Cycnos | Volume 23 n°1 Le Qualitatif - 

Mireille Quivy et Pierre Busuttil  : 

Le génitif et la référence

Abstract

This article aims at showing that N2’s N1 genitive constructions in English are not simply either specific or generic. There exist a plurality of cases that invite us to consider the structures as part of a continuum along which they can be organized according to the degree of referentiality of N2.
Two new forms of genitive are highlighted: absolute comparison and analogy between N2 and N1, which occur in the presence of have. The presence of a determiner in front of N2’s N1 is also studied along the same lines when the question arises.

Plan

Texte intégral

1Cet article est né d’une interrogation concernant l’analyse d’un génitif soumis à étude dans le sujet d’agrégation 2004 : He had a Lancashire Comedian’s face.1

2Le problème semblait devoir être traité à plusieurs niveaux : rôle du déterminant, portée de l’adjectif, nature du génitif. Or, ce génitif ne semblait pas se plier à une interprétation grammaticale en termes de détermination ou qualification. Mis à l’épreuve des tests habituels, il résistait à l’analyse. C’est pourquoi il nous a semblé opportun de l’étudier, non plus sous l’angle grammatical habituel, mais avec un regard plus spécifiquement sémantique et syntaxique.

3Nous nous proposons donc de voir dans quelle mesure la dichotomie entre déterminatif et classifiant occulte certains fonctionnements que nous dirons comparatifs, et masque la présence d’un continuum reposant sur le caractère + ou – référentiel de N2, le génitif étant ici symboliquement représenté par N2’s N1, choix que légitimeront les remarques subséquentes liées à la fonction de repère de N2.

4Notre réflexion portera tout d’abord sur les rapports entre ’s> et have et les rôles syntaxiques et sémantiques de N2 et N1. Nous prêterons ensuite une attention particulière aux structures de génitif que nous nommons « comparatives ». Enfin, nous étudierons le passage du génitif référentiel au génitif générique puis non référentiel au travers de l’analyse de quelques exemples-clés afin de dégager l’existence du continuum que nous envisageons comme hypothèse de départ.

5Notre corpus est constitué de la somme des génitifs repérés dans Mrs. Dalloway (Virginia Woolf) et d’énoncés contemporains relevés sur Internet.2

6D’après Jespersen, il existait plusieurs formes du génitif en vieil anglais. Par grammaticalisation, c’est ’s qui désormais les représente toutes. Il est donc attesté que derrière un même morphème se cachent plusieurs représentations-origine. Nous nous demanderons si la grammaticalisation a permis de fixer d’autres représentations derrière ’s et si cette multiplicité de relations est un domaine fermé ou ouvert.

7Dans de nombreux cas, ’s peut être l’indice symbolique du prédicat have en construction sous-jacente. Have lexical, pseudo-transitif, dont la structure événementielle est statique. Que have marque une possession aliénable ou inaliénable, le rapport qu’il implique entre sujet et objet ne crée aucun dynamisme intra-structurel mais tout au contraire une « stase » prédicative. Nous reprendrons au compte du fonctionnement de have ce que Benveniste dit d’avoir.

8Comme le soulignent de nombreux linguistes, le complément de have est acquis par avance, et la relation prédicative est saturée. N2 désignera donc le siège de l’avoir, l’ayant, et N1 l’élément régi par ’s — trace verbale — le possédé (dans un sens très large, non lié à la notion stricte de possession).

9Dans N2’s N1’s symbolise une relation en have, N1 appartient donc déjà à la sphère de N2. Deux cas de figure se présentent :

101. N2 se présente sous la forme d’un nom propre, de la proforme one inclusive de toutes les représentations possibles d’animés humains spécifiques (glosables par un nom propre), N1 représente les éléments constitutifs de N2, que ces éléments soient physiques, mentaux ou liés aux sens, considérés dans leur sens propre ou de façon métaphorique.

11Eléments physiques :

(1) The necklace hung stretched between Hugh’s admirable fingers.  

12Éléments psychologiques, mentaux :

(2) Sally’s power was amazing, her gift, her personality.  

13Éléments physiques métaphorisés :

(3) really it took one’s breath away, these moments;

142. N1 représente un être humain dont la relation avec N2 est inaliénable biologiquement.

15N1 et N2 sont lexicalement reliés par l’aspect relationnel binaire contraignant de N1 : daughter, father, mother, sister, brother (le seul élément discordant au niveau de la terminaison étant son, étymologiquement su, give birth…). Nous nommerons ces noms des bio-implicatifs : par exemple, le nom mother implique une progéniture — daughter et / ou son, une ou multiple.

(4) But he had never got on well with old Parry, that querulous, weak-kneed old man, Clarissa’s father, Justin Parry.

16Ces noms fonctionnent par paires et la représentation de l’un implique la représentation de l’autre. Ils sont hiérarchisés par la génétique et leurs référents sont sémantiquement fixes alors que leurs formes sont génériques de la relation bio-implicative. Ils ne sont en effet interprétables que deux par deux, l’identification du référent pouvant changer en fonction de chaque contexte. Il est rare de les trouver en position conjointe N2 et N1, sans que N2 ne soit marqué comme repère à partir duquel peut se calculer la relation, leur présence simultanée relevant du pléonasme. C’est ainsi que, quand N2 est accompagné d’un déterminant possessif, ce dernier renvoie à un N3 sous-jacent complétant l’arbre généalogique ; le déterminant possessif devient le repère explicite à partir duquel se calcule la relation familiale, génitif après génitif, vers la droite — procédé récursif. L’élément progéniture impliqué par father est donc en l’occurrence l’énonciateur, I, représenté dans le déterminant possessif my.

(5) Great Grandma Thompson was my father's mother's mother. I attended her funeral while a freshman in college.
http://www.waterholes.com/~dennette/harrod/dahsr.htm

17I have a father --> my father has a mother --> my father’s mother has a mother --> my father’s mother’s mother.

18**Dans le cas où N2 est précédé d’un déterminant indéfini, la relation N2’s N1 est bloquée par manque d’identification de N2, même si N2 est présupposé exister :

(6) SOME MOTHER'S SON ... Picking up the pieces after murder ... This is the story of how Tim’s murder affected his family and all who loved and knew him. ...
http://www.beehive.thisisessex.co.uk/default.asp?WCI=SiteHome ID=1540 PageID=9174 - 34k

19D’où, également, l’existence de variables non génétiques mother-in-law / step-mother / wife, par exemple, qui seront, dans notre terminologie, des exo-implicatifs, la relation implicative étant calculée à partir d’un élément extérieur à la sphère référentielle déjà posée, extrinsèque.

(7) No decent man ought to let his wife visit a deceased wife’s sister.  

20Le collectif représentant la totalité des implicatifs (bio- et exo-) est l’hyperonyme family. La relation entre N2 et N1 implicatif est a-temporelle, mais elle est bornée à gauche quand N1 est bio- ou exo-implicatif.

(8) And Richard Dalloway strolled off as usual to have a look at the General’s portrait, because he meant, whenever he had a moment of leisure, to write a history of Lady Bruton’s family.

21** N1 peut être un nom commun précédé d’un déterminant indéfini, relatif à une activité servant de repère à l’identification du nom propre sous-jacent, ce qui permet d’éviter le pléonasme N2 et N1 bio-implicatifs mutuels :

(9) The Prime Minister had just been telling her (old Miss Parry huddled up in her shawl, did not care what the Prime Minister had just been telling her), and Lady Bruton would like to have Peter Walsh’s opinion, he being fresh from the centre, and she would get Sir Sampson to meet him, for really it prevented her from sleeping at night, the folly of it, the wickedness she might say, being a soldier’s daughter.   

22N2 est ici fondé sur une relation intrinsèque en be — her father was a soldier — her father étant récupérable explicitement de par la nature bio-implicative de daughter.

23Ce déterminant effectue un lien exophorique ou endophorique ; il participe de la construction référentielle du nom en la rendant spécifique (origine monstrative, désignative) et en la situant dans la sphère du connu.

(10) But Sir William Bradshaw stopped at the door to look at a picture. He looked in the corner for the engraver’s name.  His wife looked too.  Sir William Bradshaw was so interested in art.

  1. N1 représente un objet ou un animé non humain rattaché à la sphère de N2

24N1 peut être porteur d’une majuscule et désigner par là même un objet attaché de façon exclusive à N1 nom propre, que cet objet soit un produit de l’activité de N2 (11), un être humain attaché de façon possessive à N2 (12), ou encore un lieu dédié à N2 (13). Le rapport entre N2 et N1 est ainsi à la frontière entre intrinsèque et extrinsèque.

(11) There were Jorrocks’ Jaunts and Jollities; there were Soapy Sponge and Mrs. Asquith’s Memoirs and Big Game Shooting in Nigeria, all spread open.
(12) She sent for a doctor--Mrs. Filmer’s Dr. Holmes. Dr. Holmes examined him.
(13) Gliding across Piccadilly, the car turned down St. James’s    Street.

25N1 peut aussi être un nom commun représentant l’un des éléments associés à la sphère de N2 en raison d’un lien attributif (datif) pré-existant de structure Mihi est liber (cf. Benveniste).

(14) She stiffened a little on the kerb, waiting for Durtnall’s van to pass.

26L’identification de van passe par la création d’un lien d’attribution préalable. This van is Durtnall’s. N1 est alors identifié comme appartenant à la sphère de N2, ce qui autorise la réécriture This van is Durtnall’s Ø dans laquelle Ø est symbolique de la sphère de N2. Une fois posée l’identification de N1, le génitif devient possible (14), N2 étant constitué comme repère de N1.

27Notons toutefois que cette interprétation est liée à un contexte permettant de la sélectionner comme interprétation saillante. Dans l’exemple suivant, le choix entre une structure événementielle en write ou en get est dicté par le contexte qui oriente la lecture du génitif vers sa valeur par défaut, write :

(15) "And they have the very highest opinion of you at your office?" Sir William murmured, glancing at Mr. Brewer’s very generously worded letter."

  1. N1 représente un animé humain entrant en relation hiérarchique avec N2

28Dans ce cas, le lien entre N2 et N1 est un lien social, qui présuppose trois possibilités de structure : (N2 > N1) charwoman, (N2 = N1) friend, (N2 < N1) manager.

(16) … asking Miss Brush, Lady Bruton’s secretary, after her brother in South Africa.

29Ceci va dans le sens de la remarque effectuée par Jespersen [MEG, II, 9.541., 239] concernant le génitif des adjectifs substantivés the elder, the younger, the former, the latter. Ils relèvent tous quatre d’une hiérarchisation avant / après fondée non plus sur la hiérarchie sociale mais sur une hiérarchisation par l’âge ou encore la préséance discursive. N2 comparatif est alors déjà repéré par rapport à un autre élément contextuel repère et peut ainsi devenir lui-même repère de N1.

(17) The repercussions rocked the climbing community, and in contemporary interviews told directly to the camera, Yates is still defensive, Simpson still completely on his side. The latter’s miraculous survival is ridiculously tense; you wouldn’t believe this story if it weren’t true.
http://www.cbc.ca/arts/film/bestof2004.html

30Quand ’s dans N2’s N1 symbolise déjà une relation en have, il ne peut entrer en complémentation d’une autre relation en have de même nature informationnelle dont le sujet représente la même personne que N2 (principe de la non redondance).

*John has John’s face, *he has his face.

31La présence d’une autre relation en have entre le référent de N2 et le génitif suppose l’ajout d’informations nouvelles et une structuration syntaxique et sémantique nouvelle : John has his face distorted by pain.

32Dans ce cas, il est clair que have correspond toujours bien à un schéma en be inversé dont le sujet est un acquis antérieur :

His face is distorted by pain --> [a face distorted by pain] is his (John’s)

33Si la relation prédicative n’est pas saturée dans la phrase origine en be, et se trouve être épistémique, la modalité étant exclue du génitif, c’est la localisation de cet événement validé qui sera présentée comme soumise à évaluation pour validation et la modalité affectera have.

His face would be distorted by pain --> he would have his face distorted by pain

34Quand N1 est un nom déverbal, la relation entre N2 et N1 est alors re-constructible à partir des propriétés verbales de N1.

  1. N1 est un nom déverbal par conversion / dérivation d’un verbe transitif

35L’ordre syntaxique canonique SVO est fondateur de la relation. Pour qu’un verbe transitif soit sémantiquement plein, saturé, il nécessite la présence de son complément d’objet. Il n’est donc pas possible de trouver un génitif fondé exclusivement sur la relation SV : Manson murdered Sharon Tate -->* Manson’s murder

(18) (Kinda reminds one of Charles Manson's murder of Sharon Tate and the others, then trying to make it look like blacks did it so he could "start the race war" ...
www.newshounds.us/2004/08/22/sonoma_murders_a_hate_crime.php -

36Il nous semble que dans (19), c’est bien un véritable nom lexicalisé murder qui est utilisé comme N1. Il pourrait d’ailleurs être pluralisé : Manson’s murders.

(19) Not only has the heinous nature of Manson's murders made his chances of ever leaving prison very slim, but his behavior behind bars has made it impossible. ...
www.courttv.com/verdicts/manson_092498.html

37Ceci implique que l’on ne peut, dans un génitif, trouver d’élément reflétant l’incomplétude.

38En revanche, dans un cas comme :

.. on the day after Kennedy's murder that the case against Oswald was "cinched.
A month after Oswald's murder, the American Bar Association said,
www.crimelibrary.com/terrorists_spies/assassins/jfk/6.html?sect=26 - 70k Kennedy’s murder

39la relation syntaxique de transitivité est bel et bien saturée : X murdered Kennedy / Oswald. L’ordre de surface du génitif est OV et murder a bien le statut de déverbal. Le génitif reflète la structure du passif : Kennedy was murdered.

(21) Ah, how she hated her--hot, hypocritical, corrupt; with all that power; Elizabeth’s seducer; the woman who had crept in to steal and defile (Richard would say, What nonsense!).  

40Il semblerait néanmoins, à première vue, que certains déverbaux transitifs puissent se passer de complémentation :

(22) He had married this lady, the Honourable Evelyn, and they lived hereabouts, so he thought (looking at the pompous houses overlooking the Park), for he had lunched there once in a house which had, like all Hugh’s possessions, something that no other house could possibly have--linen cupboards it might have been.  

41Dans (22), N1 (dérivé de possess) est pluralisé et en tant que tel pourrait entrer dans la catégorie nominale « pure » (cf. murder). Cependant, le totalisateur all, présent en co-texte gauche, implique que la totalité des éléments possédés par Hugh est prise en compte et que le verbe possess en construction sous-jacente est bien saturé. L’aspect statif du verbe possess rend d’ailleurs possible cette globalisation.

42N1 déverbal à structure transitive peut donc apparaître dans un génitif à la condition expresse que sa complémentation soit explicite à droite ou déjà présente dans un co-texte gauche totalement supplétif de la structure syntaxique effacée.

  1. N1 est un nom déverbal par conversion / dérivation d’un verbe intransitif

43Dans ce cas, la structure syntaxique canonique du verbe est SV et se trouve intégralement reflétée par le génitif. Nous considèrerons ici également comme intransitifs les prédicats adjectivaux qui ne comportent pas de complémentation.

(23) Certainly there was an alcove in her drawing-room, and a table in that alcove, and a photograph upon that table of General Sir Talbot Moore, now deceased, who had written there (one evening in the eighties) in Lady Bruton’s presence,[...].

44Dépendant de la préposition in aussi locative que temporelle, le génitif implique une glose en Lady Bruton was present, stative, et en tant que telle, saturée.

45Dans ce cas, l’ordre canonique SV est respecté et le génitif bloque le dynamisme originellement présent dans la construction sous-jacente.

(24) Perhaps they walked more slowly than other people, and there was something hesitating, trailing, in the man’s walk, but what more natural for a clerk,…

46Quand un verbe complexe devient un déverbal, sa composition sémantique se fige et il prend la forme d’un nom composé :

(25)  In sum, the Centre’s build-up is today well ahead (by at least a year) of the original planning. The Swiss Ministries of Defence and Foreign Affairs have, in response to the international demand for DCAF’s services, increased their financial support to the Centre in the current fiscal year from an originally planned SFr. 5 million to some SFr. 7 million.
http://www.dcaf.ch/news/Press_Releases/Press_Conf_15100/Releases/DCAF.PressRelease-E.pdf

47Les noms déverbaux semblent donc hériter de la structure argumentale du verbe de base et pouvoir fonctionner en tant que N1 à la condition sine qua non de synthétiser une relation prédicative saturée.

48Dans tous ces cas, le génitif ne réfère plus à un événement, mais à un fait. Il n’exprime donc pas de temporalité et encore moins de modalité. Toute modalité (épistémique ou non épistémique) se verra alors transcrite par un adjectif :

(26) A woman’s probable marriage and consequent departure from industry is an excuse for low wages and for blind alley occupations. Her occupation is marriage. ...
www.cpgb.org.uk/worker/407/ourhistory.html -

49Dans ce cas, c’est l’adjectif déverbal qui structure syntaxiquement le génitif dont la construction demeure SVO :

(27) A great sports movie that’s also a great father-daughter movie, overlaid on Eastwood’s favourite theme – redemption – with a surprise turn that challenges that most athletic, and religious, idea: sacrifice.
http://www.cbc.ca/arts/film/bestof2004.html
Eastwood favours one theme --> Eastwood has a favourite theme --> Eastwood’s favourite theme

50Notons le caractère unique / exclusif de l’objet (COD) reflété par l’utilisation du numéral one dans la glose. Cela est dû au fait que l’adjectif déverbal est de nature scalaire et implique que l’élément sélectionné par le verbe est unique. S’il est pluriel, les éléments pluriels sont alors mis au même niveau de préférence.

51Quand N1 est implicatif, le déterminant possessif réapparaît dans la glose comme rappel anaphorique de la relation première (loved a ici la même fonction qu’un adjectif déverbal) :

John has a mother (relation inhérente) --> John loves his mother --> John’s loved mother

52Cas de l’adjectif en –ing

(28) Sadly missed by her loving husband and family, mother Sheila, brothers John, ...Sadly missed by his loving wife and family, sister Noreen, brothers-in-law ...
www.irishexaminer.com/familynotices/ - 37k - 21 août 2005

53Loving est un déverbal en -ing. La structure sous-jacente est ici Her husband and family love her, structure reflétée dans le génitif par OVS. Alors que dans :

(29) Michael J Fox's moving story. Michael J Fox was diagnosed with Parkinson's disease in 1991 ... Fox does not want to tell you his life story for no reason, ...
news.bbc.co.uk/1/hi/entertainment/reviews/1936993.stm - 36k

54la structure présidant à la facture du génitif est  M. J. Fox’s story is moving, et moving est bien un adjectif qualifiant story, adjectif déverbal, certes, mais construit sur la structure générique :

moving <-- that moves you.

55Il s’ensuit que l’adjectif déverbal inclus dans le génitif peut, comme le nom, être affecté de la notation + spécifique (lié à une relation prédicative particulière) ou – spécifique (tendant vers le générique).

56Dans ce cas, comme dans les cas précédents où N1 est déverbal, V-ing nominalise une relation saturée SV(O) de forme OV ou SV (O) :

(30)  I feel for your distress at the cat's killing, although I agree that it is the owner's fault and not the cat's. My suggestion is that you provide a habitat ...
forums.gardenweb.com/forums/load/wildlife/msg0721421115982.html - 35k –

Someone killed the cat --> the cat was killed --> the cat’s killing (OV)

57Kill est un verbe à deux arguments : un « agent » (source / causateur) et un patient détrimentaire, voire destructum. Kill reflète une action concrète qui change l’objet en le faisant passer d’un état à un autre. Il peut se décomposer en deux sous-événements : un événement dynamique et un état résultant, l’état mort.

58La dérivation –ing ne sera compatible qu’avec le premier sous-événement. Dans le cas où c’est l’état qui doit être nominalisé, on fera appel au nom et le génitif sera : the cat’s death (by killing).

59Si l’on veut former un génitif de forme O’s V-ing, il semble donc nécessaire que le verbe soit à l’origine un verbe de processus ou un verbe contenant deux sous-événements dont l’un au moins est un processus.

60Le génitif en N2’s Ving est en conséquence impossible avec les verbes de perception (see) et les verbes performatifs reposant sur action/état simultanés (arrest) dans la mesure où l’objet sature obligatoirement le verbe et ne peut être présenté comme relevant d’un processus discontinu.

61Ceci implique également que si N1 prend la forme d’une nominalisation en ‑ing, il ne peut reposer sur un verbe d’état dénué d’attribut (l’attribut permet de saturer le prédicat statif).

*John’s appearing --> John’s appearance

62La complémentation locative ou temporelle inscrivant le génitif dans une situation spécifique permet toutefois de le saturer :

John’s appearing in the middle of the ceremony….

63La relation entre N2 et N1 ne peut être que O + V-er dans la mesure où N1 comporte déjà un morphème agentif –er.

64Prenons la suite théorique :

John hates women --> *John is a woman’s hater / *John is a women’s hater.

65Le génitif est ici impossible. On trouvera en contrepartie John is a woman / women hater (avec ou sans trait d’union).

66Également :

John is this woman’s lover, mais non pas *John is a woman’s / women’s lover. Pourquoi le nom composé fonctionne-t-il en lieu et place du génitif ?

67Love, tout comme hate est bien transitif, mais son sujet est expérienciel ou thème et non agent. Quand il est expérienciel, il est sujet d’une relation prédicative ancrée dans une situation spécifique et, à ce titre, peut aisément donner lieu à un génitif :

(31) A woman's lover, she said, had no authority over the child and tied to this was a belief that the embryo was a reincarnated spirit of a past member of the...
www.stanford.edu/dept/news/pr/94/940425Arc4316.html -

68Quand il est thème, il est objet de discours et la complémentation de love ou hate est d’ordre général : John loves women = he loves all women. Le pluriel de la généralisation permet une opération de nivellement. Dans ce cas, N2 ne peut avoir aucune spécificité et ne peut être point de référence d’un génitif.

69En revanche, dans le nom composé, N2 ayant perdu toute spécificité (donc, à valeur uniquement qualitative) pourra entrer en relation avec N1 — soit sous sa forme plurielle, Ø N2-s, extrêmement rare (une occurrence sur Google), soit sous sa forme Ø N2 :

(32) Woman-lover Charlie Crist is Not Gay
towleroad.typepad.com/towleroad/2005/01/womanlover_char.htm

70N2 semble alors occuper la case syntaxique réservée à la référence, et être toujours constitué en point de référence à partir duquel peut se calculer la relation N2’s N1. Il s’ensuit que cette référence peut s’exercer au niveau de tous les tenants d’une situation large calculée à partir des trois éléments de la situation origine, ego, hic, nunc. Elle peut en conséquence être temporelle :

Yesterday’s newspaper / today’s programs

71Dans ce cas, la relation syntaxique qui structure le génitif est re-constructible à partir d’une prédication d’existence de N1 calculée à partir de la sphère temporelle des énonciateurs, i.e. T0 : There was a newspaper yesterday / there are programs today.

72Ceci exclut les proformes dont la référence est anaphorique et ne dépend pas de T0 mais du contexte ante ou post, et ne peut être immédiatement représentée : *then’s newspaper / *once’s customs. N2 est ici encore porteur de spécificité et est calculable par rapport à la situation de communication.

73Si N2 temporel ne renvoie plus à la situation d’énonciation mais à une unité temporelle plus large que N1 (lui-même temporel), et que N1 spécifie le renvoi éventuel à la situation d’énonciation (déterminant the, repère spécifique, déterminant a, repère générique), le génitif demeure référentiel :

(33) as if it were the evening and girls in muslin frocks came out to pick sweet peas and roses after the superb summer’s day, with its almost blue-black sky, its delphiniums, its carnations, its arum lilies was over;

74N2 peut également indiquer la durée correspondant à la saturation de la relation prédicative nominalisée par N1. Là encore, N2 a une fonction repère car il limite la relation N2 N1 à cette durée spécifique (sujet implicite récupérable).

75N2 peut être affecté du déterminant th- ou du déterminant an / a, cette dernière détermination étant utilisée en lieu et place du numéral one. Dans la mesure où l’extension quantitative ne peut être envisagée (limite de validation apportée par an / a + durée), toute projection de suite numérale est a priori exclue. La quantitification de la durée est alors bloquée à l’unité.

(34) …read in the evening after the day’s work, on the advice of well-known authors consulted by letter.
(35) He returned with a pillow and a quilt. "An hour’s complete rest after luncheon," he said. And he went.

76Lieu

77De façon étroite, le lieu définit l’aire délimitée par les deux partenaires de la communication : this room’s silence. De façon large, elle fait du lieu de l’énonciateur un élément du lieu où vivent les êtres de la planète : this world’s starving populations.

78La situation de l’énonciateur par rapport au lieu est donc inhérente (comme ci-dessus) ou non-inhérente, et c’est souvent le déictique qui marque cette dissociation : that room’s stifling atmosphere. Il n’en demeure pas moins que, dans ce dernier cas, l’énonciateur présuppose l’existence du lieu et le pose comme repère existant.

There is silence in this room / there are starving populations in the world / there was a stifling atmosphere in that room.

79Dans tous ces cas, la nature de la relation entre N2 et N1 semble reposer sur une fonction verbale récupérable. Se pose maintenant le problème de la détermination devant N2, qui a souvent été utilisée pour décider de la fonction déterminative ou classifiante du génitif.

 (36) If you put her in a room with some one, up went her back like a cat’s; or she purred.
(37) Yet rumours were at once in circulation from the middle of Bond Street to Oxford Street on one side, to Atkinson’s scent shop on the other, passing invisibly, inaudibly, like a cloud, swift, veil-like upon hills, falling indeed with something of a cloud’s sudden sobriety and stillness upon faces which a second before had been utterly disorderly.  

80Prenons un exemple théorique représentant ce que nous nommerons le génitif de comparaison analogique :

John’s eyes are like a cat’s (eyes).

81Cette relation en be donnerait, une fois l’attribution avérée : John has a cat’s eyes, ce qui nous renvoie à notre problème initial He had a Lancashire comedian’s face.

82Dans ce cas, il est clair que l’énonciateur établit une comparaison entre deux génitifs :  deux N2 différents, un N1 commun : John’s eyes / a cat’s eyes. Chacun des deux N2 a des propriétés spécifiques relevant de sa sphère intrinsèque.

83Les yeux de John peuvent être définis par une position dans le visage, une forme, une couleur, une intensité, une acuité, etc. De même pour les yeux d’un chat.

84En revanche, les caractéristiques associées aux yeux de John sont inaliénables car spécifiques alors que celles associées aux yeux d’un chat sont à la fois, pour certaines, inaliénables (biologiquement déterminées) et, pour d’autres, variables (fonction de la race et des hasards de la génétique).

85La comparaison s’établit donc à l’intersection des deux domaines de propriétés inaliénables et non au niveau des variables.

Image1

86Le déterminant a (dans a cat) reste donc spécifique, mais spécifique uniquement des propriétés permanentes associées à eyes à l’intérieur de la notion cat.  

87Est-il maintenant possible de faire de cette comparaison un attribut localisé dans la sphère du sujet ?

? John has a cat’s eyes

88Notre réponse est « oui », car le référent de N2 n’est pas le sujet de have. Il est de plus possible d’intégrer un adjectif spécifiant la nature du point de rencontre entre N2 et N1. Ceci est illustré par l’exemple (38) qui montre également qu’il est aussi possible de coordonner deux noms à l’intérieur de N1 :

(38) Yet rumours were at once in circulation from the middle of Bond Street to Oxford Street on one side, to Atkinson’s scent shop on the other, passing invisibly, inaudibly, like a cloud, swift, veil-like upon hills, falling indeed with something of a cloud’s sudden sobriety and stillness upon faces which a second before had been utterly disorderly.  

89Rien ne semble donc s’opposer à ce que a N demeure en position de N2, point de référence spécifique aux propriétés permanentes.

90Notons que, par métaphore, il existe une notion complexe désignant les réflecteurs utilisés sur les bandes centrales de la chaussée. La référence ne fonctionne plus au niveau de la spécificité ni de la relation tout-partie (il n’existe plus de cat, et eye devient un objet manufacturé n’ayant plus qu’une qualité associée par analogie à l’une de celles inhérentes à a cat’s eyes). La lexicalisation proposée par cat’s eyes correspond donc à une limitation sémantique par sélection d’un sème qualitatif issu de l’élément spécifique origine.

(39) The device known as "Cat's Eyes" was invented by the Englishman Percy Shaw (1890-1976) from Yorkshire. He invented it after he had been driving on a dark, winding road on a foggy night; he was saved from going off the side of the hill by a cat, whose eyes reflected his car's lights. He applied for a British patent on his invention on 31 May 1935, and the patent was published on 30 November 1936. You can read the full patent GB457536 "Improvements relating to blocks for road surface marking" here, provided by the online database of the European Patent Office :
http://v3.espacenet.com/textdoc?DB=EPODOC&IDX=GB457536&F=0

91Par analogie également, les fabricants de lunettes ont repris la comparaison. La référence est très lointaine et ne concerne pas les propriétés intrinsèques des yeux d’un chat. N2’s N1 est devenu un nom complexe, lexicalisé, conservant au demeurant la marque ’s du génitif analogique qui lui a donné naissance :

(40) DKNY Large Black or Tortoise CatsEyes Sunglasses ... beautiful today's version of the classic CatsEyes, black gloss exterior, luminous grey interior ... intrigue.
http://www.amazin-grace.com/dknylarblacc.html

92Ceci est également le cas quand un nom bio-implicatif se trouve en position de N2.

93Le même processus comparatif est utilisé, mais alors que dans le cas de a + N, la comparaison est exogène, donc analogique, dans le cas des noms bio-implicatifs, elle est de type endogène, donc inhérente, ce que montrent bien le déterminant my dans my father et l’utilisation dans la glose d’un comparatif associé à l’identification totale, same, et non pas d’un comparatif associé à l’identification partielle, like.

I have my father’s eyes.

My father had (…..) eyes / I have (…..) eyes --> my eyes are the same as my father’s eyes.

94Ici, le nom bio-implicatif implique une identité absolue entre les yeux de I et ceux de [I]’s father. Il n’y a pas de variable. Il est impossible de re-catégoriser N2’s N1 en nom complexe, le rapport N2 N1 demeurant spécifique.

Image2

95Nous avons donc affaire à deux types de génitifs comparatifs :

96Un type analogique avec variables de N1 exclues :

(41) but with a roughness in her voice like a grasshopper’s,

97Un type inhérent avec propriétés inhérentes (héritées) communes à N2 et N1 :

I have my father’s eyes and nose.

98En revanche, pour les raisons énoncées plus haut, my father reflétant déjà une structure sous-jacente acquise en have (I have a father), et cette structure étant inhérente en raison du caractère bio-implicatif de father, la glose en of sera jugée peu recevable :

??? I have the eyes and nose of my father.

99Elle sera en revanche courante dans un contexte contrastif mettant en opposition les deux sources génétiques :

I have the eyes and nose of my father, but the mouth of my mother.

100Nous pouvons associer à ce génitif comparatif les génitifs dits de mesure (cf. les travaux de Paul Larreya) qui reposent eux aussi sur une comparaison.

101Dans (42), a hand’s breadth implique une largeur égale à celle d’une main (référence spécifique à la main du référent de l’énonciateur, personne supposée de chair et de sang) ; dans (43), une longueur égale à celle d’un bras (référence spécifique au bras de Peter Walsh).

102Dans chacun de ces cas, la mesure prend pour étalon un repère connu, une partie du corps humain. Dans (42), le déterminant a a le même comportement numéral origine que dans l’expression de la durée vue antérieurement.

103Dans (43), Ø implique une vision spécifique dans la mesure où il ne correspond pas à un déterminant générique qualitatif, mais bien à un effacement d’un déterminant possessif rendu possible par la proximité immédiate du possesseur, Peter Walsh.

(42) But there could be no doubt that greatness was seated within; greatness was passing, hidden, down Bond Street, removed only by a hand’s-breadth from ordinary people …
(43) It was jealousy that was at the bottom of it--jealousy which survives every other passion of mankind, Peter Walsh thought, holding his pocket-knife at arm’s length.  

104Deux cas de figure se présentent à nous :

(44) Reassessing the MAI: elderly people's opinions about medication appropriateness.
www.pjonline.com/IJPP/Abstracts/199909/volume.html -

105Dans ce cas, la relation en have étant évidente, il existe une distributivité terme à terme entre N2 et N1, N1 étant une partie psychologique de N2.

Image3

106Dans l’exemple suivant, la distributivité s’exerce à un autre niveau : chaque élément de N2 a la totalité de N1 :

(45) A range of practical classroom activities exploring children's rights and citizenship. How to help A directory of children's projects and international
www.bbc.co.uk/worldservice/people/features/childrensrights/index.shtml -

Image4

107ce qui est confirmé par la structure a + BN partitive spécifique :

(46) What are a child's rights when they knew about a bomb threat but did not participate in it?
www.lawforkids.org/speakup/view_question.cfm?id=56738; topic=VIOLENCE

Image5

108La démonstration s’applique également à man et woman précédés du déterminant quand ils sont génériques de l’homme et de la femme (et non pas de la qualité homme ou femme). La présence du coordonnant and (dissociatif ou associatif) signale qu’en construction sous-jacente, N repose sur une structure spécifique avant que de devenir générique : man and woman uniques, spécifiques, origine --> tout élément possédant les propriétés de Man et Woman origines, assimilables à des noms propres.

  1. She is equally a person in every way. Man's and woman's "otherness" is not for ... Although the fall from grace ruptured man and woman's relation with God, ...
    www.catholic.org/featured/headline.php?ID=1304 - 45k

  2. Within the museum’s collection there are a number of individual collections 19th century fashion, ... Man's and Woman's clothes by Giorgio Armani, 1986 ...
    http://www.fashionmuseum.co.uk/ -

(43) Diabetes in School: Your Child’s Rights. New York, NY, August 27, 2003 — Relationships between schools, teachers, and the parents of children with juvenile ...
www.jdrf.org/index.cfm?page_id=100139 -

109Cet énoncé est ambigu ; il peut en effet être interprété comme :

[your child]’s [rights] --> his / her rights
[your] [ child’s rights] --> your rights as a child

110Dans ce dernier cas, N1 exprime une propriété spécifique de N2 dont your porte la référence. La relation peut être représentée par un syllogisme.

111La première prémisse pose l’existence d’une relation inhérente entre tout élément child et rights : a child has rights. N2’s N1

112La seconde prémisse explicite la relation d’identité inclusive entre you et child : you are a child. Child est donc un attribut constitutif de you et en tant que tel une propriété de you. N3 is N2 (non réversible).

113La conclusion permet d’attribuer you à N1 dans la mesure où you possède les propriétés de child de façon inhérente. Ce génitif est donc de forme : N3’s N2’s N1. N3 étant plus spécifique que N2, il entre dans le domaine de la référence particulière alors que N2 demeure au niveau du renvoi aux propriétés, normalement affecté du déterminant .

114Si la première prémisse n’est pas validée, l’on retrouve un schéma de génitif analogique : her pianist’s hands peut être interprété comme she is a pianist (syllogisme) ou  her hands are like a pianist’s (génitif comparatif analogique).

115Il en va de même pour les noms en position N2 reflétant une propriété avérée ou potentielle de N3. Quand le déterminant de N1 repose sur une prédication d’existence, il est glosable par un possessif. Dans le cas du génitif analogique, la marque de la possession est introduite en co-texte gauche (with, she wore), la préposition ou relation prédicative situant clairement fingers et dress dans la sphère du sujet she.

(44) At fifty-three he had to come and ask them to put him into some secretary’s office, to find him some usher’s job teaching little boys Latin, at the beck and call of some mandarin in an office, something that brought in five hundred a year;
(45) He asked Lucrezia to marry him, the younger of the two, the gay, the frivolous, with those little artist’s fingers that she would hold up and say …

116Il n’en va pas de même avec les génitifs de type :

A woman’s magazine.

117[a woman]’s magazine peut très bien ne pas être a [ woman’s magazine].

118Dans le premier cas, le génitif construit une relation spécifique en have entre un sujet et un objet.

119Dans le second cas, la relation entre N2 et N1 n’est plus liée à aucune situation référentielle précise. Elle est calculée à partir d’une fréquence d’association de deux généralisations et un postulat :

  • Généralisation 1 : Women read magazines

  • Généralisation 2 : Women prefer magazines made for them

  • Postulat : Some magazines especially made for women will be read by women

(46) FW: Buy a woman's magazine...go to Paris for Free. Life. Ok, I’ll admit that I bought 2 copies of a What to Wear magazine at lunchtime, in response to this
www.perfect.co.uk/robin/2005/02/fw-buy-a-womans-magazinego-to-paris-for-free

120N2 dans ce cas inclut deux rôles thématiques simultanés, destinataire et agent, les deux rôles étant reliés par une relation d’implication postulée mais non validée :

A magazine made for a woman (women) read by a woman (women).

121Si le rôle de destinataire est abstrait et non référentiel, celui d’agent est spécifique et référentiel. Le double rôle joué par N2 rend donc impossible une spécificité totale et produit soit le déterminant , soit le pluriel, forme d’indifférenciation contenant la spécification. A woman’s magazine / a women’s magazine :

(47) Al Qaeda has introduced an online women's magazine with articles including dietary advice for suicide bombers and tips on how to.
www.washtimes.com/world/20050117-122001-8417r.htm -

122Quand ce rôle d’agent disparaît complètement, le génitif n’est plus possible. On rencontre alors un nom composé comme a what-to-wear magazine dans l’exemple (46) ci-dessus.

123Dans aucun de ces cas N2 ne peut être remplacé par un adjectif dérivé du nom. En effet, N2 n’indique jamais les propriétés inhérentes à N1, « consubstancielles », et la relation en have ou en be ne peut être récupérée. N2 n’est donc pas relatif à la qualité woman ou à la qualité man.

*a womanly magazine. *A manly magazine

124Tous ces éléments d’analyse nous conduisent à penser qu’il est extrêmement rare que dans un génitif, N2 soit complètement a-référentiel et à ce titre purement qualitatif. Quand N2 tend vers le + qualitatif, et devient générique, il entre alors le plus souvent en composition avec N1 (génitif composé de Huddleston) ; quand il est devenu uniquement qualitatif et s’est affranchi de tout lien référentiel, il est lexicalisé sous forme de nom composé ou nom complexe. C’est le cas des génitifs fusionnés dans lesquels l’apostrophe + S a conservé son état originel de désinence : statesman (1592), sportsman (1706), catseyes

125C’est aussi la raison d’être des formes concurrentes telles que notées par Jespersen [VI, 8.82] :

a chambermaid ; a lady’s maid | a schoolboy ; a baker’s boy | a night-gown ; a lawyer’s gown.

126Quand N2 est de caractère humain, il conserve toujours une trace de spécificité liée à have ou be en construction sous-jacente, et il est bien difficile de la lui faire perdre en le lexicalisant sous forme de nom complexe.

127Sous toutes ces constructions syntaxiques et sémantiques du génitif, nous avons pu retrouver un génitif spécifique. Nous dirons donc qu’il existe un continuum allant du plus référentiel au moins référentiel, que reflètent tous les cas de figure que nous venons d’analyser.

Notes de bas de page numériques

1  Je tiens ici à remercier Pierre Busuttil (Université de Pau) pour ses encouragements constants et sa relecture avisée de cet article.
2  Les énoncés Internet ont été relevés entre juin 2005 et août 2005.

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Pour citer cet article

Mireille Quivy et Pierre Busuttil , « Le génitif et la référence », paru dans Cycnos, Volume 23 n°1, mis en ligne le 31 mai 2006, URL : http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=323.


Auteurs

Mireille Quivy

Mireille Quivy est maître de conférences en linguistique anglaise à l’université de Rouen. Elle est trésorière de la Société de Stylistique Anglaise et l’éditrice de la revue électronique Cercles (http://www.cercles.com). La référence constitue son domaine de recherche principal et elle s’intéresse à la fois à la linguistique et à la stylistique.
Université de Rouen ; mqv@clubinternet.fr

Pierre Busuttil