Cycnos | Volume 18 n°2 Anaphores nominale et verbale - 

Fabrice Nicol  : 

Anaphores en SELF : conditions sur la coréférence, logophoricité et changement diachronique

Résumé

Les conditions sur la coréférence de l’anaphore en SELF forment un ensemble de propriétés syntaxiques qui peuvent être circonvenues lorsque les conditions discursives adéquates sont réunies. L’évolution diachronique de ces conditions sera détaillée. L’analyse des composés nominaux en SELF étaie l’analyse duale de SELF, dont la valeur est tantôt identificationnelle, tantôt différentielle.

Plan

Texte intégral

1Je m’attacherai à examiner les conditions sur la coréférence de l’anaphore en SELF de l’anglais moderne, et leur évolution depuis leur apparition progressive au cours du seizième siècle. Ces conditions forment un ensemble de propriétés parfois convergentes, mais également concurrentes é l’occasion, certaines propriétés syntaxiques de l’anaphore en SELF pouvant être circonvenues lorsque les conditions discursives adéquates sont réunies. Je rappellerai très brièvement la condition A de la théorie du Liage de Chomsky (1986), puis je donnerai une synthèse d’un article très stimulant de Tanya Reinhart et Eric Reuland (1993), qui montrent, dans le cadre de la grammaire générative, que la condition A, qui prétendait décrire l’ensemble des propriétés distributionnelles de l’anaphore, était descriptivement inadéquate ; un ensemble de propriétés discursives complexes, considérées comme définitoires de la logophoricité (Sells 1987), doit être pris en compte. Il apparaît également que les conditions sur la coréférence ont évolué au cours du temps. Je présenterai quelques facteurs de cette évolution diachronique, en m’inspirant des travaux du linguiste américain Edward Keenan (2001), ainsi qu’une application à l’analyse sémantique des composés nominaux en SELF.

2La condition A de la théorie du Liage de Chomsky (1986) prévoit que l’antécédent de l’anaphore doit c-commander l’anaphore, condition qui exclut par exemple (1) et (2)

(1) *Himselfj killed Johnj.
(2 *Johnj’s mother loves himselfj.

3En (1), l’antécédent est c-commandé par l’anaphore ; en (2), c’est John’s mother qui c-commande l’anaphore ; John c-commande mother, mais ne saurait c-commander himself. Un certain nombre de difficultés ont été rapidement constatées quant à la condition de c-commande elle-même . Certaines langues, comme le chinois, ont une anaphore nominale (ziji en chinois) qui obéit approximativement aux mêmes conditions de c-commande que l’anaphore anglaise, mais contrevient â certaines conditions de la théorie du Liage. L’anaphore chinoise ziji est ainsi c-commandée dans un domaine de localité, comme l’anaphore en SELF; toutefois, des constructions du type (2), appelées configurations de sous-commande (sub-command) sont relevées : l’antécédent peut être lui-même enchâssé au sein d’un constituant qui c-commande l’anaphore1. Ce phénomène curieux est rare en anglais, bien qu’attesté. Zribi-Hertz (1989) donne ainsi (3) :

(3) Bismark’s impulsiveness has, as so often, rebounded against himself.

4D’autres arguments indirects montrent que la condition de c-commande n’est probablement pas adéquate. La monographie de Richard Kayne (1994) sur l’asymétrie des structures syntaxiques montre ainsi que les pronoms liés par un quantifieur comme en (4):

(4) Every father loves his children,

5s’affranchissent de cette contrainte assez aisément2. Ainsi, en (5), l’antécédent quantifieur ne c-commande pas le pronom quantifié :

(5) Every boyj’s mother thinks hej is a genius.

6Une autre analyse, adoptée par Kayne, consisterait à admettre que le génitif d’un sujet peut c-commander un élément du groupe verbal ; mais, si cette hypothèse, qui a l’avantage de sauvegarder la théorie de la quantification, est adoptée, alors l’analyse classique de (2) s’écroule, et avec elle un des arguments les plus convaincants en faveur de la condition A de la théorie du Liage.

7Tanya Reinhart et Eric Reuland, dans un article de 1993, développent la critique de la théorie du Liage. Les auteurs observent que les cas de non-complémentarité de la distribution des anaphores en SELF avec celle des pronoms simples ne sont pas expliqués par l’analyse qu’en donne Chomsky (1986) ; ainsi (6) et (7) rentrent dans le cadre théorique de Chomsky mais pas (8)3 :

(6) Luciej saw a picture of herselfj/herj.
(7) Maxj likes jokes about himselfj/himj.
(8) Maxj saw a gun near himselfj/himj.

8La phrase suivante (dite de list construction) ne trouve pas non plus de description théorique satisfaisante :

(9) Lucie counted five tourists in the room apart from herself/her.

9L’objet de l’article est de démontrer que l’anaphore en SELF obéit en fait à une contrainte de réflexivisation argumentale (pronouns are disallowed only when the pronoun and its antecedent are coarguments) suivant en cela une longue tradition grammaticale (Farmer 1984, Farmer et Harnish 1987).

10Pour arriver à ce résultat, Reinhart et Reuland montrent tout d’abord que la condition A de la théorie du Liage est descriptivement inadéquate. Ils évoquent tout d’abord le cas des anaphores à antécédent non-local. Des exemples de coréférence à « longue distance » étaient déjà évoqués dans les travaux de Ross (1970), essentiellement à la première personne. Par la suite, Cantrall (1974), Kuno (1987) et Zribi-Hertz (1989) ont démontré que himself pouvait trouver un antécédent non-local sous certaines conditions discursives. Les auteurs en tirent la conclusion suivante :

‘The condition A of the standard Binding Theory was desciptively mistaken in where it drew the border between acceptable and unacceptable anaphors. As argued also by Pollard et Sag (1992), some of the cases ruled in by the standard condition A ... are just specific instances of logophoric anaphora’.

11L’idée que l’on doit distinguer anaphorisation grammaticale (locale) et anaphore discursive (non obligatoirement locale) n’est pas neuve. Outre les références citées plus haut, elle est également défendue par Maling (1982, 1986), Hellan (1988, 1991), Thr·insson (1991), et Reinhart et Reuland (1991). Toutefois, il n’est pas nécessaire de formuler la distinction en ces termes ; en effet, il suffit de constater que le liage local est la seule solution possible lorsque l’anaphore est sélectionnée par le prédicat. La syntaxe ne traite que de cette configuration théorique particulière ; lorsque l’anaphore n’est pas sélectionnée par le prédicat, aucune condition syntaxique ne vient restreindre sa distribution. Des facteurs discursifs entrent alors en jeu, mais aucun principe syntaxique ne peut être invoqué :

‘In the contexts where the syntax allows both a pronoun and a SELF anaphor to be coindexed with a given antecedent, the choice between them is motivated by discourse considerations as is often the case when there is more than one syntactic option ... the use of an anaphor in such contexts may appear more marked than in the reflexivity environments where the anaphor is the only grammatical option. There is no reason to assume that this type of discourse consideration is encoded in the syntax’ (p. 672).

12Reinhart et Reuland envisagent ensuite un contre-exemple é leur argumentation : le cas, rare mais attesté, des anaphores lexicales en position argumentale comme en (10) :

(10) a. This letter was addressed to myself.
b. Why should the state always take precedence over myself.

13Les auteurs considèrent que ces cas ont un caractère marqué et qu’ils correspondent à une focalisation de l’anaphore ; les anaphores ne sont acceptables que si le contexte ‘clearly signals a focus or contrastive reading so they are highly context-dependent.’ (672)4. Reinhart et Reuland imposent donc une condition structurale sur l’acceptabilité des anaphores. Cette condition s’applique en structure de surface: ‘SELF anaphors that occur in an argument position at S-structure ... require special [contextual] accommodation.’ Ceci posé, il est possible de reformuler la contrainte CFC (Complete Functional Complex) de Chomsky (1986). Etant donné un prédicat quelconque P, les arguments syntaxiques à prendre en compte pour le liage local de l’anaphore sont tous ceux qui réalisent un fonction grammaticale de P, c’est-à-dire (i) ses arguments thématiques5, et (ii) les NP auxquels il assigne un Cas (p. 679) :

‘The arguments of a syntactic predicate do not necessarily correspond to its grid positions [position argumentale]; that is, they do not need to be (-arguments.’

14Le prédicat syntaxique ainsi défini doit nécessairement comporter un argument externe. La condition A est alors reformulée comme la nécessité pour l’anaphore insérée en position thématique ou casuelle de réflexiviser le prédicat syntaxique. La nécessité de prendre en compte toutes les fonctions grammaticales et non seulement les arguments thématiques est mise en évidence par (11a-b) : le sujet d’un verbe de modalité ontique, dit « verbe à montée », comme seem, n’est pas thématique (au sens de la note 5). En (11c), il faut exclure la logophore, donc inclure l’explétif comme argument syntaxique du prédicat à réflexiviser :

(11) a. Luciei seems to herselfi to be beyond suspicion.
b. Maxi strikes himselfi [t as clever].
c. *Max thinks that [it would bother himself that the place is so noisy]

15Or, le it sujet de la subordonnée de (11c) est un it d’extraposition, qui n’est pas en soi un argument du verbe bother. Il faut donc inclure de telles entités non-thématiques, mais casuellement marquées, dans la condition de réflexivisation du prédicat pour pouvoir dériver l’inacceptablité de (11c). Un autre exemple d’intervention de la théorie du Cas est donné par les structures ECM (‘Exceptional Case Marking’):

‘[ECM structures] provide one of the greatest instances of a discrepancy between syntactic and semantic predicates: the matrix syntactic predicate consists of both the subject and the Case argument of the verb. However, in the semantic predicate the whole embeded IP rather than its subject is the argument of the matrix verb.’

16Considérons par exemple (12) :

(12) a. Lucie expects herself to entertain herself.
b. *Lucie expects myself to entertain myself.

17On ne pourrait réflexiviser le seul prédicat sémantique associé é expect, car ce verbe, dans le contexte étudié, ne saurait admettre un complément nominal ; il faut donc considérer le prédicat syntaxique comprenant himself comme argument, autrement dit une entité casuellement marquée par expect, bien que ne faisant pas partie de la grille argumentale de ce verbe6.

18Les structures coordonnées montrent également que l’on ne peut retenir la définition sémantique de la réflexivisation pour la condition A :

(13) a. The queen invited both Max and myself/me for tea.
b. Max said that the queen invited both Lucie and himself/him for tea.

19Les logophores seraient exclues si chaque argument conjoint faisait partie de la liste des co-arguments réflexivisables7. Ce serait le cas en Composante Interprétative si le prédicat pertinent pour la condition A était sémantique.

20Cette approche se distingue donc formellement des approches qui ne mettent en jeu que les relations structurales (Chomsky, 1986), les relations casuelles ou fonctionnelles é l’exclusion des relations thématiques (Pollard et Sag, 1992) ou les relations thématiques/aspectuelles é l’exclusion des relations casuelles (Jackendoff, 1990; Giorgi, 1984; Grimshaw, 1990; Kiss, 1991). Contrairement é Chomsky (1995), elle ne fait pas intervenir de déplacement de l’anaphore en Composante Interprétative, sauf cas de focalisation.

21Venons-en à l’histoire de la formation du système dual que nous décrivent Reinhart et Reuland : d’un côté le réflexiviseur, de l’autre la logophore. En vieil-anglais et en moyen-anglais, les pronoms ne sont pas soumis à la Condition B de la théorie du Liage : autrement dit, il peuvent être localement liés. Les formes en SELF ne sont pas soumises à la Condition A, puisqu’il n’est pas nécessaire qu’elles soient localement liées. La théorie du Liage de Chomsky (1986) est donc inadéquate en vieil-anglais. Approfondissons à présent l’analyse des faits distributionnels. Les pronoms sont systématiquement utilisés en configuration de liage local. On comparera par exemple les bibles d’Ælfric (1000) et de King James (1611):

(14) a. Adam and his wife hid themselves... (King James,Genesis 3.7-10)
b. behydde Adam hine and his wif eac swa dyde... (Ælfric)se cachèrent Adam pronom 3msg-acc et sa femme tous deux

22On comparera également la traduction de King James à celle d’Ælfric en (15):

(15) a... and heo nam hra˛e hyre wæfels [and bewæfde hi.] (Ægen. 24.65) therefore she took a vail     [and covered pronom 3fsg-acc.]
b. Therefore she took a vail and covered herself.

23Par ailleurs un autre indice de la grammaticalité des liages locaux par des pronoms est qu’Ælfric traduit les pronoms réfléchis se et sibi du latin par des formes pronominales et non pas par des formes en SELF. Les 75 % qui restent sont des pronoms non thématiques, au sens de Gruber 1967, c’est-à-dire auxquels n’est pas assignée de fonction argumentale indépendante. Ils ne sont pas argument du verbe, mais en relation de coréférence locale avec un argument du verbe, en général le sujet, comme en (16) :

(16) For_æm hi him ondræda_ _ a frecenesse _ e hi ne gesio _ (CP. 433)
because they fear pron 3mpl-dat the danger that they do not see.

24Il semble en fait que ces pronoms, datifs pour la plupart, aient une fonction contrastive ou emphatique. Le cas datif serait un peu analysé comme le datif d’intérêt du grec ancien, bien connu des hellénistes, notamment dans les structures possessives, et son emploi marquerait l’implication de l’actant sujet dans le procès. Keenan parle ainsi de involvement dative, autrement dit de datif d’intérêt.

25Qu’en est-il à présent des formes pronominales en SELF ? Il faut tout d’abord rappeler que SELF était en vieil-anglais un adjectif ou un adverbe décliné, et non pas un substantif. La conjonction du pronom et de SELF n’était pas obligatoire en coréférence locale, comme en anglais moderne. Et même, selon Visser, dans les textes les plus anciens, Beowulf et Cêdmon’s Hymns, la forme pronom-self est toujours non localement liée lorsqu’elle est insérée en position objet (Visser I : 40), ce qui nous donne le tableau (17) du changement diachronique : la forme en SELF devient progressivement une forme locale, si elle n’est pas logophorique.

(17) Renversement des contraintes de localité du liage de X-self.

26Il semble, par ailleurs, que l’insertion de SELF soit sémantiquement contrainte. Tout d’abord, certaines classes verbales sélectionnent plus aisément SELF. Keenan relève huit verbes qui n’ont de liage local qu’avec des formes en SELF, ce qui vient un peu nuancer l’affirmation initiale selon laquelle les pronoms peuvent toujours être liés localement. Les huit verbes en question semblent bien constituer une exception é la règle générale puisqu’ils sont toujours localement liés par X-self. Ce sont tous des verbes qui dénotent fortement l’affect ; ils ont probablement constitué le germe du changement ultérieur :

(18) Verbes d’affect é liage en X-self obligatoire :
acwellan kill      hælan cure
ahon hang      ofslean slay
frodon destroy      swencan afflict, oppress      forseon scorn, renounce      regan threaten, torture.

27Farr (1905) fait l’hypothèse que, jusqu’à Ælfric, la co-occurrence de ces formes résulte de deux processus fondamentaux indépendants :

  • (1) l’utilisation du self nominatif dans le prédicat, et :

  • (2) l’utilisation de pronoms explétifs (liés).

28Keenan accepte et reprend la thèse de Farr. Il ajoute une hypothèse audacieuse : les contraintes de localité sur la coréférence des formes en SELF contemporaines résulteraient précisément de la formation de ces composés du type prondat + selfnom. Un des facteurs pourrait être l’affaiblissement morphologique ou phonologique des désinences casuelles au cours du treizième siècle, qui permet donc la fusion d’un datif et d’un nominatif du vieil-anglais. Par ailleurs, self nominatif introduit un contraste discursif sur le sujet propositionnel, ou introduit une notion de « rang honorifique », position élevée sur l’échelle sociale ou religieuse ; le pronom explétif permet, lui, de marquer l’importance que le processus a pour le sujet propositionnel (involvement dative) - un peu comme le ferait une voix moyenne. Il se peut que la proximité des effets de sens associés respectivement aux deux entités grammaticales (la magnification et l’intérêt), ait facilité leur unification et la formation d’un proto-constituant sémantique.

29Pourquoi voit-on soudain émerger l’emploi argumental des formes en SELF ? Keenan suggère que le marquage nominatif de self combiné à la fusion morphologique permet, par économie, l’insertion de himselfnom en position sujet. A la suite de van Gelderen (2000), Edward Keenan est amené é proposer que cet emploi, aujourd’hui impossible, sauf dans la variété d’anglais familier parlée en Irlande, n’est pas une contraction de he himself + VP mais bien un emploi argumental de l’anaphore en positions sujet. Je renvoie le lecteur intéressé aux détails de l’analyse de van Gelderen. Par régularisation syntaxique, cet emploi argumental se généralise aux autres positions, complément direct et indirect. Or, au cours du XIVème siècle, on constate que les pronoms explétifs du moyen-anglais se font plus rares, pour disparaître au quinzième siècle. Keenan analyse ce phénomène comme la conséquence d’une loi générale, qu’il baptise loi Anti-Synonymy, en vertu de laquelle la concurrence de deux formes entraîne la spécialisation sémantique et/ou syntaxique de l’une des deux formes. On constate que, avant que les pronoms explétifs liés ne deviennent obsolètes, les formes en SELF prédominent nettement sur les pronoms dans les liages (thématiques) locaux. La disparition des pronoms explétifs liés consacre alors la prédominance des formes en SELF dans le liage local, par l’effet de la loi d’anti-synonymie. Cette loi promeut une des deux formes (la forme en SELF), aux dépens de l’autre (le pronom simple).

30Un autre principe du changement linguistique intervient en parallèle, que Keenan désigne sous le terme de principe de décadence (Decay). Alors que le fonctionement contrastif est systématiquement associé soit aux emplois adverbiaux, soit aux emplois non-locaux des anaphores en SELF, comme (12), qui contreviennent aux principes de la théorie du liage comme le montrent, nous l’avons vu, Reinhart et Reuland, mais aussi les différents articles réunis dans l’ouvrage collectif de Koster et Reuland (1990), il apparaît que l’emploi local de l’anaphore en SELF est, lui, non contrastif, sauf si un accent, au sens de Bolinger, autrement dit heavier than normal stress, est mis sur l’anaphore. Considérons par exemple :

(19) a. The king (himself) defended the children (himself).
b. The king defended himself in the castle.

31L’adjoint himself est obligatoirement contrastif en a. Mais le complément en b. n’est pas obligatoirement contrastif : b. pourrait être compris dans un contexte du type ‘ ... and so did everyone else’. Keenan estime que cette perte du fonctionement contrastif de l’anaphore survient au cours du quatorzième siècle ; elle est limitée aux compléments. Les pronoms simples ont donc une forme concurrente nouvelle dans les positions argumentales. L’éviction du pronom simple devient alors inévitable en coréférence locale, car la conjonction du principe Decay, qui affecte l’anaphore en SELF en la vidant de son pouvoir contrastif, et du principe Anti-Synonomy, qui exige qu’une seule des deux formes survive é long terme, ne permet pas le maintien du système dual de l’anglais du quatorzième siècle.

32La dualité du système anaphorique en SELF illustre bien ce que l’on pourrait appeler le paradoxe de la Tour Eiffel. Citons Keenan :

 The Eiffel Tower was constructed in the late 1890s for an international fair and was intended to be destroyed twenty years later. In the interim, however, radio became prominent and the tower was an ideal locus for a radio antenna. Thus the Eiffel Tower survives in part because of a role it came to play in radio transmission, a role that had nothing to do with is creation in the first place…’  

33Telle est en effet la génèse de la condition de localité de l’anaphore en SELF : un marqueur contrastif, opérant une identification différentielle fortement conditionnée par le contexte, s’est progressivement grammaticalisé en réflexiviseur de grille argumentale, ou de schéma de lexis (dans la théorie d’Antoine Culioli), perdant l’essentiel de son fonctionnement différentiel et discursif pour ne conserver, en position complément, que l’opération d’identification.

34Le graphique 1 donne l’allure de cette évolution qui suit la courbe en S classique des nombreux changements syntaxiques et morphologiques survenus au seizième siècle.

35Le fonctionnement contrastif, dans les contextes de coréférence non-locale, s’est néanmoins maintenu, comme le montre le graphique 2, qui représente une régression linéaire des occurrences d’anaphores en SELF argumentales non localement liées. Le taux de liage non local diminue lentement sur le long terme :

36On remarquera en particulier que l’évolution de ce type d’emplois ne suit pas la courbe de transition en S du graphique 1 au cours de la période critique 1450-1600. Cette simple comparaison montre qu’à l’évidence les deux types d’emploi se sont pas justiciables d’une analyse unificatrice, et relèvent de processus grammaticaux distincts8.

37L’anaphorisation non-locale illustrée par le graphique 2 s’est en particulier bien conservée dans les contextes argumentaux à contraste inhérent (‘Inherently Constrastive’), comme (20a-c):

(20) a. He tackled a problem that only himself and the teacher could solve.
b. No one likes to work with anyone smarter than himself.
c. He denied that either himself or his wife were there.

38Dans les contextes de liage non local, qu’ils soient ‘Inherently contrastive’ ou pas, ni le principe Decay, ni le principe Anti-Synonomy ne s’appliquent. En effet, la persistance d’un contraste permet d’associer é SELF un élément différentiel ; il n’y a pas eu d’affaiblissement sémantique du contenu sémantique originel. Par conséquent, il est impossible de réduire l’interprétation de SELF à une simple identification référentielle. La forme en SELF ne rentre pas en concurrence avec le pronom simple : aucun effet de synonymie n’apparaît.

39De surcroît, dans ce type de contextes, l’association à un contraste bloque le processus de décadence sémantique (Decay). Il s’ensuit que le fonctionnement ancien est conservé (cf. 2.2 et la notion de « rang honorifique »). Le coréférent est un élément saillant du discours, soit qu’il apparaisse comme objectivement remarquable en comparaison d’autres actants du discours, soit qu’il apparaisse comme une source énonciative, ou tout au moins un sujet de conscience9.

40Baker (1995) souligne que les formes en SELF non localement liées encore fréquentes chez les écrivains du XIXème siècle, par exemple chez Jane Austen, ont un statut discursif plus faible que les logophores : elles peuvent apparaître dans des contextes objectifs, où le point de vue de l’énonciateur prédomine sur celui du coréférent de la forme en SELF, qui n’est pas nécessairement une source énonciative ou un sujet de conscience. En revanche, les logophores coréfèrent à un sujet de conscience, et apparaissent dans des domaines subjectifs10, dans lesquels le point de vue du sujet de conscience-coréférent prédomine sur tout autre11. La disparition prévisible des liages non locaux (effectivement constatée en américain familier, d’après Baker) entraînerait ainsi un renforcement du statut discursif de l’emploi non local des formes en SELF. Quantitativement, le taux des liages non locaux dans l’ensemble des liages possibles a continûment diminué (graphique 2). Qualitativement, toutefois, l’emploi non local des formes en SELF doit satisfaire une contrainte discursive de plus en plus stricte : coréférer à un sujet de conscience, les cas de coréférence non-locale et purement contrastive en contexte ‘objectif’ étant de plus en plus rares, littéraires ou archaïsants, à l’exception bien sûr des contextes à contraste inhérent du type (20) (voir Zribi-Hertz 1995 pour une discussion critique des positions de Baker).

41SELF peut se préfixer en composition nominale pour former des têtes nominales complexes (de statut syntaxique Xomax), contrairement aux pronoms en SELF, qui anaphorisent un syntagme nominal (de statut XP). Nous nous attendons é retrouver, au niveau des dénotations nominales, la même dichotomie (identification/différenciation) qu’au niveau pronominal. L’analyse de corpus qui suit montre qu’effectivement, deux classes de têtes complexes en SELF peuvent être distinguées, et que la nature de ces deux classes est bien conforme à nos attentes.

42Les composés nominaux SELF-N relevés dans le Collins Cobuild (édition de 1994) se répartissent en trois classes sémantiquement distinctes, que nous appellerons classes A, B et C. La classe A est illustrée en (21) :

 (21) classe A      SELF- congratulation, control, defence, discipline, esteem, examination, expression, government, help, possession, respect, sacrifice, service.

43Dans cette classe, une relation verbale réfléchie sous-jacente peut être reconstruite; la fonction de SELF est de réflexiviser la grille argumentale du nom, qui est souvent un déverbal ; comparer (21) à (22) :

(22) He {congratulated, controlled, defended, disciplined, esteemed, examined, expressed, governed, helped, possessed, respected, sacrificed, served} himself.

44La classe B est illustrée en (23) :

(23) classe B      SELF- denial, interest, reliance, satisfaction.

45Ici, il n’est pas possible de réflexiviser la grille au sens strict du terme. Quand le verbe associé a une position objet possible, le réfléchi donne un non-sens ou un contresens :

(24) *He denied himself (n.s.), interested himself (=/= he was self-interested) satisfied himself (=/= he was self-satisfied).

46En revanche, SELF identifie la position argumentale sujet du verbe avec la position argumentale de l’objet indirect :

(25) a. He denied himself the right to do that = he denied the right to do that to himself
b. He mainly relied on himself

47Pour interest et satisfy il faut utiliser des adjectifs dérivés afin de supprimer le sémantisme agentif12 :

(26) a. He was only interested in himself.
b. He was only satisfied with himself.

48Une troisième classe se distingue des deux premières:

(27) classe C      SELF- determination, drive, indulgence, sufficiency, assurance, importance, starter.

49Les composés sont paraphrasables par he V by himself (self-determination, self-drive, self-starter). Le prédicat verbal sous-jacent dénote un procès dont le rôle thématique (cf. note 5) externe (AGENT, EXPÉRIENT) est focalisé. D’autres composés sont paraphrasables par he BE (really/too) ADJ et caractérisent un état interne excessif (SELF-indulgence, importance, assurance, confidence). La classe C peut ainsi se caractériser par le test suivant :

(28) what you do (by yourself/automatically/on your own) is to V...,      is Adj (si N est déadjectival) what you feel (in yourself)      is N, si N est un état psychologique.

50En résumé, la classe C semble se distinguer par la focalisation de l’action/de l’état de l’animé (ou du quasi-animé) implicite, considéré comme seul actant possible du procès. Les classes B et A ont un mode de fonctionnement sémantique très différent puisqu’elles mettent en jeu des relations d’identification de deux arguments du prédicat sous-jacent.

51Il convient de tester la classification établie au paragraphe précédent sur un corpus différent et plus riche que celui du Collins Cobuild ; nous avons choisi le Oxford English Dictionary de 1986 (avec supplément) en excluant les termes déjé trouvés dans Collins Cobuild :

(29) classe A (65) SELF-abasement, absorption, abuse, accusation, admiration, advertisement, advocacy, aggrandizement, analysis, applause, appraisal, assertion, assessment, betterment, censorship, command, condemnation, criticism, deceit, deception, definition, delusion, destruction, diagnosis, discovery, disrespect, employment, exaltation13, fertilization, flattery, glorification, hate, hatred, hypnosis, incrimination, improvement, justification, knowledge, love, management, mastery, mistrust, mockery, murder, mutilation, neglect, parody, pity, praise, presentation, preservation, promotion, protection, punishment, realisation, regulation, renewal, reproach, ridicule, scorn, slaughter, seeker, torture, treatment, worship.

52Ces noms sont pour la plupart des déverbaux. Ceux qui ne le sont pas (disrespect, hypnosis, pity) sont systématiquement associés à un verbe transitif direct de même racine (ainsi disrespect, hypnosis, criticism ont la même racine que, respectivement, respect, hypnotise et criticise). Les seules têtes nominales qui ne le soient pas et puissent être rattachées é cette classe sont déadjectivales : (self-) consciousness, awareness. Dans ce cas, on peut toujours considérer que SELF réflexivise la grille argumentale de l’adjectif (conscious, aware (of))14.

53La classe B est moins productive :

(30) classe B (4)      SELF- belief, ingratiation, interest, commiseration.

54La classe C représente environ le tiers des occurrences :

(31) classe C (22)      Nom agentif      SELF‑binder (moissonneuse-lieuse), assembly (en kit), certification (GB : certificat de maladie signé par le malade), ignition, loader (arme automatique).      Nom psychologique/statif
SELF‑conceit/conceitedness, contradiction, disgust, doubt15, energy16, enjoyment, exaltation17, existence, infatuation, mastery, power, restraint, regard18, value, will (= obstination), worth.

55Il apparaît ainsi que la classe C relève du fonctionnement différentiel de SELF, puisque la focalisation consiste à distinguer le rôle thématique focalisé de toutes les relations qui impliqueraient d’autres actants (you did/experienced it and nobody else was involved). Les classes A et B relèvent, en revanche, du fonctionnement identificationnel. Nous retrouvons donc au niveau morphologique (formation des têtes complexes) la dualité sémantique déjé évoquée au niveau syntagmatique, dans les sections 2 et 3.

56Nous nous apercevons ainsi que le « marqueur » SELF enfreint allègrement l’hypothèse d’uniformité et d’unicité de l’opération notionnelle et/ou discursive associée au marqueur (« hypothèse d’invariance », dans la tradition énonciative). Cette hypothèse est sans doute un des principes explicatifs les plus séduisants de la tradition sémantique française, mais aussi parfois un parti pris quelque peu discutable. Nous avons vu que SELF est en fait un « marqueur » ambivalent : tantÙt il est associé é une opération d’identification du pronom é un antécédent local, opération souvent dénuée de valeur contrastive ; tantÙt il renvoie é un antécédent contextuellement exprimé, mais hors des domaines de coréférence locale habituellement retenus19 ; tantôt il est utilisé comme logophore. Dans ces deux derniers cas, le référent associé présente des propriétés singulières ; l’identification est associée é un contraste explicite ou implicite. SELF n’est plus une simple pro-forme : son contenu ne peut être identifié par un contenu substantif quelconque ; le référent doit être singulier, doit différer par certaines propriétés remarquables des autres référents potentiellement éligibles comme antécédents de l’anaphore.

57L’examen des composés nominaux aboutit à un résultat comparable : d’une part, certains composés dénotent l’action d’un argument sur lui-même ; d’autre part, d’autres composés (environ le tiers du total) dénotent un état psychique ou une action effectuée de manière autonome. Dans ces deux derniers cas, l’accent est mis sur l’autonomie ou la singularité du sujet, sur les qualités ou les actes qui le distinguent et parfois l’opposent aux autres actants ou expérients du discours.

58Il semble donc malaisé d’unifier les différents contextes de coréférence locale et non-locale, dans le but de dériver une opération d’identification ou de différenciation univoque et uniforme dont « le marqueur » serait SELF20. J’ai le sentiment qu’il est impossible de rendre compte par ces moyens de la permanence diachronique d’un système anaphorique profondément dual, dont les théories unificatrices, qu’elles soient syntaxiques ou sémantique, ont trop longtemps sous-estimé la complexité.

Notes de bas de page numériques

1 Huang et Tang (1991 : 263-264) montrent que l’antécédent doit être local en composition (ta-ziji), et est local pour la forme simple de l’anaphore (ziji) lorsqu’existe un facteur d’opacité (blocking factor) de nature complexe. (i) est un exemple de sous-commande (ibid. : 269, n°18) : / (i) Zhangsani sho [[nij zheyang zuo] dui ziji*i/j  bu li ] / Zhangsan say     you thus do     to self     not advantage / ‘Zhangsan said that your doing this will do yourself no good’
2 Certains locuteurs n’acceptent cette construction qu’en présence d’un accent contrastif, portant sur le pronom lié ou sur le quantifieur ; cette restriction n’affaiblit pas l’argument, dans la mesure où des structures comme (2), superficiellement semblables (4), à ceci près que le pronom lié de (4) est remplacé par une anaphore en SELF, sont nettement rejetées, même en contexte contrastif.
3 La raison en est que l’adjoint near him de (8) est analysé comme une prédication autonome, qui definit son propre domaine de localité, comme si l’on avait une proposition relative elliptique (‘a gun (that was) near him’). Il en résulte que le pronom simple n’est pas localement lié dans sa prédication, et que la condition B est donc respectée. L’argument des auteurs est que l’anaphore est également acceptée dans ces contextes, et que l’absence de complémentarité distributionnelle pronom/anaphore contrevient à la condition A au sein de la prédication elliptique.(6) et (7), en revanche, font intervenir des compléments de nom ; l’antécédent de l’anaphore se trouve effectivement dans le domaine de localité propositionnel si les compléments d’objet direct sont insérés sans sujet vide ; si les compléments d’objet direct sont insérés avec un sujet vide (soit donc i et ii, respectivement), alors le domaine de localité est restreint au groupe nominal a et le pronom simple peut être inséré sans contrevenir é la condition B : / (i) [ PROk pictures of herj ] / (ii) [ PROk jokes about himj ]
4 Les auteurs proposent d’analyser ce focus comme un déplacement vers le noeud complémenteur COMP de l’anaphore en Composante Interprétative (LF) ; dès lors, seule la trace du déplacement se retrouve en position argument ; il ne peut pas y avoir « réflexivisation » de la grille argumentale en LF ; donc l’anaphore peut être discursivement contrÙlée.
5 Au sens de Gruber (1967), autrement dit, appartenant à une classe de fonctions sémantiques (rôles thématiques, ou rôles) assignées par le verbe, telles que AGENT, EXPÉRIENT, PATIENT/THEME, SOURCE/BUT, pour ne citer que les plus fréquentes.
6 Analogue génératif (‘-grid’) du schéma de lexis culiolien.
7 On pourrait aussi penser que la possibilité des logophores dans les structures é arguments conjoints résulte de la focalisation impliquée par la structure de liste elle-même, qui, on le sait, a des propriétés sémantiques particulières, et est particulièrement sensible au contexte ou aux facteurs pragmatiques (Ward et Birner, 1995). Dès lors, il est possible de réutiliser l’argument théorique invoqué pour (13) : les logophores conjointes ne sont pas dans la liste des arguments réflexivisables.
8 Nicol (1997, 1998) développe quelques conséquences de ces contrastes systémiques pour l’analyse de l’architecture des modèles linguistiques, et plus particulièrement des relations de correspondance entre structure conceptuelle et structure syntaxique.
9 Zribi-Hertz (1989) définit le sujet de conscience comme l’entité discursive qui exprime son point de vue dans une portion de discours. Il s’agit souvent d’un énonciateur ou d’un énonciateur rapporté, mais pas toujours. Ainsi dans John couldn’t resist the hunger for revenge which filled himself (Zribi-Hertz, 1995 : 338), énoncé accepté par les locuteurs américains, l’énonciateur est distinct du sujet de conscience (John). Le concept de sujet de conscience est donc plus large que celui d’énonciateur : un sujet de conscience peut être le siège de certains états psychiques discursivement prééminents.
10 Appelés « domaines de point de vue » par Zribi-Hertz.
11 Y compris celui de l’énonciateur s’il n’est pas confondu avec lui.
12 Il est intéressant de remarquer que rien ne semble expliquer a priori pourquoi par exemple, SELF ne peut pas être reconstruit comme complément de interest/satisfaction au sens de SELF-interest = le fait de se surprendre soi-même, de s’étonner (cf J’ai trouvé la solution... Aujourd’hui je m’étonne !); ni, non plus, pourquoi SELF-satisfaction ne peut vouloir dire « le fait de se convaincre soi-même » (to satisfy oneself that = se convaincre que).
13 au sens « d’exaltation de soi-même » (=self-praise).
14 Il reste toutefois un résidu d’analyse, qui, sémantiquement, relève de la classe A mais ne peut satisfaire le test de réflexivisation associé : self-contempt. Ce dernier ne peut être testé par réflexisation verbale et n’est pas dé-adjectival. C’est donc que le test est partiellement inadéquat. A titre de solution alternative, il peut être proposé d’abandonner la prise en compte du processus dérivationnel (très majoritairement déverbal) et de tester la réflexivisation de la tête nominale elle-même, moyennant un choix adéquat de la préposition. Outre la prise en compte de contempt, ceci nous permet d’éviter le problème posé par l’hétérogénéité catégorielle entre déadjectivaux et déverbaux.
15 L’origine de la contradiction, du dégoût ou du doute est souvent non-délibérée, et externe au siège de ces états psychiques. Il est donc sémantiquement inadéquat de considérer une réflexivisation argumentale. Il faut plutôt comprendre : the story was contradictory ; he felt disgust with himself/doubt deep down.
16 Exemple révélateur du fonctionnement différentiel de SELF: le OED nous dit que SELF, dans cet emploi de sciences physiques, signifie ‘energy possessed by a particle in isolation from other particles an fields ; the energy of interaction of a particle with its own field’ ; autres acceptions similaires: self- field, self-mass.
17 Au sens de « état d’exaltation/d’émotion intense ».
18 Le sens n’est pas en effet ‘to regard oneself (as...)’ mais celui d’égoïsme.
19 Ces domaines peuvent varier d’une langue é l’autre. Voir la synthèse de Koster et Reuland (1991 : ß1).
20 Nicol (1995) arrive é des conclusions comparables concernant le pronom réfléchi heautos du grec ancien (dialecte attique), formé par fusion du pronom simple homérique (he), en voie de disparition au Ve siècle, et d’un adjectif (autos) sémantiquement proche de SELF.

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Pour citer cet article

Fabrice Nicol, « Anaphores en SELF : conditions sur la coréférence, logophoricité et changement diachronique », paru dans Cycnos, Volume 18 n°2, mis en ligne le 15 juillet 2004, URL : http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=45.


Auteurs

Fabrice Nicol

Fabrice Nicol est maître de conférences à Paris III, et il a publié les articles suivants : 1995 Liage à longue distance et logophoricité en attique du Ve siècle. In Rencontres : Etudes de syntaxe et de morphologie, sous la direction de  J. Guéron, Université de Paris-X , 171-188. 1998 De la syntaxe à l’interprétation : grammaire générative et sémantique cognitive. Université de Paris III, fabrni@aol.com CYCNOS n°15 vol. spécial, sous la responsabilité de J. - C. Souesme, Nice : CRELA.