Cycnos | Volume 23 n°1 Le Qualitatif - 

Bénédicte Guillaume  : 

Will dans les subordonnées en when est-il un marqueur de différenciation au niveau qualitatif ?

Abstract

It is well-known that the modal will cannot occur in a when-clause when the latter provides a locator for the rest of the utterance. The aim of this article is to discuss this problem as well as the explanations given for it in A. Culioli’s utterer-centred approach in the light of the examples in which the presence of will in a when-clause is possible, particularly in the case of relative clauses. I will try to demonstrate that the use of the modal signals a difference between the time at which the utterance is spoken and the time at which the event takes place, at the quantitative but also at the qualitative level.

Texte intégral

1Le présent article s’intéresse au cas de figure dans lequel le modal will apparaît dans une subordonnée introduite par when. On sait par ailleurs qu’une telle co-occurrence n’est pas licite dans certaines subordonnées temporelles, à savoir celles servant de repère à l’énoncé. Notre but est de reconsidérer les explications données à ce phénomène dans le cadre de la Théorie des Opérations Enonciatives (TOE) d’A. Culioli à la lumière des exemples dans lesquels l’emploi de will est au contraire possible, notamment dans le cas des subordonnées relatives, afin de dégager des éléments de compréhension supplémentaires. Nous développerons en particulier l’hypothèse selon laquelle la présence de will dans une subordonnée introduite par when marque une différenciation au niveau qualitatif entre le moment auquel aura lieu la validation de la relation prédicative contenue dans la subordonnée et le moment d’énonciation T01 ; ceci s’ajoute donc à la différenciation au niveau quantitatif, qui est pour sa part évidente dans la mesure où il s’agit de deux moments distincts.

2Considérons tout d’abord l’exemple suivant :

[1] The day will come when solar energy will be harnessed and alternative energies used when fossil fuels have run out. (Le Mot et l’Idée 2 1991 : 143)

3En [1], la première subordonnée introduite par when est une relative dont l’antécédent est the day, tandis que la deuxième est une circonstancielle de temps. De ce fait, on rencontre will dans la première tandis que le verbe de la deuxième est au present perfect. Par ailleurs, le recours au modal dans la deuxième proposition n’est pas envisageable dans ce contexte : *when fossil fuels will have run out. En effet, dans une proposition circonstancielle, le contenu de la subordonnée permet de décrire les circonstances dont dépend la réalisation de la principale. En termes énonciatifs, on peut décrire ce rapport en termes de repérage : la proposition subordonnée fournit le repère de la principale (cf Groussier et Rivière 1996 : 45 ; 178 ; Mérillou et Ranger 2000 : 47). Il y a en effet manifestement un lien de cause à effet ici entre la réalisation de la relation prédicative the day - come> et celle de fossil fuels - run out>.

4L’une des clés du problème réside donc dans l’incompatibilité entre le modal will et la fonction de repère remplie par certaines subordonnées en when2. Il faut donc tout d’abord s’intéresser aux propriétés intrinsèques de ce modal. Voici la description qu’en donnent J. Bouscaren et J. Chuquet (1987 : 52) :

« [will a] une valeur de visée qui peut, d’une certaine façon, relever de la modalité II3, et qui en tout cas révèle une opération qui est une prise de position de l’énonciateur par rapport à la relation prédicative : le sujet énonciateur n’asserte pas, n’évalue pas, mais vise la validation (ou la non-validation, si on a une forme négative) de la relation prédicative. » (certains des segments en gras l’étaient déjà dans le texte d’origine)

5De ce fait, lorsque will est employé, on n’est pas dans la modalité du certain4 (« modalité de rang un » dans la terminologie d’A. Culioli). Il n’y a donc pas d’assertion au sens strict5, et la subordonnée ne possède pas une stabilité suffisante pour servir de repère à l’énoncé6, d’où la nécessité d’avoir recours au présent :

« P27 doit être une relation dont la valeur est stable, et donc ne peut comporter de modalité autre que celle du certain : il s’agit de construire une origine énonciative qui soit en mesure d’asserter que P2 “est le cas”, non pas que P2 “sera le cas” (…). » (Chuquet 2001 : 166 ; c’est nous qui mettons en gras)

6Ainsi, will pose problème essentiellement dans le cadre de ses liens avec la modalité de rang deux, qui correspond à ce que l’on appelle traditionnellement la modalité « épistémique8 ». En effet, « un modal épistémique est incompatible avec une autre opération énonciative » (Bouscaren et Chuquet 1987 : 61) ; or le choix d’un repère est justement une opération énonciative (Groussier et Rivière 1996 : 178).

7On rencontre du reste le même phénomène d’incompatibilité entre cette valeur de will et d’autres propositions ayant pour caractéristique de servir de repère à l’énoncé dans lequel elles apparaissent, par exemple la première partie d’un accroissement parallèle, ou encore une subordonnée hypothétique introduite par if9. Dans tous ces cas de figure, la proposition subordonnée repère joue en quelque sorte le rôle d’un interrupteur, d’un levier : sa réalisation déclenche la mise en oeuvre de la relation prédicative contenue dans la principale.

8Néanmoins, en ce qui concerne les interrogatives indirectes10, l’emploi de will avec une valeur épistémique ne pose pas problème dans la mesure où l’on peut le traiter dans le cadre plus vaste des interrogatives en général, qui ne comportent pas de restriction particulière quant à l’utilisation de ce modal :

[2] Liberal Democrat leader Paddy Ashdown summed up the mood by telling Mr Major: What you have seen this afternoon is nothing less than the beginning of the end of your premiership. (...) I don't know when you will go. It may take weeks, or it may be months11.

9Intéressons-nous maintenant au cas des relatives. En ce qui concerne la description de ce phénomène dans les livres de grammaire, on remarque que celles introduites par when, where ou encore why font figure de parent pauvre au regard des commentaires très détaillés dont font l’objet les relatives les plus courantes, c’est-à-dire celles introduites par that, which, etc12. Néanmoins, l’étude des nombreux exemples de subordonnées relatives introduites par when trouvés dans le BNC permet de distinguer plusieurs cas de figure. Dans certains cas, on a comme dans l’exemple [1] un repère temporel et une relative en when distincts l’un de l’autre. Néanmoins, dans d’autres cas, le repère temporel est l’antécédent de la relative13 :

[3] We will go swimming after 5 o’clock when everybody else will be at home. (manuel de grammaire anglophone)
[4] By the end of the year, when you will have established your platform and built some security for yourself, you will be free to enjoy the fruits of life.

10De tels exemples se prêtent aisément à l’application du principe rappelé plus haut selon lequel will ne peut être employé dans une subordonnée en when que dans la mesure où celle-ci ne sert pas de repère à l’énoncé. En effet, on y rencontre des repères temporels parfaitement explicites (after five o’clock / by the end of the year), d’où la possibilité d’établir une partition claire entre repère temporel d’une part et subordonnée de l’autre.

11Dans certains cas plus rares, when introduit une relative dont l’antécédent n’est pas exprimé :

[5] Add to that the cost of annual holidays and season tickets, and you can see that your expenditure will go through a number of peaks and troughs. That is when you will really appreciate the advantages of a Home Management Account.
[6] Try to remember the things you've learned from this poem until you do the next exercise when you will have the opportunity to transform the knowledge into something uniquely your own.

12Afin de montrer qu’il s’agit bien d’une relative, on peut intercaler the time ou bien the moment en [5] : that is the time / the moment when you will really appreciate... En [6], il faut par ailleurs expliciter le lien entre la circonstancielle introduite par until et la relative introduite par when : …until you do the next exercise [which is the time] when you will have the opportunity… C’est bien entendu la circonstancielle until you do the next exercise qui sert de repère à l’énoncé dans cet exemple.

13Le cas le plus fréquent en ce qui concerne les relatives introduites par when consiste néanmoins à avoir un antécédent exprimé du type moment, day, time, etc, précédé d’un déterminant (en général un article) et suivi d’une relative qui vient en préciser les caractéristiques. Etant donné le caractère vague de l’antécédent, la relative a un rôle déterminant14 à jouer dans son identification :

[7] A time will come when you will know that she is no longer saying to herself, I can't have him, I don't want anything. She will be preparing to face the future, having come to terms to some extent with the loss of her previous expectations concerning it.
[8] The final terms at drama school are vital and exciting. This is the time you have worked towards, when you will be working on the showcase productions which will provide opportunities for you to be seen publicly.
[9] The camcorder's electronics are also working flat-out, and this gives the picture a somewhat coarse and grainy appearance. Sometimes you will not mind this too much: the freedom to shoot in whatever light happens to be available can outweigh these shortcomings. There will be occasions, though, when you will need to produce the best-looking pictures that you possibly can, perhaps of an important family event.

14Jusqu’à présent, l’analyse traditionnelle s’avère expliquer de manière satisfaisante les exemples passés en revue. Il nous semble néanmoins que l’on peut approfondir la question afin de dégager quelques caractéristiques supplémentaires de l’opposition entre les subordonnées en when dans lesquelles on peut employer will et celles dans lesquelles on ne le peut pas, afin d’apporter un nouvel éclairage.

15Il est tout d’abord nécessaire pour cela de revenir sur la nature et le rôle de will dans de telles subordonnées. Nous avons déjà rappelé que will ne peut pas apparaître dans une subordonnée servant de repère temporel dans la mesure où il n’est pas compatible avec la modalité de l’assertion. Or, à y regarder de plus près, on est en réalité très proche d’une assertion dans les relatives dans lesquelles will est employé.

16De fait, si l’on se reporte par exemple aux énoncés [7] à [9], on s’aperçoit que la réalisation de l’action décrite dans la subordonnée est présentée comme certaine, voire inéluctable. Ainsi, en [7], la personne qui parle est très certainement un thérapeute, qui rassure les parents d’une malade avec l’autorité que lui confère sa fonction : il ne s’agit pas de les encourager de manière gratuite, mais de les faire bénéficier de son expérience de cas similaires. En [8], le professeur de théâtre décrit aux jeunes recrues l’excitation qui va s’emparer d’elles juste avant la représentation de fin d’année. Enfin, en [9], il est logique de penser que les personnes utilisant des caméscopes n’ont pas besoin de la même qualité d’image en fonction de la nature de l’événement à filmer. Ainsi, le commentaire que fait E. Gilbert sur des exemples rapportant les prédictions d’une chiromancienne ou encore des prévisions météorologiques et dans lesquels will est employé pourrait très bien s’appliquer à l’usage qui est fait de ce modal dans les exemples en question :

« tout se passe comme si l’énonciateur ne se basait pas sur une représentation subjective pour envisager l’occurrence quantitative de la relation prédicative, mais sur des données observables, objectives (…), vérifiables, et, partant, a priori universellement partageables. » ([1998] 2001a)

17De même, dans l’exemple suivant, il est question d’une organisation militaire immuable (routine). Dans un tel contexte, décrire le programme des jours à venir n’a rien d’une prédiction plus ou moins hasardeuse, il s’agit au contraire d’une description quasi-objective :

[10]First we will march to the barracks, where you will be issued with supplies so that you can get yourselves bedded down. Supper will be served at nineteen hundred hours and lights out will be at twenty-one hundred hours. Tomorrow morning reveille will be sounded at zero five hundred, when you will rise and have breakfast before you begin your basic training at zero six hundred. This routine will last for the next twelve weeks.

18On a affaire dans de tels cas de figure à ce qu’A. Culioli nomme des « assertions différées », c'est-à-dire qu’on « anticipe un événement à venir » (Culioli 1990 : 127) et de ce fait, comme l’explique E. Gilbert, « l’impossibilité d’identification15 (…) découle seulement du décalage temporel qu’implique le renvoi à l’avenir » ([1998] 2001a ; c’est nous qui mettons en gras). Or, le fait d’assigner à l’emploi du modal will dans ces subordonnées le statut d’une assertion différée pose à ce stade plus de problèmes qu’il n’en résout. En effet, si les subordonnées dans lesquelles on peut employer will se révèlent en fin de compte avoir des propriétés très proches de celles des assertions, pourquoi dès lors la contrainte que l’on sait pèse-t-elle sur les circonstancielles ? Dire que l’impossibilité est due au rôle de repère de la subordonnée est juste mais insuffisant dans la mesure où l’incompatibilité entre la prédiction induite par l’utilisation de will et le caractère assertif d’une proposition repère n’est somme toute pas absolue. Ce paradoxe nous amène donc à aller au-delà de l’explication traditionnelle.

19Intéressons-nous pour cela à d’autres exemples de relatives introduites par when et faisant référence à l’avenir. A noter que dans le contexte d’un récit au passé, c’est bien entendu would qui apparaît, avec la même valeur que celle attribuée précédemment à will :

[11] I have spent all of my life
Waiting for tonight, oh
When you would be here in my arms
Waiting for tonight, oh
I've dreamed of this love for so long
(chanson de Jennifer Lopez)
[12]I was with Suu for two and a half weeks in April and I was able to tell her that this was going to happen today. (…) She was physically weak, but by the time I left she was regaining her strength and her spirit and commitment remain unchanged. Both Dr Aris and the university look forward to the day when Aung San Suu Kyi will be free to come to Oxford to collect her honorary degree.
[13]When she began to unbutton his shirt he stood, paralysed, staring at the slack flesh round her stomach, he shivered and she took it for excitement; he had dreamed about this, waiting for the moment when he would instinctively know what to do, would take control, but instead she was rubbing against him with a cool professionalism that unnerved him.

20Comme l’a remarqué spontanément une anglophone : « all the examples seem to contain an element of longing ». En effet, on constate l’omniprésence de verbes prépositionnels tels wait for, look forward to, dream about, etc, dans le contexte des exemples de telles subordonnées trouvés dans le BNC. Dans certains cas, les verbes employés soulignent tout autant le caractère inéluctable de l’événement décrit par la relative et son antécédent, mais de manière négative, l’anxiété remplaçant alors l’impatience :

[14] I'm looking out of the window, putting off the moment when there will be nothing left to find out and all this has to end.
[15] She followed his leaping figure, half-dreading the moment when she would pass through the arch into that claustrophobic, dank, river-smelling darkness and would hear, unnaturally loud, the suck of the canal against the paving stones and the slow drip of water from the low roof.
[16] So far all the preparations had been made as discreetly as possible, under cover of darkness, but now the moment he most dreaded was approaching, the moment when the sepoys would realize that a retreat was taking place and would launch their attack.

21A ce stade, les remarques faites concernant respectivement l’assertion différée et les verbes introducteurs employés permettent d’apporter un début de solution au problème évoqué ici. Outre la différence de fonctionnement de la subordonnée, qui est un repère lorsqu’elle est circonstancielle et ne l’est pas lorsqu’elle est relative, il existe également une différence fondamentale de point de vue entre ces deux types de subordonnées introduites par when.

22En effet, dans les relatives, l’énonciateur se place d’un point de vue présent, et se projette dans l’avenir à partir de là : le sentiment d’anticipation souvent exprimé par le verbe (« longing ») vient du fait que l’énonciateur compare et oppose sa situation présente à une situation future dont l’avènement lui semble inéluctable, à une date non précisée. Si l’on reprend certains des exemples déjà vus, the day will come when solar energy will be harnessed en [1] implique qu’en ce qui concerne l’instant présent l’énergie solaire n’est pas maîtrisée. Dans la chanson citée en [11], il y a également une opposition manifeste entre les moments de solitude ayant précédé et les retrouvailles avec l’être aimé, surtout si l’on se réfère au reste de la chanson : Gone are the days when the sun used to set On my empty heart all alone in my bed… La plupart des exemples mentionnés se prêtent à ce genre de remarques.

23Ainsi, l’énonciateur introduit au cœur de son discours une rupture entre présent et avenir. On rencontre du reste dans certains exemples des marqueurs explicites de rupture tels but ou encore though dans l’exemple [9]. La situation présente de l’énonciateur constitue de ce fait un préconstruit contraire auquel vient s’opposer le contenu de la subordonnée. Or, il nous semble que dans ces exemples le rôle du modal will, marqueur de visée, est justement de rendre manifeste la distance entre le présent et l’avenir : il signale dès lors explicitement une différenciation entre le moment auquel aura lieu la validation de la relation prédicative contenue dans la subordonnée et le moment d’énonciation T0 : T T016. Or, cette différenciation ne se joue pas seulement au niveau quantitatif (deux moments distincts sur l’axe temporel), mais également selon nous au niveau qualitatif.

24Au contraire, lorsque when introduit une circonstancielle servant de repère au reste de l’énoncé, il n’y a pas en général de prise en compte explicite du moment présent :

[17]“Gentlemen”, Sophie said, her voice firm. “To quote your words, ‘You do not find the Grail, the Grail finds you.’ I am going to trust that the Grail has found me for a reason, and when the time comes, I will know what to do.” (Da Vinci 320)

25En [17], Sophie coupe court aux questions dont ses compagnons la pressent et remet à plus tard la décision à prendre. La situation présente n’est pas pertinente : seule compte la corrélation future entre la réalisation de l’action décrite dans la subordonnée et de celle décrite dans la principale. Non seulement il n’y a pas de rupture dans cet énoncé, mais il repose au contraire sur une identification entre la réalisation de la proposition repère (la subordonnée) et celle de la proposition repérée (la principale).

26Ainsi, puisque le moment présent n’est pas pris en compte, il n’est pas nécessaire de marquer de différenciation entre ce dernier et le moment auquel aura lieu la validation de la relation prédicative contenue dans la subordonnée. On peut de ce fait utiliser l’opérateur de repérage ω17 afin de représenter la relation entre le moment d’énonciation et le moment d’énoncé correspondant à la validation de la relation prédicative contenue dans la subordonnée. Cet opérateur signale en effet un décrochage entre le repère et le repéré, ce qui correspond dans le cas qui nous intéresse à la non prise en compte du présent de l’énonciateur lors de la construction de la subordonnée ; on a cette fois-ci T ωT0.

27Ceci se traduit sur le plan grammatical par l’emploi du présent simple, « dont la valeur fondamentale est l’absence de raison (…) d’établir une distinction entre T0 et le moment avec lequel coïncide la validité, non-validité etc. (…) de la lexis prédiquée dans l’énoncé » (Groussier et Rivière 1996 : 158). En effet, il est bien évident dans le cas des subordonnées en when que la valeur du présent simple n’est pas temporelle mais aoristique18.

28Un tel raisonnement peut également s’appliquer aux cas minoritaires dans lesquels le présent simple apparaît dans une relative introduite par when alors qu’il est fait référence à l’avenir :

[18]Lothian Region Transport plc has done much to ensure that smoking is banned from public transport in the Lothian area. As in America, smoking is now increasingly prohibited in public places in Britain (…). I look forward to the day when restaurants, pubs, cafes and public transport undertakings through the United Kingdom take seriously the problems of smoking.

29Nous avons demandé à une anglophone s’il serait possible de rajouter will dans la subordonnée : I look forward to the day when restaurants (…) will take seriously the problems of smoking. Cette dernière juge la transformation acceptable sur le plan grammatical, mais perçoit une nuance par rapport à l’énoncé original, qu’elle exprime en ces termes : “It takes away an element of certainty and it emphasises the gap between now and the day we’re hoping for”. En effet, will signale dans de tels énoncés la différence qualitative entre moment présent et moment à venir, et souligne de ce fait la distance entre le moment d’énonciation et le moment auquel le contenu de la subordonnée sera validé19.

30Si l’on essaye de reformuler les remarques précédentes dans un cadre énonciatif, on peut dire que l’utilisation de will dans une subordonnée en when correspond non seulement à une distance entre le plan pré-modal et le plan de validation20 (assertion différé), ce qui est normal pour un marqueur de visée, mais également à un franchissement de frontière. En effet, la situation présente correspond en réalité à l’extérieur du domaine notionnel21 de la relation prédicative visée. Ainsi, si l’on reprend l’exemple [1], il implique nécessairement : today, solar energy is not harnessed. Ceci est dû à la présence de will, qui outre une visée signale également ici la différenciation au niveau qualitatif entre moment d’énonciation et moment d’énoncé.

31Néanmoins, l’utilisation de la subordonnée va permettre, en partant d’une situation présente négative, de viser l’intérieur de la réalisation prédicative, c'est-à-dire solar energy is harnessed. Dans le même temps, l’emploi de will signale explicitement une assertion différée. La réalisation de l’action est alors vue comme certaine mais dans un espace-temps distinct par rapport à T0 :

schémaBGuillaume

32Le premier mouvement, symbolisé par le nombre 1 sur notre schéma, correspond à l’assertion différée dont il a déjà été question. Au moment de l’énonciation T0, l’énonciateur vise la réalisation de la relation prédicative décrite dans la subordonnée en when (par exemple en [9], ce serait : occasions when you will need…). Il ne lui est pas possible à cet instant précis d’éliminer complètement la distance entre le moment présent, où toutes les possibilités sont ouvertes concernant la réalisation d’un événement futur, ce qui correspond à la position (IE) dans le plan pré-modal, et le moment où la relation prédicative se réalisera, qui correspond sur notre schéma au plan de validation. Cette différenciation est d’ordre quantitatif ; il s’agit de deux moments distincts sur l’axe temporel.

33En parallèle, la possibilité d’employer will évoque dans ce contexte particulier un autre mouvement (2). En effet, la situation présente correspond le plus souvent dans les exemples dans lesquels when introduit une subordonnée relative comportant will à la situation inverse de celle visée dans l’avenir. Par exemple en [12], [we] look forward to the day when Aung San Suu Kyi will be free to come to Oxford permet de rappeler que la lauréate du Prix Nobel de la Paix 1991 n’est pour l’instant pas libre d’aller et venir. De ce fait, à l’intérieur du plan de validation, on part du pôle négatif pour viser le pôle positif. Ceci correspond à la différence au niveau qualitatif entre le moment d’énonciation et le moment d’énoncé, dont le marqueur est également le modal will.

34S’agissant, toujours en raison de la présence de will, d’une assertion différée, on en reste en ce qui concerne le moment d’énonciation au stade des mouvements vers la validation : ceux-ci sont interceptés en un point qui n’est ni le point de départ, ni le point d’arrivée. La validation est visée mais ne pourra être effective que dans l’avenir, à un moment qui correspondra à l’annulation de la distance entre le plan pré-modal et la plan de validation d’une part, et au franchissement de la frontière entre l’extérieur et l’intérieur en vue d’atteindre l’intérieur d’autre part. Ceci implique donc une identification quantitative et également qualitative entre le moment de l’énonciation et le moment de l’énoncé, qui n’a en fait pas lieu dans le contexte de ces énoncés. L’instant présent est donc témoin de ce double mouvement vers l’intérieur, sans correspondre pour autant à l’annulation des distances en question22.

35Au contraire, dans une subordonnée repère, il y a nécessairement une assertion. On est d’emblée dans l’intérieur du domaine (cf Groussier et Rivière 1996 : 13), contrairement à ce qui se passe en présence de will dans les subordonnées étudiées. Ceci correspond dans le cas qui nous intéresse à l’emploi du présent simple de préférence à toute autre modalité. Bien que le moment désigné par la subordonnée repère soit postérieur au moment d’énonciation, il est fait abstraction de ce dernier, ce qui permet d’asserter directement le contenu de la subordonnée sans tenir compte du décalage avec le moment présent. Par ailleurs, le décalage en question n’étant pas pertinent, il n’est pas utile de le marquer sur le plan grammatical (cf exemple [17]), d’où l’emploi du présent simple avec une valeur aoristique.

36Ainsi, when permet de mettre en relation deux propositions, une principale et une subordonnée. Lorsque l’énonciateur fonde son énonciation sur la différenciation quantitative et qualitative entre sa situation présente et la situation visée, il utilise will afin de mettre en évidence la distance entre présent et avenir. Au contraire, l’emploi du présent simple (c'est-à-dire en réalité l’absence de marque) signale une non prise en compte du moment d’énonciation. Par ailleurs, la parenté naturelle entre le présent simple et la modalité de l’assertion confère à la subordonnée une grande stabilité qui lui permet de servir de repère temporel à la principale. Ainsi, dans les deux cas, l’énonciateur se situe sur un plan essentiellement qualitatif dans la mesure où il choisit de tenir compte ou non des différences manifestes entre moment d’énonciation et moment d’énoncé. Quant au double mouvement que nous avons mis en évidence dans les relatives, il correspond à n’en pas douter à l’instabilité déjà évoquée afin de justifier l’incompatibilité entre de telles subordonnées et la fonction de repère temporel.

37La présence de will dans une subordonnée introduite par when met en avant la différenciation quantitative mais également qualitative entre les caractéristiques d’une situation présente et celles d’une situation à venir. En revanche, l’emploi du présent simple signale une non prise en compte de la situation actuelle de l’énonciateur, qui n’est pas pertinente dans la mesure où la principale fonction de ces subordonnées est de servir de repère temporel à la principale des énoncés concernés. Le choix d’employer will ou le présent simple dans une subordonnée en when est donc bel et bien au départ un choix énonciatif, qui donne lieu dans un deuxième temps seulement à une contrainte grammaticale.

Notes de bas de page numériques

1 « On appelle Situation d’énonciation (Sit0) les coordonnées d’un énoncé constituées au minimum par un Sujet énonciateur (S0) et un moment d’énonciation (T0). » (Groussier et Rivière 1996 : 183)
2 Remarquons au passage que ce phénomène n’a pas d’équivalent en français, langue dans laquelle on peut employer le futur simple dans la principale comme dans la circonstancielle de temps. Une étude contrastive pourrait de ce fait s’avérer intéressante, d’autant plus que l’on rencontre par ailleurs en français des contraintes similaires à l’anglais concernant l’emploi du conditionnel dans une subordonnée hypothétique (ce qui n’est pas le cas en allemand par exemple : Wenn ich reich wäre, würde ich nach Amerika reisen.).
3 Voir Culioli 1985 : 80 sq.
4 Ceci est vrai pour tout modal, même si dans certains cas on est tout de même très proche d’une assertion : I can swim (le modal can se traduirait ici en français par le verbe « savoir »).
5 Rappelons que l’assertion est dans la TOE un concept bien précis : « lorsque nous avons affaire à une assertion, nous avons affaire à une valeur et une seule. Lorsque vous assertez, vous vous portez garant, vous prenez en charge » (Culioli 1985 : 67).
6 Dans le même ordre d’idées, la présence d’une négation peut également perturber le fonctionnement d’une circonstancielle de temps en tant que repère, et son emploi n’est alors possible qu’au prix d’un ajustement de la part du co-énonciateur, comme l’expliquent C. Mérillou et G. Ranger (2000).
7 C’est-à-dire la subordonnée introduite par when.
8 Pour un historique critique de l’emploi de ce terme, voir Dufaye 2002 : 15-30.
9 Voir à ce propos l’article d’A. Celle « La visée dans les propositions hypothétiques en anglais et en français » dans La subordination en anglais (2003 : 69-87).
10 Le terme d’« interrogative indirecte » peut sembler quelque peu impropre puisqu’il évoque le discours indirect ; or, il n’y a pas de report de paroles dans l’exemple [2].
11 Sauf indication contraire, les exemples utilisés à partir de maintenant sont tous extraits du British National Corpus (BNC).
12 De ce fait, on peut, comme dans les cas des interrogatives indirectes, se poser la question de la pertinence du terme de « relative » appliqué aux subordonnées introduites par when. Nous l’employons néanmoins faute de mieux, le but du présent article n’étant pas de remettre en question la classification traditionnelle des subordonnées mais de comprendre les contraintes qui pèsent sur celles en when.
13 Voir également les exemples [10] et [11].
14  La plupart des grammaires proposent de faire la différence entre relatives déterminatives (indispensables à la détermination de l’antécédent) et relatives descriptives (qui sont parfois appelées « appositives » et apportent une information supplémentaire non indispensable à la détermination de l’antécédent). Curieusement, cette distinction n’est en général pas étendue aux relatives en when, where, why. Elle nous semble pourtant pouvoir s’appliquer aux exemples étudiés ici : lorsque l’antécédent est suffisamment précis, les relatives en when sont descriptives (exemples [3], [4], [10] et [11]) ; lorsque, au contraire, leur présence est indispensable à la détermination de l’antécédent, on peut parler de relatives déterminatives (exemples [7] à [9]).
15 Autrement dit, l’impossibilité d’asserter.
16  A propos de ces notations, voir Groussier et Rivière 1996 : 64 ; 191.
17 Voir Bouscaren et Chuquet 1987 : 131-3.
18 Voir Culioli 1999 : 127-45 ; Groussier et Rivière 1996 : 17.
19 On ne peut toutefois pas exclure en ce qui concerne l’exemple [18] ainsi que d’autres exemples comparables la possibilité d’un phénomène d’hypercorrection qui pousserait certains anglophones à exclure par principe l’emploi de will de toute subordonnée introduite par when, quelle que soit sa nature.
20 Le plan de validation (intérieur I, extérieur E, éventuellement frontière) correspond au choix d’une valeur concernant la validation de la relation prédicative dont il est question dans un énoncé donné. Le plan pré-modal est pour sa part décroché par rapport au plan de validation (Groussier et Rivière 1996 : 35). C’est dans le plan pré-modal que se situe la position (IE) (Culioli 1990 :162), position à partir de laquelle on peut envisager aussi bien la validation que la non-validation de la relation prédicative.
21 « Toute notion est organisée en un domaine notionnel. Le domaine notionnel comporte un Intérieur (…), un Extérieur (…) et une Frontière séparant l’Intérieur de l’Extérieur. (…) Le domaine notionnel, espace muni d’une topologie, appartient au plan de la validation et se distingue de la notion indifférenciée (…) qui, dans la représentation graphique par A. Culioli des opérations modales, appartient au plan pré-modal. » (Groussier et Rivière 1996 : 63). On peut consulter également pour plus de détails Culioli 1990 : 95-100.
22 L’annulation de ces distances correspond en termes culioliens à la « boucle – distance zéro » (cf Culioli 1985 : 65, 71 ; Dufaye 2001 : 23).

Bibliographie

Bouscaren, J. & Chuquet, J. (1987) Grammaire et textes anglais, Guide pour l’analyse linguistique, Paris, Ophrys.

Celle, A. & Gresset, S. éds. (2003) La subordination en anglais, Une approche énonciative, Toulouse, PU du Mirail.

Chuquet, J. (2001) « Modalité et Subordination », Modalité et opérations énonciatives, Cahiers de Recherche, tome 8, éds J. Bouscaren, A. Deschamps et L. Dufaye, 145-76, Paris, Ophrys.

Culioli, A. (1985) Notes du séminaire de DEA 1983-1984, éd. J.-C. Souesme, Poitiers, DRL Paris 7.

---. (1990) Pour une linguistique de l’énonciation, Opérations et représentations, tome I, Paris, Ophrys.

---. (1999) Pour une linguistique de l’énonciation, Formalisation et opérations de repérage, tome II, Paris, Ophrys.

Deschamps, A. (2001) « Approche énonciative des modaux de l’anglais », Modalité et opérations énonciatives, Cahiers de Recherche tome 8, 3-22, Paris, Ophrys.

Dufaye, L. (2001) Les modaux et la négation en anglais contemporain, numéro spécial des Cahiers de Recherche, Paris, Ophrys.

Gilbert, E. ([1998] 2001a) « A propos de WILL », Les Verbes modaux, éds. P. Dendale et J. Van Der Auwera, Cahiers Chronos 8, 123-39, Amsterdam, Rodopi.

---. (2001b) « Vers une analyse unitaire des modalités », Modalité et opérations énonciatives, Cahiers de Recherche tome 8, 23-100, Paris, Ophrys.

Groussier, M.-L. & Rivière, C. (1996) Les mots de la linguistique, Lexique de linguistique énonciative, Paris, Ophrys.

Mérillou, C. et Ranger, G. (2000) « Repérage, déformabilité et ajustement dans les propositions circonstancielles en when », Cahiers Forell, éd. J. Chuquet, 14, 47-64.

Wyld, H. (2001) Subordination et énonciation, numéro spécial des Cahiers de Recherche, Gap, Ophrys.

Corpus

British National Corpus (2000) Université d’Oxford.

Brown, D. (2003) The Da Vinci Code, New York, Doubleday.

Lopez, J. (1999) Waiting for Tonight, Epic music.

Rey, J., Bouscaren, C. & Mounolou, A. (1991) Le Mot et l’Idée 2, Paris, Ophrys.

Notes de la rédaction

Bénédicte GUILLAUME, agrégée d’anglais, est maître de conférences en linguistique anglaise à l’Université de Nice. Elle a publié des articles dans diverses revues et est l’auteur d’une thèse de Doctorat sur les question tags en anglais contemporain, à paraître aux éditions Ophrys dans la collection des Cahiers de Recherche. Elle s’intéresse actuellement aux rapports entre subordination et modalisation dans un cadre énonciatif.

Pour citer cet article

Bénédicte Guillaume, « Will dans les subordonnées en when est-il un marqueur de différenciation au niveau qualitatif ? », paru dans Cycnos, Volume 23 n°1, mis en ligne le 31 mai 2006, URL : http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=327.


Auteurs

Bénédicte Guillaume

Université de Nice – Sophia Antipolis et CRELA (EA 1192) ; guillaum@unice.fr