Cycnos | Volume 18 n°2 Anaphores nominale et verbale - 

Régis Mauroy  : 

Anaphore nominale de relations prédicatives

Description de quelques SN anaphoriques de relations prédicatives

Abstract

In English as in many languages, some Noun Phrases can be anaphoric of contextual propositions made up of predications relations. This type of anaphora is endowed with definite types of determination and the head-noun of the NP has some semantic relations of inclusion or exclusion (either complete or partial) with the verb of the contextiual propositions. This is part of how co-reference is achieved, but apparently not along the lines of more conventional types of anaphora. Five distinctive cases have been distinguished which contribute to providing more consistence to the general notion of anaphora.

Plan

Texte intégral

1Il faut, pour commencer, apporter un correctif au titre de cet exposé. Dans un premier temps en effet, je n'avais pas pris en compte l’ambiguïté de cette expression. J’avais commencé par travailler sur les pronoms de reprise d’énoncés, et en particulier sur les pronoms anaphoriques (it, which par exemple) ainsi que sur les pronoms déictiques (this et that) pour le même type d’opération et il m’avait semblé naturel de parler d’anaphore nominale dès lors que ce n’était plus un pronom mais un nom, et en fait, un SN qui jouait ce rôle en contexte.

2Or, il est vrai que là encore, il nous faut déjouer les pièges de la métalangue et distinguer entre l’anaphore d’un antécédent nominal, ou reprise anaphorique d’un SN et reprise anaphorique d’un antécédent quel qu’il soit (il peut éventuellement s’agir d’un nom) au moyen d’un SN. Il serait donc plus juste de présenter le travail qui va suivre comme la description de SN anaphoriques d’énoncés préconstruits en anglais, cette opération portant donc sur les relations prédicatives qui constituent ces énoncés.

3Remarquons que lorsque le SN anaphorique a été étudié, il s’agissait, le plus souvent, d’un nom effectuant la reprise d’un autre nom. Il est vrai qu’il y a là déjà matière à réflexion du nom au nom, avant d’étendre l’analyse à des interprétants plus complexes, mais par ailleurs, cette problématique semble susceptible de servir de première étape comme exemple de relations entre des SN anaphoriques et leur interprétant, indépendamment de la nature de celui-ci, antécédent ou non.

4Mais nous verrons aussi très vite que l’un ne saurait se substituer à l’autre. En effet, le segment antécédent sera de nature très différente s’agissant d’énoncés et le SN anaphorique sera sans doute soumis à des contraintes spécifiques à la coréférence SN / Prédication et Nom / Verbe.

5Pour le français, on trouve par exemple les analyses suivantes empruntées à Jean-Claude Milner, illustrant le fait que le second terme fonctionne comme inclusif par rapport au premier, c’est-à-dire que le nom anaphorique doit être inclusif ou hyperonyme de son antécédent s’il ne s’agit pas du même lexème :

(a) Un bœuf paissait; le quadrupède…
(a’) *Un quadrupède paissait; le bœuf…
(b) On vient d’envoyer un satellite dans l’espace. L’engin…
(b’) *On vient d’envoyer un engin dans l’espace. Le satellite…

6On a là une piste qui met d’emblée en évidence l’importance des traits sémantiques du lexique. Et l’on voit qu’il faudra sans doute se poser la question suivante : comment définir la synonymie ou l’hyperonymie (ou toute forme d’inclusion ou d’adéquation) entre un nom et un énoncé ? Les même règles ou contraintes s’appliquent-elle de la même manière dès lors que les termes concernés sont de catégories différentes ?

7Ces phénomènes semblent particulièrement complexes dans le cas d’anaphore de propositions constituées de relations prédicatives.

8Observons quelques exemples :

(1) Explorer’s shrinking mammoth. This was something big. Very big indeed. A wooly mammoth had been found preserved in ice in the Arctic. […] Yesterday, the importance of the discovery was shrinking fast, along with the reputation of a number of scientists […]. (The Times, January 6, 2001)

9Le nom discovery est clairement un prédicat nominalisé et lexicalisé du verbe discover qui est un synonyme du procès find, et il réfère ici sans ambiguïté à la même occurrence que celle qui est construite par l’ensemble de la prédication : A wooly mammoth had been found preserved in ice in the Arctic.

10Mais si dans un exemple comme celui-ci, les choses sont relativement claires, le lien sémantique entre le nom et la prédication n’est pas toujours aussi direct, d’une part. D’autre part, le nom n’est pas systématiquement un prédicat nominalisé qui renvoie à un procès ou à un verbe synonyme du procès de cette prédication, comme ici find et discovery.

11Et enfin, comme nous le verrons, la ou les occurrences ne sont pas toujours reprises terme à terme. Et l’anaphore peut être l’occasion d’une refonte de la référence entre occurrences simples ou multiples.

12Autre exemple :

(2) ‘Twice a month, a rusting tanker has been taking cheap fuel oil from China back home to the port of Petropavlovsk. The Nakhodka […] was making the journey on Jan. 2 when fierce gales in the sea of Japan began churning up six-meter-high waves.’ (Time, Jan 13 1997)

13Dans cet exemple, on a en fait une anaphore verbale ou prédicative avec l’ensemble du prédicat make the journey. Le nom journey n’est pas à proprement parlé un procès nominalisé (on en trouvera beaucoup, évidemment, dans cette position). Il s'agit plutôt d’un nom prédicatif qui renvoie en effet à une notion proche d’un prédicat ayant des traits communs avec la prédication : a rusting tanker has been taking cheap fuel oil from China back home to the port of Petropavlovsk, ce qui, évidemment, rend l’identification parfaitement interprétable. Et il semble qu’il y ait donc bien, dans ce cas, identification.

14La question, on le voit, est de savoir jusqu’où peuvent aller les différences notionnelles et quels types de recouvrements ou de non-recouvrement elles permettent.

15Autre remarque : on voit que l’on passe ici d’un procès itératif (avec has been taking, c’est à noter) : Twice a month, a rusting tanker has been taking cheap fuel, à une occurrence spécifique : the journey.

16Le contraire est aussi possible. De plus, the journey est muni d’un fléchage (the) et le terme lexical renvoie par son sens au prédicat mais aussi à l’énoncé tout entier : Twice a month, etc.

17Le fléchage instaure bien sûr une reprise d’occurrence située, mais dans ce cas précis, sur une classe d’occurrences. On peut même penser que la référence de the journey dans make the journey a elle aussi une valeur itérative. De quelle voyage s’agit-il sinon du voyage que le bateau fait depuis deux mois, comme notion ramenée à une occurrence quantifiée par le procès déterminé has been taking> ?

18 On voit donc que ce type d’énoncés suscite d’emblée de nombreuses questions. De plus, c’est semble-t-il l’occasion de travailler sur la définition de l’anaphore qui n’est pas nécessairement donnée une fois pour toutes.

19Nous avons ainsi essayé, d’après les observations, de définir plusieurs types de relations du SN anaphorique à son interprétant (pas toujours antécédent) en fonction des types d’équivalences sémantiques. Ces termes étant imprécis et ambigus, je préfère avoir recours à la notion d’isotopie, comme l’association de deux ensembles de traits ou propriétés permettant une relation de type identification absolue ou relative, de l’inclusion à l’exclusion partielle ou totale.

20J'ai ainsi dégagé cinq schémas de relations que je vais tâcher d’illustrer, et qui sont représentés en annexe. Pour chacun j'ai noté un ou deux exemples correspondants, et je les ai représentés dans l’ordre où je vais tâcher de les aborder (bien que le rapport ne soit pas toujours très clair, à définir) :

  • 1) recouvrement strict de A et B

  • 2) englobement de B par le SN anaphorique A

  • 3) inclusion

  • 4) extension

  • 5) différenciation par un SN relationnel.

21Il nous faut une première définition de l’anaphore de manière à analyser les exemples. La notion de substitut anaphorique nous a paru vague et insuffisante, difficile à cerner : quand aura-t-on substitution et quand simple coréférence ? Y a-t-il toujours substitution ou le rapport à la référence est-il plus complexe ?

22Nous commencerons donc par nous donner une définition très stricte de l’anaphore de manière à observer si celle-ci résiste à l’analyse, ou si au contraire elle doit être amendée pour mieux décrire les phénomènes. Là encore, nous nous référons à Jean-Claude Milner (1982). La simple reprise d’un préconstruit contextuel aboutissant à une coréférence ne suffit pas à définir l’anaphore. Il faut pour qu’il y ait anaphore que le terme considéré ne possède aucune référence actuelle (ou référence contextuelle, dans les énoncés) par lui-même. Celle-ci doit uniquement dépendre d’un terme interprétant.

23Notons que dans le cas des pronoms, l’anaphorique n’a aucune référence virtuelle (ou notion lexicale), alors que le nom anaphorique en possède bel et bien une et c’est bien là la question qui se pose en relation avec la notion complexe de la prédication antécédent.

24Autrement dit, l’anaphore c’est donc a priori la coréférence plus l’absence d’autonomie référentielle du terme anaphorique. Je cite J-C Milner p.18 :

“Il y a relation d’anaphore entre deux unités A et B quand l’interprétation de B dépend crucialement de l’existence de A, au point qu’on peut dire que l’unité B n’est interprétable que dans la mesure où elle reprend, entièrement ou partiellement, A.”
“C’est là justement ce que l’on entend par anaphore : elle combine la relation symétrique de coréférence et une relation asymétrique, qu’on peut décrire de reprise entre deux termes hétérogènes, l’un autonome, l’autre non autonome.”

25Nous verrons que nous devrons sans doute faire des concessions sur la coréférence, mais nous tâcherons de rester inflexible sur la non-autonomie référentielle, parce qu’elle permet d’écarter des SN possédant certaines déterminations qui fournissent une référence autonome et donc ne permettent pas de les qualifier d’anaphorique. Ainsi, il peut y avoir coréférence, mais les déterminations d’extraction du domaine notionnel a/an ou some, voire de parcours, any, every, etc. fournissent une autonomie référentielle et ne sont donc pas concernées.

26Nous avons écarté de notre étude le cas des SN déterminés par les marqueurs de deixis contextuelle this et that. Ceux-ci ont beaucoup de traits communs avec les SN anaphoriques, et en particulier, ils présentent cette absence d’autonomie référentielle et doivent être interprétés en contexte. Mais on touche ici une autre marge de la définition de l’anaphore, qui n’est pas éclaircie, me semble-t-il, en parlant d’emploi ou de valeur anaphorique des déictiques.

27 En effet, si l’on entend par anaphore la reprise quelle qu’elle soit d’une référence préconstruite en discours, la deixis contextuelle, avec les marqueurs this et that adjectifs associés à un nom, ou comme simples pronoms, jouent parfaitement ce rôle, dans de nombreux cas.

Ex : This + N
(3) “May I take the cast net?” “Of course.” There was no cast net and the boy remembered when they had sold it. But they went through this fiction (*the fiction) every day. There was no pot of yellow rice and fish and the boy knew this (it) too. (Ernest Hemingway,The Old Man and the Sea)

That + N
(4) Michael Crichton’s new novel Airframe is so camera ready it could be poured directly into the screen. That quality gives the book immediacy. (*the quality / mais : it gives…) (Time, January 13, 1997)

28Mais nous n’aurons pas ici la place de les aborder dans le détail. Et il faut noter que la différence essentielle entre anaphore et deixis demeure le mode de référenciation et que souvent la détermination déictique avec this ou that rend possible la reprise coréférentielle là où le simple fléchage avec the ne suffirait pas.

29Notre hypothèse est que la détermination déictique avec this ou that permet de construire une identification entre le nom et son référent contextuel (ici par exemple : entre fiction et "May I take the cast net?" “Of course.” There was no cast net’) et entre quality et ‘Michael Crichton’s new novel Airframe is so camera ready it could be poured directly into the screen’) alors que le simple fléchage semble devoir s’appuyer sur la préexistence ou pré-construction claire de cette identification.

30C’est l’occasion d’insister sur le fait que la deixis fait intervenir directement le sujet énonciateur par une opération de pointage ou de monstration, alors que les anaphoriques (tels que it) étant en relation de rupture avec l’énonciateur ont pour rôle de construire une coréférence de manière autonome, sans prise en charge autre que cette opération d’anaphore marquée par le fléchage ou une autre marque de reprise contextuelle. Quoi qu’il en soit, c’est un point qui mérite d’être approfondi, en particulier le paradigme des SN avec fléchage et de ce même pronom it.

31J’esquisserai simplement une ou deux remarques nécessaires à cet exposé.

32Le remplacement, quand il est possible, du SN par it est souvent un indice intéressant qui permet d’établir l’anaphoricité. Mais attention, il ne faut pas en conclure qu’il n’y a pas anaphore si cette substitution est problématique. En effet, nom et pronom ne s’appuient pas sur les mêmes propriétés pour effectuer une opération d’anaphore.

33Le pronom it a pour fonction première de marquer cette opération, mais il a besoin d’un frayage plus serré pour valider l’interprétation : lien sémantique avec le prédicat qu’il précède, relative proximité de l’interprétant, sauf à perdre le lien anaphorique.

34En revanche, la détermination par le marqueur the du SN lui garantit une marque de fléchage, mais la coréférence est étayée par la nature sémantique du nom.

35On trouvera donc de nombreux exemples pour lesquels on pourra démontrer que le SN est anaphorique sans que l’on puisse pour autant le remplacer facilement par un autre anaphorique, le pronom it. Par exemple les énoncés (9) et (10) comportant her reaction :

(9) (Pizza Hut has refused a delivery to a school. Principal Dorothy Shepherd : ) “I was outraged”, says Shepherd. “I respect their wanting to protect their drivers. But how could it be unsafe one day and safe enough for them when it came to that contract? We didn’t move the school.” Her reaction was echoed by the Kansas City school board’s finance and audit committee […] (Time, January 27, 1997)

36et the question :

(10) He had a long chin and big, rather prominent teeth, just covered, when he was not talking, by his full, floridly curled lips. Old, young ? Thirty ? fifty ? fifty-five ? It was hard to say. And anyhow the question didn’t arise. (Aldous Huxley, Brave New World)

37De même :

(3) Twice a month, a rusting tanker has been taking cheap fuel oil from China back home to the port of Petropavlovsk. The Nakhodka […] was making the journey on Jan. 2 when fierce gales in the sea of Japan began churning up six-meter-high waves. (Time, January 20, 1997)
Twice a month, a rusting tanker has been taking cheap fuel oil from China back home to the port of Petropavlovsk. ??? The Nakhodka […] was making it on Jan. 2 when fierce gales in the sea of Japan began churning up six-meter-high waves.

38On voit que le lien de synonymie ou d’hyperonymie entre les deux termes est ici nécessaire pour identification. Notons que l’on passe d’une détermination itérative : Twice a month, […] has been taking cheap fuel oil…’ à une détermination spécifique : […] was making the journey on Jan. 2.

(5) You can almost hear Bill Clinton : when he found himself alone with his Vice President for the first time in nearly a year, saying as he bit his lip, “I’ve missed you, man.” But that's not how the meeting went, according to the Washington Post’s John Harris.

39The meeting est-il hyperonyme de la prédication he found himself alone with his Vice President for the first time in nearly a year>, du fait que the meeting désigne bien la nominalisation du procès MEET avec la valeur 'l’acte même du procès' pour la prédication Bill Clinton met his Vice President>. Par ailleurs, il est clair qu’ici, FIND ONESELF ALONE implique a minima MEET. Mais les exemples sont loin d’être tous aussi clairs et l’analyse sémantique aussi simple. C’est pourquoi, il semble préférable d’adopter un concept plus vaste que l’on pourra affiner ou qualifier ultérieurement. Le fléchage désigne ici une inclusion notionnelle de A dans B.

(6) Amateur stargazer George Alcock whose keen eyes saw astronomical detail that eluded the professionals. After the war […] he turned his attention particularly to the planets. Some amateurs questioned the fine details of his sketches of Mars, until photographs taken with a professional telescope confirmed the readings of his exceptional eyesight. Alcock was however stung by the unjust criticism, and in 1953, he moved on to a fresh challenge[…]. (The Times, January 6, 2001)

40Exemple intéressant de quasi équivalence dans l’isotopie, où le nom criticism reprend une partie de l’interprétant : Some amateurs questioned the fine details of his sketches of Mars et l’adjectif unjust renvoie à l’autre partie de cet interprétant : until photographs taken with a professional telescope confirmed the readings of his exceptional eyesight.

41 A noter que ce type d’exemple est particulièrement intéressant du fait qu’il se traduit le plus souvent par le démonstratif en français plutôt que par l’article défini. Il y aurait sans doute une étude fructueuse à faire sur la comparaison des opérations dans les deux langues. Toujours est-il qu’en anglais, il s’agit bien d’une anaphore.

42Il semble que le SN anaphorique de prédications puisse être englobant comme le nom hyperonyme mentionné précedemment. On n’a donc plus de similitude lexicale du nom au verbe, mais un lien à rechercher sur le plan sémantique.

(7) France puts ‘un stop’ to the use of ‘franglais’
The statute book has been enlisted to defend the French language which has been threatened increasingly by the invasion of English or, worse still, corrupted by franglais. This is the bastard jargon, fashionable among businessmen, industrialists and senior civil servants, that is neither one thing nor the other. The cause is one that President Pompidou had very much at heart. (The Times, January 6, 2001)

43The cause entre en résonance avec has been enlisted to defend the French language which has been threatened increasingly by the invasion et se présente plutôt comme une isotopie de type équivalence relative, mais la relation à la prédication anaphorisée très complexe n’est pas vraiment arrêtée : est-elle englobante, le combat étant une des composantes de la cause ? Lui est-elle extérieure ? On a deux prédications : enlisted to defend the French language, et has been threatened increasingly by the invasion of English.

44 Il y aurait donc distinction au départ mais, à l’arrivée, la cause s’identifie au combat lui-même. On voit que synonymie ou hyperonymie ne sont pas franchement opératoires dans un tel cas.

45On voit donc que dans le cas des SN anaphoriques, il faudra que deux types de critères entrent en jeu pour susciter l’anaphore :

  • d’une part, la nature des noms lexicaux concernés, leur référence virtuelle ou notion sur laquelle doit s’appuyer la coréférence, et c’est là essentiellement que se joue le type de relation, relativement à la prédication antécédent : équivalence stricte ou relative de l’isotopie, inclusion ou exclusion partielle.

  • et d’autre part, la nature de la détermination du SN considéré.

46Nous en avons relevé deux types , le fléchage avec the et le possessif his / her + ’s. On observe d’ailleurs qu’avec ces deux types de détermination, il faut poser un préconstruit en première mention. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’ils jouent le rôle d’anaphorique. Les possessifs en effet, sont déjà anaphoriques du possesseur.

47Plus éventuellement le cas de such qui mérite d’être considéré ; mais nous n’en avons pas relevé d’exemples comportant un énoncé comme interprétant. Je ne m’attarderai donc pas sur ce déterminant :

(9) […] Teenagers who smoked a packet a day were five times more likely to have generalised anxiety disorders… […] but it was not clear which came first, smoking or the propensity towards having such disorders.’ (The Times, 8 nov 2000)

48Mais l’antécédent est ici un SN : generalised anxiety disorders, déjà. Il semble susceptible de reprendre une prédication même au pluriel. Such est à rapprocher de l’opération d’identification en boucle que l’on trouve avec so, alors que such est adjectif et concerne donc le nom.

491°) le fléchage, avec le marqueur the. C’est le plus fréquent. Et nous nous attacherons essentiellement à celui-ci en en voyant de nombreux exemples que j’ai recencés, ce qui laissera sans doute pendantes certaines questions pour lesquelles la place nous manquerait ici (sur les possessifs et et des marqueurs comme such). Avec the, on a un Qt2 pour A. Culioli (deuxième mention d’une occurrence située) et QLT prépondérant sur QNT. On retrouve donc ici la prépondérance des propriété notionnelles pour établir la référence.

50Mais il est important de noter que l’étiquette d’anaphorique n’est pas collée une fois pour toutes en fonction seulement du fléchage et d’une vague coréférence.

512°) On trouve donc aussi le possessif (exemples avec his / her, your et pourquoi pas le génitif ’ s bien que je n’en aie pas relevé d’exemples).

(9) (Pizza Hut has refused a delivery to a school. Principal Dorothy Shepherd : ) “I was outraged”, says Shepherd. “I respect their wanting to protect their drivers. But how could it be unsafe one day and safe enough for them when it came to that contract? We didn’t move the school.Her réaction was echoed by the Kansas City school board’s finance and audit committee […] (Time, January 27, 1997)

52Notons qu’on a ici un type de nom particulier (de type métalinguistique), puisqu’il désigne l’acte d’énonciation lui-même réaction et non pas le prédicat de la (ou des) relations prédicatives). Cela n’est pas particulièrement lié à la présence du possessif puisqu’on peut le trouver avec un fléchage :

(10) He had a long chin and big, rather prominent teeth, just covered, when he was not talking, by his full, floridly curled lips. Old, young ? Thirty ? fifty ? fifty-five ? It was hard to say. And anyhow the question didn’t arise. (Aldous Huxley, Brave New World)

53Exemple avec your :

(11) Please will you start the New Year by supporting The Salvation Army with a regular gift ? Your regular support will help give us strength to keep our promises all year round. (The Salvation Army leaflet, Jan 2001)

54Il s’agit d’une reprise stricte de la prédication. Dans will you start the New Year by supporting The Salvation Army with a regular gift>, you est repris par le possesif your qui devient agent du prédicat nominalisé, ce qui est fréquent en anglais. En effet, le procès support est nominalisé en support, mais c’est tout le prédicat qui est repris : support The Salvation Army with a regular gift>. Et enfin regular est repris à gift qui est déjà un procès nominalisé pour désigner l’état résultant / objet résultant. Cela permet de transférer l’adjectif regular sans difficulté du fait que gift est déjà lié à support the S.A.

55On a donc ici un bel exemple de reprise stricte, parfaitement adéquate de l’antécédent. Et il s’agit d’une reprise anaphorique, car Your regular support sans antécédent est difficilement interprétable en contexte. Il obligerait à admettre un préconstruit if you support…>

56Par ailleurs, on peut lui substituer un terme authentiquement anaphorique, le pronom it :

Please will you start the New Year by supporting The Salvation Army with a regular gift ? It will help give us strength to keep our promises all year round. (Salvation Army leaflet, January 2001)

57On perd les traits du lexique et la reprise lancinante de l’adjectif regular qui ne laisse pas inaperçue la coréférence, mais l’énoncé est très proche et parfaitement interprétable.

58La nominalisation du procès antécédent peut être effectuée à l’aide d’un gérondif et porter sur l’acte lui-même, ce qui constitue une véritable reprise anaphorique de ce procès et même de la prédication :

(12) “Do you know why I married your father?” she said without turning. “No,” said Rosie. It was the most frightening question she had been called upon to answer. Don’t tell me now, she wanted to say, tell me tomorrow, tell me next week, don’t tell me today. But she knew she would be told now, that the telling would combine with the other violence of the hot afternoon.’ (Hisaye Yamamoto, Seventeen Syllables)

59C’est une reprise stricte de l’interprétant, ici la dernière occurrence de tell.

60Mais dans d’autres exemples, ce même prédicat nominalisé peut reprendre l’objet du procès seulement et ne plus recouvrirexactement la référence, en particulier dans l’exemple suivant :

(13) A study of 16-year-olds who smoked a packet of cigarettes a day found that by the age of 22 they were up to 12 times more likely to have nervous disorders. The researchers said he hoped the findings would help convince young people give up smoking or not start in the first place. (The Times, 8 nov 2000)

61Avec the findings nous avons un pluriel pour des raisons pratiquement lexicales : *the finding. Mais de plus, il y une certaine indécision ici. On ne sait pas si l’antécédent : A study of 16-year-olds …likely to have nervous disorders épuise la totalité de l’interprétant, du fait qu’il s’agit d’un pluriel et aussi parce que l’on a déjà a study qui permet déjà de situer the findings, lesquelles conclusions n’ont peut-être pas toutes été énoncées dans le contexte cité. On voit que the findings a ici deux points de repère comme préconstruit et pour l’isotopie, avec ‘found’, on aurait une quasi équivalence, et avec a study plutôt une inclusion, voire une exclusion notionnelle selon la définition que l’on veut en donner : les conclusions font-elles partie intégrante de l’étude au sens strict ou non ? Pas du point de vue de l’opposition lexicale study / find.

62Il faut encore étudier d’autres exemples dans lesquels le nom du SN anaphorique est de même souche lexicale que le verbe de la prédication reprise, pour vérifier que l’on n’obtient pas systématiquement une identification stricte. Voyons par exemple :

(14) (Ethan Frome lives in Starkfield, Massachusetts) ‘It was there that, several years ago, I saw him for the first time ; and the sight pulled me up sharp. Even then he was the most striking figure in Starkfield though he was but the ruin of a man.’ (Edith Wharton, Ethan Frome)

63Commentaire sur the sight : Tout d’abord, s’agit-il bien d’un SN anaphorique de la prédication > ? Curieusement, le rapprochement lexical ne semble pas vraiment délibéré.

64On peut remplacer ce SN par le pronom anaphorique it, mais on modifie alors légèrement l’interprétation :

‘It was there that, several years ago, I saw him for the first time ; and it pulled me up sharp.’

65La glose plaide cependant pour une interprétation légèrement différente de la simple reprise : the spectacle / the vision pulled me up sharp. c’est-à-dire davantage l’objet de la vision : ici l’allure du personnage, plutôt que l’acte lui-même de vision énoncé dans la prédication I saw him for the first time>.

66On perd alors semble-t-il les connotations de the sight qui n’est pas une simple reprise de I saw him pour une reprise du référent préconstruit, mais un élément nouveau cependant lié pour interprétation à ce premier énoncé. En effet, le SN hors contexte the sight pulled me up sharp n’est pas non plus interprétable.

67En substituant it à the sight, on aperçoit certainement le rôle anaphorique du SN, mais de toute évidence, la glose n’est pas équivalente. It, anaphorique strict comparé à the sight, ne reprend que I saw him> relation déterminée et actualisée. Les compléments several years ago et for the first time ne sont d’ailleurs pas concernés par la reprise.

68Mais the sight ajoute, semble-t-il, des traits sémantiques, voire des connotations qui sont mises en évidences par le prédicat pulled me up sharp>.

69Dans Oxford Advanced Learner's Dictionary, sight signifie :

(2) ACT OF SEEING (ex: the sight of blood) ‘

70ce qui correspond au prédicat nominalisé dont nous aurions besoin.

(3) HOW FAR YOU CAN SEE

(4) WHAT YOU CAN SEE. ex : ‘He was a sorry sight, soaked to the skin and shivering.’

71Dans son contexte, the sight va donc au-delà de ACT OF SEEING qui correspondrait en effet à une reprise anaphorique strictement coréférentielle de la prédication I saw him>.

72On a donc un schéma de reprise de type 3 : extension notionnelle et inclusion partielle de B dans A.

73Il faut noter que ce n’est pas l’équivalence lexicale SEE (I saw him>) / SIGHT qui conditionne ici la reprise. On pourrait tout aussi bien avoir : I met him for the first time. The sight Dans un tel cas, la notion SEE est incluse dans MEET, et on serait tenté de décrire la relation comme une inclusion notionnelle de type 2. Mais l’analyse qui précède demeurerait néanmoins toujours valide, le sens de sight sortant de la notion SEE associé à MEET, et cette analyse nous ramènerait au schéma de reprise qui précède, de type inclusion partielle de B dans A. De même, si l’on substituait à sight un synonyme en tant que WHAT YOU CAN SEE, tel que the spectacle.

74Nous avons donc abordé un exemple éclatant d’extention notionnelle ou d'inclusion partielle de B dans A. Ces types de reprise qualifiante semblent très courants en anglais, et l’on observe en effet que dans un tel cas, l’item lexical utilisé s’appuie sur l’isotopie ou équivalence acquise assurant l’identification anaphorique pour introduire de surcroît un élément qualifiant qui n’était pas totalement présent dans la prédication antécécent. Il faut ici adopter un raisonnement assez fin, car les traits sémantiques ajoutés semblent souvent la résultante de traits complexes induisant une interprétation néanmoins non ambiguë. C’est le cas, semble-t-il dans l’exemple suivant :

(15) I was saved by two people, neither of whom could have done it alone. […] Suddenly, my mind woke up. Floods of light came in. I began to learn. I began to excel in new ways. I learnt French. I started on Latin. […] How exactly the miracle happened is another thing which I cannot very clearly recall. (Iris Murdoch, A Word Child)

75L’interprétant est ici complexe, et on peut l’analyser empiriquement pour détecter, semble-t-il une isotopie seulement partielle. On a :

I was saved :
événement bénéfique, indiscutablement.

a wonderful schoolmaster
abonde dans le même sens.

The realization … enlightened me at last :
nouvel événement bénéfique concernant le locuteur.

Suddenly, my mind woke up.
On a là une approche plus fine : une allusion à un phénomène soudain, présenté comme quasiment inexplicable, mais pas de manière explicite.

 – I began to learn. I began to excel in new ways

76Là encore, il s’agit d’un changement rapide et bénéfique, mais aucune de ces propositions, individuellement ou collectivement, n’est susceptible de tenir lieu d’induire la notion complète de miracle. Cette reprise qui pose clairement une identification nécessaire entre les termes en présence instaure donc une prédication supplémentaire, dont on ne disposait pas au départ : e> qui fournit, avec the miracle, une qualification inédite mais non explicite. Pourtant, bien que l’on n’ait pas de manière explicite un référence au merveilleux au prodigieux voire au surnaturel qui finiraient de qualifier ces événements de miracle, on n’en est pas très éloigné, parce que the miracle sera à prendre au sens figuré évidemment. Il s’agit en fait d’une authentique métaphore dont il ne reste que les traits pertinents du contexte.

77On a donc affaire à un faisceau convergeant de traits, à un frayage qui font que l’on n’a pas besoin de préconstruire : pour rendre interprétable the miracle happened>.

78Il faut souligner que ce type d’énoncé semble ne pas travailler en tout ou rien du point de vue de l’interprétabillité, mais dans une gradation des effets énonciatifs aboutissant à un effet de seuil au-delà duquel l’identification devient non seulement acceptable, mais l’unique chemin.

79La complémentation interrogative de l’énoncé How exactly the miracle happened… contribue également, semble-t-il, de manière oblique à cette identification, puisqu’il met l’accent sur l’incompréhension des causes du phénomène décrit par tout le segment antécédent. On entre donc dans une cohérence parfaite qui rend recevable un nom qui, par ses traits sémantiques ou propriétés notionnelles, apporte un élément supplémentaire, qualifiant qui, nous semble-t-il, ne se trouvait pas de manière explicite dans l’interprétant, si complexe fût-il. C’est pourquoi nous voulons conclure à un schéma de coréférence de type 3, extension notionnelle, inclusion partielle de B dans A.

80On aura un phénomène très semblable avec un adjectif substantivé, par exemple the unthinkable dans l’exemple suivant :

(16) Vodka is Russia, they say, and for centuries the elixir has inspired sustained ad ruined Russians. But in the past two or three years the unthinkable has happened : Russians in their thousands have deserted vodka and turned to softer lighter drinks, especially beer. (The Times, Sept. 6th 1999)

81Ici, l’interprétant est en amont, et le terme anaphorique ayant la forme d’un SN, the unthinkable fournit une prédication what follows / is unthinkable / impossible to think> qui n’est pas posée a priori, mais devient nécessaire de fait et permet tout à la fois une qualification supplémentaire de l’interprétant repère.

82Il nous paraît précisément utile à la démonstration qui précède de présenter a contrario des énoncés dans lesquels le SN anaphorique de prédication ne représente qu’une partie du référent global de cette ou de ces prédications.

83Voyons l’exemple suivant :

(17) Faster, faster. Science is working full tilt to understand the humane genome. DNA Microarray Technology from Agilent speeds up the learning process. (Microarray Technology Advert, Time, Nov 21 2000)

84Tout d’abord, il est intéressant de constater que dans cet exemple, le SN the learning process s’appuie non seulement sur le prédicat de l’énoncé antécédent, mais sur l’ensemble de la prédication, comme nous allons le voir.

85En second, lieu, il faut observer que du point de vue de l’analyse, on est plus proche, dans un cas de ce type, des énoncés dans lesquels le SN est totalement différencié de son interprétant, que des cas abordés précédemment dans lesquels on concluait à une identification stricte ou inclusion partielle. En effet, l’inclusion ou l’exclusion franches provoques toutes les deux une différenciation relativement nette entre A et B.

86Autrement dit, dans un tel exemple, on peut se demander si the learning process, le processus d’apprentissage est une résultante extérieure ou une partie intégrante de l’avancée de la science dans la compréhension du génome humain.

87Mais on a quasiment un terme métalinguistique ici the (learning) process, bien qu’il faille l’entendre dans un sens plus prosaïque, pour reprendre le procès is working full tilt> déterminé par une forme d’aspect inaccompli.

88Mais en réalité, the learning process serait difficilement interprétable s’il ne se référait qu’à is working full tilt>. C’est la présence conjointe de to understand the humane genome> et surtout de Science> qui rend parfaitement interprétable the learning process.

89Pourtant, bien que l’on puisse établir sans hésitation le rôle d’anaphorique de ce SN, on voit qu’il n’y a pas coréférence stricte du fait que l’interprétant dans son ensemble Science is working full tilt to understand the humane genome> n’est en aucun cas réductible à un simple processus d’apprentissage (the learning process) qui en constitue cependant un élément logique et cohérent, mais seulement partiel. Nous nous situons donc ici dans le cas n° 2 de l’inclusion notionnelle de B dans A.

90Si l’on essaie de substituer it au SN dans cet énoncé, on obtient :

Science is working full tilt to understand the humane genome. DNA Microarray Technology from Agilent speeds (?) it up.

91La substitution de it au SN est plus difficile, ou du moins ne reprendrait pas la même référence que the learning process, et ce peut-être pour deux raisons :

92Le SN anaphorique ne reprend pas d’un point de vue notionnel, tout l’interprétant. Cela semble être confirmé.

93Et d’autre part, comme nous l’avons vu, l’énoncé est complexe du point de vue des correspondances sémantiques : science / working / understand / humane genome.

94Autre cas : pour des raisons de filtrage du sujet des prédications antécédents lors de la reprise, un SN anaphorique peut très bien fonctionner ainsi par équivalence sémantique ou synonymie relative et ne reprendre pour interprétation que le prédicat de ces prédications antécédents.

(18) The study tracked 1200 children from birth to the age of 21 and found that young people who smoked a joint more than 50 times a year were 60 times more likely to move on to harder drugs. The effect was most pronounced in those from deprived backgrounds. (The Times, 8 nov 2000)

95Il faut reprendre young people who smoked a joint more than 50 times a year were 60 times more likely to move on to harder drugs pour pouvoir interpréter the effect. Mais sémantiquement, c’est qui justifie le choix du nom effect et qui est repris comme prédicat du fait de la mention d’une nouvelle source de ce prédicat avec , et c’est bien sûr the qui le rend interprétable relativement à tout le segment antécécent, mais celui-ci n’étant pas repris intégralement on a une inclusion plutôt qu’une identification stricte.

96Il semble qu’on ait un type tout à fait différent d’anaphore lorsque le terme anaphorique est absolument distinct du terme permettant l’interprétation et donc totalement dépourvu de coréférence avec celui-ci. On est dans le cas ou la détermination du SN par fléchage est ininterprétable non pas du fait d’une identification, mais d’une relation de localisation nécessaire parce que préconstruite notionnellement ou situationnellement.

(19) [Al Gore should go to the Oval Office and say to Bill Clinton : ‘Mr President, I need your help…’] Gore doesn’t want to do it. His face darkens at the thought. (Time, October 30, 2000)

97La réponse n’est d’ailleurs pas toujours limpide : faut-il identifier the thought à l’énoncé qui en fournit le contenu : [Al Gore should go to the Oval Office and say to Bill Clinton : ‘Mr President, I need your help…’] ou considérer que celui-ci est une construction logique et nécessaire (déjà frayé par la modalité should) ?

(20) Michael Crichton’s new novel Airframe is so camera ready it could be poured directly into the screen. That quality gives the book immediacy. But don’t give the credit to Crichton’s literary skill. (Time, January 13, 1997)

98The thought ou the credit sont des termes relationnels comme le note J. C. Milner avec les noms suivants : une jeune fille ---> la mère, un couple ---> le mari, un gant ---> la paire, mais on a inclusion ou exclusion dans cette relation, selon le cas. Pour the thought ou the credit, on plaiderait plutôt pour l'exclusion par rapport au terme anaphorisé.

99Pour finir, des adjectifs interviennent dans l’identification des prédications par des SN complexes à plusieurs termes. Par exemple, ils désignent le segment du discours concerné ou possèdent des traits sémantiques propres à la reprise : the last / the same / et même the old.

(21) (about cloning) The same technique ?/The technique has already been used with sheep, cattle, rabbits, pigs and even humans, although in the last case / *the case the embrionic clones were destroyed. (Time, March 17, 1997)

100Curieusement dans cet exemple, The technique sans adjectif semble à la limite possible. Quel rôle exact joue alors same ?

101Mais The case ne suffirait pas à désigner l’interprétant correct. Last joue un rôle presque métalinguistique pour désigner un point préconstruit dans la chaîne, et par son intermédiaire, c’est non seulement and even humans qui est visé par la reprise, cela n’aurait aucun sens, mais toute la prédication : <The technique has already been used with humans>. Last a permis d’opérer un tri parmi les compléments.

(22.a.) What should Gore do ? There must be fierce injured pride at work in his calculations – that and a sensible fear that bringing Clinton in would stir up the old muck. Gore was more profoundly offended by the Lewinsky business than anyone would have thought that day in December 1998… (Time, October 30, 2000)

102Sans la présence de l’adjectif, l’énoncé devient difficilement interprétable par manque de référence anaphorique que l’adjectif old fournit de manière proprement lexicale et sémantique :

(22.b.)What should Gore do ? There must be fierce injured pride at work in his calculations – that and a sensible fear that bringing Clinton in would stir up ? the muck.

103L’interprétant est plutôt un SN ici the Lewinsky business que la prédication the Lewinsky business than anyone would have thought that day in December 1998>, mais même si cette seule référence suffit à stabiliser le sens de l’énoncé, il est très intéressant de constater que la double interprétation n’est pas exclue par le fait même du lien étroit entre les deux références ici construites, l’une de nature nominale et l’autre à la fois propositionnelle et prédicationnelle.

104De plus, avec ces adjectifs qui ont une fonction technique pour la référenciation plutôt qu’une visée proprement qualifiante, il semble que l’identification soit plus stricte et l’anaphore de type recouvrement global de la référence fournie.

105Les observations qui précèdent nous ont permis de distinguer plusieurs types de relations d’équivalence dans la construction de la référence au moyen de reprises anaphoriques, en particulier dans les relations notionnelles. Il nous semble que ces constatations plaident pour une approche nuancée de la notion métalinguistique d’anaphore et de la description des formes distinctes que l’on peut prêter à cette opération.

106On a pu constater pour l’anglais, que l’on ne peut se satisfaire de définitions rigides de telles opérations s’appuyant sur des termes et des opérations présentant certaines hétérogénéités dans la langue et opérant à des niveaux distincts : qu’il s’agisse des catégories fondamentales du discours : nom, verbe, adjectifs, marqueurs de déterminations nominales, etc. ou des opérations prédicatives, énonciatives et de nature syntaxique.

107Néanmoins, l’approche énonciative que nous avons adoptée nous semble particulièrement propice à une description d’ensemble de ces phénomènes, en permettant de poser quelques jalons dans l’étude de ces problèmes nouveaux liés à l’anaphore.

108Parmi ces jalons, il nous semble en effet que le trait le plus pertinent qui aura guidé nos analyses à l’intérieur d’un même ensemble de problèmes est la question de l’autonomie ou de la non-autonomie du terme anaphorique. En effet, si le terme d’anaphore désigne bien, étymologiquement le renvoi à l’autre (porter vers un autre terme), dans son emploi métalinguistique il faut l’entendre de manière stricte pour lui donner le poids nécessaire : si le terme anaphorique est dépourvu d’autonomie référentielle, s’il ne permet pas d’interprétation propre, cette caractéristique est loin de se réduire à un pis-aller de type substitut. C’est au contraire une manière de redéployer les moyens de l’énonciation vers le discours.

Bibliographie

CULIOLI Antoine (1991-1999) Pour une Linguistique de l’Enonciation, Opération et représentations, Tome 1, Formalisation et opérations de repérage, Tome 2, Le domaine notionnel, Tome 3, Ophrys, Paris.

MAUROY Régis, "Les verbes anglais et les marqueurs anaphoriques de la prédication", Thèse de Doctorat, Université PARIS 7 - Denis Diderot, 1998 , sous la direction d’Antoine Culioli et Alain Deschamps

MILNER Jean-Claude, Ordre et raisons de langue, Le Seuil, Paris, 1982.

Pour citer cet article

Régis Mauroy, « Anaphore nominale de relations prédicatives », paru dans Cycnos, Volume 18 n°2, mis en ligne le 15 juillet 2004, URL : http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=41.


Auteurs

Régis Mauroy

Université de Limoges, CeReS, rmauroy@minitel.net