Cycnos | Volume 21 n°2 Les Etats-Unis et la guerre. Les Etats-Unis en guerre - 

Françoise Clary  : 

L’intégration des Afro-Américains dans les forces armées des Etats-Unis : l’impact des guerres

Abstract

African-Americans represent 11% of the total population of the USA. Their history cannot be disassociated from the overall history of the United States, and is inextricably linked with one major institution : the armed services. The relations between African-Americans and the military have been as complex and paradoxical as in the civilian world. This essay studies race relations and discrimination in the armed services and questions the composition of the U.S. armed forces : who fought and who died for the USA in the past, and who does now ? The U.S. armed services are a microcosm of the American puzzle. This paper joins several issues. How did the military deal with African-Americans ? Did the military integrate and did African-Americans suffer in America’s wars ? Then, dealing with the current African-Americans – military relationship, another question is raised: if there was integration, what effect did it have nationally at social and political levels ?

Index

mots-clés : Afro-américains , armée américaine, guerre de Corée et ségrégation, guerre du Golfe et intégration

Plan

Texte intégral

1Les Afro-Américains ont été présents dans toutes les guerres menées par les Etats-Unis. Appartenir aux forces armées, c’était accéder de plein droit à une totale citoyenneté; du moins le pensaient-ils, comme l’illustrent ces propos de l’abolitionniste Frederick Douglass repris dans le magazine USA Today en janvier 1991 :

There is no power on earth which can deny that after fighting for the US the Black man has earned the right to citizenship in the USA.1

2En fait, les Noirs américains ont toujours voulu participer aux combats pour prouver qu’ils pouvaient être d’aussi bons soldats que leurs compatriotes de race blanche. Il importe donc de comprendre, en référence au contexte historique, comment la ségrégation s’est étendue à l’Armée, avant d’étudier le mouvement qui, de 1940 à 1953, a conduit les différents corps des Forces Armées des Etats-Unis à mettre fin à la ségrégation des Noirs et à procéder à l’intégration raciale. On examinera enfin dans quelle mesure la carrière militaire, débouchant sur une participation aux guerres, peut aider à l’ascension sociale des Afro-Américains.

3Durant la Guerre de la Révolution, les Noirs américains ont combattu aux côtés des soldats blancs dans des unités où la mixité raciale était une réalité. 5000 soldats noirs ont servi dans l’armée coloniale et sont intervenus dans presque tous les engagements sans, toutefois, être autorisés à devenir officiers. Traités comme des employés sous contrat avant que ne soient créés les Slave Codes, les Noirs avaient la possibilité de s’engager librement dans l’Armée pendant la Révolution. Cependant, de 1783 à 1860, l’institution de l’esclavage établie dans les états du Sud sépara progressivement les Noirs des Blancs. À l’image de la ségrégation instaurée dans la société civile, les forces armées refusèrent la mixité raciale. Pendant la Guerre Civile, même si quelques soldats noirs servaient encore dans des régiments mixtes, la plupart d’entre eux étaient regroupés dans des unités séparées. Les troupes noires ou USCTV (United States Colored Troops) étaient commandées par des officiers blancs, mais de nombreux Noirs se voyaient refuser le droit d’entrer dans l’Armée, ce qui les privait du prestige lié au service militaire. Ce faisant, en dépit de la ségrégation, 178. 985 Noirs américains ont combattu dans l’Armée de l’Union.2 Après la Guerre Civile, l’Armée créa quatre unités permanentes réservées aux Noirs, les 9e et 10e régiments de cavalerie ainsi que les 24e et 25e régiments d’infanterie. Il est intéressant d’observer que, même si ces unités étaient ségréguées, la décision prise par le gouvernement de créer des troupes noires fut perçue comme une reconnaissance de l’existence des soldats noirs et comme une récompense qui leur était accordée pour la valeur et le courage dont ils avaient fait preuve pendant la Guerre de Sécession et donc comme une avancée positive.

4La mise en place d’une politique ségrégationniste au sein de l’Armée visait, en partie, à résoudre le problème de l’utilisation et du contrôle de la main d’œuvre noire. Cette politique devait être appliquée tout au long des deux guerres mondiales. Lorsqu’on ne lui refusait pas d’entrer dans l’Armée, le Noir était donc affecté à une unité entièrement ségréguée sous le commandement d’officiers blancs. Ceci concernait principalement l’Armée de terre et l’US Navy puisque le corps des Marines et l’US Air Force excluaient les Noirs du service militaire.

5On remarque aussi que la ségrégation était présente à tous les niveaux de la vie militaire. En effet, les Noirs occupaient des logements séparés, fréquentaient des clubs et des magasins différents. Les bases qui leur étaient destinées étaient situées le plus loin possible de la communauté blanche, la plupart du temps dans des zones isolées et arides afin de prévenir l’hostilité des citoyens blancs. D’autre part, non seulement le Noir était obligé de servir dans une armée régie par les lois ségrégationnistes, mais la nourriture qui lui était allouée et les quartiers où il était logé étaient toujours de piètre qualité, comme l’était également la formation militaire qu’il recevait puisque les officiers blancs chargés du commandement des troupes étaient, en règle générale, des Blancs du Sud. À l’issue de cinq mois d’enquête sur la situation des Noirs durant la Guerre de Corée, le juriste Thurgood Marshall, avocat-conseil de la NAACP et premier Justice noir rapporte les paroles de mépris d’un officier blanc à ses soldats noirs : “I despise nigger troops. I don’t want to command you or any other niggers. This division is no good, and you are lousy. You don’t know how to fight.”3

African-Americans tended to break up in combat, as individuals, seeking their own safety because they were not forming a group tied by confidence, under the battle stress, when the demand for mutual support is greatest, this undermining of confidence sometimes collapses the strength otherwise engendered in the primary group.4

6La discrimination s’étendait tout naturellement aux écoles militaires comme West Point où les élèves officiers recevaient une formation militaire pour accéder au grade d’officier. Ainsi, jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale les soldats noirs n’ont eu pratiquement aucun espoir d’avancement, aucune possibilité d’accéder à un grade de commandement et se sont trouvés cantonnés dans des positions subalternes. Au cours de la Première Guerre mondiale, cette politique ségrégationniste a même été exportée. Une note secrète concernant les troupes noires (The Secret Information Concerning Black American Troops) a notamment été transmise aux dirigeants français en 1918 :

Although a citizen of the United States, the black man is regarded by the white Americans as an inferior being with whom relations of business or service only are possible […] We must prevent the rise of any degree of intimacy between French officers and black officers.5

7La mise en place d’une banque du sang ségréguée doit également être mentionnée. En effet, si la Croix-Rouge acceptait le sang des donneurs afro-américains, ce sang était conservé à part et réservé aux soldats noirs. Pour l’Armée américaine, où la ségrégation affectait chaque secteur de l’activité militaire, la solution la plus simple pour éviter tout conflit était, en fait, de séparer les races. Incapables d’envisager une quelconque alternative, les militaires devaient, en conséquence, poursuivre leur politique ségrégationniste tout au long de la Seconde Guerre Mondiale.

8Si l’on s’attache au fonctionnement des troupes pendant la guerre, on note que non seulement les Noirs étaient tenus de servir dans des unités séparées, mais que ces unités étaient conçues comme des unités de soutien, c’est-à-dire qu’elles ne participaient pas au combat. Et comme les lignes de front n’étaient pas adaptées au respect des normes imposées par la ségrégation, les Noirs étaient consignés à l’arrière où ils étaient affectés à des activités de service telles que la construction de routes, la blanchisserie, ou la cuisine.

9Au lendemain de la Première Guerre Mondiale, les Noirs représentaient 1/10ème de la population américaine, 1/8ème des forces armées, 1/30ème des forces de combat mais ils occupaient 1/3 des emplois de service au sein de l’Armée des Etats-Unis.6 Cette situation a perduré et pris de l’ampleur au cours de la Seconde Guerre Mondiale pour atteindre la proportion de 75% de soldats noirs dans les emplois de service comme l’indique l’historien Donaldson: “In 1942, forty-eight percent of the soldiers in the service branches were black. By 1945, that number increased to 75%.”7

10Il y a quatre raisons à cet état de fait. Tout d’abord, il était pratiquement impossible à l’Armée américaine d’aménager sur le front un système d’opérations où la ségrégation serait respectée. Deuxièmement, en tant que personnel de service, le soldat afro-américain ne pouvait aucunement bénéficier du prestige lié au port des armes ou de la gloire qu’apporte le combat livré pour l’Amérique. De plus, on doit admettre que la peur de voir un Noir officiellement autorisé à porter les armes et les craintes, enfouies dans l’inconscient collectif, d’une possible émeute raciale, étaient toujours présentes dans l’esprit des Blancs. Troisièmement, l’Armée avait techniquement besoin d’unités de soutien. Enfin, l’Armée justifiait le pourcentage élevé de Noirs affectés à des activités de service en mettant en exergue leurs piètres résultats aux épreuves d’admission de l’Armée et la médiocrité de leur niveau d’instruction. Pour l’Armée, ces résultats insuffisants reflétaient de faibles capacités à exercer des fonctions militaires. En conséquence, les engagés dont les résultats se révélaient particulièrement bas (ce qui était le cas des Noirs issus des milieux défavorisés) échouaient à l'arrière où ils devaient s’acquitter de tâches peu prestigieuses: “Unloading ships in the Pacific theater was to be the black soldier’s destiny in World War II.”8

11Au début de la Seconde Guerre Mondiale la question n’était plus de savoir si les Noirs pouvaient servir dans l’Armée mais plutôt de déterminer comment on devait les utiliser. Si l’on s’attache à la déclaration du 9 octobre 1940, on note que l’Armée y affirme sa volonté de poursuivre une politique ségrégationniste: “The policy of the War Department is not to intermingle colored and white enlisted personnel in the same regimental organizations.”9

12Ainsi dans l’Armée de terre les soldats afro-américains étaient-ils maintenus dans des unités ségréguées, et si après avoir été exclus de l’US Navy ils étaient désormais acceptés, ils se retrouvaient cantonnés aux emplois de stewards. Par contre, l’accès au corps des Marines ou des aviateurs leur demeurait toujours interdit.10

13Entre les deux guerres, l’Armée résolut d’avoir recours aux quotas pour aligner le pourcentage des militaires afro-américains sur celui des Noirs dans la société américaine (aux environs de 10%). La Seconde Guerre Mondiale devait représenter un tournant décisif en raison de trois éléments marquants. La proclamation du 9 octobre 1940, tout d’abord. Si elle confirmait la politique ségrégationniste de l’Armée, elle introduisait cependant, pour la première fois, la notion d’équité dans le traitement des soldats noirs: “It is the policy of the War Department that the services of Negroes will be utilized on a fair and equitable basis.”11

14Ensuite, lorsque Franklin D. Roosevelt nomma William H. Hastie, doyen de Howard University, Washington D.C., au poste de conseiller aux affaires militaires chargé de la question des soldats noirs, ce dernier se fit l’avocat du changement social et de l’intégration.12 Et même s’il est important de préciser que ses propositions furent, à l’origine, sèchement repoussées par l’Armée,13 il faut reconnaître qu’elles ont, néanmoins, représenté le premier effort significatif qui ait été entrepris pour améliorer les relations raciales dans le milieu militaire. On doit, en effet, aux suggestions de William Hastie la mise en place d’une formation de pilotes, dans le secteur médical, ouverte aux médecins afro-américains. Cette formation devait ultérieurement offrir aux troupes noires la possibilité d’obtenir une préparation technique dans l’US Air Force. Le dernier événement qui attire l’attention est la promotion du colonel noir Benjamin Davis au rang de brigadier général, signe d’une reconnaissance nouvelle de la valeur des militaires afro-américains.

15Vers la fin de la Seconde Guerre Mondiale, une forme d’intégration fut tentée sur la scène européenne. Le besoin en hommes était si grand que 2.500 volontaires afro-américains furent intégrés dans les unités existantes, mais, à la fin de la guerre, ces volontaires furent soit renvoyés soit dirigés vers des unités réservées aux Noirs14. L’impact de la guerre n’en demeura pas moins déterminant pour l’évolution du statut du soldat noir comme le souligne le sociologue Gunnar Myrdal : “There is bound to be a redefinition of the Negro’s status in America as a result of this war.”15

16La responsabilité de la ségrégation dans le manque d’efficacité des soldats noirs lors des interventions militaires fut officiellement reconnue par une commission constituée d’officiers sous la direction du lieutenant général Alvan C. Gillem. Sa mission était de statuer sur les fonctions des soldats afro-américains dans l’Armée une fois la guerre finie. La commission tint sa première réunion le 4 octobre 1945. Après quatre mois d’enquête, la commission fit état de ses conclusions dans un rapport intitulé “Utilization of Negro Manpower in the Postwar Army” qui reçut l’approbation du chef d’état-major aux armées, le général Eisenhower. La commission avait mené son enquête en fonction de deux principes: droits des citoyens, devoirs de l’Armée. On observe, dans le texte, la netteté avec laquelle le rapport souligne, d’une part, le droit constitutionnel des Afro-Américains de partager les privilèges et les responsabilités de tout citoyen américain et, d’autre part, les devoirs d’encadrement de l’Armée :

The Negro is a bona fide citizen enjoying the privileges conferred by citizenship under the Constitution. By the same token, he must defend his country in time of national peril. Testimony presented to this Board has indicated that the Negro is ready and eager to accept his full responsibility as a citizen. It follows therefore : That the Negro, desiring to accept his legal and moral responsibility as charged by the Constitution, should be given every opportunity and aid to prepare himself for effective military service in company with every other citizen who is called. That those charged with the utilization of manpower in the military establishment have an equal legal and moral obligation under the Constitution to take all steps necessary to prepare the qualified manpower of the nation so that it will function efficiently and effectively under the stress of modern battle conditions.16

17En fait, le rapport appelait à une utilisation maximale de la main d’œuvre noire tout en imposant, simultanément, un quota de 10% de soldats noirs. De plus, ces derniers n’avaient aucune possibilité d’accéder réellement à la spécialisation militaire ou MOS (Military Occupational Specialty).

18La circulaire 124 publiée le 27 avril 1946 contenait 18 recommandations du rapport Gillem, dont 6 seulement représentaient une véritable avancée. C’est le Secrétaire à la Marine James Forrestal, convaincu de la nécessité d’un changement, qui adressa aux amiraux le 27 février 1946 une circulaire visant à établir l’intégration dans les forces de l’US Navy: “In the administration of Naval personnel, no differentiation shall be made because of race or color. This applies also to authorized personnel of all the armed forces aboard Navy ships.”17

19À l’initiative du président Truman, Philleo Nash et Clifford Ewing conseillers aux affaires raciales furent les artisans du décret présidentiel 9981. Approuvé et signé le 26 juillet 1948 par le président Truman, il fut publié dans le New York Times du 27 juillet 1948 appelant à l’égalité des chances dans les forces armées :

It is hereby declared to be the policy of the president that there shall be equality of treatment and opportunity for all persons in the armed services without regard to race, color, religion or national origin. This policy shall be put into effect as rapidly as possible, having due regard to the time required to effectuate any necessary changes without impairing efficiency or morale.18

20Une nouvelle commission fut créée, dirigée par Charles H. Fahy. En réalité, le Fahy Committee avait été nommé par le président Truman en septembre 1949 pour décider de la mise en place du décret présidentiel 9981. Le processus de déségrégation raciale de l’Armée était lancé.

21Que peut-on dire de la position des militaires ? Avant même la promulgation du décret présidentiel 9981 le général Eisenhower avait clairement défini le point de vue de l’Armée: “There is race prejudice in this country when you pass a law to get somebody to like someone you have trouble.”19

22La résistance des officiers et du commandement fut importante. Omar Bradley, chef du personnel aux armées, déclara même que si l’on utilisait l’Armée pour faire l’expérience de la justice, l’efficacité militaire serait mise en danger.20 En outre, pour montrer leur désapprobation de la politique d’intégration des forces armées entreprise par Truman, les autorités militaires établirent leur propre conseil intérieur dirigé par le lieutenant général S. J Chamberlain qui recommandait la prorogation de la politique de ségrégation avec le maintien du quota de 10% de soldats noirs.

23Face à cette opposition, il est important d’étudier quel a été l’impact du processus législatif dans les quatre branches des Forces Armées. Comme le Congrès soutenait le projet d’intégration des armées, Louis A. Johnson, Secrétaire à la Défense, annonça le 24 avril 1949 que chacune des quatre branches de l’Armée devait fournir des propositions détaillées visant à mettre un terme à la séparation des races dans les différents services. Lorsque le Fahy Committe organisa une réunion au début de l’année 1949, il fit les constatations suivantes: l’US Navy avait déjà pris quelques mesures dans le sens voulu par le gouvernement en établissant une politique d’intégration en 1946. Mais si la Navy avait bien été le premier corps de l’Armée à corriger sa politique raciale, il y avait encore beaucoup trop de soldats afro-américains affectés à des emplois de stewards et trop peu d’officiers. On relève, pour l’année 1949, les chiffres suivants concernant le pourcentage des officiers dans les différents corps de l’Armée: 1.9 dans l’Armée de terre, 0 dans l’US Navy, 0 dans le corps des Marines, 0.6 dans l’US Air Force et 0.9 tous corps confondus.21

24L’US Air Force, favorable à l’intégration, avait annoncé sa décision de mettre un terme aux quotas raciaux et de baser les promotions uniquement sur le mérite. Quant à l’Armée de terre, elle avait été contrainte par le Fahy Committee à substituer des quotas de réussite à des quotas raciaux en réajustant les critères requis pour le test d’aptitude aux fonctions militaires, le GCT (General Classification Test). On rappellera à ce sujet que par l’intermédiaire du General Classification Test désormais dénommé AFQT (Armed Forces Qualification Test) l’Armée évalue le degré d’intelligence et le niveau d’instruction des volontaires qui sont ensuite répartis en cinq groupes allant des recrues aux aptitudes militaires les plus élevées (catégorie I) aux individus dont les aptitudes sont les plus basses (catégorie V). On précisera enfin que l’Armée avait instauré un nouveau critère d’exclusion des indésirables “the perennial low-score and otherwise inept”22 et que le président Truman avait conclu un accord, à l’insu du comité, par lequel les quotas raciaux pourraient être rétablis si la nécessité s’en faisait sentir; ce que confirment les propos du Secrétaire aux armées Gordon Gray dans une lettre adressée au président Truman: “It is my understanding that I have your authority to return to a system which will, in effect control enlistments by race.”23

25Le programme d’intégration raciale proposé par l’Armée fut finalement approuvé par le Secrétaire à la défense Louis A. Johnson et par le Fahy Committee le 1er octobre 1949 annonçant la fin de la ségrégation.

26Lorsque les troupes nord-coréennes envahirent la Corée du Sud, les Etats-Unis furent entraînés dans une guerre qui devait accélérer le processus d’intégration et contraindre les militaires à mettre en place une politique de déségrégation totale. L’armée de terre, il faut le souligner, s’engagea dans la Guerre de Corée avec des troupes ségréguées contrairement à l’US Navy et l’US Air Force dont l’engagement dans la voie de la déségrégation était déjà marqué. Le besoin en hommes pour maintenir sur le front des unités solides rendit nécessaire l’emploi massif de soldats noirs qui s’engageaient en grand nombre depuis l’abolition des quotas raciaux. L’intégration définitive fut donc davantage le résultat de la nécessité que du processus législatif.

27L’armée commença par abolir les unités réservées aux Noirs dont certaines, comme la 24e unité d’infanterie, avaient été créées dès 1869. Le programme de déségrégation fut lancé par le général Matthew G Ridgeway qui tenait la ségrégation pour anti-américaine et antichrétienne.24 Le plan de Ridgeway fonctionna parfaitement. Entre le 25 juin 1950 et le 27 juillet 1953 l’intégration fut étendue non seulement aux unités de combat en Corée mais aussi aux unités de formation aux Etats-Unis. Dénommée Project Clear, une étude portant sur l’utilisation du contingent afro-américain fut diligentée par l’Armée. Publiée le 30 juin 1951, elle corroborait les conclusions déjà atteintes par d’autres commissions, à savoir que les soldats afro-américains pouvaient être utilisés plus efficacement sur une base d’intégration :

Integration of the Negro and white personnel in Korea has been successful to the extent that it has been put into effect. Where Negroes had been mixed into white units, it has proceeded smoothly without conflict. There is overwhelming opinion among officers that Negroes should serve in both mixed and combat units on an integrated basis.25

28La Guerre de Corée marque bien un nouveau tournant dans l’histoire des forces armées américaines. Jamais, depuis la Révolution américaine, les soldats noirs n’avaient été aussi nettement intégrés au sein de l’Armée qu’ils le furent durant cette guerre parce que, pour la première fois, ils étaient placés en position de combat. En contrepartie, ces soldats subissaient de lourdes pertes. Le pourcentage des morts et des blessés fut deux fois plus élevé que celui des Blancs. Un vétéran noir apporte un témoignage sur les conditions dans lesquelles combattaient les soldats afro-américains et sur les risques encourus: “Blacks were largely concentrated in front-line combat assignment and sevice and supply functions. The risks and tasks were heavy, but promotional opportunities were minuscule.”26

29Les chefs militaires envoyaient les soldats noirs au front afin de maintenir à son maximum la force opérationnelle des unités d’attaque. Avec une demande croissante en hommes et l’abolition des quotas raciaux, les Afro-Américains s’engageaient en grand nombre. Leur pourcentage dans l’Armée monta en flèche de 8.2% à 25% en 4 mois. Il faut reconnaître que la Guerre de Corée améliora les relations entre les militaires afro-américains et les services de l’Armée en raison des impératifs professionnels. Parmi ces améliorations, on note, tout d’abord, l’efficacité de la formation, ensuite la solidité de la ligne de front, troisièmement l’homogénéité de l’unité de combat. Au cours de la première année de cette guerre, l’Armée prit conscience de l’inefficacité des troupes noires et même du danger qu’elles représentaient sur la ligne de front. Seules les troupes où avait été instaurée la mixité raciale étaient fiables. Enfin, remarque d’importance, pour la première fois depuis la guerre hispano-américaine deux soldats noirs se virent attribuer la plus prestigieuse récompense, la médaille d’honneur du Congrès.27 Les capacités militaires des Afro-Américains se trouvaient officiellement reconnues et l’on note qu’à la fin de la Guerre de Corée plus de 90% des soldats afro-américains étaient dirigés vers des unités intégrées. Les associations noires ne cachèrent pas leur satisfaction. Ainsi, quelques années plus tard, en 1959, le juriste Jack Greenberg, porte-parole de la NAACP proclamait-il, optimiste:

The national armed forces are the most integrated major segment of American life. The rigid segregation that had characterized the military during most of the first half of the twentieth century is a thing of the past.28

30La ségrégation avait certes été éliminée de l’Armée en 1954 mais les unités de réserve et la Garde Nationale ne furent déségréguées qu’en 1964. En 1962, un comité dirigé par Gerhard Gesell, avocat à Washington, fut désigné par le président Kennedy pour étudier le problème de la sous-représentation des Noirs dans le corps des officiers ; une sous-représentation que condamnait le magazine Ebony en janvier 1966: “Negroes above the grade of junior officer are rare birds, whether in the Army, Navy, Air Force or Marine Corps.”29

31Quant à la question des promotions, le rapport Gesell dénonçait la partialité des commissions qui décidaient de la promotion des militaires en fonction de critères raciaux : “So long as promotion selection is made primarily by white officers, questions as to the impartiality of these Boards will continue to arise.”30

32C’est en 1966 que le Secrétaire à la Défense, Robert McNamara conçut le Projet 100. 000. Il offrait aux pauvres la possibilité d’obtenir une formation technique dans l’Armée et proposait cette formation à tous ceux qui avaient été précédemment exclus du service militaire. On note qu’entre le 1er octobre 1966 et le 14 juillet 1967, 35.000 hommes qui n’auraient jamais été acceptés dans l’Armée si les normes de recrutement précédentes avaient été maintenues se trouvèrent intégrés (40% d’entre eux étaient des Afro-Américains issus des classes les plus pauvres, désormais à même de recevoir une instruction). L’enthousiasme du gouvernement est tout à fait perceptible dans le discours prononcé par McNamara le 7 novembre 1967 devant la 43e Convention de la National Association of Educational Broadcasters :

We announced last August « Project One Hundred Thousand » under which we are further reducing both mental and physical standards in order to accept (1) 40,000 formerly disqualified men in the year beginning October 1, 1966, and (2) 100,000 such men in the year beginning October 1,1967. During the 41 weeks between October 1, 1966, and July 14, 1967, we accepted over 35,200 men who would have been disqualified under standards in existence prior to Project One Hundred Thousand. Thus, we are assured of meeting the goal set for the first twelve months of this program. We have kept individual records on the 35,200 men. An analysis of their backgrounds reveals that 4 out of 10 are non-white (mainly Negroes) compared to 1 out of 10 Negroes among all new enlisted men. Almost 6 out of 10 had not finished high school – over twice the percent of non-high school graduates among new enlisted men as a whole. Furthermore, 30% were unemployed and over 56% were either unemployed or under-employed in terms of earnings at the time of their entry into service. Thus far, 21,000 of the Project One Hundred Thousand men have been processed through basic training. Less than 4% have been discharged ; of these, over half failed for physical reasons. While this rate of discharge in basic training is greater than for men with higher mental aptitudes, it is a very satisfactory rate, and far less than expected.31

33Le plan fut, néanmoins, une source d’échec durant la guerre du Vietnam parce qu’il avait conduit à incorporer dans l’Armée un trop grand nombre d’hommes sans instruction, sans motivation, les exclus de la société que l’Amérique envoyait se battre en Asie du Sud-Est.

34Les premiers pas vers un programme de relations raciales furent faits par le colonel Lucius Theus de l’US Air Force. Finalement pris en compte après de violentes émeutes raciales sur une base de l’US Air Force, le plan Theus englobé dans le DDRRI (Department of Defense Race Relations Institute) correspondant à la Directive 1322 du Département de la Défense, devait parvenir à faire régner l’harmonie raciale. En effet, le DDRI mit l’accent sur la nécessité d’avoir recours à des instructeurs pour améliorer les relations raciales. Réorganisé en 1978 sous le nom de DEOMI (Defense Equal Opportunity Management Institute) ce programme avait pour but de conseiller les responsables militaires sur la façon de traiter tout problème de discrimination raciale pouvant se produire sur une base militaire américaine.

35Durant la Guerre du Vietnam, l’intégration des Noirs fit un net progrès. La demande en hommes était telle que le pourcentage des soldats engagés dans la guerre dépassait de beaucoup celui des Afro-Américains au sein de la société américaine. Non seulement les Noirs avaient la possibilité de s’engager dans l’Armée et de participer aux combats, mais la conscription les y contraignait. Les raisons de la présence massive des Afro-Américains dans la guerre du Vietnam étaient multiples. Tout d'abord, ils ne pouvaient pas obtenir de sursis aussi facilement que les Blancs issus des classes moyennes. Ces derniers pouvaient, effectivement, éviter la conscription en s’engageant dans la Garde Nationale fermée aux Noirs du fait d’une discrimination persistante dont fait état le mémorandum du 26 octobre 1961 destiné au Président :

In the opinion of the General Counsel of the Department of Defense it would be legally possible for the President by Executive Order to direct the states to integrate their National Guard units under penalty of withdrawal of funds and Federal equipment. However, the legal question is a close one and the opponents of the move would undoubtedly question the legal basis for the decision.32

36Deuxièmement, le gouvernement excluait de la conscription les Blancs issus des milieux bourgeois, ciblant principalement les classes défavorisées. Dès lors, la Guerre du Vietnam devenait la guerre des pauvres et des Noirs, sur-représentés sur le terrain car ils étaient, aussi, sur-représentés au sein des classes défavorisées. Troisièmement, il était plus facile pour les Blancs d’obtenir le statut d’objecteurs de conscience ou d’être réformés pour raisons médicales. Les services de la conscription semblaient avoir été mis en place pour protéger les Blancs des classes moyennes des horreurs de la Guerre du Vietnam. En conséquence, 30% de Noirs furent incorporés contre 18% de Blancs. Dès le début, les pertes furent plus élevées parmi les soldats afro-américains avec 16,3% des tués en 1966 et 23% en 1967.33 Il faut également rappeler la proportion importante de Noirs des centres urbains dans les unités de combat particulièrement exposées où les risques de se faire tuer étaient les plus élevés. D’autre part, il était, sans conteste, beaucoup plus aisé pour les Blancs d’obtenir le statut d’objecteur de conscience que pour les Noirs. Les adeptes de la Nation of Islam, par exemple, se voyaient régulièrement refuser toute dérogation. Enfin, les Blancs parvenaient plus facilement à se faire réformer pour raisons médicales que les membres des communautés noires.

37Guerre voulue par les Blancs, combat livré par les Noirs, combat du pauvre dans une guerre de riche, telle est l’analyse de la presse noire.34 En tout état de cause, les Noirs étaient bien la chair à canon de cette guerre. Si le Pentagone louait le dévouement des soldats noirs et leur robustesse au combat, ces derniers mouraient, en fait, à un rythme plus élevé que leurs homologues blancs. Au cours des premières années de la guerre du Vietnam, les Afro-Américains représentaient 23% des victimes. Ce taux descendit à 14% quelques années plus tard, en 1969, tout en restant cependant supérieur au pourcentage d’Afro-Américains au sein de la population américaine. Les soldats noirs avaient obtenu le droit de combattre dans l’Armée des Etats-Unis, mais ils ne purent jouir du prestige de s’être battus pour l’Amérique. Comme tous les autres combattants du Vietnam, ils furent accusés par la droite américaine d’avoir perdu la guerre et par la gauche d’avoir tué des civils innocents.

38Lorsque la Guerre du Golfe éclata en janvier 1991, Colin Powell en fut la figure militaire dominante. La communauté internationale assistait, pour la première fois, à une guerre livrée par les Etats-Unis avec un Noir en position de commandement au Pentagone. En 1991, selon les données du Defense Manpower Data Center, les Afro-Américains constituaient 21% des forces actives alors qu’ils représentaient 33% du personnel de l’Armée de terre (le secteur où ils étaient en plus grand nombre), 20% du corps des Marines, 15% de l’US Navy, 15% de l’US Air Force mais seulement 7% du corps des officiers. Le recrutement des militaires afro-américains, qui commença durant la Guerre de Corée et s’accrut considérablement durant la Guerre du Vietnam, connut un taux record durant la Guerre du Golfe. Plus de 100. 000 Afro-Américains étaient engagés dans les combats au Moyen-Orient ( soit 30% des soldats). Quant aux femmes présentes dans l’Armée, les premières estimations révèlent que 50% d’entre elles étaient noires. Comme ce fut le cas lors de la Guerre du Vietnam, la sur-représentation des Noirs issus des milieux défavorisés dans les unités de combat durant la Guerre du Golfe attira l’attention de la presse :

African-Americans were still considered underclass cannon fodder, thrust into the Gulf conflict to fight a war for the privileged, as in Vietnam, especially because the percentage in proportion of African-American officers was inferior to the percentage of white officers. African-Americans filled the high risk roles.35

39La forte participation des Noirs à la Guerre du Golfe est-elle le reflet d’un quelconque consensus de la minorité afro-américaine? La réaction des communautés musulmanes afro-américaines à la Guerre du Golf est particulièrement intéressante à suivre. A l’automne 1990, Rabita al –Alam al-Islam, la Ligue du Monde Musulman, lançait un programme d’action destiné à mobiliser les musulmans afro-américains, d’une part, mais aussi à créer un consensus mondial en faveur de la coalition militaire de l’Arabie Saoudite et des Etats-Unis contre l’Irak. Mais alors que l’imam Wallace Muhammad (fils d’Elijah Muhammad, premier dirigeant de la Nation of Islam) prenait la tête d’une délégation de musulmans afro-américains et se rendait à La Mecque le 10 septembre 1990 pour apporter un soutien appuyé à l’opération « Bouclier du désert », à l’opposé, de nombreux musulmans afro-américains sunnites de The Islamic Mission of America, de même que le mouvement Nation of Islam sous la direction de Louis Farrakhan affichaient leur hostilité à toute intervention militaire américaine pour des raisons politico-religieuses. Au refus de voir l’armée américaine pénétrer près des lieux saints de La Mecque et de Médine, s’ajoutait un refus plus “communautariste”, celui de laisser des Afro-Américains de confession islamique s’engager dans un combat mené en terre sainte et prendre le risque de se faire tuer dans une guerre où un état non musulman leur imposerait de combattre et d’anéantir des frères musulmans. Le reproche était d’ailleurs fait aux souverains du Koweit et au prince saoudien d’être de “mauvais musulmans” peu portés à partager les revenus pétroliers avec les nations musulmanes nécessiteuses. Les contradictions de la diplomatie américaine, tolérante lors de l’agression militaire de l’Irak contre l’Iran en 1981 et intransigeante lors de l’attaque contre le Koweit en 1990, étaient mises en exergue par le leadership nationaliste noir. Final Call, le journal officiel de Nation of Islam, justifiait d’ailleurs le non-engagement des Afro-Américains en arguant du fait que la crise était ‘orchestrée’ par les Etats-Unis et Muslim Journal de Ahmadiyya Community n’hésitait pas à promouvoir ces mêmes arguments avec de gros titres du type: “Send Your Son, Mr Bush!”36 Farrakhan, quant à lui, appelait le général Colin Powell à démissionner.37 La diversité des réactions au sein de la communauté afro-américaine tend, en fait, à démontrer que la forte participation des Noirs à la Guerre du Golfe s’expliquerait moins par un consensus idéologique que par les perspectives socio-économiques favorables offertes par la carrière militaire.

40Les forces armées ont traditionnellement représenté un moyen de promotion sociale pour les classes défavorisées, une façon d’échapper au ghetto. Il faut, toutefois, préciser qu’une nouvelle tendance menace désormais l’ascension des classes populaires : la militarisation de la classe moyenne afro-américaine. Cette tendance est apparue au début des années 1980. On note que de 1980 à 1987 la majorité des recrues afro-américaines venaient des classes moyennes tandis que la moitié des soldats blancs recrutés provenait de familles dont les ressources étaient inférieures au revenu moyen des Américains. Ce nouvel aspect de recrutement tend à amenuiser les chances d’ascension sociale des jeunes afro-américains défavorisés pour qui l’Armée est un moyen d’échapper à la misère. Le niveau des tests d’entrée a, en effet, été relevé, excluant de ce fait 70% des candidats noirs. Seuls 12% de postulants afro-américains sans diplôme de l’enseignement secondaire parviennent à rejoindre l’Armée qui, de plus en plus, s’emploie à fournir à ces nouvelles recrues un enseignement de base. D’autre part, avec le Montgomery GI Bill, 75% des frais d’enseignement sont payés aux soldats qui veulent obtenir des diplômes universitaires.

41Qui mieux que Colin Powell incarne, aux yeux des jeunes Noirs, le modèle de réussite sociale grâce à la carrière militaire ? Colin Powell, secrétaire d’Etat du président George W. Bush, doit son statut et son ascension dans la hiérarchie militaire à la Guerre du Golfe où il s’est imposé comme le commandant en chef des armées dans un conflit hautement médiatisé. Modèle de réussite, Colin Powell a atteint les plus hautes fonctions. Sa nomination le 6 octobre 1989 au poste de commandement des forces armées des Etats-Unis apparaît comme un fait sans précédent pour la communauté noire. Fils d’immigrants jamaïcains, élevé dans un quartier du Bronx, Colin Powell s’est élevé dans le rang des officiers en un temps record. Entré dans l’Armée en 1958, blessé au Vietnam, il reçut le commandement d’un bataillon d’infanterie et d’une brigade aéroportée. Ayant accédé au sommet de la hiérarchie militaire, il devint, en 1987, Attaché au Conseil National de Sécurité et fut ensuite nommé président du Joint Chiefs of Staff par George Bush. Pour les Afro-Américains, Colin Powell est le modèle emblématique d’une réussite sociale due à la carrière militaire, qu’il s’emploie d’ailleurs à faire connaître aux jeunes de la communauté afro-américaine.38 Par son succès dans l’Armée, il a mis à mal les stéréotypes sur l’infériorité du Noir au combat et aux postes de commandement.39

42Le cas de Colin Powell tend à prouver qu’il y a assurément une possibilité de réussite sociale pour les Noirs dans l’Armée américaine, mais on observe, également, une persistance de pratiques discriminatoires, rapportées, notamment, dans un article du magazine Newsweek du 11 mars 1991, “The Battle for Respect”, où sont cités les propos du capitaine Phil Thompson : “I don’t know any whites who hang out with blacks.”40 Enfin, on l’évoquera à nouveau, la présence massive des Afro-Américains dans l’Armée entraîne un taux très élevé de mortalité parmi les soldats noirs tandis qu’un plafond de verre (“glass ceiling”) les empêche d’accéder au sommet de la hiérarchie (on constate que seuls 4% des Noirs peuvent accéder au corps des officiers). Tel est l’envers d’une intégration ouvrant la voie à une promotion sociale sur-médiatisée.

Notes de bas de page numériques

1USA Today, January 1991 : 4.
2 David G. Mandelbaum, Soldier Groups and Negro Soldiers (Berkeley and Los Angeles : University of California, 1952), p. 91.
3 Thurgood Marshall, “Summary Justice-The Negro GI in Korea,” The Crisis, May 1951, 353.
4 Mandelbaum, p.90.
5 Richard J. Stillman, Integration of the Negro in the US Armed Forces (New York : Praeger, 1964), p. 14.
6 Ibid., p. 16.
7Gary A. Ronaldson, The History of African-Americans in the Military (Washington D.C. : The Brooking Institution, 1991), p. 117.
8 Ibid.
9Mandelbaum, p.93.
10 Donaldson, pp. 106-107.
11 Ibid., p. 106.
12 Philip McGuire, “Judge Hastie, World War II and Army Racism,” Journal of Negro History, 62, October 1977, p.111.
13 Richard O. Hope, Racial Strife in the US Military : Towards the End of Discrimination  (New York : Praeger, 1979), p.26.
14 Stillman, op.cit, p.29.
15Voir Donaldson, p.131.
16 “Report of Board of Officers on Utilization of Negro Manpower in the Post-War Army,” March 4, 1946, War Department, Bureau of Public Relations, Press Branch.
17 Stillman, op.cit, p.37.
18 Public Papers of the President, Government Printing Office, Washington, DC.
19 Stillman, op.cit., p. 39.
20 Ibid., p. 43.
21 Data for 1949-1970 from Department of Defense, The Negro in the Armed Forces : A Statistical Fact Book, Office of the Deputy Assistant Secretary of Defense for Equal Opportunity, Washington D.C. : Government Printing Office,1971, p.415.
22 Martin Binkin and Mark J. Eitelberg, Blacks and the Military (Washington D.C. : The Brookings Institution, 1982), p. 28.
23 Ibid.
24 Donaldson, op. cit., p. 146.
25 Stillman, op. cit., p.53.
26 Stillman, op. cit., p. 49.
27 Binkin, op.cit., p. 29.
28 Integration of the Armed Forces, Library of Congress Cataloging -in-Publication Data, v.3.
29 Ebony, January 1966: 9.
30 Jack D. Foner, Blacks and the Military in American History (New York, 1974), p. 199.
31 Speech Addressed on November 7, 1967 before the National Association of Educational Broadcasters 43rd Convention by Robert McNamara (War Department, Bureau of Press Relation, Press Branch, Washington D.C.: Government Printing Office).
32 “Integration in the National Guard ”, Memorandum for the Assistant Special Counsel to the President, 26 October 1961, Department of Defense, Press Branch, Br.4860.
33 Binkin, op. cit., p. 29.
34 “Black Soldier Disillusioned by ‘Racism’ in the Military”, Jet Magazine, arch 29, 1993: 38.
35 The Nation, July 1, 1991: 7.
36 Muslim Journal, 28 September 1990: 3.
37 Final Call, 24 December, 1990: 1.
38 “Powell Testifies that Blacks Join Military for those Opportunities that are Denied Elsewhere,” Jet Magazine, March 4, 1991: 34.
39 “Gen. Colin Powell’s Advice to Young Blacks Today: Prepare and Be Ready,” Jet Magazine, September 11, 1989: 12-15. 
40 En page 2.

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Pour citer cet article

Françoise Clary, « L’intégration des Afro-Américains dans les forces armées des Etats-Unis : l’impact des guerres », paru dans Cycnos, Volume 21 n°2, mis en ligne le 12 octobre 2006, URL : http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=389.


Auteurs

Françoise Clary

Françoise Clary est Professeur de civilisation et littérature américaines (Université de Rouen). Spécialiste des minorités ethniques aux Etats-Unis, elle a dirigé plusieurs recueils collectifs et publié divers ouvrages sur les associations noires et le Parti Communiste des Etats-Unis pendant le maccarthysme, sur le nationalisme noir, la discrimination positive, la presse noire, le panafricanisme et l’islam afro-américain.