Cycnos | Volume 23 n°1 Le Qualitatif - 

Jean-Marie Merle  : 

Wh‑ et la référence qualitative aux paradigmes

Abstract

This paper is centered on the properties of wh‑ words: pronouns, adverbs, determiners and the conjunction whether. Wh‑ words are specialised in qualitative (semantic, notional) reference to paradigms, without determination, within a system which comprises other paradigmatics (somebody, anyone, nothing, everywhere, etc.). The properties of wh‑ words are examined in various contexts: interrogative and exclamatory sentences, concessive and relative clauses, so-called “free” or “fused” “relative” clauses, “pseudo-cleft” sentences.

Plan

Texte intégral

1Le titre de cet article1, « Wh‑ et la référence qualitative aux paradigmes » ne signifie pas que whopère une référence aux paradigmes, mais que wh‑ s’accompagne d’une référence qualitative aux paradigmes. Wh‑ doit son origine à l’indo-européen *kwo, qui est aussi l’origine de qu‑ en latin ou en français. A. Crépin (1994 : 127) signale à propos de « l’ensemble des éléments en wh‑ » qu’il « vient des interrogatifs vieil-anglais en hw‑ ». Autrement dit, les éléments en wh‑ ont d’abord été employés dans des contextes énonçant un problème de connaissance, pour exprimer un cas d’instabilité référentielle ou de référence inachevée par manque de détermination, problèmes que nous avons l’habitude de traiter en ayant recours au concept de « parcours » (cf. les travaux de A. Culioli, J. Bouscaren, A. Gauthier, M.‑L. Groussier, E. Gilbert, J.-C. Souesme, R. Mauroy, etc). Etablissant un raccourci entre référence et morphologie, d’autres auteurs les nomment « formes vides en attente de remplissage » ou encore parlent de « déficit informationnel » (cf. H. Adamczewski, Cl. Delmas, W. Rotgé et J.-R. Lapaire, A. Crépin). Le « vide » ou le « déficit », en ce qui concerne les mots en wh‑, est un vide ou un déficit de détermination. Je n’aurai pas pour ma part recours au concept d’opération de parcours, et je renvoie sur ce point particulier aux travaux de G. Mélis et de L. Gournay2. Dans un premier temps (§ I) seront envisagées ici quelques propriétés des mots en wh‑ : l’absence de détermination caractéristique de wh‑ et, malgré cette absence de détermination, l’instanciation d’une place structurale identifiable dans la chaîne linéaire ; identifiable notamment grâce à la présence d’un morphème différentiel, qui établit une référence qualitative à un paradigme. La référence au paradigme situe les mots en wh‑ dans un ensemble plus vaste de « paradigmatiques » dont j’ébaucherai la définition (§ II) et dont je montrerai quelques caractéristiques. J’aborderai ensuite (§ III) le rôle discursif des mots en wh‑, canoniquement en position initiale, par rapport au contenu propositionnel qu’ils introduisent, puis (§ IV) j’envisagerai différents contextes énonciatifs dans lesquels ils apparaissent.

2Where seul est inapte à renseigner sur une détermination spatiale, de même que when sur une détermination temporelle. En revanche leur morphologie est porteuse d’une propriété (cf. sur ce point, Adamczewski 1982 : 329 ; Quirk et al. 1985 : 77 ; Gournay 2004 : 5) qui suffit à établir un lien qualitatif avec un paradigme, celui des références spatiales dans le cas de where (en concurrence avec here / there, qui, eux, sont porteurs de détermination), celui des références temporelles (élargies) dans le cas de when (en concurrence avec then). Cette caractéristique est primordiale, tout autant que l’absence de détermination.

3On verra comme indices supplémentaires de l’absence de détermination marquée par wh‑ 1/ la compatibilité de divers mots en wh‑ avec une détermination : somewhere / somehow / anywhere / nowhere / everywhere... ; 2/ la neutralisation du nombre3 dans les interrogatives portant sur le sujet, qui restent neutres quant à l’extensité4 à venir dans la réponse : la forme verbale est au singulier5 (par défaut) même si l’extensité attendue est supérieure à un. Le même phénomène se retrouve dans les percontatives (« interrogatives » indirectes ; cf. ex. 2, § III.2.3, § IV.3), dans les intégratives (« relatives sans antécédent » ; cf. ex 3, § III.2.2, § IV.6) et dans les concessives (ex. 4, § III.2.4, § IV.5).

[1] A: Who is coming tonight? B: Peter, Paul and Mary / Henry / Our next-door neighbours. (interrogative)
[2] He didn’t know who was coming. (percontative)
[3] On The Waste Land specifically, he told one inquirer that the real meaning of the poem is that which it holds for whoever is reading it. (P. Ackroyd) (intégrative)
[4] She was sure that Comrade Andrew would not be still in bed, whoever else was. (Doris Lessing) (concessive)

4Mais wh‑ n’opère pas seul. Si tel était le cas, on obtiendrait comme dans l’exemple 5 une distribution indifférenciée et référentiellement inopérante :

[5] A: Hey, WH’s that supposed to be?
B: The car’s waiting outside. You’ll walk between us, saying nothing.
A: WH are you talking about?
B: Let’s go.
A: Go WH? WH… WH are you?

5Les éléments en wh‑ n’ont donc pas pour seule et unique fonction de marquer un vide. L’absence de détermination reçoit un support qualitatif : wh‑ s’accompagne toujours d’un morphème (who, where, when, etc.) établissant un lien avec un paradigme par le biais d’une propriété. Cette caractéristique qualitative permet à chaque mot en wh‑ d’instancier une case structurale (identifiable dans la structure sémantique et dans la structure syntaxique) ; l’instanciation6, quant à elle, se fait en fonction de la ou des caractéristique(s) qualitative(s) pertinente(s). C’est ainsi que (5) n’est pas une suite d’énoncés achevés alors que (5’) en est une :

[5’] A: Hey, what’s that supposed to be?
B: The car’s waiting outside. You’ll walk between us, saying nothing.
A: What are you talking about?
B: Let’s go.
A: Go where? WhoWho are you? (North by North-West)

6L’instanciation s’opère selon une distribution qui tient compte de la spécificité notionnelle (sémantique) sélectionnée. On peut reconnaître à chaque mot en wh‑ un statut dans la structure des constituants (Who est pronom / where adverbe dans les exemples ci-dessous, 1 et 7), et un statut dans la structure fonctionnelle (Who a une fonction de sujet / where, une fonction de complément directionnel) :

[1] Who is coming tonight?
[7] A: Let’s go.
B: Go where? (North by NW)

7En même temps qu’un statut syntaxique différencié, on a affaire à une amorce de référence. C’est cette référence, marquée par le morphème situé à droite de wh‑, que j’appelle « référence qualitative au paradigme ». Le terme de paradigme désigne « l’ensemble des éléments susceptibles de s’insérer en un point donné de la chaîne » (Groussier & Rivière 1996 : 136), c’est-à-dire l’ensemble des éléments susceptibles de commuter en un point donné. Une référence qualitative au paradigme se fait donc en compréhension (hors détermination, cf. § I.1) et non en extension ni en extensité (cf. note 4).

8Le système (le recours aux paradigmes et leur délimitation) est en évolution constante, comme le montrent les exemples 8, 9 et 10 : dans un état antérieur de la langue – jusqu’au XVIIe s. – la mise en relation d’une proposition relative avec un support (antécédent) renvoyant à un animé pouvait s’opérer au moyen du pronom relatif which (exemple 8 ; cf. Stévanovitch 1997 : 75 ; Flintham 2000 :79-84) ; l’emploi de whom est chez certains locuteurs irrémédiablement perdu (exemple 9) ; whose n’opère pas nécessairement un repérage par rapport à un référent animé humain (exemple 10).

[8] Our Father which art in Heaven… (XVIIe s.)
[9] ‘One moment, please. Whom did you wish to see?’
Degarmo spun on his heel and looked at me wonderingly. ‘Did he say, “whom?”’
‘Yeah, but don’t hit him,’ I said. ‘There is such a word.’ (R. Chandler 1948)
[10] The sunshine actually caught one crate whose straw was streaming on to the yard like gold. (D. H. Lawrence, 1913)

9Certains de ces paradigmes sont très nettement définissables, d’autres, pour la raison qui vient d’être évoquée, moins :

10– on citera d’abord les paradigmes sémantico-référentiels de base, paradigmes des lieux (where), des instants (when), de la cause (why), des animés humains (who et ses formes fléchies : whom, avec des pincettes, et – avec des débordements – whose), des non-animés humains (which, avec sélection situationnelle d’un sous-paradigme, d’où son emploi comme relatif) ou what, hors sélection situationnelle (d’où son absence d’emploi comme relatif7 ; cf. à ce sujet Danon-Boileau 1982) ;

11– ensuite les paradigmes de la qualification : celui de la manière ou de la qualification appliquée prototypiquement au non-nominal8 – c’est-à-dire à tout support non nominal, mais adjectival, adverbial, prédicatif, relationnel (how) ; celui de la qualification et de la détermination hors sélection (what) ; celui de la qualification et de la détermination assortie d’une sélection situationnelle (which) ; dans les interrogatives, les percontatives (« interrogatives indirectes », cf. § III.2.3, § IV.3) et les relatives, l’opérateur de repérage (déterminant ou pronom) whose ;

12– enfin, le paradigme duel, celui de l’alternative (pertinent pour introduire les percontatives et les concessives bi-polaires), annoncé par la conjonction whether. Whether – à la différence des autres mots en wh‑ qui reçoivent tous une fonction à l’intérieur de la proposition qu’ils introduisent – a toujours une fonction diastématique9.

13En fonction de la distribution, la délimitation des paradigmes peut s’affiner. Ainsi dans l’exemple 11, les deux attributs who et what délimitent qualitativement deux champs de qualification différents. What réfère au paradigme des propriétés et who au paradigme des identités (le loup étant assimilé aux animés humains dans ce contexte de conte) :

[11] The wolf said, ‘I am happy with who I am and what I am,’ and leaped out of bed. (J. F. Garner)

14En anglais, aucun des paradigmes du système n’est spécialisé dans le quantitatif : dans tous les cas, chacun des paradigmes est défini de façon qualitative exclusivement10. Force est donc de recourir au qualitatif pour signifier le quantitatif11 : cf. how much, how many, how fast, how tall, how small, etc., littéralement, « beaucoup comment », « nombreux comment », « rapide comment », « grand comment », « petit comment », etc.

15Les remarques faites ici s’appuient sur l’opposition entre deux types de délimitation, l’une consistant à déterminer, à préciser quelle est l’occurrence envisagée (Qlt, Qnt), l’autre consistant à définir, à préciser ce qu’est la référence envisagée (Qlt). Les mots en wh‑ se caractérisent par leur absence de détermination, mais non par leur absence de sémantisme (Qlt) : l’idée défendue ici est qu’ils n’ont pas pour vocation de construire une occurrence, mais de faire référence, qualitativement (en compréhension), à un paradigme, autrement dit de signifier que la case structurale instanciée, hors détermination, relève de tel ou tel paradigme sémantico-référentiel.

16Les propriétés qui viennent d’être mentionnées font entrer les éléments en wh‑ dans la classe des paradigmatiques, que je définirai comme les mots grammaticaux (déterminants, pronoms, adverbes) spécialisés dans la référence à un paradigme sémantico-référentiel, quelle que soit l’extensité de cette référence et quelle que soit l’extensité de ce paradigme. Autrement dit, les paradigmatiques comprennent les éléments en wh‑ et les « indéfinis », c’est-à-dire l’ensemble des struments (mots grammaticaux) dérivés et composés de ‑wh‑, ‑one, ‑body, ‑thing, etc.

17Outre la référence au paradigme, les paradigmatiques partagent une propriété qui en fait une classe aisément reconnaissable : la compatibilité avec l’expression d’une altérité intra-paradigmatique, marquée par else (somebody else, who else, where else, everywhere else, anywhere else, nowhere else, etc). Exemple :

[12] What else could one expect? (V Woolf, Night and Day)

18Qu’ils soient « spécialisés dans la référence à un paradigme sémantico-référentiel » ne signifie nullement que chacun des paradigmatiques fasse référence à un paradigme donné dans toute son extensité. La référence paradigmatique à extensité maximale est la spécialité des paradigmatiques en ­‑ever‑. Ever étant marqueur d’exhaustivité paradigmatique, everywhere, par exemple, réfère au paradigme des lieux (Qlt ‑ere) dans son exhaustivité (Qnt every‑), autrement dit dans l’extensité maximale pertinente dans un contexte donné, la détermination n’étant pas spécifiée autrement (cf. ‑wh‑). La « référence au paradigme » est donc marquée qualitativement (par ‑body, ‑one, ‑thing, etc...) et assortie des déterminations qui sont compatibles avec elle. No (Qnt) marquant une extensité nulle (cf. note 4), nobody, par exemple, réfère au paradigme des animés humains pour exprimer, d’ordinaire, dans une structure donnée, l’absence d’occurrence relevant de ce paradigme (There was nobody in the room). Ce qui ne signifie nullement qu’il n’y ait pas instanciation ici encore. C’est précisément sur l’instanciation que joue L. Carroll dans l’exemple suivant :

[13] “[…] I haven’t sent the two Messengers either. They’re both gone to the town. Just look along the road, and tell me if you can see either of them.”
“I see nobody on the road,” said Alice.
“I only wish I had such eyes,” the King remarked in a fretful tone. “To be able to see Nobody! And at that distance too!” (L. Carroll)

19Tandis que les autres paradigmatiques de la classe reçoivent une détermination, les mots en wh‑ se caractérisent, comme on l’a vu, par leur absence de détermination, ainsi que par leur indifférence à l’extensitude12 de l’énoncé. Dans l’exemple 14, l’extensitude est maximale (glose : whenever it’s raining) ; dans l’exemple 15, elle est réduite à une occurrence :

[14] Now when it’s raining, I don’t miss the sun. (Nat King Cole)
[15] When the pigs saw the wolf, they ran into the house of straw. (J. F. Garner)

20La compatibilité des paradigmatiques avec les structures de focalisation constitue une autre de leurs caractéristiques. Cette compatibilité est fonction de leur détermination, comme dans le tour exceptif13 de chacun des exemples suivants (16 à 19) :

[16] What could he do but forgive her? (OED)
[17] America made a grave error in rejecting the traditional law-enforcement model in favour of this more abstract concept and its associated methods, such as internment and torture at Bagram and Guantanamo Bay, which has, just about everyone but Bush and Donald Rumsfeld now accept, produced very little hard, 'actionable' intelligence. (The Guardian, 2005)
[18] She wanted William; she wanted to go home, she wanted to be anywhere but Alice Springs. (M. O’Mara)
[19] I want to be loved by you – Just you – Nobody else but you (Some Like It Hot)

21Dans ces exemples, les paradigmatiques en wh‑ (ex. 16), every‑ (ex. 17), any‑ (ex. 18) et no‑ (ex. 19) sont exploités pour référer respectivement aux paradigmes des prédicats verbaux (do what), des animés humains avec sélection situationnelle14 (everyone), des lieux (anywhere) et des animés humains (nobody) – sans détermination dans le premier exemple, avec détermination dans les trois suivants. Le foyer de chacune de ces structures de focalisation est double : la référence paradigmatique munie de sa détermination (do what / everyone / anywhere / nobody), est située à gauche de but, tandis que l’élément sélectionné se trouve à droite de but (forgive her / Bush and Donald Rumsfeld / Alice Springs / you), à l’intérieur du même syntagme (respectivement SVerb, SNom, SAdv, SNom). But (étymologiquement without, outside) signifie la construction d’un extérieur E, autrement dit la forclusion mutuelle de la référence paradigmatique (munie de sa détermination ou de son absence de détermination) et du foyer de l’exception. La focalisation sur l’élément qui fait exception, situé à droite, s’opère donc en deux temps par rapport à un paradigme donné et en deux temps à l’intérieur d’un même syntagme. Syntaxiquement, le focus de l’exception et le paradigmatique ont même statut l’un et l’autre, et l’un et l’autre même statut que le syntagme qui les contient, ce qui logiquement donne un statut transcursif de coordonnant15 à but (but n’affecte pas le statut syntaxique des éléments reliés).

22Les paradigmatiques en wh‑ peuvent constituer à eux seuls, dans un contexte interrogatif ou percontatif (« interrogatif » indirect), le foyer de structures de focalisation.

[20] “Tell me, Dr Hackenbush, just what was your medical background?” (A Day at the Races)
[21] What is it that you want? (Interrogative clivée en it)
[22] What we want to know is where Kingsley is. (Chandler) (clivée en what / foyer percontatif)

23Dans l’interrogative de l’exemple 20 la focalisation s’opère sur what à l’aide de l’adverbe paradigmatisant16 just (cf Nølke 1983 et Guimier 1996) ; dans l’exemple 21, what constitue le focus d’une interrogative « clivée en it » ; dans l’exemple 22, la percontative where Kingsley is est le focus d’une « clivée en what ». Ces exemples ont en commun qu’ils comportent un problème de connaissance : les interrogatives et les percontatives sont foncièrement épistémiques17. L’élément en wh‑ s’accompagne d’une référence au paradigme (what / what / where) ; wh‑ signale l’absence de détermination ; la modalité épistémique de la structure d’accueil fait de cette absence de détermination le thème d’un problème de connaissance, sur lequel s’opère la focalisation.

24Le « vide en attente de remplissage » est donc un vide de détermination dont la pertinence est exploitée en fonction de la référence qualitative à un paradigme et en fonction du statut énonciatif de la structure d’accueil.

25Dans les contextes où apparaissent les mots en wh‑ (interrogatives, exclamatives, percontatives, « clivées » en wh‑, relatives, intégratives, concessives), l’absence de détermination est toujours exploitée, soit en raison de sa pertinence, soit parce que la détermination n’est pas pertinente.

26L’instanciation (cf. § I.2) qualitative hors détermination (cf. § I.1) induit quant à elle le caractère présupposant18 des propositions en wh‑. Les énoncés de l’exemple 23 se construisent 1/ sur une succession de présupposés ; 2/ sur une élimination par étapes successives de la détermination présupposée :

[23] ‘Don’t stare at my feet!’ she snapped.
‘I’m not staring at your feet,’ he denied.
Whose feet are you staring at then?’
‘I’m not staring at anybody’s feet.’
‘Then quit staring at {whatever you’re staring at}.’ (Chester Himes, Pinktoes)

27La proposition intégrative de la ligne 5 de l’exemple 23 (whatever you’re staring at) reçoit précisément sa pertinence de l’absence de détermination de whatever. Les présupposés successifs sont, à la ligne 1, le présupposé you are staring at my feet, induit par la négation et repris à la ligne 2 ; à la ligne 3, le présupposé you are staring at somebody’s feet [référence au paradigme des repérages [whose], mais repérage non spécifié], présupposé maintenu par la négation de la ligne 4 ; à la ligne 5, le présupposé you are staring at something [élargissement maximal du paradigme].

28Au présupposé correspond le statut thématique de l’élément en wh‑, qui peut être thème principal ou secondaire, en fonction de la structure d’accueil.

29Placés canoniquement en position initiale, les mots en wh‑ modifient la proposition qu’ils introduisent, dont ils inhibent ou modulent le caractère assertif. Soit ils ne sont pas subordonnants et ils introduisent une interrogative (cf. § IV.1) ou une exclamative non assertive (cf. § IV.2). Soit ils sont subordonnants et ils introduisent une proposition à laquelle ils donnent un statut global, qui s’interprétera en fonction du contexte comme percontatif (§ IV.3), concessif (§ IV.5), intégratif (§ IV.6), relatif (§ IV.7). Ce statut relève de données sémantiques, syntaxiques et modales19. La distinction entre les quatre derniers cas de figure est bien connue. On en fera un très bref rappel.

[24a + b] From a single room in Kingston-upon-Thames {which he rented} and {where he lived with Ilya}, he repaired watches and clocks. (G. Seymour) (relatives)
[25a] She sold {what he had bought} / [25b] She lives {where I live}. (intégratives)
[26a] She didn’t know {what he had bought} / [26b] She doesn’t know {where I live}. (percontatives)
[27a + b] David was a family man and, {whatever he did} and {wherever he went}, he always put them first. (The Embalmer) concessives)

30Les propositions entre {accolades} ont toutes en commun d’être introduites par un subordonnant en wh‑. Dans tous les cas (24, 25, 26, 27) le subordonnant en wh‑ a une fonction à l’intérieur de la proposition qu’il introduit, fonction pronominale d’objet direct dans le cas de which / what / what / whatever (24a, 25a, 26a, 27a) et fonction adverbiale (adjunct) dans le cas de where / where / where / wherever (24b, 25b, 26b, 27b).

31Les propositions, quant à elles, ont des statuts différents.

3224a et 24b sont des relatives introduites respectivement par un pronom relatif (which) et par un adverbe relatif (where). Les deux relatifs établissent par anaphore20 une relation entre les propositions relatives et l’antécédent (a single room) qu’elles qualifient. De là vient l’emploi des termes de relative et de relatif. Dans cet exemple, elles ont une fonction non pas épithétique, de caractérisation, mais appositive21.

33Dans les propositions 23a et 23b, le pronom what et l’adverbe where ne sont plus relatifs puisqu’ils n’établissent plus de relation entre une proposition et un antécédent, et on n’a donc plus affaire à des relatives. En revanche ils donnent une masse valentielle, un rôle sémantique différencié et une fonction syntaxique différenciée, à chacune des propositions qu’ils introduisent (what he had bought est une intégrative22 nominale objet de sold / where I live une intégrative adverbiale23, adjunct, complément locatif de live).

34 Les propositions 26a et 26b ont quant à elles un statut syntaxique indifférencié : what he had bought et where I live ont l’une et l’autre un même statut nominal, l’une et l’autre étant complément valentiel de know. L’une et l’autre sont enchâssées dans l’énoncé d’un problème de connaissance (modalité épistémique annoncée par didn’t know / doesn’t know) portant sur la détermination de what et de where. Les deux propositions matérialisent le problème de connaissance, mais les conditions pragmatiques de l’interrogation ne sont plus réunies, d’où l’emploi, pour décrire un phénomène différent, d’un terme différent, celui de percontative (cf. note 22 ; voir Leonarduzzi 2004 pour une présentation différente du problème).

35Les propositions 27a et 27b, quant à elles, ont également même statut l’une que l’autre (indifférent donc au fonctionnement pronominal de whatever et au fonctionnement adverbial de wherever), mais ce statut n’est ni nominal, à la différence des percontatives et des intégratives nominales, ni un statut d’adjoint (adjunct) à la différence des intégratives adverbiales (les tests permettant de mettre en évidence un fonctionnement endophrastique d’adjunct – focalisation, interrogation, négation – ne s’appliquent plus ; cf. Quirk 1985, Wyld 2001). Elles ont l’une et l’autre un statut de concessives (extensionnelles), c’est-à-dire de circonstant discursif disjoint (disjunct).

36Dans les paragraphes qui suivent, les remarques éparses faites jusqu’à présent vont être mises à l’épreuve de différents contextes énonciatifs.

[1] A: Who is coming tonight?
B: Peter, Paul and Mary / Henry / Our next-door neighbours.

37On a rappelé plus haut (§ I.1) que le singulier, dans un énoncé interrogatif (Who is coming tonight?), marque l’absence d’anticipation sur l’extensité (référentielle) de la réponse, que celle-ci soit donnée en intension (our next-door neighbours) ou en extension (Peter, Paul and Mary). Autrement dit, dans un énoncé interrogatif, l’énonciateur pose un problème de connaissance (modalité épistémique) concernant tel ou tel paradigme (cf. Who) ; il en fait le thème de son énoncé et la position initiale de wh‑ annonce que l’énoncé n’est pas assertif (cf. § III.2) ; la référence au paradigme est qualitative et se fait hors détermination, par instanciation d’une case dans le schéma de lexis, et dans la relation prédicative, autrement dit dans la structure sémantique, dans la structure des constituants et dans la structure fonctionnelle (cf. § I.2) ; cette instanciation est présupposante (cf. § III.1 ; présupposé : somebody is coming tonight) et le problème de connaissance est dès lors l’absence de détermination signalée par le paradigmatique en wh‑. L’énonciateur s’en remet au co-énonciateur pour résoudre ce problème de détermination (caractéristique fondamentale de l’interrogative) : le problème de connaissance (modalité épistémique) est indexé sur l’énonciateur dans un premier temps, et la fonction pragmatique (inter-énonciative) de l’interrogative est de le ré-indexer sur le co-énonciateur, qui est sollicité pour le résoudre par instanciation. 1B montre qu’il ne s’agit effectivement dans la réponse que d’une instanciation : l’énoncé n’est pas restructuré intégralement ; le co-énonciateur ne fournit (canoniquement) que la référence destinée à réinstancier la case pertinente (Peter, Paul and Mary / Henry / Our next-door neighbours plutôt que Peter, Paul and Mary are coming tonight, etc.). La instanciation est nécessairement indexée sur (repérée par rapport à) l’énoncé qui précède, ce qui suffit donc pour en faire un énoncé viable. On a ainsi affaire, dans le cas de l’interrogative, à un frayage (référentiel et discursif) qui s’appuie sur l’instanciation opérée à l’aide de wh‑.

38L’instanciation in situ constitue un cas particulier des énoncés interrogatifs. Syntaxiquement cette structure est sans aucune ambiguïté : il n’y a que les énoncés interrogatifs qui permettent l’instanciation in situ, hors position initiale, à l’aide d’un paradigmatique en wh‑ (cf. 28 : down there when it happened => down where when what happened?).

[28] ‘[...] I just came from Juanita’s and she didn’t say anything to me about it,’ he said. ‘And we had a long fine get-together.’
Mamie began getting furious. ‘You were down there when it happened.’
‘Down where when what happened?’ (Chester Himes, Pinktoes)

39Ce qui distingue ce cas de figure (28), c’est précisément que l’instanciation à l’aide des mots en wh‑ (l’adverbe where et le pronom what) est une instanciation, qui conserve toutes les données de l’énoncé qui précède, à l’exception de la détermination (there => where / it => what).

40Comme on l’avait constaté ci-dessus à propos de l’exemple 1, la référence au paradigme pertinent, par ré-instanciation dépouillée de sa détermination (cf. 29 : That’s funny => What?; 30 : They’ve separated => Who?), assortie d’une indexation sur l’énoncé précédent, suffit à construire un énoncé viable : cet énoncé s’interprète comme un problème de connaissance (épistémique interrogatif) soumis au co-énonciateur avec frayage (référentiel) vers une nouvelle réinstanciation (A2 / The Wrights).

[29] A1 : That’s funny.
   B : What?
A2: That plane is dusting crops where there ain’t no crops24. (N by NW)
[30]What happened to him?’ Art asked, it so happening that by then he didn’t remember a thing that had happened at Patty’s, such being the effect of mad loving on his brain.
They’ve separated.’
Who?’
‘The Wrights.’ (Chester Himes, Pinktoes)

41Le principe de l’instanciation avec indexation sur l’énoncé qui précède s’applique encore dans l’énoncé suivant (31). La seule différence par rapport aux exemples qui précèdent tient à ce qu’il s’agit d’une instanciation par référence à un paradigme qui n’était pas représenté dans la structure de l’énoncé précédent. La référence qualitative au paradigme de la cause (adverbe why), hors détermination, assortie d’une modalité interrogative, opère un frayage référentiel (une étape intermédiaire) vers la réinstanciation demandée.

[31] A: Honest women frighten me.
   B: Why? (N by NW)

[32] What a dump! (E. Albee)
[32’] This is such a dump!
[32’’] *This is what a dump!
[33] How near he was, and how invisible! (D.H. Lawrence)
[33’] He was so near, and so invisible!
[33’’] *He was how near, and how invisible!

42Dans les exclamatives, seuls what et how sont concernés. L’exclamation relève de la modalité appréciative (cf. note 19) : l’énonciateur surajoute un commentaire à un contenu de sens. Ce commentaire relève de la qualification : what et how sont l’un et l’autre spécialisés dans la référence au paradigme de la qualification (cf. § I.3), what du nominal (cf. a dump) et how du non-nominal (cf. near / invisible), hors détermination, en concurrence avec les anaphoriques such et so. Ici encore, l’assertion est inhibée : les exclamatives assertives en such (32’ : This is such a dump!) et en so (33’ : he was so near, and so invisible!) s’opposent aux non assertives25 en what (32’’ : *This is what a dump!) et en how (33’’ : *he was how near, and how invisible!). A la différence de l’interrogation, l’exclamation ne soumet pas un problème de connaissance au co-énonciateur pour qu’il le résolve. Ce qui justifie l’emploi d’une qualification en wh‑, donc hors spécification, c’est précisément l’expression de l’indicible (cf. Groussier 1995, Kerfelec 2002) ou de l’ineffable (cf. Culioli 1999), autrement dit la modalité appréciative de 32 (what a dump!) donne comme inqualifiable (selon l’énonciateur) l’occurrence de dump, ce qui peut avoir pour effet dans certains cas un centrage sur le centre attracteur. Lorsque l’élément qualifié est gradable (cf. near dans l’exemple 33), l’interprétation peut être celle du haut degré26. Si l’on admet que l’invisibilité (cf. 33, invisible) fonctionne en tout-ou-rien, le caractère appréciatif de la modalité exclamative demeure, ainsi que l’absence de spécification caractéristique de wh‑, mais sans aboutir nécessairement à l’expression du haut degré.

[26a] She didn’t know {what he had bought}.
[26b] She doesn’t know {where I live}.

43Le problème de connaissance (modalité épistémique) est toujours central. C’est lui qui permet de distinguer les percontatives des intégratives, que rien ne distingue formellement par ailleurs (cf. § III.2.3). Alors que la masse valentielle de l’intégrative varie en fonction du statut du mot en wh‑ (nominal vs adverbial : cf. § III.2.2), une même structure d’accueil donnera systématiquement le même statut syntaxique aux percontatives. On remarquera par ailleurs que non seulement l’enchâssement ne garantit pas que l’on ait affaire à du discours rapporté, mais que la relation inter-énonciative n’est pas exploitée pour résoudre ce problème de connaissance. C’est en cela que les percontatives se distinguent des interrogatives. Dans l’exemple 26 (a et b) le problème de connaissance n’est pas indexé sur l’énonciateur ni sur le co-énonciateur (comparer avec § IV.1) : il est indexé par l’enchâssement sur le sujet de l’enchâssante, en l’occurrence délocutif (she). Ces énoncés sont des assertions (she didn’t know XYZ / she doesn’t know XYZ), dans l’enchâssante, de problèmes de connaissance explicités dans l’enchâssée : l’énonciateur asserte que le sujet de l’enchâssante est le siège d’un problème de connaissance et il faut le cas particulier d’un sujet locutif (de première personne), pour que l’énonciateur en soit le siège. L’indétermination des mots en wh‑ est toujours exploitée puisque c’est le mot en wh‑ qui est appelé à matérialiser le problème de connaissance à l’intérieur de l’enchâssée.

[34] A: {What Mrs Finlay means} is…
B: I know what she means. (N by NW)
[35] {Why she always sounded hoarse} was because she had a masculine voice and to cover it up she pretended to have a cold.
[36] Kaplan checked out and went to the Ambassador East in Chicago. That’s why I’m… (N by NW)  (« clivée » inversée)

44Dans la clivée en wh‑ (cf. 34 et 35), un problème de connaissance est posé : c’est ici encore l’absence de détermination de wh‑ qui est exploitée. Mais la modalité épistémique est d’emblée indexée sur le co-énonciateur et non sur l’énonciateur (à la différence des interrogatives), ni sur une enchâssante (à la différence des percontatives). Autrement dit l’énonciateur suscite un problème de connaissance qui n’en est pas un pour lui, à seule fin de le résoudre à l’intérieur du même énoncé, dans le focus. Dans l’exemple 34, la structure de focalisation est interrompue pour la bonne raison que le problème de connaissance annoncé n’en est pas un non plus pour le coénonciateur, qui récuse la modalité épistémique indexée sur lui (cf. I know what she means). La proposition introduite par wh‑ est une percontative27 (et non une intégrative) en raison 1/ de la modalité épistémique qui lui est attachée ; 2/ de son indifférence syntaxique à la fonction adverbiale (cf. ex. 35 : Why she always sounded hoarse remplit la fonction nominale de sujet syntaxique de was because she had a masculine voice), indifférence caractéristique des percontatives et non des intégratives.

45Les clivées inversées s’appuient sur le même phénomène en annonçant d’emblée qu’un élément (dans l’exemple 36 tout le contenu propositionnel auquel renvoie that) est identifiable comme solution d’un problème de connaissance. Parallèlement, le deuxième segment de la clivée inversée donne un statut à ce problème de connaissance en le rattachant à un paradigme sémantico-référentiel ; dans l’exemple 36, celui de la cause.

[37] Whatever you thought, think again. (National Geographic)
[4] She was sure that Comrade Andrew would not be still in bed, whoever else was. (Doris Lessing)

46Les « concessives » en wh‑ exploitent systématiquement l’extensité maximale du paradigme (cf. la présence du paradigmatisant ever, marqueur d’exhaustivité), ainsi que l’indifférence à la détermination caractéristique des paradigmatiques en wh‑. On a vu qu’on avait affaire à des circonstants discursifs (disjuncts, cf. § III.2.4) : l’énonciateur hiérarchise la pertinence de deux contenus propositionnels. Glose : peu importe la détermination (wh‑) des occurrences éventuelles relevant de tel ou tel paradigme (whatever / whoever) envisagé dans son exhaustivité (whatever / whoever), et entrant dans telle ou telle relation (whatever you thought / whoever else was) dont elles reçoivent leur pertinence, ce qui l’emporte en pertinence, c’est le contenu propositionnel qui lui est opposé (think again / She was sure that Comrade Andrew would not be still in bed). La concession correspond en fait à un cas pragmatique particulier de l’emploi de ces circonstants discursifs, qui sont avant tout pertinentiels, à l’intérieur d’un système d’opposition pertinentielle.

47L’absence d’antécédent (cf. § III.2.2) fait que le choix du mot en wh‑ oriente radicalement le statut de l’intégrative. La référence n’est pas spécifiée d’avance (détermination non pertinente) et ne reçoit de délimitation que du contenu propositionnel dans lequel elle entre (pour cette raison, la glose28 des intégratives se fait à l’aide d’une relative épithétique, intégrée). La référence reçoit son extensité de l’extensitude de la relation dans laquelle elle entre (cf. § II). Exemple 14 : extensitude et extensité maximales (glose : whenever it’s raining, mais en raison de l’absence de détermination signifiée wh‑, la presence de ever n’est pas indispensable pour que l’interprétation ne soit pas celle d’une occurrence unique). Exemple 15 : extensitude minimale et extensité 1 : occurrence unique.

[14] Now when it’s raining, I don’t miss the sun. (Nat King Cole)
[15] When the pigs saw the wolf, they ran into the house of straw. (J. F. Garner)
[15’] The pigs saw the wolf and they ran into the house of straw.
[15’’] The pigs saw the wolf at some point in time [unspecified when], and at [unspecified except by coincidence with the validation29 of the relation the pigs saw the wolf] point in time [when the pigs saw the wolf] they ran into the house.

48When est adverbe circonstant à l’intérieur de l’intégrative, et l’intégrative (de l’exemple 15) when the pigs saw the wolf est circonstant de they ran into the house. Deux remarques : 1/ le statut de circonstant temporel est donné par l’adverbe intégratif à la relation the pigs saw the wolf (cf. 15’ : when inhibe le statut illocutoire assertif de la proposition-repère). 2/ Ce qui est pris comme repère temporel, c’est la validation de cette relation. La concomitance ou la consécution viennent de ce double repérage, qui établit une coïncidence temporelle (cf. 15’’). When remplit donc une fonction syntaxique, mais également une fonction référentielle qualitative en rattachant au paradigme sémantico-référentiel du temps l’intégrative à laquelle il donne son statut. On retrouve le même phénomène dans l’intégrative suivante (38), à ceci près que l’Adv where rattache l’intégrative au paradigme des localisations spatiales (complément de had stood) :

[38]{Where the house of sticks had stood}, other wolves built a time-share resort complex for holidaying wolves […]. (J. F. Garner)

49Le relatif (adverbe, pronom ou déterminant) est indifférent encore à la détermination de l’antécédent (A man who.../ The man who... / Men who...). Son rôle est anaphorique (cf. § III.2.1 et note 20 ; voir Benveniste 1966 : 208-222) et qualitatif. Le choix du paradigmatique peut être guidé par une affinité de l’antécédent avec tel ou tel paradigme sémantico-référentiel (cf. A man who... / A place where... / The moment when... / The reason why...), mais ce choix n’est pas nécessairement contraint :

[24] From a single room in Kingston-upon-Thames {which he rented} and {where he lived with Ilya}, he repaired watches and clocks. (G. Seymour)

50L’exemple 24 montre que chacune des deux anaphores sélectionne une propriété liée à la fonction du relatif à l’intérieur de la relative (pronom which vs Adv where) mais également qu’elle modifie la relation avec l’antécédent par référence (qualitative) à un paradigme. Chacun des deux relatifs active (rend pertinente) et exploite une propriété différente de l’antécédent : le pronom which exploite l’affinité sémantique de l’antécédent avec le paradigme sémantico-référentiel des non-animés ; l’Adv where exploite son affinité avec le paradigme sémantico-référentiel des localisations spatiales.

51Quant au fait que le relatif inhibe ou module le caractère assertif de la proposition qu’il introduit, il est bien entendu vérifié quand la relative est intégrée au SNom (Ex. épithétique restrictive “You ought to marry [a man {who worships you}],” he said ; D.H. Lawrence). Les appositives, quant à elles, se rapprochent de l’assertion (cf. note 21), mais demeurent nécessairement, au mieux, un phénomène de co-assertion, en raison précisément de la dépendance qui les caractérise (cf. G. Mélis 1999 : 53-57), qu’elles soient pertinentielles (cf. Loock 2002), appréciatives ou continuatives : la pertinentielle est indexée sur la proposition qu’elle justifie ou explicite (cf. 39) ; l’appréciative est indexée sur le contenu propositionnel qu’elle commente (cf. 40) ; la continuative est indexée sur l’événement dont elle constitue le prolongement (cf. 41).

[39] They sold their house, which was too small for them.
[40] He ran away, which was totally unexpected.
[41] The prince’s response was a swift kick to the groin, which left the duke temporarily inactive. (J. F. Garner)

52Les relatives et les intégratives correspondent à deux fonctionnements syntaxiques radicalement différents. Le phénomène de « subordination inverse » peut s’expliquer dans bien des cas par le fait que des relatives (en général temporelles) sont accidentellement considérées comme des conjonctives ou des intégratives.

53Dans les intégratives, l’adverbe intégratif (cf. 15’ et 15) confère son statut d’intégrative adverbiale à un contenu propositionnel en ajoutant au contenu propositionnel une référence qualitative au paradigme du temps. C’est ainsi que l’intégrative adverbiale p1 joue le rôle de repère temporel pour p2 :

[15’] The pigs saw the wolf + they ran into the house of straw.
[15]{When the pigs saw the wolf}, they ran into the house of straw.

54Les relatives, quant à elles, peuvent avoir un antécédent nominal (39) ou un antécédent phrastique (40). C’est un fait connu quand le pronom which opère une référence au paradigme des non animés :

[37] They sold their house, which was too small for them.
[38] He ran away, which was totally unexpected.

55Mais il en est de même de l’adverbe relatif when, qui peut avoir un antécédent nominal (42), ou un antécédent phrastique (43 et 44) :

[42] The first sour note was struck at the beginning of the new year, when Cicero was obliged to lay down his office. Tradition demanded that he should take an oath proclaiming that he had been faithful in his service to Rome, and then be allowed to deliver a valedictory address from the Rostra in the Forum. (S. Saylor, Catilina’s Riddle)
[43] He was turning drearily away, when he saw a drop of blood fall from the averted wound into the baby's fragile, glistening hair. (D.H. Lawrence) (continuative à antécédent phrastique / Adv relatif)
[44] Mr. Pepper looked up sharply, and was about to put a question when Willoughby continued: […] (V. Woolf, Jacob’s Room) (idem : Adv relatif)

56Les relatives de 43 et 44 sont des continuatives à antécédent phrastique. When, adverbe relatif, établit une relation entre l’appositive qu’il introduit (when he saw a drop of blood fall... / when Willoughby continued) et tout le contenu phrastique qui précède, en donnant à celui-ci un statut de repère temporel (référence qualitative au paradigme sémantico-référentiel du temps). Il fonctionne donc comme adverbe relatif, non comme adverbe intégratif ou comme conjonction.

57Les mots en wh­‑ opèrent donc un travail référentiel, à l’intérieur d’une case structurale distincte et identifiable. Ce travail référentiel se caractérise d’une part par l’absence de détermination (c’est à ce niveau que se situe le vide) et d’autre part par un renvoi qualitatif au paradigme. L’absence de déterminant est exploitée de différentes façons ; soit la détermination n’est pas pertinente, comme dans les relatives, les intégratives et les concessives ; soit l’absence de détermination est pertinente, comme dans les interrogatives, les exclamatives, les percontatives et les clivées en wh‑. Dans tous les cas, wh‑ est inapte à renseigner sur l’extensité référentielle. Dans tous les cas, la relation qualitative au paradigme est centrale. D’où le terme de paradigmatique, que viennent conforter la compatibilité des struments en wh‑ avec les opérations paradigmatisantes de focalisation ou de détermination, mais également le rôle toujours vérifié de l’instanciation qualitative hors détermination, et leur place à l’intérieur d’un système plus vaste, aux côtés des paradigmatiques munis d’une détermination.

Notes de bas de page numériques

1  Je remercie J. Albrespit, L. Blin, R. Blum, P. Busuttil, Cl. Charreyre, R. Flintham, J. Guillemin-Flescher, G. Mélis, R. Mauroy, J.-Cl. Souesme, M. Verrac pour leurs remarques et critiques.
2  Journée d’étude de Charles V du 2 avril 2005 consacrée à l’opération de parcours (actes à paraître).
3  Pour rappel, dans Who are they? Who est attribut et l’accord s’opère avec le sujet they.
4  Définition de l’extensité : Quantité d’occurrences auxquelles s’applique une référence construite sur une notion donnée. Exemples, construits sur le paradigme des animés humains : 1/ There was somebody in the room : extensité 1 ; 2/ There were a few people in the room : extensité > 1 ; 3/ There was nobody in the room : extensité nulle ; 4/ Everybody was in the room : extensité maximale (every : marqueur d’exhaustivité paradigmatique) ; 5/ A : Who was in the room ? Extensité non déterminée + (ré)instanciation paradigmatique qualitative (étape interlocutoire intermédiaire ou frayage) B: Peter, Paul and Mary [were in the room] : réinstanciation en extension.
5  Le pluriel peut s’employer, mais après un frayage adéquat qui associe à Qlt un présupposé pluriel. Ex. How could the Negro problem be served if only Negroes sat down to eat? Who was to serve it? Who was to eat it? It smacked of cannibalism. And who, may one ask, were to be the judges and the jury? Who were to be the guests of honor? Who were to occupy the reserved seats? (Chester Himes, Pinktoes, p. 192) [Dans un premier temps, c’est somebody qui est présupposé (cf. was au singulier ; présupposés : somebody was to serve it / somebody was to eat it), puis some people (dernier were au pluriel) ; Who, dans les deux emplois intermédiaires, est attribut de the judges and the jury et de the guests of honor, pluriels sur lesquels s’appuie précisément le frayage référentiel].
6  Instanciation : « Opération consistant à remplir au moyen de notions spécifiques les places d’un schéma de lexis. L’instanciation est une opération de choix notionnel. » A cette définition de Groussier & de Rivière (1996 : 106), j’ajoute donc (par redondance) l’adéquation entre le schéma de lexis et sa structuration syntaxique : l’instanciation est nécessairement maintenue quand le schéma de lexis se structure.
7  Sauf variété de langue très éloignée du canon. Ex. A: “Must ’a’ bin a servant. Cook, most like.” B: “Still didn’t oughter do it,” he shook his head to emphasize his point. “Like animals, I do. [A pet {what ’as done ’er service in the ’ouse}] oughter be buried proper: not where people ’going to go and dig ’er up again, unknowing like.” (Anne Perry, Callander Square, 5) /// ‘He spends every night traveling ’bout the streets, picking up [junk {what’s been lost or thrown away}].’ (Chester Himes, Cotton Comes to Harlem, 100)
8  Ou qualification situationnelle d’un support nominal. Cf. How are you? // A: ‘How do I look?’ B: ‘Splendid,’ said Eco (S. Saylor).
9  Le terme de diastème est un emprunt de G. Guillaume à Aristote (diastéma signifie « intervalle »). On définira la fonction diastématique comme la fonction d’intermédiaire propre aux prépositions et aux conjonctions : d’une part la conjonction et la préposition ne peuvent être le noyau d’un syntagme ; d’autre part, ce n’est pas la préposition ni la conjonction qui sont complétées, mais un autre élément (SVerbal, SAdj, SNom, nexus, proposition), par leur intermédiaire et à travers le filtre de leur sémantisme.
10  Ce qui n’est pas le cas de toutes les langues. Cf. quantus en latin (qui a donné « quant à » en français), ou encore, chez les auteurs cités par Monique Verrac, les paradigmatiques grecs posos, posoi, qui réfèrent aux paradigmes de la quantité.
11  Il existe un article de J. Roggero, introuvable, qui porte précisément sur cette question. Dans le même ordre d'idée (de Qlt à Qnt), on peut faire le rapprochement avec le rôle restrictif des caractérisations épithétiques (Qlt) lorsqu’elles ont pour fonction de limiter (Qnt) l’extensité référentielle de leur support en définissant une sous-classe (rôle des qualifications restrictives), avec pour cas particulier de la qualification restrictive la caractérisation déterminative (qui ne délimite plus la référence uniquement en disant ce qu’elle est, mais en précisant quelle elle est).
12  L’extensitude maximale (ou large) et l’extensitude minimale (ou étroite) correspondent à l’opposition générique / spécifique.
13  Cf. Souesme 1995 ; Gournay  2002 ; Merle 1995, 2003.
14  Cf. Bouscaren, Chuquet & Danon-Boileau (1987 : 93)
15  L. Gournay (2002 : 139) aboutit à la même conclusion par des voies différentes.
16  Adverbes spécialisés opérant sur un paradigme (focusing subjuncts chez Quirk & alii ; cf. 1985 : 604) : just, exactly, only, simply, merely, also, too, even, mostly, etc.
17  Epistémique vient d’« épistémé » qui signifie précisément la « connaissance ». La modalité épistémique signifie qu’un contenu de sens est envisagé comme problème de connaissance.
18  Cf.  Wyld (2001 : 79-99), Merle (2002 : 155) à propos de la distinction entre présupposé et pré-construit.
19  Je ferai un rapprochement entre types de phrases, statuts illocutoires et modalités en adoptant la typologie proposée par Bouscaren et Chuquet. Ce rapprochement, très sommairement, sera le suivant : 1/ phrases déclaratives et type I, assertion ; 2/ interrogation et type II, modalité épistémique ; 3/ exclamation et type III, modalité appréciative ; 4/ injonction et type IV, modalité radicale (l’injonction est déontique). La syntaxe ne construit une modalité de phrase que par défaut. L’intonation est toujours apte à moduler ou à détourner une modalité de phrase.
20  De ana + pherein, littéralement to carry / porter (pherein) + back / en arrière (ana). L’anaphore guide en arrière vers un antécédent sans être nécessairement une réincarnation référentielle de cet antécédent en aval. Les deux anaphores relatives de l’exemple 24 prouvent que l’anaphore peut être concordante ou divergente. Benveniste (1966 : 208-222) montre que la mise en relation d’une relative et d’un antécédent peut se faire à partir d’indices variables, qui suffisent à opérer l’anaphore. La diversité des relatives en anglais donne aussi un aperçu de la diversité du phénomène de l’anaphore.
21  La notion d’apposition est souvent utilisée, mais rarement définie, ce qui rend difficile son emploi et difficile l’étude du phénomène qu’elle décrit. Je la définirai provisoirement comme un phénomène d’ordre non pas prédicatif mais co-prédicatif. Pour cette raison, elle ne peut recevoir toutes les caractéristiques de l’opération de prédication, et elle reste forme dépendante d’une structure qui lui fournit un support (nominal ou propositionnel) ; mais par ailleurs l’apposition possède les caractéristiques de la fonction prédicative, et son statut co-prédicatif sélectionne pour elle un rôle illocutoire co-assertif  (une modalité co-assertive).
22  Cf. F. Lefeuvre, P. Le Goffic, Damourette & Pichon, etc.
23  Pour cette raison, il n’est pas possible de loger mécaniquement les intégratives parmi les « nominales », ni, pour esquiver ce problème, de faire de where une conjonction.
24  Where there ain’t no crops est une intégrative adverbiale (circonstant – adjunct – incident à That plain is dusting crops), à l’intérieur de laquelle l’adverbe where est lui-même circonstant.
25  Cf. Culioli (1999 : 113-134) pour une approche différente de l’exclamation.
26  Cf. Groussier (1995 : 217-230).
27  Ce qui explique, comme le remarquent de nombreux auteurs, que la glose visant à en faire une « relative sans antécédent » (c’est-à-dire une intégrative) soit souvent inapplicable.
28 La glose met en évidence par approximation des équivalences de sens, non des fonctionnements syntaxiques.
29  Cf. sur ce point l’article de B. Guillaume dans ce volume, ou encore Merle 2001 : 170-182.

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Notes de la rédaction

Jean-Marie Merle est agrégé d’anglais et Maître de conférences à l’Université de Provence, auteur d’articles portant sur des études contrastives (conditionnel, conditionnel journalistique, repères hypothétiques, toncalité), sur les paradigmes (just, tour exceptif), sur la modalité et les constructions verbales (will, want), sur la qualification ; auteur d’une Etude du conditionnel français et de ses traductions en anglais (Ophrys 2001) ; responsable de quelques ouvrages collectifs (Le Sujet, Ophrys 2003 ; Contrastes, Ophrys 2004 ; Travaux du CLAIX, PUP 2005).

Pour citer cet article

Jean-Marie Merle, « Wh‑ et la référence qualitative aux paradigmes », paru dans Cycnos, Volume 23 n°1, mis en ligne le 31 mai 2006, URL : http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=293.


Auteurs

Jean-Marie Merle

Université de Paris 3 ; Université de Provence ; jmmerle@up.univ-aix.fr ; jmmerle1@aliceadsl.fr