Cycnos | Volume 18 n°2 Anaphores nominale et verbale - 

André Gauthier  : 

Reprises pronominales en OF et domaine notionnel

Résumé

Avec les verbes de perception et leurs dérivés nominaux, il semble s'établir entre les protagonistes du discours un rapport émetteur/percepteur qui viendrait se superposer à la relation S V O, mais avec une orientation inverse de celle-ci. C'est du moins ce qui apparaît dans les reprises pronominales du type de : the sight of her, the smell of him… En réalité, il s'agirait d'une délimitation qualitative imposée à l'objet anaphorisé en fonction d'une instance de situation. Dans un cadre énonciatif, l'opération, dont of et l'article défini sont la trace, peut être analysée en termes d'ajustements sur le domaine notionnel de référence.

Abstract

A specific feature of perception verbs and related nominals seems to be the emphasis they put on the sender/receiver message that they convey. The receiver's point of view appears to take definite precedence over the subject-object relation in such pronominal expressions as : the sight of her, the smell of him… What is actually highlighted is the qualitative partition imposed by the enunciator on the referent of the pronoun. Within an enunciative framework, the conditions under which the prepositional construction is preferred can be analysed in terms of variations over the notional domain associated to the referent.

Plan

Texte intégral

1Nous nous intéressons ici aux reprises pronominales de la forme : The N. of + pronom personnel objet, dont la phrase suivante, fabriquée pour l'occasion, offre trois échantillons représentatifs : By the look of it, the sight of her will be the death of me! Le corpus mis à contribution est composé d'exemples authentiques glanés dans des textes divers au cours des dix dernières années.

2Nous excluons de l'enquête, d'un côté les reprises comportant un possessif en lieu et place du pronom personnel, comme par exemple les "doubles génitifs" : a friend of mine, that chocolate brown moustache of his…; d'autre part les gérondifs, qu'il s'agisse de "factive" ou d'"action nominals". Par exemple, s'agissant de documents : "(The) reading (of) them was fascinating". Nous aurons peut-être chemin faisant l'occasion de constater qu'il s'agit d'un autre problème.

3Les reprises que nous étudions privilégient l'article défini à l'initiale. Ce n'est sans doute pas non plus par hasard qu'elles sont toutes au singulier, c'est-à-dire, dans les termes de la théorie des opérations énonciatives, compatibles avec un fonctionnement compact.

4Ce qui nous a paru remarquable en début d'enquête, c'est qu'il existe une syntaxe alternative pour la plupart des énoncés relevés. Ainsi dans les nombreuses occurrences de sight illustrées par les exemples suivants:

1. Lady Henrietta knew what was right: everything about her was right, from her tightly bound dark hair to the dark-blue slippers. The sight of her filled Liz with a subdued and dreary panic. (Margaret Drabble, The Radiant Way)

2. …for he loathed and detested the very sight of her. (Colin Dexter)

3. She couldn't tell if he was really asleep or just feigning sleep, but in either case, it didn't matter. The sight of him there roused within her a complicated tangle of emotions… (seeing him there?) (Elizabeth George)

4. But Atiaran moved ahead of him smoothly…, and the sight of her drew him onward. (Stephen Davidson)

5On s'interroge sur la possibilité de permutation avec le gérondif sec : seeing, tout à fait mettable en (1) et en (3), et pourquoi pas en (4), puisqu'on trouve, dans le même contexte, l'énoncé :

5. And beyond the Apdelainian Hills, the heart-healing richness of the Land. Ah, Covenant, the seeing of them gives me courage. (ditto)

6Dans un cas comme dans l'autre, on reste dans le domaine de la perception. D'autres cas ressortissent au domaine de la perception : la vue, l'odorat, le toucher… :

6. Besides he didn't dislike the shop, the warmth of it and the delicious scents… (Ruth Rendell, A Fatal Inversion)

7. …He found that Zosie's things had gone. He opened all the windows to get rid of the smell of her that was salty and flowery, like the smell of a child. (ditto)

8. …and he held her close against himself, feeling the soft, yielding contours of her body against the hardness of his own. There was comfort in the warmth of her, in the smell and shape of her. (Clifford D.Simak)

9. How curious, and how significant that of the many ways in which one loves one's young, the physical should be one of the most forceful: the feel of them, the look of them.

At such times as this (…) it is the feel and the look of things that manifest that rightness: the marvellous presence of the physical world. (Penelope Lively, Judgement Day)

10. 'You know, I love these yews' Sir Basil said. 'The colour of them is so wonderful in a garden because it rests the eye'. (Roald Dahl, Neck)

11. I couldn't keep from staring at him, at the burlesque explorer look of him. (John Knowles, A Separate Peace)

12. But apparently the more Pilar looked at the coachman the more she liked the look of him; (S.Maugham, The Romantic Old Lady, Ex. dû à J.-C. Souesme)

7Ici on se demande pourquoi la reprise ne se fait pas par une cons-truction possessive : its warmth (6), her smell (7), her shape (8), their look (9), their colour (10)… Qu'apporte de plus le passage par of ?

8Mais il y a aussi les énoncés qui ne se laissent pas directement ramener à la perception : on passe ainsi du domaine des sens à celui des apparences, comme déjà en (9), avec: the look of them, ou avec des expressions comme: by the look of him, ou : on the face of it, pour référer à ce qui ne se voit que de l'extérieur :

13. … Seriously ill too, by the look of him, which means that he'll probably die on me under the gentlest interrogation. (P.D.James)

14. She came to church, now and then, Xmas and that. She did not look, on the face of it, like a person in search of spiritual guidance. (Penelope Lively, Judgement Day)

9On en arrive ainsi à des représentations construites par un observateur extérieur à la construction elle-même :

15. The coypu man could not be dismissed or the danger of him glossed over. (Ruth Rendell, A Fatal Inversion)

16. Although the woman in white was still in my mind, the image of her seemed to have grown dull and faint already. (Wilkie Collins, The Woman in White)

10Au-delà du perçu, on trouve encore des jugements : the ordinariness of her (hors corpus), ou des expressions qui ne sont plus ni de près ni de loin rattachables au domaine des sens :

17. They say that afterwards, after they got back to earth, some of those astronauts, some of those Apollo pioneers got religion.(…) The irony of it… (Graham Swift, Out of this World)

18. He'll be spirited away and thrown into jail and that will be the end of him. (Margaret Atwood, The Robber Bride)

11L'impression générale est ici celle d'un observateur portant de l'extérieur un jugement de valeur sur l'objet auquel renvoie le pronom personnel.

12Derrière la même forme schématique s'expriment donc des relations diverses, qui vont de la réaction d'un "Sujet" à une occurrence de situation, comme avec : the sight of her déjà mentionné, ou à une propriété de l'objet, comme en (8) the smell and shape of her, ou en (10) : the colour of them.… L'exemple (17) quant à lui, renvoie à un commentaire d'énonciateur sur l'ensemble d'une situation saisie dans sa globalité : the irony of it!, tout comme : the beauty of it dans :

19 …these errors turned out to be libellous. It attracted several libel suits. (…) Well, it was just bad luck I suppose. Luck, pure and simple. That was the beauty of it. (Jonathan Coe, The House of Sleep)

13Dans nombre d'exemples, la réaction du "Sujet" est exprimée par la valeur modale des verbes principaux : filled with panic, loathed and detested… et/ou des adjectifs : delicious scents, wonderful, burlesque…, également pertinente si l'on veut rendre compte des conditions d'apparition de la construction. La présence d'un adjectif dans la construction elle-même paraît constituer un élément favorable, sinon contraignant, comme en (2) ci-dessus, ou encore en :

20. As always, he caught his breath at the sheer beauty of her. (Ed McBain, Heat)

14 Notons au passage qu'en tant qu'indicateur d'intégrité notionnelle1, sheer s'accommoderait difficilement d'une construction possessive : ? her sheer beauty. En (2) en revanche, c'est l'alternative en -ING qui serait malvenue.

15Cependant, bien qu'ayant affaire dans la plupart des cas à des substantifs prédicatifs, il est difficile de parler ici de sujet seulement en tant qu'origine des procès: see, look, smell, feel… C'est plutôt le receveur d'un impact qui est privilégié, ainsi que l'effet produit sur lui par une source. A la relation sujet - objet, par exemple Liz - Lady H. en (1), paraît se substituer une relation émetteur - percepteur qui inverse les termes de la première, du moins pour les énoncés qui se rattachent au domaine de la perception.

16L'orientation de cette relation énonciative va aussi à l'inverse de la relation prédicative qui sous-tend les nominalisations en -ING, là où elles seraient possibles, comme dans les énoncés (1) à (4), ou encore en :

21. The sight of her would be joy, but anything she said could only mean a fresh parting. (Ruth Rendell, A New Lease of Death)

22 …and took her framed photograph of George out of a drawer. The slight sentimentality which the sight of it aroused in her was mixed with… (Ruth Rendell, One across, Two down)

17Le récepteur de l'impact n'est pas mentionné en (21). S' il l'est en (22) (aroused in her), ce n'est pas en tant qu'origine du procès see. Sans doute est-ce là une des raisons pour lesquelles le gérondif est écarté : Seeing her renverrait à l'activité d'un sujet : <( ) see her>, mentionné ou non dans le texte par ailleurs - Liz en (1), she/her en (3) - interprété comme terme de départ d'une relation prédicative à deux arguments. Il ne semble pas y avoir alors de place pour un récepteur. Dans : the sight of her/it au contraire, c'est en tant qu'origine d'une réaction de celui qui perçoit qu'on interprète la reprise de l'instance de situation.

18Dans des énoncés du type de (6) à (9), où l'on a davantage affaire à une propriété singulière de l'objet qu'à un sujet en position de premier argument dans une relation prédicative, on pourrait aller jusqu'à dire que celui qui sent est aussi celui qui ressent. Ce double repérage vaut surtout pour les noms dérivés des verbes de perception. L'énoncé (23) est une bonne illustration du véritable démontage auquel est susceptible de se prêter la construction en of :

23. Ted Malvern liked the rain; liked the feel of it, the sound of it, the smell of it. (Ray Chandler, Trouble is my business)

19Dans un énoncé comme celui-ci, on trouve réunis à la fois la valeur partitive de la préposition of, sa fonction démarcative et son rôle de renvoi à une origine, avec pour résultat la décomposition du référent en ses propriétés caractéristiques.

20Le double repérage n'est pourtant pas extensible aux noms communs, comme on peut le constater en (10) avec: the colour of them, en (16) avec : the image of her, ou encore avec des dérivés d'autres verbes, comme en :

24. He had seldom been to the village and only once on foot but he could remember the lay out of it with surprising clarity. (Ruth Rendell, A Fatal Inversion)

25. Now he was something less than six feet of lump body clothed in crumpled cloth, and the stillness of him was somehow very dreadful. (Clifford D. Simak)

21Ici, en l'absence d'une relation évidente avec un verbe de perception, le passage par la préposition of a surtout pour fonction de dissocier une propriété de l'objet du référent dont elle est l'émanation.

22Dans la plupart des énoncés ci-dessus, l'alternative possessive : its colour, her image, its lay out, his stillness…, bien qu'à la rigueur recevable, n'aurait pas du tout la même portée que le passage par of. En effet, au contraire de la construction prépositionnelle, la construction possessive préserverait l'intégrité notionnelle de l'objet. Qu'il s'agisse du reste d'un animé ou d'un inanimé, sa stabilité, sa logique interne serait tenue pour acquise par l'énonciateur. On comprend pourquoi, dans l'exemple suivant, s'agissant de persuader un collègue sans le froisser, its logic est préféré à the logic of it :

26. "Still, what he was about to suggest was a contravention of the DI's main conjecture. He wanted to lead into it carefully so that his colleague might be open to its logic" (to the logic of it?. (Elizabeth George)

23Tous les exemples ne se prêtent pas à cette analyse avec la même facilité, comme on peut le constater en (27) :

27. By every rule of decency, parakinetics belonged to Man himself, not to a band of men, not to a corporation, not even to its discoverers (the discoverers of it?), nor the inheritors of its discoverers - for the discovery of it, or the realization of it , no matter by what term one might choose to call it, could not in any case be the work of one man or one group of men alone. (C. D. Simak, Time is the Simplest Thing)

24Il semble que la tendance soit de favoriser la construction prépositionnelle lorsqu'il s'agit de privilégier un aspect particulier du référent et de l'isoler des autres, comme en (24) et (25) ci-dessus.

25A cette latitude dans le choix de la construction, il convient donc d'apporter des correctifs. On trouve dans le corpus des cas, une majorité, où le repérage va dans le même sens dans les deux constructions : the beauty of her est bien : her beauty. La substitution reste alors recevable (avec, le plus souvent, perte de la modalité appréciative, comme on peut le vérifier sur de nombreux exemples). Mais on observe aussi des cas où les repérages entrent en conflit l'un avec l'autre : the danger of him (15) n'est pas: his danger ; her comfort n'est pas : the comfort of her. Il n'y a pas alors d'alternative.

26Il n'y a pas non plus d'alternative avec des tournures comme : the gist of it ou : the long and short of it, on the face of it…, expressions toutes faites dans lesquelles le pronom renvoie à des référents très imparfaitement déterminés par la situation. On peut aussi mentionner (for the sake of it!) les superlatifs, si l'on choisit de les inclure dans notre schéma de départ, car il s'agit derechef de retenir un trait particulier du référent parmi d'autres non mentionnés :

28 "So, really, Inspector, I don't quite see where your ideas are leading to?" The worst of it was, Inspector Craddock thought, that he was not very sure himself. (Agatha Christie, 4.50 from Paddington)

27Bien des exemples du corpus vont dans le même sens, mais ce qu'il convient surtout de souligner ici, c'est que nous avons passé le stade où le "Sujet" peut être tenu pour un observateur inerte. Au-delà du perçu et des apparences, il opère des choix, prend position… C'est un énonciateur à part entière qui porte des jugements en (11) : the burlesque explorer look of him, et encore bien davantage en (29), à propos de l'ensemble d'une situation :

29. In a way this is all familiar. It's as if he's lived through it before, a long time ago; and despite the unpleasantness, the irritation of it, the combination of boredom and fear, he has a certain fellow-feeling. (Margaret Atwood, Cat's Eye, Ex. dû à C. Charreyre)

28C'est dans la mesure où l'énonciateur a pris ses distances par rapport au référent qu'il peut mettre en cause l'intégrité notionnelle de celui-ci. Si tel est bien le cas, les reprises qui se rattachent au domaine de la perception ne devraient pas se comporter différemment de noms comme : irony ou irritation : Her smell renverrait ainsi à une banale relation d'appartenance. Objet ou personne, le référent est alors accepté et reconnu comme un acquis, avec toutes ses propriétés définitoires, et ses associations privilégiées2 . Il en va différemment avec : the smell of her, qui introduit une discontinuité, un hiatus, et en association avec ce hiatus, une délimitation qualitative sur l'objet. Le référent est repris sous forme d'une de ses propriétés, une propriété spécifique, qui s'écarte du type. Ainsi de Zosie en (7), où l'odeur est décrite. Tout le monde a une odeur, mais l'odeur de Zosie n'est pas celle de tout le monde.

29La trace de cette opération de délimitation qualitative se retrouve dans l'emploi systématique de l'article défini. Il s'agit bien de flécher le trait retenu, parmi d'autres non mentionnés. Mais fléchage ne doit pas être confondu avec reprise à l'identique. Il s'agit seulement ici de délimiter une propriété particulière par simple différentiation, forme d'altérité distincte du renvoi à une connivence préétablie que signalerait par exemple une expression comme : that smell of hers. On voit pourquoi nous avions dès le départ écarté ce type de construction, qui s'accommode de toutes sortes de déterminants, mais pas de l'article défini.

30La possibilité de parler d'écart par rapport au type indique que désormais, les problèmes peuvent être posés en termes d'ajustements sur le domaine notionnel3 . Nous allons dans cette dernière partie essayer de montrer que la plupart des exemples du corpus sont ramenables à ce type d'opérations.

31Au référent est associé un domaine notionnel centré, avec un intérieur, un extérieur, une frontière. Tantôt notre construction va favoriser le repérage par rapport au centre, comme en (20) : the sheer beauty of her, ou en (2) : the very sight of her, (superposition au type). Tantôt le surcroît de valeur pourra se ramener à un problème de présence/absence, comme en (30) :

30. There was something else too, which had to do with Karen's mother's wedding, or else the absence of it. (Margaret Atwood, The Robber Bride)

32Ici les choses sont vues en tout ou rien, avec une frontière vide, mais on peut aussi les analyser, dans d'autres énoncés, en termes d'éloignement par rapport au centre :

31. "There's weather making,"he declared, looking like a hound-dog snuffling a cold trail. "I can smell the edge of it." (ditto)

33On n'est pas à l'extérieur, mais est-on tout à fait à l'intérieur du domaine associé ? L'intérieur étant un ouvert, on situe l'occurrence à la frontière de l'intérieur.

34Un énoncé comme (18) (the end of him), rejoint (32) :

32. 'Judas Priest, for not telling me what?' shouts Roz. 'You'll be the death of me! She sounds exactly like her mother… (Margaret Atwood, The Robber Bride)

35dans lequel on envisage un terme atteint (cf. aussi : We've seen the last of him) c'est-à-dire un franchissement de frontière (fermeture de l'intérieur). On a au contraire un retour vers le centre attracteur, en contexte négatif, avec l'expression : For the life of me/him…:

33. "There's something fishy going on here," said one (a democratic operative from Boston who had journeyed South). But for the life of him he didn't know what it was. (Newsweek December 4, 2000)

36On peut s'interroger à propos de sake, avec lequel le choix subsiste, le plus souvent, entre: for the sake of X ou: for X's sake (mais for God's sake exclusivement4 ).

37On trouve des énoncés comme :

34…but on the face of it, it looks as though that marriage, even if contemplated, never took place. (Agatha Christie, 4.50 From Paddington)

38ramenables à des apparences, à côté d'exemples comme (35), qu'on ne peut en aucune manière rattacher au domaine du perçu, mais qui, en revanche, se justifient très bien en tant que renvois à un centre attracteur :

35 Yet it wasn't avarice that dominated her behaviour. Rather it seemed to be a profound vacuity at the heart of her that she sought to fill with material possessions. (Elizabeth George)

39En réalité, si on examine le corpus rassemblé, si réduit qu'il soit, on y trouve représentées la quasi-totalité des opérations qu'on peut faire sur le domaine notionnel : écart par rapport au centre organisateur, renvoi au centre attracteur, franchissement de frontière, travail en tout ou rien ou affirmation d'une continuité… Restent le jeu sur les oppositions, le recours à la négation pour définir un intérieur tels qu'ils apparaissent respectivement dans :

36. There were forms scattered here and there that might have been furniture or equipment or artefacts of some aesthetic value and they all were blue as well and the shape of them was not the wild haphazard shape of a surface carved by wind or sun or weather. (C. D. Simak, Time is the Simplest Thing)

37. He sensed the flutter of the being that sprawled pinkly on the floor - (…) - there was no certain indication of telepathic power. Although the flutter had the feeling of it, a certain connotation… (Ditto)

38. I know that he is not a bad man, because so much that is useful and valuable to me came through him. But I do not know what he is really like, nor what powers him. I cannot even describe his face. The thought of him still dazzles me. He has so many views on the world from so many windows. I see everything from Dunn Street. (V.Glendinning, Electricity, Ex. dû à J.-C.Souesme)

40On voit comment, dans ces exemples, l'identification de l'objet prend d'abord appui, de diverses façons, sur ce qu'il n'est pas, en opposant par exemple la forme (shape) à l'informe, ou l'impression fugace au non-certain, jusqu'à l'exploitation, en (38), d'un véritable parcours de l'extérieur pour définir un intérieur. Telles sont quelques-unes des possibilités offertes dans les limites du corpus présenté.

41On considérera donc cet article comme une simple esquisse dans l'éventail des possibilités offertes, limité notamment par la taille et la nature artisanale du corpus. Le travail sur le domaine notionnel présente l'avantage de ramener la diversité des possibles à un jeu réglé sur un nombre fini d'opérations abstraites. Ces opérations sont indépendantes et de la forme prise par le nom principal et de la propriété retenue par l'énonciateur. Elles situent en effet la démarche au niveau des représentations, c'est-à-dire à un stade intermédiaire entre les formes linguistiques et les données extra-linguistiques.

42Les dérivés des verbes de perception, qui semblaient au départ constituer une classe particulière au regard des reprises prépositionnelles en of, s'avèrent n'être que les révélateurs d'une démarche plus générale qui englobe des substantifs qu'on ne peut en aucune manière ramener à une classe toute faite.

43A la marge de ce calcul, on note l'affinité particulière de la construction prépositionnelle avec les indicateurs d'intégrité notionnelle que sont : sheer, very, mere…, ces épithètes qui, à la différence des adjectifs ordinaires, ne se contentent pas de qualifier le nom principal mais expriment un point de vue sur l'adéquation entre l'occurrence de situation et la représentation que s'en fait un énonciateur, en maximum ou en minimum : the very thought of him, the mere sight of her

44En réalité, on a affaire à un processus de construction unique, entièrement pris en charge par l'énonciateur. Les interprétations et les ajustements qu'il impose à l'objet désigné par le pronom apparaissent comme une façon pour lui de reconstruire la réalité extra-linguistique afin de se l'approprier linguistiquement.

Notes de bas de page numériques

1 A propos des indicateurs d'intégrité notionnelle, on peut se reporter à RIEU 1996, opus cit..
2 On se trouverait ainsi en convergence, mutatis mutandis, avec les tentatives récentes d'élucidation des conditions générales d'emploi du génitif saxon, qui tendent à attribuer à l'unité fléchie une stabilité référentielle que la construction propositionnelle s'applique à contrarier.
3 Appareil théorique à géométrie variable proposé par A.CULIOLI en vue de rendre compte des opérations sous-jacentes à l'activité de langage. Nous revendiquons l'entière responsabilité de l'utilisation qui en est faite ici.
4 On peut trouver des justifications extralinguistiques à cette restriction. Mentionnons la suggestion de Claude Charreyre en réponse à Claude Delmas au cours du débat : en tant que centre attracteur par excellence, Dieu peut-il avoir une altérité ? Une expression comme : Art for Art's sake, ne laisse pas non plus de place à l'altérité.

Bibliographie

ALBRESPIT, J., "La quantification du continu : (dét) N1 of N2", in Détermination nominale et individuation, p.39-56, CYCNOS vol.16, n°2, Nice 1999.

CHARREYRE, C., "Discontinuité et individuation: application au nom, au nombre et à la détermination", in Détermination nominale et individuation, p.67-82, CYCNOS vol.16, n°2, Nice 1999.

CULIOLI, A., Pour une linguistique de l'énonciation. Opérations et représentations, Tome 1, Ophrys, Gap 1990.

GAUTHIER, A., "Délimitation et modulation qualitative dans quelques emplois de OF" p.93-109, Cahiers Charles V n°19, Paris 1995.

RIEU, C., "Les adjectifs indicateurs d'intégrité ou d'altérité notionnelle" p. 167-174, La Notion , Ophrys, Gap 1997.

TRANEL n°23, Déc. 1995, Du syntagme nominal aux objets-de-discours, A. Berendonner & M-J. Reichter-Beguelin ed., Institut de linguistique, Université de Neuchâtel, Suisse.

Pour citer cet article

André Gauthier, « Reprises pronominales en OF et domaine notionnel », paru dans Cycnos, Volume 18 n°2, mis en ligne le 15 juillet 2004, URL : http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=34.


Auteurs

André Gauthier

Université Paris 7 - Denis Diderot