Cycnos | Volume 23 n°1 Le Qualitatif - 

Régis Mauroy  : 

La manière en questions :qualification différentielle et types de prédicats

Abstract

To question “manner” isn’t a univocal operation. How marks a differential qualitative component, but its range does not only depend on syntax. The basic features of aspect in the predicates or the use of a modal auxiliary (can) may lead to different types of interpretation: either as on the modes of accomplishment of the predicate, or as bearing an external reference to the predication itself. The collocation How to… highlights the importance of telicity if inherent in the process. An interrogative cleft structure (How is it that?) marks the pre-construction of the predicative relation in Qnt (it/that (located relative to T in S0), and thereby another type of external qualitative referenciation. Finally, questions in How come…? mark a subjective value by locating the external qualitative and quantitative components Qlt/Qnt relative to S in S0)”

Plan

Texte intégral

1On l’aura compris, la formulation du titre de cette intervention nous oriente vers l’étude d’énoncés interrogatifs dans la mesure où ceux-ci mettent en cause ce qu’il est commode de désigner par “la manière”. Il s’agit en effet d’une catégorie très mal définie regroupant des éléments fort disparates sur le plan sémantique, et c’est pourquoi elle ne peut servir par elle-même de notion a priori opératoire dans la théorie. Cette disparité sémantique est surtout révélée par la vaste diversité des compléments traditionnellement regroupés sous ce chapeau, tant du point de vue de leur sens que de leur portée dans l’énoncé.

2Concernant l’interrogation sur la manière, on trouvera en revanche un nombre restreint d’expressions interrogatives, principalement : How...? dont les valeurs se complexifient avec how to…, how can…?, how is/was it that… et how come…? Nous tenterons ainsi d’approcher la nature des valeurs concernées au moyen de quelques opérations fondamentales dans TOE : les composantes Qlt et Qnt, repérage, déformabilité et prépondérance, mais aussi en tenant compte des caractéristiques aspectuelles des prédicats, de la modalité et de la syntaxe. Notre objectif sera en particulier de mettre en évidence la façon dont les propriétés qualitatives (Qlt) suscitent la constitution d’occurrences (Qnt).

3La manière est certainement un des types “circonstanciels” les moins univoques, comparée par exemple au temps, au lieu, ou même à la cause. Pour rendre compte de ces variations, nous considérerons moins l’aspect sémantique que le phénomène de déformabilité de quelques opérations fondamentales liées à un faisceau d’opérations au sein des énoncés.

4On distinguera tout d’abord les énoncés dans lesquels how s’inscrit dans une construction attributive ou adverbiale avec une portée sur le thème : you avec be copule en (1), ou sur le verbe du prédicat : feel en (2), et non pas sur la RP dont il fait partie des arguments :

(1) How are you ?
(2) How do you feel ?

5Il arrive en revanche que how porte sur toute la prédication :

(3) How do you make a fruit-cake?
(4) How do you cook fish?

6Les énoncés (1) et (2) présentent à la fois un aspect statif (non borné) et un prédicat compact. On peut dire que how est alors identifié au sujet you (1) ou au verbe feel (2) pour définir un ensemble de propriétés qualitatives à la fois spécifiques de leur occurrence située, et différentielles par rapport à toute autre. Ce type de composante est en outre la valeur opératoire de base à laquelle on peut réduire how dans tous les cas. Les énoncés (3) et (4) présentent respectivement un procès discret make a fruit-cake> et un procès dense (mais discrétisable) cook fish> en vertu de la nature des verbes (make et cook, procès téliques)1, et de la détermination nominale, elle-même discrète pour a cake, et dense pour fish. On voit que dans les deux cas, l’interprétation de how dans l’interrogation diffère peu : la question porte sur le mode particulier de réalisation de la prédication saisie globalement, et non sur le seul prédicat (make a cake precautionously, etc. /cook fish delicately, etc.)

7Cela implique que le mode de réalisation (how) concerne une spécification des événements ou actions à mettre en œuvre (les verbes sont ici agentifs) pour aboutir à la validation des propositions plus générales you make a fruit-cake> et you cook fish>. La nouvelle qualification ainsi recherchée ne peut être énoncée sans être quantifiée en occurrences (recettes de gâteau et de poisson), mais elle recouvre notionnellement la première qu’elle permet de valider. On peut parler d’isotopie inclusive. Avec des prédicats discrets ou denses, Qlt et Qnt peuvent présenter des relations d’hétérogénéité / altérité sur un domaine notionnel dont I est ouvert (il inclut la frontière F). On observe alors cette déformabibilité des opérations marquées par how puisque la qualification de “manière” s’inscrit dans cette dynamique : elle est à la fois informative et explicative au sens propre, c’est-à-dire qu’elle déplie ou redéploie ces propriétés pour leur attribuer une forme singulière et originale dans une relation qui fonde l’interprétabilité.

8Avec un prédicat compact, toute hétérogénéité ou altérité, qualitative ou quantitative, est exclue dans un domaine dont I est homogène et fermé (il exclut la frontière F). La qualification ne peut donc ni informer ni déformer ce prédicat en le dupliquant.

9Savoir est un prédicat compact2. Dans ces énoncés avec know (avec ou sans complément), la qualification ne peut donc porter que sur des propriétés ayant déclenché l’événement :

(5) ‘How do you know about Tennyson?’, she asked, smiling. (BNC A0F 1193)
(5’) ‘How do you know my name?’ (BNC AMB 2124)
(5”) How do you know? (BNC HHX 6755)

10Ces énoncés s’interprètent comme “Who told you?” (“Qui te l’a dit ?”), c’est-à-dire : “Comment le sais-tu ?”, “Comment se fait-il que tu le saches ?”, etc. How ne peut alors porter sur le procès du verbe know pour préciser des propriétés qui porteraient sur son contenu, puisque les modes de réalisation du procès compact sont inexistants.

11L’opération effectuée par l’interrogatif how va donc renvoyer à une composante qualitative différentielle distincte, externe à la première mais étroitement liée à celle-ci au plan notionnel, non pas strictement la causalité, mais sur le mode d’une relation d’entraînement entre deux composantes qualitatives, différentielle et notionnelle, dépendant l’une de l’autre.

12Or, renvoyer à une notion de prédication distincte de façon à la rendre assertable implique la constitution d’occurrences de cette notion. Le passage au quantitatif Qnt est ici nécessaire pour énoncer Qlt posé par le marqueur how, puisque toute réponse à une telle interrogation entraînera la constitution d’énoncés qui doivent valider des occurrences de ce qualitatif distinct3.

13Nous avons dans de précédents travaux (R. Mauroy 2005a) tenté de décrire les opérations fondamentales communes aux marqueurs en WH de la manière suivante : l’association d’une place vide (argument ou circonstant de la prédication) et d’une relation de repérage de cette prédication (prenant différentes formes, syntaxiques et / ou énonciatives, dans l’interrogation directe par exemple).

14Cette proposition minimale semble permettre de ne pas renvoyer ces marqueurs à la seule notion mal définie de parcours, et de rendre compte de la grande disparité que l’on observe dans les opérations singulières auxquelles renvoient ces marqueurs (par exemple le fait que seuls certains d’entre eux marquent l’anaphore avec antécédent, c’est le cas de who, whom, whose, which, when, where, why, whether ; mais cela est impossible pour what et singulièrement, how4. Notons que le premier est par essence totalement quantitatif et le second totalement qualitatif.

15S’agissant des circonstants, on peut remarquer que les catégories que sont le temps, la localisation spatiale et la causalité, représentées par les interrogatifs when, where et why, relèvent de catégories fondamentales et universelles de la représentation cognitive. S’agissant de ce qu’il est convenu d’appeler “la manière” et de certains marqueurs qui permettent d’y référer en anglais, tels que how (ou in what way(s))5, on a affaire à un tout autre type de catégorie renvoyant davantage à la construction progressive du sens par des opérations de qualification renvoyant à des propriétés extrêmement variables dont la pertinence s’élabore dans l’ensemble de l’énoncé et du discours (en particulier en interlocution). En effet, avec how, un événement désigné par une prédication est nuancé, évalué, valué ou précisé par une complémentation qualitative ayant trait soit à la validation de cette prédication, soit aux modes de réalisation du prédicat (propriétés proprement sémantiques mais aussi d’ordre aspectuo-modal des procès ainsi que de leur source, par exemple le degré d’agentivité, et de leur but : discrétisation de l’objet par exemple).

16 Une description minimale de ce à quoi correspond fondamentalement une telle opération doit donc se limiter à l’opération suivante : marquer la possibilité de construire un constituant qualitatif spécifique repéré par rapport à celui de la lexis concernée. C’est pourquoi si tout WH interrogatif marque singulièrement la présence d’un manque informationnel, le marqueur how semble quant à lui appeler le co-énonciateur à substituer à la composante qualitative déjà posée par une prédication donnée, une nouvelle composante qualitative enrichie de propriétés singulières et distinctives. C’est en particulier le cas lorsque la question sur la manière implique non seulement l’addition d’une qualification portant sur le seul prédicat, mais aussi la construction d’occurrences ayant pour objet la spécification de la prédication de départ. Dans le cas d’une simple qualification, on trouve des exemples tels que :

(6) How does everyone manage? (BNC HYA 2040)

17Le procès manage to… serait un procès télique (réussir à… : le “comment” est alors une évaluation6), mais ici, le procès dense atélique manage (se débrouiller) peut en effet être soumis à divers modes subjectifs de réalisation du fait qu’il a une valeur appréciative (le “comment” est alors une valuation : very well, perfectly, beautifully, badly etc. Cette qualification ne peut donc porter que sur le prédicat. La complémentation n’entraîne pas la substitution du prédicat par un autre terme qualitatif mais une simple addition susceptible d’infléchir ses propriétés.

18Dans le cas d’un prédicat télique (fit into these plans of yours> dans l’exemple qui suit), cette valuation n’est pas totalement exclue, mais elle est rendue inopportune, ainsi que toute qualification du seul prédicat.

(7) How do I fit into these plans of yours? (BNC G15 2340)

19‘You fit perfectly well into my plans.’ n’est pas une réponse attendue. A la différence de manage, fit into these plans of yours> est un prédicat discret, ponctuel (bornes confondues), qui ne renvoie donc pas à un processus. Mais à la différence de manage, il implique surtout un télos, tout comme manage to…, prédicat télique7. La question ne porte donc pas tant sur une telle appréciation du mode de réalisation que sur les modalités qui permettent d’y parvenir. La qualification posée par how répond alors à cette valeur télique (circonstances ou conditions permettant d’atteindre à leur terme la validation de cette relation), dans lesquelles le comment et le pourquoi s’entremêlent sans qu’il s’agisse à proprement parler de causalité (causalité non stricte). La validation de You fit into my plans> ne peut être que conclusive.

20Les mêmes remarques s’appliqueront aux exemples suivants dans lesquels le verbe get marque tout d’abord le passage ponctuel de l’état à l’état (valeur de franchissement de la frontière) ; il s’agit d’un procès télique :

(8) How do I get a number for my employee? (BNC A63 134)

21Dans cet autre exemple, get along se conçoit au contraire comme processus (procès atélique), et le mode de réalisation (how) devient alors interne à ce processus :

(9) How do you get along with other people? (BNC BNA 1653)

22How ne porte donc alors que sur le prédicat. La qualification est ici subjective. Elle entraîne une valuation : well, poorly, etc.

23Les analyses qui précèdent nous permettent de mieux comprendre certaines valeurs que fournit également l’association de how avec le modal can. Il serait trop long d’analyser ici l’association de how avec les différents types de modalité, mais quelques remarques peuvent éclairer cette question.

24Avec une marque de modalité, l’opération qualitative liée au marqueur how intervient non plus dans le seul plan de la validation, mais dans la projection du plan de la Représentation sur le plan de la Validation. Selon le modèle d’Alain Deschamps (2001) « on étudie la bifurcation (ou bifurcabilité) d’un point décroché de la validation, IE vers I et vers E sur ce plan de la validation, et ce à la fois en ce qui concerne la composante qualitative (Qlt) et la composante quantitative (Qnt). » A l’affirmative, tous les modaux, can, may, must, will et shall fournissent un chemin de IE vers I.

25On voit d’emblée que dans des énoncés ainsi modalisés la qualification marquée par how ne porte pas directement sur la relation sujet-prédicat, mais sur le passage à la validation de cette relation, qui ne peut être réalisé que dans certaines conditions. Pour can, on trouve un grand nombre d’énoncés dont le prédicat possède déjà une valeur télique :

(10) How can we regain individual and group self-reliance? (BNC ARS8)
(11) How can you make the subject interesting? (BNC AND 768)

26Dans ce cas on peut facilement supprimer le modal can pour retrouver une assertion validable avec do :

(10’) How do we regain individual and group self-reliance?
(11’) How do you make the subject interesting?

27La valeur explicative de how est alors peu ou prou conservée par le maintien d’un prédicat télique, mais elle se trouve dans une moindre mesure au service d’une visée modale en vue de la réalisation de l’événement (téléonomie).

28Au contraire, si le prédicat concerné n’est pas, à la base, de nature télique, c’est le modal can qui fournit une valeur voisine8. L’exemple suivant possède un procès atélique de processus (sing) dont la valeur aspectuelle est maintenue dans le prédicat :

(12) How can you sing with any other band after that? (BNC KM31058)

29L’assertion simple, privée de modalité revient à nouveau à qualifier le prédicat et son mode d’accomplissement :

(12’) How do you sing with any other band after that?

30Any devient alors curieux dans la mesure où le parcours ne permet pas de stabiliser totalement la validation attendue. Another aurait un effet plus net :

31 (12’’) How do you sing with another band after that?

32S’il s’agit d’un prédicat compact, l’énoncé devient alors ininterprétable (ici avec be suivi d’attributs) :

(13) Oh, how can a child of mine be so lazy and disobedient… so ungrateful?  (BNC ACW 325)
(13’) ? Oh, how is a child of mine so lazy and disobedient… so ungrateful?

33Notons que pour le modal can on pose un chemin de IE vers I en Qlt (mais E n’est pas pris en compte), alors qu’en Qnt on a un chemin à la fois vers I et E, mais avec prépondérance sur Qlt, c’est-à-dire sur la composante qui ne permet d’accéder qu’à I, l’intérieur du domaine. Comme nous l’avons vu, how ne propose qu’une composante qualitative et can impose une prépondérance sur Qlt :

“Les emplois de can supposent que la branche unique qualitative est toujours prépondérante (prépondérance stricte ou équipondération) et ne peut être parenthésée dans la pondération entre Qlt et Qnt.”(Alain Deschamps, 2001, p.17)

34Pour les deux opérations respectivement marquées par how et par can, Qlt est donc prépondérant. How propose alors l’existence d’une composante qualitative différentielle qui permette d’établir un chemin de IE vers la validation dans I par le jeu de la modalité marquée par can. Can marque alors une distance, un écart entre représentation et validation et prive la notion de prédication d’une totale stabilité qualitative en prêtant à la qualification marquée par how un statut de semi-autonomie notionelle par rapport à la prédication concernée qui justifie précisément que l’on puisse tendre vers sa validation dans I. Dans (13), il y a disjonction d’ordre notionnel entre d’une part la relation actualisée mais non validée : a child of mine - be so lazy and disobedient… so ungrateful> et d’autre part, la représentation de ce qui pourrait (ou devrait) être (fondamentalement : ce qui pourrait ne pas être : branche vers E de can en Qnt non prépondérant). Avec une interrogation en how, on cherche ainsi à combler ce fossé par des propriétés notionnelles connexes que l’on peut décrire comme explicatives (causalité toujours non stricte).

35How to ne construit que très rarement des interrogatives directes mais il est intéressant d’observer le rôle du qualitatif différentiel marqué par how en relation avec to qui semble alors susceptible de marquer certaines formes de télicité. Cette expression introduit l’infinitif dont le sujet est ellipsé dans différents types de construction.

36Associé à des procès téliques ponctuels, non processuels, how to marque naturellement le mode d’aboutissement à la réalité effective de l’événement, voire le moyen d’y parvenir plutôt que son mode de réalisation.

(14) ROUGH GUIDE TO CAREERS advises you on how to get into the theatre. (BNC CK5 2099)

37Conserve-t-on les mêmes valeurs en rétablissant le sujet dans un énoncé à forme finie ? La manipulation fournit une interprétation sensiblement différente :

(14’) ROUGH GUIDE TO CAREERS advises you on how you get into the theatre.

38Sans to, how marque une plus grande proximité avec un procès présenté comme déjà abouti. L’information à laquelle il renvoie ne peut que référer à un mode de réalisation qui précède le point d’aboutissement marqué par la télicité liée à get, mais le marqueur to qui marque également une visée d’ordre aspectuel, comprend de surcroît la possibilité d’un non aboutissement. C’est aussi la valeur notionnelle de la forme infinitive non déterminée et non validée. How conserve une prépondérance sur sa seule composante qualitative, et ce du point de vue de la représentation. Autrement dit, la visée n’exprime avec how to qu’une potentialité mise en œuvre par la qualification différentielle. On obtient une valeur très voisine avec le modal can, alors que le modal will à valeur de futur présente une prépondérance quantitative qui met en avant la validation de l’occurrence et rend ainsi l’énoncé plus proche de ce qu’il est à une forme finie du présent validant la relation9 :

(14 ’’) ROUGH GUIDE TO CAREERS advises you on how you can get into the theatre. (BNC CK5 2099)
(14’’’) ? ROUGH GUIDE TO CAREERS advises you on how you will get into the theatre.

39L’énoncé (14 ’’) avec can est relativement proche de how to, mais will n’a plus du tout la même interprétation. L’accent est mis sur la validation de l’événement.

(15) I have been trying to learn how to make things happen ever since. (BNC EA8 65)

40Dans cet exemple, le groupe résultatif make things happen est clairement télique et les remarques qui précèdent concernant la substitution de how to par une forme finie au présent et par les auxilaires can et will nous semblent déboucher sur les mêmes conclusions.

41En revanche, how to associé à des procès atéliques ne marque pas nécessairement cette télicité malgré la présence de to, du fait que ceux-ci sont d’emblée saisis dans leur accomplissement s’il y a processus, et l’on retrouve des interprétations plus proches de l’énoncé à une forme finie au présent, voire affectée du modal will plutôt que can :

(16) If the answer is yes, you get to take on someone who knows how to do the job. (BNC CFV 1320)
(16’) If the answer is yes, you get to take on someone who knows how he does the job.
(16’’) If the answer is yes, you get to take on someone who knows how he will do the job.
(16’’’) ? If the answer is yes, you get to take on someone who knows how he can do the job.

42L’énoncé (16’’’) ainsi modifié avec can n’a plus la même interprétation que les autres. De même, dans l’exemple suivant :

(17) The manual is well written and explains how the device works, but it doesn't explain how to use it with, say, WordPerfect. (BNC CTX 2013)

43Dans how to use it, use est un verbe de processus, atélique, tout comme work à une forme finie du présent dans how the device works. Le parallèle entre les deux formes est patent :

(17’) The manual is well written and explains how the device works, but it doesn't explain how you use it…

44De même, la manipulation avec will nous semble fournir un résultat analogue quant à l’interpétation de l’énoncé obtenu :

(17’’) The manual is well written and explains how the device will work, but it doesn't explain how you will use it…

45Cet énoncé (17’’) avec will est proche de (17) avec how to, et de (17’) au présent. En revanche, can marque une téléonomie modale telle que nous l’avons décrite, qui semble ici inopportune.

(17’’’) The manual is well written and explains how the device can work, but it doesn't explain how you can use it…

46Ce dernier énoncé est en effet interpétable, mais on voit qu’il a une valeur radialement différente, puisqu’il ne s’agissait pas d’une potentialité tendant vers la validation, mais bel et bien des modalités de fonctionnement et d’utilisation d’un appareil dont on ne doute pas qu’il fonctionne et qu’on puisse l’utiliser.

47Nous avons décrit dans de précédents travaux10 les WH dans des constructions telles que What is it that…?/ When was it that…?, etc. comme des énoncés interrogatifs clivés dont le focus serait le marqueur en WH. Nous ne pouvons pas ici en reprendre l’analyse complète, mais voulons simplement établir un parallèle avec ce qui précède en décrivant quelques effets de sens pour des énoncés dans lesquels la focalisation porte sur how. Notons tout d’abord que la plupart d’entre eux deviennent difficilement interprétables si l’interrogation ne comporte plus cette construction :

(18) How is it that the clouds still hang on you?(titre d’une adaptation d'Hamlet par Peter Brook)
(18’) ? How do the clouds still hang on you? (procès atélique)

48Pour le moins, si l’on accepte (18’), son interprétation diffère singulièrement de celle de (18). Dans le second énoncé, l’interrogation semble davantage porter sur les modes de réalisation du procès statif dense hang par sa source the clouds, dans la continuité marquée par still, voire le moyen par lequel tiennent ces nuages. Dans (18), la proposition the clouds still hang on you> n’est pas remise en cause. C’est l’effet de préconstruction de l’énoncé clivé. Sa validation est tenue pour acquise, mais avec how, celle-ci est mise en question sur le plan notionnel en fonction des circonstances qui la rendent possibles.

49La construction clivée pose en effet une véritable préconstruction de la prédication11 the clouds - still hang on you> par des opérations (à la fois anaphore et deixis marquées par it et that12) qui la quantifient en une occurrence située (Qnt). Par ailleurs, c’est cette structure présentative focalisante How is it qui comporte la trace syntaxique de l’interrogation (inversion sujet-verbe), et non la prédication principale. Ces opérations de clivage opèrent une disjonction plus nette entre cette prédication principale et la qualification différentielle marquée par how qui en constitue une identification différentielle elle-même focalisée. Il en résulte une interprétation portant sur les conditions de cette validation. Il ne s’agit donc pas tant de fournir une explication interne à la notion de prédication qu’une justification externe à celle-ci à partir d’une notion quantifiée en une occurrence située (repérage de Qlt différentiel how par rapport à la composante T de S0). La composante qualitative différentielle est alors en quelque sorte identifiée mais disjointe de la composante notionnelle de l’ensemble de la prédication.

50Il faut néanmoins partir des termes qui la composent : the clouds / hang / still, et en particulier de on you pour interroger ces conditions qui permettent de la valider, puisque par ailleurs, il s’agit ici d’une métaphore pour laquelle l’essentiel n’est pas une description technique des nuages, mais bien l’incidence que leur ombre continue d’avoir sur le personnage.

51L’exemple suivant est également peu interprétable sans le clivage du fait qu’il comporte un prédicat statif compact atélique (have fleas in my house>) :

(19) How is it that I have fleas in my house and do not own any pets? (www.faqs.org/qa/qa-8312)
(19’) ? How do I have fleas in my house and do not own any pets?

52<(I) do not own any pets> est une des circonstances envisagées ; la question ne porte pas sur cette assertion validée mais liée notionnellement à la première (and). Seules des conditions externes à la prédication I - have fleas in my house> peuvent être mises en cause du fait de la nature compacte et donc homogène du prédicat, mais dans (19’) la prédication n’est pas préconstruite et how n’est pas focalisé, d’où une marque moins explicite de remise en cause dans ce type d’interrogation13.

53En fonction de la nature des préconstruits, on peut donc penser qu’une interrogation en How is it that… se penche a posteriori sur les raisons permettant d’expliquer un constat, quelle que soit la nature du prédicat, discret, dense ou compact, télique ou atélique, et que l’on s’affranchit ainsi des contraintes qu’ils sont susceptibles d’entraîner. Notons qu’un énoncé du même type comportant le modal can reste tout à fait interprétable si l’on supprime la focalisation sur how :

(20) How is it that a carnivorous plant can take nourishment from an insect? (www.madsc.org/posts/archives/dec96)
(20’) How can a carnivorous plant take nourishment from an insect?

54Avec can, on demeure au niveau notionnel Qlt (il s’agit d’ailleurs ici d’un énoncé générique). Mais la suppression du modal can revient à nouveau à interroger le mode de réalisation de l’événement et non plus ce qui le rend possible et / ou justifie sa validation :

(20’’) How does a carnivorous plant take nourishment from an insect?

55Ce n’est plus le cas avec seulement le clivage portant sur how qui maintient la valeur de départ malgré l’absence du modal can :

(20’’’) How is it that a carnivorous plant takes nourishment from an insect?

56Cet énoncé qui ne prend plus en compte la distance modale entre représentation et validation dans Qlt apparaît davantage comme n’exprimant qu’un paradoxe patent qu’il faut justifier.

57How come est reconnu comme une expression d’origine américaine qui appartient de plus davantage au registre de l’anglais parlé. Il est néanmoins intéressant de se pencher sur cette construction pour proposer quelques hypothèses. Elle n’apparaît qu’au style direct pour porter sur l’ensemble d’une prédication (jamais sur le seul prédicat), et il est à noter que, tout comme pour How is it that… , l’ordre syntaxique de la prédication principale n’est pas celui de l’interrogative canonique avec une inversion du sujet et de l’auxiliaire. La prédication concernée apparaît à sa suite dans l’ordre d’une assertion simple (affirmative ou négative). Tous les exemples rencontrés l’attestent :

(21) ‘If you knew all that’, Mitch said, ‘how come you worked for him?’ (BNC C86 3136)
(22) ‘How come Lennon and McCartney used all these chords for these simple pop songs?…’ (BNC C9K 145)
(23) ‘So how come you weren't here when we got back?’ (BNC ABX 1600)
(24) ‘How come you're homeless anyway?’ (BNC A0F 1551)

58Par ailleurs cet interrogatif original conserve la place habituelle d’un WH dans la question directe, en tête d’énoncé. Soit on considère alors que l’ordre syntaxique de la prédication qui le suit est arbitrairement contraint, soit on voit dans le maintien de la syntaxe assertive une marque interprétable comme la trace d’une opération spécifique14. Notre préférence va plutôt vers cette dernière hypothèse. Sans parler de préconstruit comme nous l’avons fait pour décrire How is it that…, il semble que la prédication elle-même ne fasse pas l’objet d’un questionnement quant à sa validation et l’interrogation porte alors de manière prépondérante sur la composante notionnelle de l’occurrence située constituée de Qlt / Qnt, reconnue par le sujet énonciateur comme paradoxale, encore insuffisamment informée et expliquée, d’où une valeur fréquente d’étonnement.

59Ces énoncés comportent par ailleurs souvent des éléments qualitatifs remarquables associés aux opérations marquées par how come, qui soulignent le lien discursif de nature argumentative : des connecteurs de nature qualitative so (23) / anyway (24), l’opposition notionnelle et déictique all these chords / these simple pop songs (22). Dans l’exemple (21), la proposition ‘If you knew all that’ qui précède ‘how come you worked for him?’ est de même nature et clairement intersubjective. C’est pourquoi nous voyons une analogie avec “How is it that… ? qui permet une glose assez proche, mais insuffisante du point de vue subjectif :

(21’) ‘If you knew all that’, Mitch said, ‘how is it that you worked for him?’
(22’) ‘How is it that Lennon and McCartney used all these chords for these simple pop songs?…’
(23’) ‘So how is it that you weren't here when we got back?’
(24’) ‘How is it that you're homeless anyway?’

60Les conditions de la validation de la prédication semblent être mises en cause dans les deux cas, mais how come semble posséder une valeur plus subjective, voire modale (évaluation / valuation) sans préconstruction explicite.

61Il est évidemment malaisé d’attribuer une catégorie grammaticale à come dans cette collocation. De toute évidence, il ne se comporte pas comme un verbe : il n’appartient à aucun argument de la RP et ne présente donc pas d’accord ni en temps ni en personne avec un sujet au niveau syntaxique ; de plus, il suit toujours immédiatement l’interrogatif how comme une sorte d’expansion adverbiale post-posée. Par ailleurs, il n’est associé à aucun autre marqueur en WH15. Il faut donc considérer cette collocation comme un ensemble propre constituant une variante remarquable de how.

62Intuitivement, ce marqueur est cependant à rapprocher du verbe come avec lequel il nous semble qu’une comparaison prudente s’impose. Notre hypothèse est qu’il ajoute à how une opération de valeur qualitative pour ce type défini d’interrogation qu’il convient de mieux définir.

63En effet, remplacer how come dans ces énoncés par le seul marqueur how modifie considérablement leur portée, leur interprétation ou même leur acceptabilité (la syntaxe interrogative est alors obligatoire):

64Prédicats discrétisables et atéliques :

(21’’) ? How did you work for him?
(22’’) ? How did Lennon and McCartney use all these chords for these simple pop songs?

65On revient à une interprétation portant sur le seul prédicat quant à son mode d’accomplissement notionnel.

66Les prédicats compacts deviennent ininterprétables :

(23’’) *How weren’t you here when we got back? (prédicat compact)
(24’’) *How are you homeless anyway?

67Une paraphrase en come to serait peut-être plus satisfaisante, sans toutefois rendre l’intégralité de la valeur de how come :

(21’’’) How did you come to work for him?
(22’’’) How did Lennon and McCartney come to use all these chords for these simple pop songs? (sens different de (21) et (22))
(23’’’) ? How did you come not to be here when we got back?
(24’’’) ? How *do / (?) did you come to be homeless anyway?

68Par ailleurs, ces énoncés construisent une nouvelle prédication pour le prédicat come to et accordent ainsi un rôle beaucoup plus prépondérant au sujet et à ses degrés variables d’agentivité.

69Outre la structure interrogative portant alors sur le verbe come nécessairement suivi de to, pour introduire le verbe de la prédication, le sens d’étonnement ou d’incompréhension relative marqué par l’énonciateur disparaît presque entièrement dans les énoncés qui demeurent acceptables (21’’’), (22’’’) et (23’’’) mais qui exige le prétérit. Cette forme ne marque donc pas exclusivement le passage à la validation en comblant un écart notionnel. Le caractère subjectif et modal d’évaluation / valuation est à considérer au premier chef.

70Dans un article récent, Hélène Chuquet et Caroline David16 remettent en cause le caractère premier, fondamental de la notion de mouvement au profit de la construction d’un repérage de type qualitatif (relativement à un repère subjectif) :

“En construisant la représentation qualitative de la survenue d’une occurrence d’événement à partir d’un repère de point de vue dans la situation […], come permet, en articulant Qlt sur Qnt d’enchaîner la validation sur la localisation.”

71Ces remarques sur le verbe come ne sont sans doute pas directement transposables à how come, étant donné leur différence de nature (et aussi, nous l’avons vu, du fait que le verbe se voit directement ou indirectement quantifié en occurrences Qnt par les déterminations énonciatives). Mais dans les deux cas, come ne marque pas en effet seulement le passage à l’existence et donc la construction en soi des occurrences repérées, mais il fournit aussi et surtout une valeur qualitative s’appuyant sur un repérage subjectif. Il entre alors ici nécessairement en relation avec ces occurrences d’une part et la nécessité (toujours subjective) d’autre part, de poser de nouvelles valeurs qualitatives différentielles marquées d’emblée par how et repérées par rapport au sujet énonciateur. Les auteurs ajoutent :

“[…] Come marque l’articulation d’un repérage Qnt / Qlt, construction d’une occurrence localisée par rapport au paramètre spatio-temporel (donc Qnt), du fait du fonctionnement discret du verbe, et un repérage qualitatif par rapport au paramètre subjectif S (Qlt) […]”

72Notre hypothèse est donc en effet que come organise également ici un double repérage. Du point de vue qualitatif Qlt, il disjoint les propriétés différentielles des propriétés notionnelles de la prédication. Le repérage qualitatif par rapport au paramètre subjectif S (Qlt) s’explique donc par une réévaluation qualitative associée au marqueur how, mais ce non plus en tant que mode de réalisation du procès ou du prédicat, mais plutôt afin d’associer un ensemble nouveau de propriétés qualitatives permettant de résoudre le conflit notionnel et subjectif qui provoque l’incompréhension relative (évaluation) et donc l’étonnement, voire le jugement appréciatif (valuation), qui peuvent se traduire par une valeur de reproche plus ou moins affirmée, en particulier selon le degré d’agentivité (et donc d’intentionnalité et de contrôle) du sujet, comme c’est le cas dans ces deux exemples cités plus haut et dans lesquels ce degré diffère sensiblement :

(23) ‘So how come you weren't here when we got back?’ (BNC ABX 1600)
(24) ‘How come you're homeless anyway?’ (BNC A0F 1551)

73Nous voyons en outre une prépondérance sur la composante Qlt (prépondérance qui par ailleurs permet d’interpréter certaines valeurs du verbe come et en particulier came : Hélène Chuquet et Caroline David, 2003). L’énoncé ne vise pas (comme pour How is it that…) à fonder l’existence de la RP en la repérant par rapport à une validation antérieure. Celle-ci n’est pas préconstruite mais seulement posée, quantifiée et située comme occurrence assertée, en particulier par la syntaxe (ordre sujet-verbe), mais aussi par le caractère discret de come jouant cette fois au niveau purement notionnel. Comme pour l’opération de fléchage portant sur le nom (THE + N) où c’est la reprise du qualitatif qui importe davantage lors d’une seconde mention Qt2 d’une occurrence posée et repérée en Qt1 (A. Culioli, T1, 1991) il nous semble en effet, que la composante qualitative associée au repère subjectif S0 est bien ici l’élément déterminant qui fonde les opérations intersubjectives qui sont à l’œuvre par le biais de l’interrogation en How come. Cette composante Qlt est donc prépondérante et permet aux deux marqueurs de s’associer dans le questionnement qualitatif d’une proposition établie, qui du point de vue du sujet, nécessite une forme d’évaluation), ou même d’appréciation (valuation) à résoudre dans la relation inter-sujet puisque ce type de question n’apparaît strictement, nous l’avons vu, qu’au style direct en interlocution.

74Cet exposé n’a pu qu’esquisser quelques pistes permettant d’éclairer l’interrogation sur la “manière”. Nous avons vu que la mise en place d’une composante qualitative différentielle marquée en particulier par how est susceptible d’entraîner des interprétations variées selon la portée qui lui est conférée au sein de la prédication. Cette portée n’est évidemment pas conditionnée par les seuls marques de la syntaxe. La nature aspectuelle des prédicats peut tout d’abord la rendre interprétable comme une qualification des modes de réalisation du prédicat (simple complémentation notionnelle de prédicats discrets ou denses), ou comme externe à la prédication (prédicats compacts). L’introduction d’une modalité est une autre façon de poser la qualification externe sur le plan qualitatif (can) et tout un travail reste à faire pour analyser les interactions avec l’ensemble des marqueurs de modalité. La télicité et le caractère processuel des prédicats sont également déterminants dans ces énoncés, en dépit de certaines marques verbales ou au contraire en accord avec elles (how to). Avec How is it that…, la possibilité de construire un clivage accompagné des marques d’un préconstruit quantifié en occurrences de la notion de prédication (it et that) renvoie également à une interprétation externe de Qlt différentiel repéré par rapport à Qnt (repérage vers la composante T de S0). Enfin, l’expression How come fournit des arguments supplémentaires pour un repérage subjectif (vers la composante S de S0) entre Qlt et Qnt.

75C’est donc dans cette dynamique énonciative d’ensemble, et sans perdre de vue l’intersubjectivité de l’interrogation, que se nouent entre les composantes qualitatives d’abord, puis qualitatives et quantitatives, des valeurs particulières permettant leur interprétation.

Notes de bas de page numériques

1 Nous reprenons à notre compte la définition que donnent Florence Lefeuvre et David Nicolas de la télicité : « La notion de télicité s’observe dans des phrases qui véhiculent l’idée que les événements auxquels renvoient les syntagmes verbaux atteignent un télos ou point terminal intrinsèque. […] Il faut distinguer la notion de télicité de terminativité. Une situation peut être terminée et donc temporairement bornée sans être nécessairement télique. A l’inverse, une situation peut-être télique sans être nécessairement terminée. » (Florence Lefeuvre et David Nicolas : « La phrase nominale existentielle et la distinction aspectuelle télique / atélique » (d.a.nicolas.free.fr/research/Lefeuvre.Nicolas.Telicite)
2 Sur les prédicats discrets, denses ou compacts, ainsi que le domaine notionnel ouvert ou fermé, voir Franckel et Lebaud (1990) et Culioli, T1 (1990) et T3 (1999).
3 C’est aussi le cas pour (3) et (4) qui sont téliques, mais pas pour (1) et (2), ni pour les prédicats atéliques que nous verrons plus loin : (6) et (9) par exemple, pour les quels how ne fournit qu’une complémentation qualitative des procès ou des prédicats.
4 Sur cette question voir aussi Lucie Gournay (2004).
5 Ce travail comportait à l’origine une partie consacrée aux questions introduites par ‘In what way(s)’ que nous avons supprimée faute de place.
6 La distinction valuation / évaluation est en effet souvent essentielle pour identifier la nature modale d’une qualification. Nous renvoyons ici aux définitions qu’en donne Lionel Dufaye (2001) :
« 1/ La valuation : une instance subjective value la notion comme bonne/mauvaise. La valuation peut être décrite comme une opération qualitative méta-notionnelle (i.e. qui porte sur le contenu notionnel). […]
2/ L’évaluation : une instance subjective évalue la notion comme compatible / incompatible relativement à un cadre de référence ou à une autre notion. L’évaluation peut être décrite comme une opération qualitative inter-notionnelle (qui implique l’intervention d’un contenu notionnel externe à la relation prédicative). » (C’est l’auteur qui souligne.)
7 Il semble que tous les procès ou prédicats ponctuels soient téliques du fait qu’il est essentiel alors de marquer et d’atteindre la borne de fin qui se constitue en télos et se superpose à celle du début. A l’inverse, d’autres verbes téliques peuvent présenter un processus tendant vers une fin nécessaire.
8 Le modal can ne renvoie évidemment pas à un procès et on ne saurait affirmer qu’il est un marqueur d’aspect télique, mais il ne s’agit que d’une analogie et on le voit, on échappe difficilement au parallèle entre télicité aspectuelle et téléonomie modale.
9 Pour le modal will on pose un chemin de IE vers I en Qlt et en Qnt dans les deux composantes, mais E n’est pas pris en compte. Pour can et will, la composante prépondérante (respectivement Qlt et Qnt) ne permet donc d’accéder qu’à I, l’intérieur du domaine.
10 R. Mauroy (2005a et 2005b)
11 Ce point a été étudié dans R. Mauroy (2003).
12 Il reste à éclaicir la nature de ces opérations que nous désignons ici commodément par anaphore et deixis. Nous n’entendons pas ces termes au sens strict. Leur caractère quantitatif nous semble néanmoins patent. On trouvera une ébauche d’analyse, en particulier sur les repérages dont ils font l’objet dans ce type d’énoncé, dans Mauroy 2003.
13 Nous voyons ici ce qu’est véritablement un préconstruit Qnt et pourquoi il nous semble préférable, dans la simple question en WH comme dans la yes / no question, de ne pas considérer la prédication concernée comme préconstruite (comme on le fait parfois pour rendre compte de la place vide marquee par WH) mais seulement comme posée notionnellement (Qlt). La place vide apparaît ainsi dans la lexis non saturée, au seul niveau notionnel.
14 Avec How is it that…, la structure présentative est déjà interrogative et la prédication préconstruite ensuite posée comme assertée et validée, mais on ne trouve aucune trace de syntaxe interrogative dans ces énoncés en How come, sinon la place de ces marqueurs.
15 Rappelons ici que de tous les marqueurs en WH, how nous semble le plus fondamentalement notionnel, au sens où il est le seul auquel on puisse apporter une réponse complète purement notionnelle au moyen d’un adverbe pa r exemple (Voir R. Mauroy 2005a et 2005b)
16 Hélène Chuquet et Caroline David, 2003.

Bibliographie

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Corpus : sauf référence particulière, BNC (British National Corpus)

Notes de la rédaction

Régis MAUROY est agrégé d’anglais et Maître de Conférences à l’Université de Limoges (Centre de Recherches Sémiotiques). Sa Thèse sur « Les verbes anglais et les marqueurs anaphoriques de la prédication » dirigée par Antoine Culioli et Alain Deschamps a été soutenue à l’Université Paris 7-Jussieu en 1998. Ses recherches s’inscrivent dans le cadre de la Théorie des Opérations Enonciatives et portent sur l’anaphore et la coréférence prédicationnelle en syntaxe. Il participe aux travaux de l’équipe LILA (Paris7) et au CERLITEP de Poitiers.

Pour citer cet article

Régis Mauroy, « La manière en questions :qualification différentielle et types de prédicats », paru dans Cycnos, Volume 23 n°1, mis en ligne le 31 mai 2006, URL : http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=300.


Auteurs

Régis Mauroy

Université de Limoges, CeReS, rmauroy@minitel.net