Cycnos | Volume 21 n°1 L'Identification -  

Michèle Lanc et Jean Albrespit  : 

Lieux d’identification dans les relatives à enclave énonciative

Résumé

Nous abordons les problèmes que posent les relatives du type I'm looking for a friend of mine whom I thought might have walked this way. (A. Christie, The Mysterious Affair at Styles) pour essayer de montrer que ce n’est pas en termes syntaxiques que l’on peut rendre compte de leur complexité mais en termes d’opérations de détermination. La constitution de l’objet auquel réfère l’antécédent n’est pas dissociable du point de vue apporté sur cet objet par l’énonciateur qui intervient dans la relative. A ce titre le groupe sujet-verbe énonciatif dans la relative n’intervient pas comme incise accessoire, mais fait partie de la définition de l’objet.

Abstract

This paper addresses the problem of relative concatenation of the type she told me a story that she knew was true and particularly the possibility of embedding in the same place two subordinate clauses - nominal and adjectival. Our theory is that these configurations cannot receive a syntactic analysis only but must be viewed as an intrication of enunciative and predicative domains which allows – with the introduction of the speaker’s explicit point of view – to attempt to approach the occurrence represented by the antecedent through the qualification given by the speaker.

Index

mots-clés : concaténation , gap, incise, relatives complexes, requalification, verbes énonciatifs

Plan

Texte intégral

1Les relatives constituent un territoire privilégié pour l’exploration de certains phénomènes d’identification puisque le relatif est une proforme-image d’une relation d’identification entre deux termes. Cette relation est susceptible de s’instaurer dans la relation de co-référentialité entre la reprise anaphorique et l’antécédent, à la fois en intension et en extension. Ce n’est cependant pas dans un travail sur les phénomènes liés à la relativisation (choix du relatif et type de détermination que la relative apporte au GN antécédent) que nous nous sommes engagés, mais sur le travail explicite de qualification de l’antécédent par un sujet et la possibilité « d’intégration » en un même lieu de deux subordonnées, l’une nominale, l’autre adjectivale, intégration réussie malgré la violation d’un certain nombre de règles élémentaires de syntaxe.

2Les relatives qui ont retenu notre attention ont une configuration particulière :

[1] One of the girls I used to hang around with at the old cemetery told me a story that she knew was true because it happened to her sister’s best friend. (R. Olen Butler, Letters from my Father)

3Elles incluent, outre le verbe de la relative, un autre verbe, dans un fonctionnement de méta-verbe énonciatif celui-là, et font ainsi apparaître en un même territoire deux subordonnées qui relèvent de paradigmes d’enchâssement distincts , mais dont les lignes de contour sont amenées à empiéter l’une sur l’autre. Ces relatives sont répertoriées dans un nombre non-négligeable de grammaires et d’articles, sans pour autant que le paradoxe de la présence « mêlée » de deux phénomènes d’hypotaxe ne soit reconnu en tant que tel. Quirk et al. (1985:1299) évoquent bien les anacoluthes, les fréquentes ruptures de construction qu’imposent, dans leur contiguïté, les constituants emboîtés successifs, mais n’est jamais abordé de front un questionnement sur les enjeux dans le domaine de l’assertion de ce type de construction, sauf chez Flintham (95:163) qui signale le « changement de prise en charge énonciative ». Ces relatives complexes sont une voie d’accès privilégiée à la problématique de la construction du sens, de la construction du référent en tant qu’espace topologique délimité par la notion de l’antécédent telle qu’elle est modifiée par la relative.

4Parmi les auteurs qui traitent de ces relatives, certains ciblent essentiellement l’emploi de whom, qualifié d’hypercorrect par Quirk, ou de forme incorrecte dans les grammaires normatives. Curme (1925:170-1) évoque ces relatives dans une partie intitulée False Attraction et Quirk et al. (1985:368) les classent dans la catégorie des pushdown relative clauses1. La terminologie est assez flottante, et varie selon l’angle d’approche du phénomène.

5Larreya et Rivière2, dans un paragraphe intitulé « relatives complexes », indiquent que l’on « peut former des relatives à partir d’un groupe nominal qui est contenu dans une subordonnée nominale complément ». A propos de l’exemple This car has been fitted with tyres that all the adverts say won’t skid, ces auteurs précisent que « le pronom relatif that est « remonté » par dessus la subordonnée nominale pour se placer à côté de son antécédent ». Ils signalent aussi l’analogie entre ces relatives et les interrogatives du type Who do you think said that ?

6Jespersen (1927:196-203), traite de ces relatives dans un paragraphe intitulé relative concatenation3. Il montre que les verbes du type say, hear, fear, etc., introduisent des nominales dont un des termes appartient aussi à une relative. Khalifa (1999:203), reprend le terme de « concaténation ». Il décrit aussi ces structures comme « la combinaison d’une relative et d’une complétive objet ». « Plus exactement », ajoute-t-il, « il s’agit d’un énoncé complexe comportant un verbe de type PCD et sa proposition complément (…) et de la relativisation de l’un des noms arguments dans l’énoncé de départ. »

7Ces descriptions soulèvent plusieurs questions. Y a-t-il lieu, dans ce type de configuration, de parler de « complétive », c’est-à-dire d’accepter cette idée d’un enjambement du nexus verbe énonciatif et son sujet par un constituant de la complétive, le relatif ? Peut-on considérer que le verbe énonciatif domine une proposition complétive alors qu’un constituant de cette proposition est à l’extérieur de ses limites ? Il est remarquable de ce point de vue que la conjonction that ne soit possible que lorsque la relativisation affecte un GP lié au régime du verbe ou de type circonstant.

8Chez Huddleston et Pullum (2002:1090), bien que l’enclave énonciative ne reçoive d’autre commentaire que la mention du contenu déclaratif : declarative content clause in post-head complement function, l’analyse met en valeur les propriétés définitoires que font apparaître les integrated relatives4. La discussion porte essentiellement sur le statut de restrictive ou non restrictive des relatives et les auteurs s’intéressent à la place laissée vide (gap) dans la structure :

It was herei [she said [she found the knife __i]]

9Cette place peut concerner les syntagmes en fonction de : adjunct, predicative complement, subject, object. Dans la phrase ci-dessus, l’élément i est décrit comme adjunct ; mais il faut noter que cet adverbial n’est pas un constituant facultatif mais nécessaire de find.

10D’autres auteurs, dont Biber et al. (1999:621) qui ont également recours à la notion de gap, montrent, d’après leur corpus oral, que la place vide peut être instanciée par un élément (resumptive pronoun), co-référentiel avec la tête :

The – about the little boy that they think[he]’s dead. (CONV)

11Biber et al. (1999:623) observent que les cas de complexification ne sont pas rares à l’oral. A propos d’exemples du type :

[2] And we bought her a video of the Little Mermaid which we know [she wants ( )].

12les auteurs tout en s’étonnant de l’emploi de ce type d’énoncés complexes dans l’oral spontané signalent aussi leur fréquence :

The existence of such constructions in conversation is surprising, since structural complexity is stereotypically associated with written expression rather than speech.[…] Relative clauses with embedded gaps are a[…] type of complexity. In formal writing, they would be regarded as awkward at best, whereas in conversation, they are perfectly acceptable and not at all unusual.

13Givón (1993:158-9), qui compare écrit et oral, indique que la place vide peut être instanciée en langue parlée. Selon lui, cette instanciation apporte la preuve qu’il existe bien un pronom anaphorique sous-jacent :

The tendency to use anaphoric pronouns in complex but non-adjacent embedded structures is also found – in the spoken register – in structures that are judged acceptable even without such pronouns. Thus example[123a] below, where the intervening clause is a V-complement, is presumably acceptable in standard English without the anaphoric pronoun inside the non-adjacent REL-clause. But its equivalent[123b] is quite natural in the spoken register: [123] a. The thing[that they said[that[Ø] was true]] wasn’t

[123] b. The thing[that they said[that it was true]] wasn’t

14Les trois formes du relatif anglais sont représentées : Ø, THAT et WH- (WHO / WHOM / WHICH) ; nous n’avons pas d’occurrence de Whose dans notre corpus, mais on doit noter que la forme WHOM est très répandue, même lorsque le relatif est en position de sujet du verbe à forme finie de la relative. En revanche, pour un verbe de la relative à forme non-finie (en to B.V.), il n’est pas rare de voir apparaître la forme WHO :

[3] In this final session Margaret was encouraged to explore possible ways of coping at times of further crises. She thought she would be able to telephone friends, whom she now realized were very keen to help her. (OLOB)

[4] The right way forward was a system which allowed the public to identify officially accredited specialist solicitors, who they knew to have met objective standards in that particular field. (Times 91)

[5] Employers will be able to nominate anyone from board level to shop floor who they think has demonstrated a particular personal commitment to developing his or her own potential. (Times 91)

15Nous n’examinons que la place de C0 de la relative. On peut évidemment y trouver WHICH. On note incidemment que dans les deux exemples qui suivent, le prédicat énonciatif et son sujet n’entrent pas obligatoirement dans le même schéma intonatif : I must say dans la relative appositive peut être détaché sur un palier intonatif différent, alors que ce n’est guère possible avec I know, en[7] dans la relative contiguë à l’antécédent, ou dans l’énoncé oral[8], dit avec une intonation plate jusqu’à should qui seul reçoit un accent d’intensité :

[6] I sent them away and put the baby to my breast, which I must say was a relief to me. (PB)

[7] “and for years he wrote her these wonderful love letters which I know are wonderful, though of course I have never seen them. (PB)

[8] This is the kind of wine you think they should be producing ? (interview BBC)

16Toujours en place de C0, THAT, ou le relatif Ø, est séparé du syntagme prédicatif de la relative par la mention de l’instance énonciative à l’origine dans la relative de la qualification de l’antécédent :

[9] Before the present war began I was accustomed on St Patrick’s Day to speak to our kinsfolk in foreign lands, particularly those in the United States, and to tell them year by year of the progress being made towards building up the Ireland of their dreams and ours - the Ireland that we believe is destined to play, by its example and its inspiration, a great part as a nation among the nations. (E. de Valera, St Patrick’s Day Speech to the Irish nation, radio broadcast, 17 March 1943)

[10] (…) similarly galvanised ordinary people into doing things they would have thought before were impossible.

[11] ‘Why would I go looking for someone I know wants to kill me ?’ said Harry blankly. (J.K. Rowling, Harry Potter and the Prisoner of Azkaban)

17Les structures considérées ne sont pas limitées à une forme unique du relatif ni à une seule fonction de ce relatif dans la relative. On peut se reporter aux statistiques ci-dessous pour des emplois des différents relatifs en place de C1 du verbe de la relative. Il nous faut mentionner aussi les énoncés avec relatif entrant dans un G.P. plus ou moins lié à la valence du verbe et qui permet au verbe énonciatif enclavé d’être suivi d’une complétive en THAT « complète » :

[12] This is a nightmare from which I keep thinking we shall awake [thinking that we shall awake]

[13] Over the years, he had had buddies in space in whom he thought he could confide. [in whom he thought that he could confide] (OLOB)

18Dans le corpus constitué à partir de romans et d’articles de journaux, toutes les proformes relatives peuvent occuper la place d’introducteurs de relatives à enclave énonciative avec cependant des fréquences d’emploi variables. Les critères de recherche, sélection des types de verbes, association relatif-sujet-verbe, ont pu influencer les résultats. Néanmoins les chiffres obtenus reflètent des tendances sans écart notable avec les autres relatives telles qu’elles ont été recensées par Flintham :

191) Occurrences de which (41% en tout) dont :

201a) GN which X-V (12%) (relative attachée)

[13] He tried to focus on Charis’s death, on the powerful sense of loss which he knew he felt, in the hope that some expression of grief might relieve guilts that were building up within him. (W. Boyd, An Ice-Cream War)

21On peut détecter une proportion plus grande de verbes du type know dans les relatives attachées.

221b) GN, which X V (29%) (relative détachée ; antécédent GN ou proposition)

[14] I don't know who they all are. I think Governor Miller of Nevada is one of them and there will be several others. And then they'll do the dinner at the White House, which I think you guys have gotten the pool assignments on - or actually what the specific opportunities are. (Spoken professional American English)

232) Who / whom (28% en tout) dont :

242a) GN who X V (6%) (relative attachée)

[15] Irish Lottery officials are trying to trace a Pounds 1 million jackpot winner who they believe may be in the Republic. (AJ)

252b) GN, who X V (5%) (relative détachée)

[16] After her long, agonised recovery Morgan made a film, and wrote a very good book, The Search for the Assassin, about her determined pursuit of the bomber, who she alleges was CIA-backed and connected to one John Hull, who was under the protection of North. (AJ)

262c) Type : GN whom X V (11%) (relative attachée)

[17] There was a surprised excitement in his voice that I should have found extremely flattering had not experience counselled me against a readiness to believe that here, at last, I was about to meet the perfect, that dream reader whom every novelist is convinced must exist somewhere, the one reader who has not only read everything that he has written, but read between the lines. (OLOB)

272d) Type : GN, whom X V (5%) (relative détachée)

[18] In this final session Margaret was encouraged to explore possible ways of coping at times of further crises. She thought she would be able to telephone friends, whom she now realized were very keen to help her. (OLOB)

283) GN [- animé] that X V (13%)

[19] The girl dropped back a few paces, where she stood watching for the terrible sight that she knew she should soon witness. (E. R. Burroughs, The Return of Tarzan)

294) GN ø X V (8%)

[20] The Scottish Secretary, John Reid, said the Conservative leader was "feeding the very resentment he claims he wants to avoid and is becoming the mirror image of the Scottish separatists." (AJ)

305) GN where, X V, (4%)

[21] His homespun insight is partly based on his own experience as a child on an Essex council estate where, he claimed, televisions and cars were unknown and everyone "could leave their door open". (AJ)

316) GN when X V (1%)

[22] There was a time when I was sure Homer was the man who belonged in my painting. (P. Houston, Cowboys are my Weakness)

327) GN what X V (5%)

[23] But he did so in a novel fashion by placing New Labour at the centre of what he claimed was a modernising national coalition of voters with a "progressive" outlook. (AJ)

33Ces chiffres font apparaître presque deux fois plus de whom que de who, et parmi les emplois de whom, 78% sont en position de C0 du verbe à forme finie de la relative. Par ailleurs, plus de la moitié de ces relatives sont dans une relation de contiguïté avec l’antécédent.

34On note un phénomène inverse pour les relatives en which. Il semble que l’on puisse détecter une association privilégiée, dans le cas de which, entre relative détachée et commentaire énonciatif, ce qui va dans le sens de la valeur de qualification propre à ce type de relative.

35Les chiffres donnés pour GN Ø X V sont sujets à caution : la recherche de cette configuration est difficile dans un corpus électronique.

36On est surpris de trouver cette surabondance de WHOM, qui plus est en position sujet du prédicat de la relative, alors qu’il est communément admis que cette forme est de moins en moins usitée. Whom ne semble pas être employé pour des raisons stylistiques liées à un niveau de langue recherchée, littéraire, mais parce qu’il a une fonction distinctive. Ce fait est noté par Jespersen (1923:199) :

The frequency of whom in such sentences is all the more noteworthy because the tendency in English has gone for centuries in the opposite direction, towards using who instead of whom as an object. There must therefore be a very strong feeling that the relative in “children whom we think are hungry” does not stand in the same position as in “children who are hungry”, where no one would think of substituting the form whom.

37Cette forme saillante du relatif dont l’accord semble se faire par proximité avec le premier verbe de la relative est un phénomène qualifié par Quirk (85:12.99 note b) d’hypercorrection :

Confusion of the finite with the nonfinite forms of embedded clause produces hypercorrect deviant sentences

38Dans les exemples suivants :

[25] There is only one other writer whom I would say is comparable. (AJ)

[26] Actors whom I know to be bursting with talent and sensitivity. (AJ)

39la forme objet du relatif tendrait à montrer qu’il entre dans la valence du verbe say ou du verbe know : il serait un argument du schéma de transitivité de ces verbes. Pour autant, il n’entre pas dans leur schéma actanciel. L’accord se fait au seul niveau des signifiants, mais en aucune manière avec /I-SAY-HIM/ nous ne pouvons retrouver une relation primitive entre notions, pas plus que /I-KNOW-THEM/ ne représente le schéma de la configuration en cause dans l’énoncé[26].

40A propos de la sur-représentation de la forme oblique whom, Khalifa (1999:204) observe que :

Cette surabondance d’un pronom dont la tendance naturelle en anglais contemporain est de disparaître au profit de WHO, … ne peut s’expliquer que par une réanalyse du rôle syntaxique du nom relativisé.

41Dans tous les cas, les commentaires portent soit sur une réanalyse de la fonction du relatif, par exemple en termes de « réallocation de cas » (Haegeman 2000), soit sur la relative comme argument au sein de la structure enchâssante incluse dans la relative (Quirk 1985:368 sur la différence entre who and whom) ; or le phénomène en jeu dans la séparation du relatif et du GV de la relative se retrouve aussi dans certains schémas d’interrogatives directes ou indirectes pour lesquelles les commentaires ne prennent pas en compte l’inclusion d’une éventuelle complétive :

[27] In an astonishing verbal assault on the justice administration and on the civil service, Hitler _ allegedly voicing the exact sentiments of a great proportion of the population _ made it clear whom he thought the main culprits were, and threatened to remove their privileged position and `well-established rights" and to dismiss offenders instantaneously. (OLOB)

42Il nous semblerait intéressant d’analyser dans un prolongement de ce travail le type de requalification qu’apporte le prédicat énonciatif au syntagme prédicatif de la relative, requalification qui est modulée de façon différente selon que le verbe est à forme finie ou non finie :

was honest
The boy (that) we thought to be honest
honest

43La traduction française (Le garçon dont nous pensions qu’il était honnête /que nous croyions honnête) qui est sous la contrainte du recours à dont a l’avantage de montrer l’antécédent comme thème du propos (« Nous pensions de lui qu’il ») et de poser explicitement une complétive avec, en position sujet, le pronom il, reprise anaphorique de l’antécédent.

44Une incise est un segment - syntagme ou proposition - inséré parfois entre parenthèses, ou entre virgules, toujours dans un aparté dit plus bas, en commentaire sur du discours que l’incise vient interrompre. Le dictionnaire Robert en donne la définition suivante :

Proposition généralement courte, tantôt insérée dans le corps de la phrase, tantôt rejetée à la fin, pour indiquer qu’on rapporte les paroles de quelqu’un ou pour exprimer une sorte de parenthèse.

45Il s’agit de signaler un transfert d’origine énonciative. La portée de cette nouvelle prise en charge semble limitée au prédicat de la relative, qui suit le verbe de l’incise.

46Ainsi l’énoncé[28] paraît être un cas typique d’incise dans une relative concaténée, avec entre virgules, le verbe énonciatif et son sujet :

[28] My favourite was Lt Col Norman Murphy, who was leading a party of Americans on a tour of locations which, he claimed, featured in Wodehouse's books. (AJ)

47Le terme « incise » est parfois employé pour désigner un segment qui est simplement en apposition par rapport à un autre typographiquement, l’incise peut être signalée par des parenthèses, à la place des virgules, comme dans l’énoncé[298] :

[29] Director Roger Mills even retained a quip from Alan Whicker (whom the presenter consulted) about a Bernard Levin series in which the pretence of solitude was attempted. (OLOB)

48Quirk qualifie ces commentaires de unplanned interpolation.

49A propos des concaténées à relatif Ø, Souesme (2000:167) écrit :

on trouve parfois le relatif en position sujet du verbe de la relative, lorsque figure en position incise entre antécédent et verbe de la relative un commentaire de l’énonciateur du type he knew, he feared, you say portant sur le contenu de la relative : He turned against people he knew might kill him .

50Souesme parle de « position incise », mais ne dit pas qu’il s’agit véritablement d’une incise, pas plus qu’il ne reconnaît le statut de complétive au contenu de la relative. On peut néanmoins se demander quelle peut être la ligne de partage entre un segment « en position incise » et une véritable incise.

51Du point de vue de sa place, une véritable incise a une certaine capacité à la mobilité, avec deux positions possibles (médiane et finale) dans l’énoncé dans lequel elle est incorporée. Nos segments enclavés ont eux une position fixe, entre le relatif et le syntagme verbal de la relative, ou, dans le cas du relatif , directement entre l’antécédent et le verbe de la relative.

52Du point de vue de sa fonction, l’incise exprime l’avis de l’énonciateur, ou d’un énonciateur rapporté, sur le contenu de l’énoncé en cours. Nous avons affaire à du discours sur du discours.

53Même entre virgules, comme en [27], la séquence avec verbe énonciatif insérée dans nos relatives n’a pas les caractéristiques d’une incise. Il ne s’agit pas d’un aparté facultatif, et sa place est contrainte – immédiatement après le relatif. D’après Flintham et Malan, la relative entre dans une courbe intonative plate et plus basse, ce qui correspond au schéma des formes de qualification. Pour notre part, nous avons soumis un échantillon d’énoncés comportant les relatives que nous étudions à des locuteurs anglophones et les avons enregistrés, pour chercher à savoir s’il y a des courbes mélodiques propres à ce type de relatives. Les résultats ne permettent pas de dégager de tendance nette puisque l’on trouve pour certains locuteurs le même ton haut pour le relatif et pour le GN sujet qui le suit et une descente sur le verbe énonciatif ; pour certains autres un high rise sur le sujet du verbe énonciatif, suivi d’un high fall. Une seule locutrice conserve un ton de même hauteur avec légère descente sur le verbe énonciatif. Dans le cas du prédicat énonciatif entre virgules, il y a chez tous les locuteurs une intonation démarcative avec pause et accent contrastif sur le sujet du verbe énonciatif.

54Une liste non exhaustive des verbes apparaissant dans les relatives à enclave énonciative a été établie à partir du corpus :

allege ; believe ; claim ; confess ; (be) convinced ; doubt ; feel ; find ; hope ; know ; mention ; realize ; say ; suppose ; think

55Nous avons classé ces verbes en deux catégories, selon le mode de qualification apportée à l’antécédent.

56- type 1 : know / realize. La relative renvoie à une propriété objective du référent de l’antécédent. La qualification explicitée par la relative est dite par l’énonciateur ne pas sortir des propriétés constitutives du référent.

57L’occurrence est construite à l’intérieur du domaine notionnel délimité par l’antécédent. On reste dans une représentation stabilisée, sans introduire d’altérité. La construction de l’occurrence dans la relative est faite par identification totale avec la valeur de l’occurrence dans le GN antécédent, et ce dans l’assignation renouvelée d’une propriété constitutive de l’objet :

[30] Now trying to make up his mind to throw himself between them, and try to stop them; then thinking of running in and telling his friend Mary, who he knew would instantly report to the Doctor. (T. Hughes, Tom Brown's Schooldays)

58- type 2 : la deuxième classe de verbes est constituée des verbes de la série believe ; claim ; feel ; hope ; think qui peut définir l’objet du point de vue de l’énonciateur rapporté. A propos de l’énoncé :

[31] Without me you’re just a second lieutenant, which I suppose is the operative definition of a man who has no soul of his own.

59Garnier et Guimier (1997:238) écrivent : « I suppose modalise le contenu de la relative dans laquelle il est enclavé. »

60L’identification est partielle puisque c’est une propriété subjective externe, non-inhérente, non stable qui est rattachée à l’ensemble des propriétés de l’objet :

[32] As the hormone-treated beef problem has shown, Europeans are prepared to flout international trading agreements rather than be forced to accept food imports which they believe may be hazardous to health. (AJ)

61Tous ces verbes renvoient à une valuation qui a pour origine l’énonciateur rapporté. Cette appréciation introduit un paramètre qualitatif qui remet en cause le préconstruit de la relative, pour le réintroduire comme qualification subjective de l’objet auquel réfère l’antécédent. En l’absence d’un verbe cognitif, le contenu propositionnel de la relative (en l’occurrence restrictive) est un préconstruit d’origine indéterminée. Le prédicat énonciatif enclavé, en indexant de façon explicite le prédicat de la relative à un sujet énonciateur dérivé qui est à l’origine de la qualification apportée par le prédicat, fait comme si était ôté à ce préconstruit son caractère d’antériorité.

62Dans l’énoncé[33] dans lequel le préconstruit he was innocent> est déstabilisé par l’introduction de believe :

[33] "I did what any deputy in the Dail would do. I represented a constituent whom I believed was innocent. I never expected the price would be so high.'' (AJ)

63le verbe énonciatif construit un repérage centré sur l’énonciateur. Le contenu propositionnel n’est pas présenté comme non problématique, mais explicitement lié à la subjectivité du point de vue de l’énonciateur.

64Il faut cependant noter que ce classement ne saurait être rigide. Nous n’avons pas affaire à des classes de verbes, mais à des modes de qualification. Ainsi l’association d’un verbe type know et d’un marqueur modal (qui peut, à l’oral, être un marqueur intonatif) introduit de nouveau la subjectivité de l’énonciateur rapporté :

[34] I thought of a woman whom I had assisted to furnish a little haberdasher's shop, and who I knew had a first floor to let.

(M. Wollstonecraft, Maria, or the Wrongs of Woman)

65Parmi les marques modales associées qu’il est important de prendre en compte. On peut ainsi trouver par exemple :

66- un adverbe modal comme well qui permet un recentrage sur la valeur déjà identifiée :

[35] Then, filled with his own dark intentions, he spoke in the language of the Canadas, a tongue that he well knew was comprehended by most of his auditors.

(J. F. Cooper, The Last of the Mohicans)

67- un adverbe épistémique tel que probably qui introduit dans la relative une identification supplémentaire en signalant une coïncidence quasi-certaine entre le jugement de l’énonciateur rapporté they, à savoir : plaintiff - shouldn't be made to suffer any more> et le point de vue de l’énonciateur-origine :

[36] Mr Shaw said that a jury's task in awarding damages would be very difficult: `It is probably a unique case, with a unique plaintiff, whom they probably felt shouldn't be made to suffer any more.’ (OLOB)

68- l’association auxiliaire modal + only :

[37] Holmes showed me into a small chamber which looked out on to Pall Mall, and then, leaving me for a minute, he came back with a companion who I knew could only be his brother. (A. C. Doyle, The Adventure of the Greek Interpreter)

69Le prédicat énonciatif introduit un paramètre épistémique qui permet de remettre en cause le contenu prédicatif, en ouvrant une bifurcation :

[38a] On Sunday night, at their meeting to add names to their world indoor championship team, they left out one who they thought had not qualified but who did so 11 months ago. (AJ)

70On peut remarquer ici que la relative concaténée est un élément obligatoire à la bonne formation de l’énoncé et ne peut être supprimée sans conduire à deux propositions contradictoires :

[38b] *They left out one who had not qualified but who did so 11  months ago.

71Ce type d’énoncé permet de voir que les relatives concaténées jouent sur les ajustements nécessaires à tous les niveaux de construction de l’assertion : il s’agit pour le sujet de dire ce qu’il croit être le cas.

72Les ajustements rendus possibles par les relatives à enclave énonciative permettent la mise en équivalence de l’objet avec les propriétés que lui assigne l’énonciateur rapporté avec l’objet qui lui pré-existe au titre de l’antécédent en attente de qualification. On voit dans cette opération prédicative de mise en équivalence une opération d’identification :

(…) l’opération d’identification, opération primitive[…] assure la stabilité des représentations à travers les variations et les accidents de notre activité de sujet énonciateur. Sans stabilité, il ne peut exister de formes qui, par le biais de désignations, permettent de construire des déterminations référentielles qui régulent nos échanges inter-sujets. (Culioli 1990:95)

73Avec la relative à prédicat énonciatif, l’énonciateur se livre à une activité épilinguistique qui consiste à commenter le contenu de la relative.

74Dans les G.N. complexes avec relative, l’identification (au sens intuitif de reconnaissance) majeure est celle apportée par la relative telle qu’elle est dominée par le prédicat énonciatif et qui permet à propos de l’antécédent de dire que l’on a un < x > qui est le < x > dont je dis qu’il…

75L’identification 1 : celle qui provient de la relation de coïncidence entre la valeur de l’occurrence construite au niveau de l’antécédent et celle représentée par le relatif. En-dehors des relatives détachées, aucun des deux termes n’a en soi de référent autonome.

76L’identification 2 : l’occurrence dont le relatif est la trace est explicitement posée dans son statut existentiel par le S0 (sujet du prédicat énonciatif dominant). Il s’agit d’établir la reconnaissance d’une seule occurrence du même objet dans des repérages situationnels différents , de véritablement identifier, c’est-à-dire reconnaître comme stable et constante une occurrence dont l’existence est par nature floue et instable, qui est perçue de façon différente par des sujets différents.

77Ces relatives participent à une valuation, une appréhension qualitative de l’occurrence par laquelle l’énonciateur rapporté tente d’identifier (au sens de reconnaître) l’occurrence que représente l’antécédent. Par là même, et contrairement à ce qui a été dit dans les descriptions qui ont été données au départ, il ne s’agit pas dans les relatives concaténées d’un relatif argument d’une proposition complément qui intègre un préconstruit, mais d’un renouvellement de l’argument dans son poste, renouvellement qui permet la déconstruction de tout travail assertif antérieur. C’est bien ce que dit Khalifa (1999:204) :

La proximité du verbe PCD intercalé a modifié, non la relation entre le sujet et son verbe, comme le suggère Jespersen, mais bien plutôt la perception du rôle syntaxique du sujet dans l’énoncé global.

78Ces configurations ne relèvent pas d’un traitement syntaxique (relation entre verbe matriciel et proposition constituante) mais d’une intrication de l’énonciatif et du prédicatif qui permet par l’introduction explicite du point de vue de l’énonciateur rapporté de tenter d’approcher l’occurrence représentée par l’antécédent par la qualification qu’en donne cet énonciateur.

79Il s’agit non seulement de construire la perception qu’a l’énonciateur du rôle du référent du relatif, mais aussi l’identité de ce référent pour tout autre sujet.

80Nous empruntons à Henry Wyld la notion de « subordination inverse » pour dire qu’il n’existe pas avec les relatives à prédicat énonciatif enclavé de lecture séquentielle possible de la relation antécédent-relatif, le relatif ayant dans la construction du sens un rôle central. De ce point de vue, si l’on réfléchit à l’orientation de la relation d’identification dans ces structures, nous pensons qu’elle s’effectue de droite à gauche. La place du relatif dominé par le prédicat énonciatif, et cette place peut être le lieu d’un effacement, est en recherche de conformité avec la valeur de l’occurrence représentée par l’antécédent.

Notes de bas de page numériques

1 Quirk et al. “the wh-element[…] can also operate indirectly in the main clause, as part of another clause element. We call the wh-element in such case a PUSHDOWN ELEMENT.” (1985:821) “A special type of multiple postmodification that requires careful ordering occurs when the modifying clause becomes itself embedded in a clause (‘pushdown relative clause’) (1985:1298)
2 Larreya, P., Rivière, C. (1999:348)
3 Jespersen, O. (1927:196) A relative clause may be concatenated or interwoven with another clause. The simplest case is with a content-clause after some verb like say, hear, fear, etc.
4 Huddleston R. ; Pullum G.K. (2002:1064) : Integrated relatives have it in common that their content is presented as an integral part of the meaning of the clauses containing them. The prototypical integrated relative expresses a distinguishing property, as in : “They only take in overseas students who they think have lots of money.”

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Source du corpus électronique (codes utilisés)

OLOB : Oxford-LOB

PB : corpus de Pierre Busuttil

AJ : articles de journaux

Pour citer cet article

Michèle Lanc et Jean Albrespit , « Lieux d’identification dans les relatives à enclave énonciative », paru dans Cycnos, Volume 21 n°1, mis en ligne le 25 juillet 2005, URL : http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=3.


Auteurs

Michèle Lanc

Michèle Lanc est maître de conférences à l’université Michel de Montaigne-Bordeaux-3 (équipe TELANCO JE 2385). Elle conjugue dans son travail une approche psychomécanique et une approche énonciative. Elle s’intéresse particulièrement aux problèmes de temps et d’aspect ainsi qu’aux interrogatives indirectes en contexte assertif positif. Université Bordeaux-3, équipe TELANCO (JE 2385) ; e-mail : Michele.Lanc@montaigne.u-bordeaux.fr

Jean Albrespit

Université de Bordeaux III.