (144-24 scories)

70Les 120 occurrences de to the hospital sont obtenues après élimination des scories (hospital sector, hospital psychiatric service, etc.)

71On peut, pour cette expression, recourir aux préceptes de la vulgate sans crainte d'erreur : to Ø hospital est dans toutes les occurrences utilisé comme référence à l'institution hôpital (c'est-à-dire hospitalisation), et to the hospital renvoie très majoritairement au lieu hôpital. Sauf erreur ou omission, seules deux occurrences sont ambiguës, dont l'exemple (9) :

9. Shortly after the beginning of Sherman's Georgia campaign, an ailing Yank wrote his homefolk: "The surgeon insisted on Sending me to the hospital for treatment. I insisted on taking the field and prevailed - thinking that I had better die by rebel bullets than [by] Union quackery". (Corpus Brown)

On the television / On Ø television

on Ø televison

2088

on Ø telly

11

on Ø TV

344

Medium

Instrument

on the television

91 (162- scories 61)

90

1

on the telly

28

25

3

on the TV

21 (34-15 scories)

18

3

Total

140

133

7

72Ont été éliminées du corpus les expressions dans lesquelles televison est utilisé en position adjectivale (television/TV screen, set, series, news, monitor, etc.). L'analyse montre que la manière la plus fréquente en discours de renvoyer au médium télévison est l'utilisation de Ø TV / television.

73Pour ce qui concerne on the television, la tendance est inversée par rapport à go to the hospital : dans 95% des cas, il s'agit d'un renvoi au médium de communication et non à son instrument, c'est-à-dire d'un renvoi à la notion.

74On peut bien évidemment arguer que pour recevoir le médium il faut nécessairement en regarder l'instrument (c'est même sans doute la raison de l'acceptabilité de THE dans ce cas) et qu'en conséquence il y a toujours repérage. Dans le but de tenter de lever ce qui peut sembler être une ambiguïté, j'ai fait une nouvelle recherche avec les chaînes watch Ø /the television/telly/tv 10. On imagine en effet que les situations où un sujet regarderait un téléviseur éteint sont soit rares soit parfaitement repérées par leur contexte.

watch Ø television77

watch Ø telly5

watch Ø TV15

Total97

watch the television4 (5 - 1 scorie)

watch the telly2

watch the TV

Total6

75On voit que les proportions sont du même ordre de grandeur. En somme, sauf dans des cas précis et parfaitement repérés, le segment the television dans watch the television ou on the television renvoie au médium (c'est-à-dire à la notion) et non à son instrument, ce qui tendrait à montrer que, dans ce cas au moins, THE n'a pas le même pouvoir individualisant que quand il précède des mots comme school ou hospital.

76A ce stade de l'étude, la conclusion qui s'impose n'est pas très originale : toute théorie, aussi séduisante soit-elle, est parfois démentie par les faits, sans pour autant que sa validité puisse être catégoriquement remise en cause.

77Il en est ainsi par exemple de celle que je nomme ici, par commodité, "notion /extraction / fléchage" ou " Ø / a / the" :

  • dans le cas de Ø/ the hospital, elle est parfaitement validée,

  • dans le cas de Ø/ the internet et Ø/ the television, elle est partiellement démentie par les faits.

78Une raison pourtant gouverne nécessairement ces différences d'usage, et il est possible que cette raison soit trouvée dans les caractéristiques ‑ les "vertus" ‑ individualisantes de THE. J'émets ici l'hypothèse, sans doute un peu hardie, qu'elles évoluent dans le sens de la perte. Bien entendu, cette hypothèse ne pourrait être entièrement validée (ou invalidée) qu'après une étude diachronique systématique qui dépasse le champ de cet article. On ne peut manquer cependant de remarquer, pour les mots au centre de la présente étude, une différence sensible entre les usages en discours d'une part de hospital et piano et d'autre part de television et internet.

79Je me suis référé à OED (CD-ROM) pour vérifier quelques dates. Dans leur acception actuelle, ces mots sont répertoriés comme suit :

hospital :1425

piano :1803

television :1904

internet :répertorié comme un composé avec -inter, aucun exemple, aucune date. Tournier donne 1994 comme date de lexicalisation en français.

80On remarque que dans le cas des expressions composées à partir des deux plus récents le caractère individualisant de THE apparaît comme nettement diminué par rapport aux deux plus anciens, et notamment par rapport à hospital 11. Reste le mot guitar (1621), qui semble poser un problème : on peut supposer qu'il est aujourd'hui perçu comme un mot moderne (guitare électrique par ex.) dont l'emploi s'est largement généralisé depuis les années 1960. On remarque également que dans tous les cas où l'emploi de THE n'a pas de visée spécifique, on a une réalisation phonique faible 12.

81J'ai montré dans des travaux précédents (Busuttil : 1997, 1998) que la possibilité d'accolage à un verbe d'un deuxième terme de nature adverbiale pour former avec lui un verbe complexe n'était pas une propriété exclusive de l'anglais. On retrouve notamment cette propriété en français (porter haut, faire marcher, voir venir, hacher menu, etc.).

82La similitude entre les deux langues ne s'arrête bien évidemment pas à ces formes verbales. Dans un premier temps cependant, je n'imaginais pas qu'elle puisse être étendue également à l'emploi des articles définis. En effet, la compatibilité systématique de l'article français avec l'expression du générique et la nécessité absolue de l'accorder en genre et en nombre avec le nom en faisaient un candidat peu probable à une comparaison fructueuse. Et pourtant…

83Dans l'énoncé ci-dessous :

15. C'est dans les quartiers pauvres (de Rio) que la défaite va être le plus difficile à supporter. (Europe n°1 13/7/1998),

84commentaire radiophonique sur les conséquences de la défaite brésilienne à la finale de la coupe du monde de football, l'accord au masculin (en contravention apparente avec la règle énoncée plus haut) peut sembler étrange à certains. En réalité l'énoncé est le résultat d'un travail énonciatif complexe qui aboutit à un marquage de la thématisation : le sujet réel est le segment : le plus difficile à supporter (le plus difficile à supporter va être la défaite).

85Il est généralement convenu d'appeler ce genre d'emploi "adverbial" (voir plus bas, Grevisse) : le français n'ayant pas de neutre, c'est le recours au masculin (valeur par défaut) qui est utilisé pour signifier l'absence de toute nécessité d'accord.

86D'un point de vue général, si l'on convient, qu'en grammaire tout au moins, le masculin peut réellement exprimer cette valeur par défaut et que l'article défini au masculin peut en conséquence signifier l'absence de repérage ou d'orientation (sexuelle ou autre), on est tenté de proposer que cela est est dû, comme en anglais, à une perte des propriétés individualiantes de l'article défini. Dans l'exemple (15), la référence à une défaite particulière n'est qu'accessoire. C'est la défaite en général (générique) ‑ l'idée de défaite ‑ qui ne peut être envisagée par les supporters brésiliens. La défaite particulière (spécifique) dont il est question ici n'est que le catalyseur qui permet de rappeler cette vérité générale. Si l'on voulait désigner de manière plus spécifique la défaite de 1998, on pourrait recourir à la glose :

C'est dans les quartiers pauvres (de Rio) que cette défaite va être la plus difficile à supporter.

87C'est un peu ce que Grevisse affirme en d'autres termes (1980 : 345) quand il dit :

Devant les adverbes plus, moins, mieux, suivis d'un adjectif ou d'un participe, l'article le reste invariable et forme avec ces adverbes une locution adverbiale 13 quand il y a comparaison entre les différents degrés d'une qualité, quand un être ou un objet est comparé avec lui-même, spécialement dans des moments ou des lieux distincts d'un même état; plus généralement: quand l'idée 14 est “ au plus haut degré, au plus bas degré, au meilleur degré ” :
C'est au milieu de ses enfants qu'une mère est LE plus heureuse (c.-à-d. heureuse au plus haut degré).     Les deux sœurs qui se montrèrent LE plus attachées à elle. (SAINTE-BEUVE, Port-Roy., V, III).[…]

88Mais l'article LE s'accorde avec le nom exprimé ou sous-entendu lorsqu'on fait la comparaison entre des êtres ou des objets différents; le, la, les ont alors ce qu'on pourrait appeler un certain “accent sémantique”:

Cette femme est LA plus heureuse des mères, la mère LA plus heureuse (elle est comparée ici aux autres mères). […]

89On note qu'à l'heure actuelle les deux formes sont acceptées en français pour les énoncés semblables à l'exemple (15) et à sa glose. Cela est probablement dû à un phénomène de fertilisation croisée, chacune des formes pouvant "déteindre" sur l'autre puis être figée par l'usage.

90S'il est un concept difficile à appréhender en langue, c'est certainement celui du figement. Les arrangements syntaxiques, les idiotismes propres à chaque langue apparaissent d'abord en discours, le plus souvent par nécessité (descriptions d'actions, de procès spécifiques à une communauté donnée) puis sont adoptés par une communauté plus large ou sont simplement abandonnés 15. Chaque figement cependant n'implique pas nécessairement l'assimilation de tous les processus qui ont amené à sa création (si quasiment tous les francophones savent ce qu'est une redingote, cela ne signifie pas qu'ils connaissent tous l'origine étymologique du terme), ainsi le mot redingote est-il théoriquement disponible pour un réemprunt par l'anglais, à la manière du mot français tunnel, par exemple, qui est réemprunté à l'anglais.

91Par essence, les figements ne sont pas définitifs. Ils sont l'illustration du caractère fondamentalement dynamique de la formation des nouvelles lexies en langue. Ce caractère dynamique de toutes les langues "vivantes" permet souvent d'expliquer les apparentes irrégularités de certaines formes. Cela vaut pour les échanges interlinguistiques, mais également pour les évolutions intralinguistiques : on peut ainsi supposer que l'"original" play the piano a pu devenir play Ø piano par évolution interne à partir du plus "moderne" play Ø guitar, lui-même construit sur le modèle play the piano mais après perte d'une partie au moins caractère individualisant (dématérialisation ?).

92Cela n'est bien sûr qu'une supposition…

Notes de bas de page numériques

1 Busuttil, Pierre, La syntaxe et le sens des adverbes au superlatif dans certaines contructions verbales pp.131-44, in Actes de l'atelier de linguistique, congrès de la SAES 1997, Nice : Cycnos, volume 15 (Ed. J.C. Souesme), (1998)
2 C'est moi qui souligne.
3 Une recherche dans le corpus Brown ( 1 million de mots) n'a pas donné une seule occurrence de go / goes / going / went to Ø hospital La recherche n'est toutefois pas probante car le corpus ne contient qu'une seule occurrence de go to the hospital : Esther asked him, "If you are a world citizen, will you take Garry Davis' place in his tent while he goes to the hospital"? "But of course, with pleasure", he replied.
4 (65) "As the shadows began to grow longer it slowly became apparent to all of them that Quinn Delevan might quite possibly ruin the evening. When the drinks had not come fast enough, he had gone and made his own. And now, he had taken up his station near the bottles, looking through everyone. Drinking with metronomic efficiency. Conversation began to get too loud and too brittle, and everyone laughed too often, laughed in uncomfortable aawarenessof Quinn and not knowing how to stop him." (John D. MacDonald, Contrary Pleasure).
La conversation est saisie comme phénomène dont on peut suivre le déroulement et non pas comme résultat de propos échangés. C'est la conversation comme échange verbal et non comme résul­tat de l'échange qui est envisagée. Or, c'est le Ø Ø comme marque du renvoi à la notion qui permet d'appréhender ainsi les propriétés notionnelles de conversation. La qualifica­tion exprimée par to get too loud and too brittle ne s'ap­plique d'ailleurs pas aux paroles qui sont échangées et à leur contenu mais à la notion d'echange verbal elle‑même qui comporte intonation, intensité, etc...
5 Il suffit de demander à plusieurs anglophones s'ils disent play the piano ou play piano par exemple. Les réponses obtenues sont parfois surprenantes. La plupart ont un raisonnement plutôt normatif et prétendent ne pas utiliser play piano en disant que la forme n'est pas "correcte", c'est-à-dire qu'elle ne correspond pas à ce qu'ils ont appris ou à ce qui se dit dans leur communauté linguistique particulière.
6 Il va de soi que ce CD-ROM n'est réservé qu'à mon usage personnel aux fins de recherche. Il ne peut être distribué car la majorité des textes qu'il contient ne sont pas libres de droits.
7 A titre d'exemple, le parcours du corpus entier et l'extraction simple (sans opérateurs booléens) de toutes les occurrences de la chaîne "the internet" prend 5 minutes avec un Pentium 2 à 350 Mhz et 35 minutes avec un Pentium à 133 Mhz.
8 http://www.inforapid.com, © 1998, Ingo Straub, Schützenhof 2, 73116 Wäschenbeuren, Allemagne.
9 http://www.univ-pau.fr/ser/UFR_LE/ANGLAIS/anglais.html, rubrique Look it up!
10 Cette recherche n'étant faite que dans un but de comparaison, je ne me suis pas attaché ici aux formes watches, watched ni watching.
11 Vide supra pour la tentative d'explication de l'utilisation de l'article dans play the piano.
12 L'analyse prosodique des exemples étudiés ici dépassait le champ de cet article. Elle mérite cepandant d'être menée à bien.
13 C'est moi qui souligne.
14 C'est moi qui souligne.
15 Penser par exemple au(x) nom(s) affectés à la description du courrier électronique en français : e-mail, mail, mél, courriel ? Quelle forme sera "figée" ?
16 Association des Linguistes Anglicistes de l'Enseignement Supérieur. Je suis seul responsable des soulignements et des italiques.

Bibliographie

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BUSUTTIL, Pierre, La syntaxe et le sens des adverbes au superlatif dans certaines contructions verbales pp.131-44, in Actes de l'atelier de linguistique, congrès de la SAES 1997, Nice : Cycnos, volume 15 (Ed. J.C. Souesme), 1998.

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GREVISSE, Maurice, Le bon usage, Paris : Duculot, 1980.

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TOURNIER Jean. Précis de lexicologie anglaise. Paris : Nathan Université, 1988.

TOURNIER, Jean. Les mots anglais du français. Paris : Belin, 1998.

Annexes

Discussion ALAES 16

Message initial de Denis Jamet (Université Jean Moulin - Lyon3) (21/5/98)
Voici une question lexicologique d'actualité: pour traduire "internet", on trouve "the Web", mais également "the internet" (trouvé dans Newsweek), mais aussi "internet", avec le déterminant zéro. Certains de mes collègues anglophones me soutiennent mordicus qu'on dit "internet", d'autres "the internet"! Je comprends l'utilisation avec THE, "internet" étant l'amalgame (blending) de "international network": the international network => the internet. Il y aurait alors fléchage. Mais comment rendre compte de "internet" sans déterminant? Peut-on postuler que "internet" est devenu un nom propre, par essence auto-référentiel, d'où une détermination zéro? Merci!

Ivan Birks (21/5/98) :
The conventional wisdom is that THE internet is used by net professionals- the old-timers, whereas internet is used by more recent amateurs. The zero-article may express a more passive use of the medium, similar to 'I saw it on television/ I heard it on France Culture'... Incidentally, the Web, is nothing more than a sub-set of (the) internet, excluding FTP, email, etc. Perhaps for this reason we do not find Web. The 'fléchage' is also probably more transparent with 'the Web', since it is 'World Wide'. In any case, the Web cannot really be an effective translation for 'internet'.

Jean Tournier (24/5/98) :
A propos du message de D.Jamet, je précise qu'Internet n'est pas l'amalgame de "international network", mais de "interconnected network". Voir mon dico à paraître en juin "Les mots anglais du français", p. 538. L'article disparaît naturellement de l'usage à mesure que disparaît chez l'usager la perception de la forme pleine sous-jacente, ce qui est chose faite pour les "internautes" (équivalent français de "Net-surfers"). On dit couramment en anglais "The Net", mais "Internet". Idem en français: "Le Net" mais "Internet" (assimilation à un nom propre).

Jean Tournier (29/5/98) :
Réponse ouverte à Denis Jamet : Je n'ai jamais dit qu'on ne pouvait pas dire "the Internet" : on a commencé par dire "the internet" (du fait qu'on percevait encore la forme pleine sous-jacente: "the interconnected network"). Actuellement, si une minorité d'apprentis-internautes anglophones utilisent encore l'article, les internautes chevronnés ne l'utilisent pratiquement plus, sauf quelques rares "vieux de la vieille" (...). En anglais, la tendance actuelle est à l'article-zéro pour Internet, mais on conserve obligatoirement l'article dans "the Net". En français on dit soit "Internet", soit "le Net".Est-ce net? Cordialement.

Pierre Busuttil (8/6/98) :
Comme suite aux récents messages de Jamet, Birks et Tournier, je verse la pièce suivante au dossier : Newsweek June 8, 1998, special advertising section. Toutes les références à (l')Internet sont faites au moyen de "the Internet" (avec déterminant ET majuscule). Les seules occurrences de "Internet" sans déterminant sont les cas où Internet est déterminant (Internet users, Internet technology, etc.). De même, on a "the Net" avec majuscule. Il semble que, pour les internautes cités par Newsweek tout au moins, l'assimilation de la forme pleine sous-jacente ne soit pas tout à fait complète, puisque l'article demeure, et que Birks ait raison : "the conventional wisdom is that THE internet is used by net professionals - the old-timers, whereas internet is used by more recent amateurs."
Reste à savoir si l'usage est le même en anglais britannique. Je poursuis mes recherches...

The Internet changes everything

The Internet is poised to transform the way the world does business.
Is the Internet poised to overturn established business strategies and threat-en extinction to enterprises that are unwilling, unable or unready to respond to its challenges? From Beijing to Budapest, the Internet is transforming business communications. "In Hungary --as world-wide-- the Internet is about to change the basis of telecommunications and it will become the natural carrier of business life," says Otto Gecser, chief marketing officer of MATAV, Hungarian Telecommunications Company. "Already, businesses are turning to the Internet for both internal and external communications." (...) Denis Gilhooly, vice president of business development at Teledesic, a company aiming to build a global, satellite-based "Internet in the sky," believes that "e-mail, electronic data interchange and marketing communications are just the first shots in a campaign that will turn the Internet into a worldwide vehicle for true electronic commerce, with products and services of many different types routinely marketed, sold and sometimes delivered across the network."

Value-added activities

(...) "The Internet lends itself to the sale of traditional catalog goods and services and to those items that can either be experienced directly via the Net (...)" says John Curtis (...). Nor does a presence on the Internet automatically confer advan-tage, since virtually anyone can post his products on electr,onic catalogs. "First people start doing their normal business the Internet way. Then they may have to do some completely different things," says Jos Gerrese, director of Internet business at AT&T/Unisource. The Gartner Group expects success in the Internet-enabled future to go to companies that use the medium to find and attract customers while simultaneously offering value-added activities such as guaranteed delivery and product customization. Even so, companies will have to move fast to reap the rewards of the Internet. "One calendar year in a dog's life is really seven years," says Cisco's Chambers. "The same thing is true on the Internet."

Charles Watkins (8/6/98) :
I refer to Jean Tournier's (recent) and Ivan Birk's (not so recent) communications about the article (or not) before Internet, what of "I heard it on the radio" but not "*on radio"? Ce cas semble résister à l'explication "quasi-énonciative" (si j'ose dire: "on the television" serait d'un énonciateur plus actif...) de Birks, ou "diachronique" de Jean Tournier (à l'usure l'article disparaît).
(...) En ce qui concerne l'anglais britannique, The Economist a fait une de leur très complètes enquêtes (The (sic) Internet: A survey) dans un numéro de l'année dernière, je crois. Récupérable sur le site www.economist.com, et donc traitable par concordanceur. Personnellement, je dis toujours The Internet et je pense n'entendre/lire que ça. J'ai tendance à souligner Internet tout court dans les copies comme un gallicisme. Que l'on me dise si cette tendance est fâcheuse.

Denis Jamet (11/6/98) :
Bonjour, Merci pour votre message concernant internet. Et bien justement non, l'usage ne semble pas être le même en anglais américain et en anglais britannique. J'ai contacté mes collègues du département d'anglais de University of Georgia (je suis plutôt américaniste!) et tous sans aucune exception m'ont assuré qu'ils ne diraient jamais Ø internet, mais THE internet (alors que cela semble être le contraire en anglais britannique). D'ailleurs il est exact que dans Newsweek, je n'ai trouvé aucune occurrence de Ø internet.

Pour citer cet article

Pierre Busuttil, « Les vertus individualisantes de THE : étude de quelques cas », paru dans Cycnos, Volume 16 n°2, mis en ligne le 15 janvier 2004, URL : http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=53.


Auteurs

Pierre Busuttil