Cycnos | Volume 16 n°2 Détermination nominale et individuation - 

Ronald Flintham  : 

La construction d’une occurrence individuée de notion nominale compacte en anglais sous la forme

Texte intégral

1Dans le cadre de nos travaux sur la détermination nominale et l’individuation, cette contribution1 s’en tiendra à une question assez pointue qui permettra, nous l’espérons, de dégager certaines propriétés des relatifs WHICH et THAT dans le schéma A Nc WHICH/THAT> où A représente l’article indéfini, Nc une notion nominalisée ayant un fonctionnement associé compact et WHICH/THAT la présence d’une relative “déterminative”2 introduite par l’un ou l’autre de ces relatifs.

2En raison du caractère ténu des nombreux facteurs en jeu (ce qui exige une approche fondée sur des énoncés authentiques), et par ailleurs, du fait que nous avons décelé des différences dialectales entre l’anglais américain et l’anglais britannique dans ce domaine, nous avons choisi d’utiliser le British National Corpus pour trouver des occurrences attestées d’anglais britannique contemporain. Il s’agit d’un recueil de plus de 100 millions de mots d’anglais britannique contemporain, composé pour 90% de textes écrits, 4124 échantillons en tout (extraits de journaux nationaux et régionaux, de revues spécialisées de toutes sortes, de livres savants et de fiction populaire, de lettres, de dissertations d’étudiants etc., etc). La partie restante, 10%, 863 échan­tillons, est constituée d’extraits d’enregistrements d’anglais parlé (monologues, conversations spontanées de différentes régions et classes sociales, extraits d’émissions de radio, réunions de différentes sortes etc.)3. Nous verrons plus loin l’exemple n°6 de ce corpus qui relève de la catégorie de l’oral spontané. Nos exemples ont été choisis à partir d’une liste arbitraire de prédicats nominalisés. Cette méthode permet de trouver un bon nombre d’exemples mais ne permet pas de donner un caractère “représentatif” au sens d’échantillon statistique. D’ailleurs, étant donné la nature aléatoire du choix, on ne pourra pas donner non plus une image chiffrée de nos résultats.

3La question de la construction d’occurrences individuées de notions de ce type nous intéresse à la fois sur le plan théorique, sur le plan de l’observation et de l’analyse des phénomènes langagiers, et dans ses prolongements pédagogiques. Ces formes de noms à fonctionnement associé “compact” ont, on le sait4, des propriétés spécifiques dans la mesure où ce sont des formes qui renvoient à des notions qui ont, dans l’ensemble, des propriétés primitives se manifestant dans des propriétés prédicatives que l’on associe habituellement à des verbes et des adjectifs. Si la notion elle-même n’est ni verbale ni nominale, les formes des énoncés résultent des opérations de détermination sur les propriétés notionnelles, opérations qui aboutissent, dans le cas qui nous intéresse, à des formes nominales. Mais, cette nominalisation n’étant que partielle, il en résulte des propriétés assez peu typiques des noms ordinaires. Le fonctionnement associé compact qui en résulte est caractérisé par la représentation linguistique en “continu”, réfractaire à la fragmentation. Ces prédicats nominalisés se caractérisent également par une faible stabilité référentielle, propriété que nous avons définie dans un travail précédent5 ; ils sont donc peu aptes à jouer le rôle de Co repère d’un énoncé situationnel, même si le rôle de Co d’un énoncé générique est banal avec ce type de substantif. Cependant, nous avons affaire à ce cas relativement peu fréquent dans des exemples comme le suivant  :

(1) Violence again propelled Northern Ireland into the national news headlines, but it did not seem to make the same impact at Stormont Castle, RUC headquarters at Brooklyn or Army headquarters in Lisburn. (K2W 514)

4Il est intéressant de noter que VIOLENCE, qui occupe la place peu habituelle de Co-repère dans cet énoncé, a une propriété proche de l’agentivité et est sujet d’un verbe transitif souvent associé à des sujets animés humains ; l’ensemble de cette configuration participe sans doute à rendre acceptable cet emploi d’un substantif à fonctionnement associé compact en tant que “sujet” repère de cet énoncé spécifique situationnel.

5Ces propriétés font que la possibilité d’avoir une forme de pluriel ou l’article indéfini est donc assujettie à des conditions particulières. Ces noms sont incompatibles avec le dénombrement tel qu’il est marqué par un numéral ou SEVERAL accompagné d’un pluriel : on n’a donc pas “three knowledges” ou d’autres formes de ce type. A. Culioli6 a montré que la quantifiabilisation, et donc la mise en place de la fragmentation qui permet la construction d’un pluriel ou d’une occurrence individuée d’une notion, passent par un ensemble d’opérations linguistiques en partant de la notion pour aboutir à l’occurrence dans un énoncé. Ces opérations de quantifiabilisation permettent de construire le pluriel ou la forme “ A Nc ” (où A représente l’article indéfini et Nc une occurrence de nom ayant un fonctionnement associé compact). Ces notions pouvant avoir couramment un fonctionnement associé compact ne constituent pas pour autant une catégorie homogène. On peut distinguer au moins deux catégories ou plutôt deux tendances, car elles ne sont pas mutuellement exclusives : les notions susceptibles de discrétisation et pluralisation (mais sans “dénombrement”) par un repérage situationnel ou contextuel spécifique (souvent à valeur appréciative, mais pas toujours) et celles qui n’admettent qu’une pluralisation à valeur qualitative (marquant une diversité qualitative).

6Les énoncés (2)et (3) illustrent le premier type et le (4) le second :

(2) Always before, after similar wickednesses, she had felt almost gleeful tri­umph, but this time, although she was not truly sorry for what she had done to Mrs Darrell, she felt something like remorse. (HGE 959)

7Ici WICKEDNESSES renvoie à plusieurs occurrences extralinguistiques (“événements”) pouvant porter cette qualification aux yeux de l’énonciateur. On pourra gloser cette forme par several occurrences of , le pluriel étant parfaitement recevable dans cet énoncé attesté, alors que ?? three wickednesses semble difficile à accepter.

(3) It seems to be a conventional wisdom that relations with the media are absolutely crucial for a prime minister. (B0H 587)

8Cet exemple montre que la délimitation permettant la construction de l’altérité peut être contextuelle ; c’est en effet la complétive en THAT et non l’adjectif CONVENTIONAL qui permet l’individuation par l’article indéfini. Il n’y a pas d’élément appréciatif dans cet exemple, CONVENTIONAL étant ici un adjectif purement classifiant. Dans ces deux exemples, on a affaire à une simple délimitation des occurrences, sans mise en place de qualités contrastives explicites ou implicites.

(4) Its attempts to deal theoretically with the intricacies of psychological issues have been especially imaginative. (CMR 1009)

9Dans l’exemple (4), le syntagme prépositionnel (of psychological issues) met en place la propriété différentielle qui justifie le pluriel. On pourrait gloser la forme par “different types/kinds/sorts of INTRICACY” et nous voyons toujours que le dénombrement de type “ ??three intricacies” serait peu acceptable. Ces propriétés différentielles qui permettent la quantifiabilisation et la fragmentation peuvent être marquées par des groupes prépositionnels comme dans notre exemple, mais également par diverses autres formes telles que les adjectifs qualificatifs et, c’est le cas qui nous intéresse, les relatives “déterminatives”.

10On trouve donc ces deux tendances également dans les opérations qui permettent la construction de la forme “A Nc”.

(5) These recordings give evidence of substantial artistic and commercial cour­age, and also show a laudably pig-headed indifference to conventional wisdom. (BMC 1369)

11Cet exemple est particulièrement intéressant dans la mesure où nous avons trois occurrences de Nc, EVIDENCE, COURAGE, INDIFFERENCE et WISDOM. Dans visiblement l’élément nominal participe à la construction d’un prédicat complexe et il a naturellement la forme de renvoi à la notion, et ceci ne demande pas plus de commentaire ici ; nous ne le mentionnons que pour mémoire. COURAGE est précédé d’un groupe adjectival complexe, hiérarchisé mais l’énonciateur n’a pas choisi de construire une occurrence individuée par l’emploi de l’article indéfini ; la valeur classifiante de ce groupe adjectival ne favorise pas la mise en place d’une occurrence individuée : si on avait eu “a substantial artistic and commercial courage”, on aurait l’établissement d’une occurrence susceptible de marquer un contraste potentiel entre éléments de la classe de variété COURAGE, mais les propriétés notionnelles mêmes de ce groupe adjectival permettent difficilement la délimitation d’une occurrence individuée. Le cas de WISDOM n’est pas très différent. L’adjectif CONVENTIONAL marque la norme ; il ne construit pas un écart suffisant pour participer à la mise en place d’une délimitation, comme le feraient “a less conventional wisdom” ou d’autres adjectifs tels que “a rare wisdom”. D’ailleurs discursivement, dans cet énoncé, “conventional wisdom” a pour rôle justement de marquer la norme en opposition à “a laudably pig-headed indifference”. Il est intéressant de l’opposer à l’occurrence que nous avons déjà vue dans l’exemple (3) où dans cette même collocation, cet adjectif ne suffit pas à construire une délimitation permettant la construction d’une forme d’individuation qualitative et il a fallu la présence de la complétive pour obtenir cet effet. En revanche, pour revenir à l’exemple (5), nous voyons que INDIFFERENCE a fait l’objet d’une forme d’individuation marquée par l’article indéfini associée à un groupe adjectival complexe comportant un adverbe de type modal appréciatif, LAUDABLY (marquant une valuation positive), l’adjectif lui-même étant du même type (bien qu’il marque habituellement une valuation négative, il a ici une valeur modale positive en association avec LAUDABLY). L’individuation met en place le contraste potentiel entre “laudably pig-headed indifference” et d’autres sous-catégories de INDIFFERENCE. L’énoncé pose problème si on enlève l’article indéfini, ce qui est significatif :“?show Ø laudably pig-headed indifference” est nettement moins acceptable en contexte, dans la mesure où la forme très subjective, relevant du paradoxe et presque de l’oxymore (“laudably pig-headed”), semble requérir cette délimitation ou individuation marquée par l’article indéfini pour être complètement acceptable. Sans cet article, on a l’impression que “laudably pig-headed indifference” va de soi en quelque sorte, ne comporte pas cette subjectivité appréciative modale forte qui caractérise cette “prise de position”.

12Notons également que toutes les formes de Nc ont une fonction de complément dans cet énoncé, contrairement au cas plus exceptionnel que nous avons vu dans l’énoncé (1).

13L’énoncé suivant — une transcription de production orale spontanée — donne un exemple où c’est le type de repérage qui semble justifier l’individuation plus que la délimitation de l’occurrence par des marques de subjectivité de l’énonciateur.

(6) Then er even one percent of nuclear weaponry that er could be used is a danger to world congregation and I fear very much er that unless there is some kind of a proper cast iron guarantee er with the successor to the Soviet Union er there’s going to be much er trouble especially if er there is er an ethnic violence erupting on the borders and again er Boris Yeltsin has said that er, er he is going to want to control er the position on the borders, well he may not get the agreement that he seeks, er one hopes that he will, but he, he may not. (KJS 89)

14Dans la forme “an ethnic violence erupting on the borders”, l’adjectif est de type classifiant et ne comporte pas de modalité appréciative ; la suite “erupting on the borders” marque un repérage situationnel de localisation spatiale (“borders”) (emploi situationnel “large” (relevant de “connaissances partagées”), de l’article défini “THE borders”). Nous comparons ce type d’individuation à celle que nous avons notée plus haut à propos de WICKEDNESSES (exemple 2) où le repérage situationnel semble être l’élément principal sur lequel repose la construction de la délimitation et donc d’une forme particulière de propriété différentielle et non un choix de qualification par propriété différentielle appréciative comme dans l’exemple (5) “laudably pig-headed indifference”. “An ethnic violence” pourrait donc être glosé par “a case of ethnic violence”, “an instance of ethnic violence” et non par “a type of ethnic violence”, “a kind of ethnic violence”. Notons également que la forme “Ø ethnic violence” (sans l’article indéfini) serait très acceptable mais n’aurait plus l’effet de contraste potentiel avec d’autres localisations spatiales situationnelles.

15Dans d’autres travaux sur les relatives7, nous avons dégagé certaines pro­priétés des relatifs WHICH et THAT que nous souhaitons approfondir en relation avec la question de l’individuation. Il est clair que dans un énoncé comme le (7), la possibilité d’avoir la forme d’individuation marquée par l’article indéfini résulte de la présence de la relative, c’est-à-dire que nous avons affaire à un schéma d’ensemble où chaque élément participe des opérations aboutissant à l’individuation :

(7) He kicked the chair aside with a violence that sent it crashing across the floor.

16On admet communément que WHICH serait acceptable à la place de THAT ici ; en examinant les caractéristiques des deux relatifs en question dans une configuration aussi contrainte, nous voudrions dégager les éléments qui ont amené l’énonciateur à choisir THAT. On peut noter, en premier lieu, que KICKED est ponctuel et, dans la relative, SENT l’est également. Le contenu propositionnel de la relative sert davantage à “mesurer” l’antécédent VIOLENCE qu’à le caractériser par l’attribution d’une propriété permanente, hors situation. L’ensemble antécédent et relative constitue ce que la grammaire traditionnelle appellerait un complément de manière introduit par WITH.

17On trouve un schéma en tout point comparable dans l’énoncé suivant :

(8) The first I new8 was Chris’s sudden, shocked screaming, with an urgency that made me drop what I was doing and run across the room to the open verandah. (BMD 1565)

18La seule différence notable ici serait le fait que l’ensemble antécédent et relative (“with an urgency that made me drop what I was doing and run across the room to the open verandah”) porte sur un nom verbal, “screaming”, mais il s’agit toujours d’un complément de manière complexe et les propriétés de l’antécédent et de la relative sont les mêmes qu’en (7)9.

19Ces exemples tendraient à confirmer un critère que nous avons élaboré dans un travail précédent10, c’est-à-dire la tendance d’avoir le relatif THAT dans des relatives dont le contenu propositionnel est de type “événement” alors que l’on trouve davantage de relatives en WHICH marquant une propriété. J-Cl. Souesme11 a proposé une analyse intéressante du relatif zéro, Ø, où il fait intervenir, entre autres facteurs, le type de repérage des propositions. En fait le repérage situationnel est un critère qui subsume la valeur ponctuelle ou “événementielle”. Nous voudrions proposer une analyse opposant d’une part ce qui est repéré par rapport à une situation spécifique, associé au relatif THAT et d’autre part ce qui relève du “générique” ou des propriétés hors situation, cas où l’on trouvera souvent WHICH. En intégrant ces éléments d’analyse, on pourrait revenir sur l’exemple (6), et l’on s’aperçoit qu’il s’agit d’un énoncé repéré par rapport à une situation spécifique dans une suite narrative où les repérages sont de type aoristique. Ainsi nous avons un critère plus général qui nous permet de rendre compte de l’énoncé suivant :

(9) Edward said, turning his august profile with a politeness that Emily didn’t believe necessarily to be lasting. (FRH 3507)

20La relation prédicative de la relative prend ici une valeur situationnelle du fait que POLITENESS, individué, s’inscrit dans un groupe prépositionnel portant sur le prédicat TURN qui prend une valeur ponctuelle car il est lui-même repéré par rapport à SAY qui a une valeur ponctuelle. C’est ainsi que BELIEVE, verbe ayant souvent un aspect statif, a dans notre énoncé une valeur situationnelle et ne peut marquer une propriété ou attitude permanente du CO EMILY.

21Notons également que, si un prédicat nominalisé de type URGENCY semble favoriser une valeur référentielle situationnelle du fait que pourrait souvent être validé pour une situation spécifique, ce n’est pas une contrainte et rien n’exclurait une association avec ALWAYS, OFTEN etc., qui tendraient vers une construction référentielle de propriété hors situation (c’est-à-dire générique au sens strict). PO­LITENESS n’a aucune tendance préférentielle en ce qui concerne ce paramètre, pouvant être une qualification d’une situation spécifique, comme c’est le cas dans (9), ou marquer une propriété permanente d’un Co animé humain. Les propriétés notionnelles primitives du prédicat dont l’antécédent est une nominalisation ne jouent pas de rôle significatif dans le type de repérage (situationnel ou non) de la relative.

22Armé de ces éléments, prenons une sorte de “paire minimale” qui nous est proposée par le British National Corpus — ce sont les deux seules occurrences de dans le corpus.

23Dans le premier énoncé, nous avons des prédicats, DEEPEN, DEVOUR et SEND de type processus, construisant des valeurs situationnelles à repérage aoristique : mais, dans le deuxième exemple, le type de discours est généralisant, et même si les deux propositions coordonnées sont au prétérit, il s’agit de prétérits de type “caractérisation” ou “propriété” (COULD NOT REMAIN et OBTAINED), et la relative contient un présent de type générique. Dans la relative en THAT, en revanche, nous avons une valeur ponctuelle, situationnelle de SENT conférant par conséquent une propriété différentielle situationnelle à l’occurrence de SWEETNESS dans le premier énoncé, et une valeur générique de “BE THE HEIRLOOM” dans la relative en WHICH, mettant en place une forme d’individuation par la construction d’une propriété différentielle qualitative minimum dans la deuxième. Notons toutefois que l’altérité marquée par ces relatives est faible. Il ne s’agit pas de relatives déterminatives contrastives dans lesquelles l’énonciateur opposerait explicitement telle occurrence à telle autre : pour celle en WHICH, l’énonciateur n’oppose pas “a sweetness which is the heirloom of the mystic” à d’autres types de SWEETNESS ; il confère simplement à “a sweetness” une propriété de caractérisation en dehors de la problématique du contraste entre sous-classes d’un ensemble. Mais nous n’avons pas non plus une vraie appositive, dans laquelle aucune altérité ne serait marquée. D’ailleurs, une appositive serait inacceptable ici, un minimum d’altérité étant nécessaire pour permettre l’individuation de l’antécédent et l’apparition de l’article indéfini, qui en est la trace. Ces mêmes remarques s’appliqueraient à la relative en THAT. Pour illustrer davantage ces phénomènes prenons encore deux exemples.

24Dans l’énoncé contenant la relative en THAT (“that fed Richard’s gloom”), nous avons la configuration que nous avons déjà décelée — circonstant de manière en WITH et la relative en THAT ayant un prédicat à repérage situationnel aoristique au prétérit marquant un “événement” (et non une caractéristique permanente) ; il s’agit d’un prédicat transitif affectant un C1 en situation. Si on avait à la place de l’article indéfini devant PESSIMISM l’article défini, ou mieux, un THAT déictique, la valeur de FED serait modifiée. En effet, on sait que les propriétés aspectuelles du prétérit permettent la construction d’une valeur référentielle soit de type “événement” soit de type “propriété” ; cette modification de la détermination enlèverait l’individuation qui entraîne l’interprétation situationnelle et, surtout avec un THAT déictique (associé à la relative qui suit), elle donnerait une valeur de caractérisation qui n’est pas typique des relatives en THAT selon notre analyse du corpus.

25Dans l’exemple contenant la relative en WHICH, on note la présence de l’adjectif CERTAIN qui participe de la délimitation qualitative, et on trouve encore une fois un prédicat au présent simple, proche du générique, où HAUNT pourrait être glosé par “characterises” sans trop modifier la valeur.

26Ces paires minimales nous semblent intéressantes pour mettre en lumière des fonctionnements significatifs, mais cette opposition serait trop caricaturale si on s’en tenait là. En effet, on trouve dans notre schéma des relatives en THAT contenant d’autres types de prédicat :

27Dans cet énoncé, le prédicat HURT au prétérit a certes une valeur de caractéri­sation mais celle-ci est uniquement situationnelle, à cause de la valeur globalisée, situationnelle de LOOK FORWARD ici.

28Le Co nom propre, Nicandra, et les deux prédicats et sont repérés par rapport à la situation spécifique qui est celle de la proposition enchâssante. On trouve de même des formes aspectuelles :

29Évidemment dans les exemples (7), (8), (9), (10), (12), (14), (15), (16) et (17), nous avons affaire à un contexte de fiction et la situation de la proposition enchâssante est spécifique comme celle de la relative. Parmi nos exemples, c’est le cas le plus fréquent dans ce type de relative en THAT, mais on trouve d’autres cas en contexte non-narratif. Ainsi le (18) :

30Si le contexte de la proposition enchâssante ici est de type générique, on constate que le choix du prétérit dans la relative limite la validité de la valeur générique, même si celle-ci est rétablie, en quelque sorte, dans l’incise “and is” dans la relative. Le prétérit marque donc un repérage situationnel aoristique dans la relative, repérage cohérent avec le discours “historique” de l’ensemble du texte, même là où c’est le repérage générique qui domine l’ensemble de l’énoncé. On voit dans l’exemple suivant un cas semblable de repérage contrasté :

31L’aspect accompli de la relative, repéré par rapport à la situation d’énonciation, marque une valeur situationnelle incontestable induisant le choix de THAT, alors que l’enchâssante est de type générique.

32Pour être plus complet et pour éviter une vision trop simpliste, nous voudrions passer en revue quelques cas qui semblent moins caractéristiques du choix de THAT dans le schéma en question. Nous verrons d’abord des relatives comportant des modalités contenant des éléments situationnels :

33Ici on est en contexte généralisant, mais l’emploi de YOU, malgré ses propriétés généralisantes, permet à l’énonciateur de s’adresser à un co-énonciateur qui est vraisemblablement le lecteur lui-même, à qui on prodigue des conseils pour son intérêt particulier. Par ailleurs, le prédicat en WILL de la relative marque, certes, une propriété de “an expertise that”, mais les éléments “caractérisants” de WILL sont tels que la validation dans une situation spécifique ultérieure est souvent envisagée, ce qui semble être le cas ici, d’autant que THEM a une référence définie par le contexte et est donc plutôt généralisant que générique au sens strict.

34Ici, nous sommes de nouveau en contexte généralisant : la relative en THAT comporte une modalité épistémique, permettant d’envisager une validation situationnelle de par son association avec SURPRISE, processus, et un YOU généralisant, susceptible pourtant d’avoir une interprétation spécifique désignant le lecteur (même si celle-ci n’est pas forcément la première qui vient à l’esprit).

35Voici un autre énoncé intéressant proche du générique et dont la relative comporte une forme de modalité épistémique, marquée par UNLIKELY :

36Il s’écarte un peu du schéma strict de notre analyse dans la mesure où l’antécédent est complexe, composé de deux substantifs ayant le fonctionnement compact, mais l’absence d’article devant EXPERTISE et le choix du singulier dans la relative sont la trace d’une sorte de mise en facteur commun de ces deux substantifs. Notre hypothèse ici serait que l’énonciateur envisage néanmoins une validation situationnelle du prédicat BE UNLIKELY. Il se peut pourtant que nous ayons affaire ici à l’influence de la négation contenue dans UNLIKELY. Ce facteur est également présent dans les énoncés suivants :

37Certes, le repérage situationnel aoristique de cet exemple de fiction nous ramène à des types plus fréquents que nous avons déjà vus ; néanmoins on peut penser que la négation joue également un rôle ici. Les exemples suivants ne relèvent pas du type de discours de fiction.

38Si nous ne sommes pas dans une narration, l’énonciateur construit néanmoins un repérage aoristique et donc une situation en rupture avec la situation d’énonciation par le choix du prétérit, et la négation vient sans doute renforcer ces propriétés qui suscitent le choix de THAT. Dans l’exemple suivant, on peut penser que la négation dans la proposition enchâssante, négation qui participe à la construction d’un contraste (NOT … BUT), favorise également l’apparition de ce relatif malgré un repérage de type générique :

39Nous avons constaté que la négation dans les relatives en THAT est plus fréquente que dans celles en WHICH dans une analyse de corpus précédente. Il semble que cette contrastivité est due à l’origine déictique du relatif THAT. On constate également des effets contrastifs nombreux (par la négation, la présence de NEW et de MORE et la deixis en THIS) dans l’énoncé suivant à repérage situationnel :

40Dans l’exemple suivant, nous avons un repérage aoristique situationnel pour la proposition enchâssante ; le repérage généralisant de la relative ne marque pas tout à fait une valeur générique, mais nous sommes quand même en situation. Les propriétés de ces deux propositions, associées à la négation en NO LONGER, semblent favoriser le choix de THAT :

41Notons en passant la mise en facteur commun et le choix du singulier de BE dans la relative, phénomène que nous avons vu dans l’exemple (22).

42Outre le caractère générique de la relative en WHICH des exemples (11) et (13), nous y avons noté un certain type de discours que nous trouvons également dans l’exemple suivant :

43Le présent générique “integrates” participe à un type de discours abstrait, de réflexion nuancée, que nous avons déjà noté lors du dépouillement d’un corpus journalistique, particulièrement dans les articles dits “de fond” où l’on trouve davantage de relatives déterminatives en WHICH non précédées d’une préposition. Si les diachroniciens ont vu une influence du latin dans la mise en place et le développement des relatifs en WH- en anglais il n’y aurait rien d’étonnant à ce que WHICH se soit imposé davantage dans le discours savant. Ceci correspond d’ailleurs à la remarque banale, souvent faite par les anglophones, selon laquelle WHICH s’emploie à la place de THAT dans des discours plus sérieux ou pour donner un style plus soutenu. Pourtant, si ce type de discours contient une plus grande fréquence de relatives en WHICH, c’est moins le caractère soutenu que la façon d’organiser le contenu du discours qui influe sur le choix du relatif.

44Nous voudrions maintenant analyser une facette particulière de cette question à travers une forme de reprise caractéristique des relatives en WHICH. L’exemple suivant permet de l’illustrer :

45Ici, nous avons un type de discours de réflexion, à repérage aoristique, malgré la présence de noms propres, les formes sont de type générique, comme en témoignent les prédicats au présent “illustrates”, “be human and normal”.

46Ce type de reprise à l’identique, “the love” repris par “a love which”, mais s’accompagnant d’une individuation de la notion, relève d’un discours nuancé où l’énonciateur introduit une notion et y apporte progressivement une complexification notionnelle ; c’est ce type de discours, qui se rapproche paradoxalement de la parataxe (car les propriétés différentielles sont apportées par des touches successives et non hiérarchisées), qui favorise l’apparition de relatives en WHICH déterminatif.

47Il est néanmoins vrai qu’on trouve un schéma semblable associé à des relatives en THAT comme dans l’énoncé suivant :

48Mais on voit que nous sommes dans une situation spécifique, comme en témoignent de nombreuses marques : “was”, “did”, “never spoke” et, dans la relative, “grew”. C’est d’ailleurs la valeur de ce dernier prédicat qui semble décisive : il s’agit d’un processus et non d’une propriété situationnelle. On a l’impression que le critère de situationnalisation d’un processus l’emporte sur l’effet de structuration plus lâche de type paratactique.

49Néanmoins, dans l’ensemble, ce sont des relatives en WHICH qui sont de loin les plus caractéristiques de ce schéma de reprise. En voici d’autres exemples :

50Le schéma en WHICH qui se manifeste dans ces quatre exemples est très fréquent : on note une première occurrence d’un substantif ayant un fonctionnement associé compact, du type qui nous préoccupe ici, KNOWLEDGE dans les deux premiers exemples, CONFUSION dans les deux autres ; cette occurrence est suivie d’un ensemble de qualifications mettant en place une certaine complexité notionnelle ; dans le (33) le groupe prépositionnel “of the social world incorporated into actors” relève d’un propriété différentielle qualitative, glosable par “a kind of knowledge that is social”. Le contenu propositionnel de la relative est de type générique et on a WHICH, conformément aux critères que nous avons dégagés.

51Les autres énoncés posent problème pour nos critères. Dans le premier exemple (32), on a un génitif “play’s” qui marque une localisation, et ensuite un ensemble d’adjectifs postposés, sans mise en place de propriétés différentielles contrastives au sens strict. Dans les trois autres cas, c’est un groupe prépositionnel qui met en place la délimitation. En (34) “in the minds of the company and ultimately the guitar-buying public” et le (35) “between a text and its reading” sont des localisations et non pas des propriétés qualitatives différentielles. Dans la logique de notre analyse des relatives, on s’attendrait au relatif THAT dans ce cas, mais nous avons WHICH. C’est comme si, quel que soit le mode de délimitation, la reprise par la répétition du substantif en question donne une configuration, proche de la parataxe, ce qui favorise l’emploi de WHICH. C’est donc un facteur prédominant par rapport au type d’individuation. Par ailleurs, le contenu propositionnel de la relative en (32), (33) et (35) est de type généralisant. En (34), pourtant, il s’agit d’une propriété situationnelle. On n’a pas d’ “événement” du type que nous avons remarqué dans les énoncés (7), (8), (9), (10) etc. La nature du repérage et le contenu propositionnel de la relative semblent être des facteurs très influents.

52Pour poursuivre cette analyse, nous prendrons des cas semblant remettre nos critères partiellement en question : des occurrences prises dans des narrations à repérage aoristique :

53L’énoncé (36) s’insère dans une narration ; il contient deux prédicats de type caractérisation, et une première occurrence du substantif LOVE, au fonctionnement associé compact, renvoyant à la notion, suivie d’une reprise par le même substantif quantifiabilisé, ayant subi une opération d’individuation de par la présence de la relative en WHICH dans laquelle le modal COULD marque une propriété situationnelle. Dans l’exemple (37), les prédicats coordonnées de la relative ont une valeur de caractérisation de l’antécédent LOVE. En effet l’aspect accompli de HAD NEVER EXISTED marque une propriété à repérage situationnel, et, de même, malgré la présence de NOW, COULD a une valeur de propriété. Malgré le repérage situationnel, ce sont les propriétés des prédicats, de type caractérisation (et non processus), lesquelles, associées à la structuration discursive paratactique, entraînent l’emploi de WHICH. Ceci est à comparer à des exemples comme le (14) où une propriété situationnelle marquée par HURT, dans un type de discours plus hypotactique, et dans l’ensemble, moins complexe, se trouve dans une relative en THAT.

54Si cette forme de reprise entraîne souvent le choix de WHICH dans les relatives à contenu propositionnel générique ou de propriété repérée par rapport à une situation spécifique, il y a néanmoins des cas limite comme cet énoncé :

55Malgré le contenu propositionnel généralisant, et notamment le choix du présent dans la relative, et malgré la reprise paratactique de LOVE, nous avons THAT comme si le repère constitutif “the story [of Marie Grubbe]” suffisait pour entraîner une interprétation situationnelle spécifique de la relative, une sorte de brouillage dans lequel le contenu propositionnel porterait sur “a love” qui serait celui vécu par Marie Grubbe et non pas un type d’amour en tant que tel. Dans des cas de ce type, nous sommes visiblement aux limites des possibilités d’application des critères d’analyse que nous avons élaborés.

56Il serait présomptueux de proposer une véritable conclusion au terme de cette analyse. La question fort complexe du choix de WHICH ou de THATdans les relatives préoccupe les grammairiens depuis trois siècles au moins ; nous espérons avoir apporté quelques lumières sur le schéma un peu particulier de notre étude, même si nous sommes visiblement encore loin d’une explication générale de l’ensemble des facteurs en jeu.

Notes de bas de page numériques

1  Nous remercions les membres du groupe de recherche “ Linguistique et Didactique ” de A . Gauthier et A. Deschamps de l’Institut Charles V, et particulièrement Stéphane Gresset qui a lu et commenté une première version de ce travail. Merci à Jean-Claude Souesme d’avoir relu la version finale. Il va de soi que les erreurs qui subsistent sont de la responsabilité de l’auteur.
2  Nous nous sommes déjà expliqué sur ce terme dans d’autres travaux sur les relatives, notamment dans la note 13, p. 175 de Flintham, R. (1993) "Les relatives en WHICH et THAT dans Scientific American" in Danon-Boileau, L. et Duchet J-L. éds., Opérations énonciatives et interprétations de l'énoncé. Mélanges offerts à Janine Bouscaren, pp.171-179.
3  Pour des renseignements plus complets, on peut se reporter au site “web” du BNC : http://sara.natcorp.ox.ac.uk/lookup.html
4  Outre les autres articles de cette même publication, nous mentionnerons Groussier, M. L., G. Groussier et P. Chantefort (1975) Grammaire anglaise et thèmes construits, Hachette Université, chapitre IX (ces auteurs utilisent les termes “continu quantifiable” et “continu non-quantifiable”), Bouscaren J. et Chuquet J. (1987) Grammaire et textes anglais. Guide pour l’analyse linguistique, Ophrys, notamment le chapitre 2 pour la définition de ce concept, et Culioli A. (1990) Pour une linguistique de l’énonciation. Opérations et représentations, Tome 1, Ophrys, passim, pour l’élaboration théorique qui sous-tend cette analyse.
5  Flintham, Ronald 1990. "Génitif et stabilité référentielle" in SIGMA, Université de Provence, N°14, p.91-110.
6  Culioli (1990) notamment p.116 et suivantes et p. 181 et suivantes.
7  Voir bibliographie.
8  Telle est l’orthographe du corpus.
9  Nous ne lasserons pas le lecteur avec une suite d’exemples du même type, mais signalons-en deux autres, simplement pour indiquer la fréquence de ce phénomène. CKB 2309 Kate interrupted with an urgency that made Barbara instantly suspicious. FR6 2051 `Jane,' he said, with a gentleness that cut into my soul, `Jane, do you intend us to live apart for ever?'
10  Flintham (1995) p.150-151.
11  Souesme J.-Cl., (1999) “Le relatif Ø, un pronom indépendant et non neutre”, communication à l’atelier de linguistique du Colloque SAES de Rennes 1998, sous-presse.
12  Voir Flintham (1998) p.159-161, s’appuyant sur Fuchs C. et N. et Cl Rivière (1987), “ Les relatives et la construction de l’interprétation ” in Langages, n° 88, pp. 94-127.
13  Flintham (1998) p.159-161.
14  Flintham (1995) p.145.
15  Nous donnons encore un exemple de type générique pour en montrer la fréquence : “A6D 721 Inversion becomes a kind of transgressive mimesis: the subculture, even as it imitates, reproducing itself in terms of its exclusion, also demystifies, producing a knowledge of the dominant which excludes it, this being a knowledge which the dominant has to suppress in order to rule.”

Bibliographie

BOUSCAREN, J. et CHUQUET, J. (1987) Grammaire et textes anglais. Guide pour l’analyse linguistique, Ophrys.

CULIOLI, A. (1990) Pour une linguistique de l’énonciation. Opérations et représentations, Tome 1, Ophrys.

DANON-BOILEAU, L. (1983) "This, that, which, what et la construction de références" in Méthodes en linguistique anglaise, CIEREC, Saint Etienne.

DUBOS, U.(1990) "Relations lâches et serrées dans les propositions relatives en WHICH et THAT", RANAM, XXIII, Université de Strasbourg.

FUCHS, C. et N. et Cl RIVIÈRE (1987), “ Les relatives et la construction de l’interprétation” in Langages, n° 88, pp. 94-127.

FLINTHAM, R. (1993) "Les relatives en WHICH et THAT dans SCIENTIFIC AMERICAN" in Laurent DANON-BOILEAU et Jean-Louis DUCHET éds. Opérations énonciatives et interprétations de l’énoncé. Mélanges offerts à Janine Bouscaren, Ophrys, pp171-179.

FLINTHAM, R. (1995) "Les relatifs WHICH et THAT dans un corpus journalistique" in Cahiers Charles V N° 19, "Linguistique et Didactique".

FLINTHAM, R. (1998) "La proposition relative: invariant et variation", Actes de l’atelier de linguistique : Congrès de la SAES 1997, Cycnos, volume n°15 spécial, Nice.

GRESSET, S. (1984) "Which/that marqueurs de relatives" in BOUSCAREN, J., Cahiers de Recherche en Grammaire Anglaise,Vol. 2, Ophrys.

GROUSSIER M.-L. (1996) "L’absence de relateur, expression de l’identification en anglais actuel", in Jean CHUQUET et Marc FRYD éds. Absence de marques 1, et représentation de l’absence. Presses universitaires de Rennes.

SOUESME J.-Cl., (1999) “Le relatif Ø, un pronom indépendant et non neutre”, communication à l’atelier de linguistique du Colloque SAES de Rennes 1998.

Pour citer cet article

Ronald Flintham, « La construction d’une occurrence individuée de notion nominale compacte en anglais sous la forme  », paru dans Cycnos, Volume 16 n°2, mis en ligne le 15 janvier 2004, URL : http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=47.


Auteurs

Ronald Flintham

Université de Paris VII