Patrick Parrinder


Patrick Parrinder a écrit de nombreux ouvrages sur la science-fiction et sur H.G. Wells, entre autres Shadows of the Future (1995). Il est directeur de publication de la récente réédition de Wells par Penguin Classics. Son ouvrage Nation and Novel (2006) est une histoire générale du roman anglais et de la manière dont celui-ci reflète l'identité nationale. Il est Professeur d'anglais à l'Université de Reading.

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Cycnos | Volume 22 n°2

History in the science fiction of H. G. Wells

Wells n’a cessé d’imaginer des peuples qui auraient perdu leur histoire et ce que pourrait être leur quête aveugle. Le voyageur temporel de La Machine à explorer le temps entreprend de reconstituer l’histoire des Morlochs et des Eloi, qui est avant tout notre histoire, l’histoire de l’homme conforme à la sombre définition du Sphinx prédisant quelque apocalypse future. C’est un travail d’archéologue, plutôt que d’historien, dans les vestiges de ce qui fut jadis Londres. Les Morlochs ont-ils gardé dans leur cerveau embrumé quelques lueurs de compréhension ? La perspective d’une telle déchéance est effrayante et pousse le voyageur à partir plus loin dans l’avenir pour s’assurer de la disparition de l’homme sur la planète. Par la suite, Wells s’évertuera à construire l’histoire de notre avenir dans The Outline of History. Seul le contexte de la science-fiction permet de faire de l’historiographie, de constituer une histoire du futur qui ne serait pas de la simple prophétie mais de la prospective fictionnelle, de la « pseudo-histoire ». Wells était conscient de n’être jamais parvenu à trouver la distance nécessaire pour présenter le futur d’une manière objective et convaincante. Toute histoire du futur, y compris la dystopie, est ancrée dans la subjectivité de l’auteur, même si elle implique un regard rétrospectif. Ce dernier, pas sa nature même, signifie que l’histoire continue et que l’on a triomphé de l’apocalypse. La grande réussite de Wells avec La Machine à explorer le temps est non d’avoir tenté de reconstruire l’histoire, mais d’avoir montré ce que pouvait être l’absence d’histoire.

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