Cycnos | Volume 23 n°1 Le Qualitatif - 

Annie Lancri  : 

Les emplois qualitatifs de ALL, SOME et NO ou la NOTION revisitée

Abstract

How can we define the borderline between a quantitative and a qualitative reading as far as ALL, SOME and NO are concerned ? This paper aims at giving some clues about that issue by comparing the two kinds of interpretation with regard to the three above-mentioned quantifiers. This will lead us to take into account three parameters to distinguish between the two levels of reading: the kind of predicative relation which is at stake, the type of elements involved in the relation and the way the relation is viewed by the speaker. Thus, to try and define the operation which is at play in a qualitative reading, let’s say the speaker takes hold of a relation of identity already built between a subject and a notion so that he can re-adjust it or test its validity by means of a quantifier. On the one hand, it is no longer the notion itself which matters, but rather its contents which are - so to speak – screened by the speaker to be compared with the properties of the subject. On the other hand, the quantifier itself, because it serves as a screen, will lend some of its features to the final meaning.

Plan

Texte intégral

1Si l’on s’en tient à cette définition de la NOTION chez Antoine Culioli :

« Décidons d’appeler notion ce faisceau de propriétés physico-culturelles que nous appréhendons à travers notre activité énonciative de production et de compréhension d’énoncés. »1

2et si l’on ajoute, toujours dans son optique, que « la notion se présente à ce niveau (infra-linguistique) comme insécable, non fragmentée, prise en bloc (caractéristique du travail en intension) ... »2, on peut voir dans les emplois qualitatifs de some, all et no comme un écho de ce travail latent, à ceci près que la notion appréhendée n’est pas simplement choisie et instanciée, mais délibérément « revisitée » pour faire l’objet d’un « remaniement » au moyen des quantifieurs en question. Il s’agit donc davantage, dans ces cas-là, de retour à la notion à des fins de manipulation linguistique – voire métalinguistique – que d’évocation pure et simple d’une notion en tant que telle.

3L’analyse qui suit s’attachera à démontrer ce retour à la notion et, de ce fait, au qualitatif par le biais des trois quantifieurs, mais aussi et surtout à mettre en évidence le « filtrage » particulier opéré par chacun d’eux en fonction de son programme de sens. 

4Mener de front les trois analyses nous permettra de mieux saisir, dans une première approche, comment s’effectue sommairement le glissement de QNT (quantitatif) à QLT (qualitatif) en discours et de voir s’il existe une stratégie commune aux trois opérateurs. Nous en viendrons ensuite à déterminer quelle est la part de chacun dans cette transmutation du sens. Nous verrons, au bout du compte, quelles conclusions tirer, à la lumière de cette confrontation, sur la distinction entre QNT et QLT et la frontière qui les sépare.

5Les emplois qualitatifs de SOME et NO sont bien connus des linguistes français et ont déjà fait l’objet de maintes analyses (A. Culioli, A. Gauthier, E. Gilbert, C. Mazodier, C. Delmas, pour n’en citer que quelques-uns). Ceux attachés à ALL, en revanche, ne sont que très peu abordés (R. Huart). Cette situation peut s’expliquer par la fonction généralement attribuée à ALL d’exprimer un tout, qu’il s’agisse d’une pluralité d’éléments ou d’un concept unique à prendre dans son intégralité, ce qui donne à penser que ses emplois sont exclusivement quantitatifs. Nous tâcherons de montrer qu’il n’en est rien. Il paraît, par ailleurs, légitime et pertinent, dans la problématique qui nous occupe, de mettre les trois quantifieurs sur un pied d’égalité et de leur attribuer le même traitement, quand on voit qu’ils sont déjà liés sémantiquement dans leurs emplois quantitatifs, ALL servant à exprimer le tout, NO le rien et SOME une mesure entre les deux. Faisons un premier tour d’horizon pour voir ce qu’il en est.

6Il suffit de quelques exemples glanés dans les grammaires pour vérifier l’existence de deux types d’effets de sens bien distincts attachés à l’emploi des trois quantifieurs.

7 NO sera généralement utilisé pour traduire linguistiquement l’inexistence ou l’absence d’une notion en tant qu’occurrence dans un cadre donné (1) (3), mais aussi, par ailleurs, pour exprimer une appréciation subjective quant au choix-même de cette notion (2) (4) :

1. There is no wine. (Il n’y a pas de vin.)
2. This is no wine. (Ça, ce n’est pas du vin.)
3. I have no friends. (Je n’ai pas d’amis.)
4. This is no friend. (Ça, c’est loin d’être un ami)

8SOME, inversement, sera convoqué pour attester de l’existence d’une notion, implicitement et sans plus de précision, d’où le « flou » généralement ressenti dans ses emplois quantitatifs (5) (7). Mais il pourra également servir de support à un jugement de valeur de la part de l’énonciateur, avec orientation positive (6) ou négative (8), selon les cas :

5. There is some wine left. (Il reste du/un peu de vin.)
6. This is some wine! (Ça, au moins, c’est du vin !)
7. I have some friends in New York. (J’ai des/quelques amis à New York.)
8. Some friend you are! (Tu parles d’un ami !)

9Quant à ALL, les effets recensés pourront se partager entre des sens aussi divers que l’expression de la totalité (9), de l’intégralité (10), de l’exclusivité (11), de l’unicité (12) ou de la superlativité (13) :

9. All men are mortal. (Tous les hommes sont mortels.)
10. It rained all day. (Il a plu toute la journée.)
11. An all-star cast (une distribution qui ne compte que des vedettes)
12. All I want is a little bit of luck. (tout ce que je veux, c’est juste un peu de chance)
13. An all-important subject. (un sujet d’une extrême importance)

10Il semblerait a priori que cette partition soit le reflet de deux types de saisie à l’intérieur du domaine notionnel, aboutissant à deux interprétations différentes, l’une orientée quantitativement et l’autre qualitativement. A partir des quelques exemples donnés ci-dessus, on peut déjà, très intuitivement, avancer l’idée que la lecture quantitative se fonde plutôt sur l’existence (ou l’inexistence) et le rapport objectif de faits (réels ou fictifs), alors que la lecture qualitative traduit davantage la vision subjective et l’appréciation personnelle de l’énonciateur. Le recours au contexte, dont le rôle est loin d’être négligeable dans la production des effets de sens, va nous permettre d’affiner l’analyse.

11 On peut constater, en premier lieu, l’affinité des emplois quantitatifs pour les tours existentiels. Ceci est particulièrement sensible dans le cas de SOME et NO :

14. There was no willow-tree to be seen. (LOTR, Book 1, p.169)
15. There was no laughter, and no song or music.   (LOTR, Book 1, p.369)
16. ‘There is something very big going on ...’        (LOTR, Book 2, p.83)
17. ‘There used to be some very dangerous parts in this country. There are still some very black patches.’ (LOTR, Book 2, p.77)

12Ces tours, certes, sont parfois implicites et il faut les reconstruire :

18. ‘No man can kill me !’ (LOTR, The Return of the King, film)
(= there is no man who can kill me)
19. ‘I know some things,’ he said. ‘I can, you know, do maths and stuff.’ (HPPS, p.41)
(= there are some things I know)
20. ‘Can you smell something?’ Harry sniffed and a foul stench reached his nostrils ... (HPPS, p.128) (= there is something I can smell, but I don’t know what)

13Pour des raisons que nous expliciterons un peu plus loin, le recours de la langue à ce type de tours pour introduire ALL est quasi inexistant. En voici, cependant, un exemple tout à fait exceptionnel :

21. ‘...there was all one wood once upon a time from here to the Mountains of Lune. (LOTR, Book 2, p.78)

14Ici, le présupposé d’existence peut aussi se reconstruire, mais en faisant appel à la logique : dès lors qu’on évoque la totalité des éléments d’un ensemble ou l’intégralité d’une entité nommée, on part du principe que ces éléments ou cette entité existent préalablement :

22. All my family are dead. (HPPS, p.155)
23. Frodo gathered all the news he could. (LOTR, Book 1, p.57)
24. All weariness seemed to have left him.   (LOTR, Book 2, p.111)
25. They were looking straight into the eyes of a monstrous dog (...). It had three heads. Three pairs of rolling, mad eyes (...). It was standing quite still, all six eyes staring at them. (HPPS, p.119)

15ALL, on le sait, ne peut intervenir que sur du préconstruit. Il faut donc que les occurrences de family (22), news (23), weariness (24) et six eyes (25) aient déjà été posées - implicitement ou explicitement - et soient considérées comme ayant une existence dans une situation donnée pour que ALL puisse les circonscrire et les donner à voir dans leur globalité.

16Le second point à prendre en compte dans une lecture quantitative des quantifieurs réside, bien évidemment, dans le type de prédicat choisi.

17Dans le cas de SOME et NO, tout ce qui aura trait à la possession (26) (28) ou à l’évocation d’un fait passé, présent (27) (29), ou simplement envisagé (30), relèvera du quantitatif :

26. ‘You know how I think they choose people for the Gryffindor team ? (...) It’s people they feel sorry for. See, there’s Potter, who’s got no parents, then there’s the Weasleys, who’ve got no money –, you should be on the team, Longbottom, you’ve got no brains.’      (HPPS, p.163)
27. In no region had the messengers discovered any signs or tidings of the Riders or other servants of the Enemy. Even from the Eagles of the Misty Mountains they had learned no fresh news.     (LOTR, Book 1, p.360)
28. ‘He’s got lots o’rats an’ some brandy fer the journey.’   (HPPS, p.163)
(Il s’agit des provisions de voyage d’un bébé dragon)
29. ...they reminded me of something I cannot remember...  (LOTR, Book 2, p.72)
30. ‘... we will tell you. But it will take some time.’ (LOTR, Book 2, p.75)

18Avec ALL, il en ira de même, chaque fois que la prédication évoquera l’idée de NOMBRE, de DUREE ou d’INTEGRALITE, à prendre au pied de la lettre, comme mesure effective et objective :

31. ... out of all the responses made, only two participants stated that their attendance on the course had not been worthwhile... (BNC)
32. Ron had spent all evening giving him advice. (HPPS, p.115)
33. An all-wool overcoat (= un manteau 100% laine) (BNC)

19Si l’on examine maintenant les contextes favorisant une lecture qualitative des quantifieurs, que remarque-t-on ? Il est indéniable que l’on a toujours plus ou moins affaire à des prédications mettant en jeu une relation d’identité entre un sujet et un prédicat nominal :

34. The man is headstrong, but he is no traitor. (BNC)
35. This is no treasure-hunt, no there-and-back journey.  (LOTR, Book 1, p.137)
36. Shes some girl!  (Robert & Collins)
37. Thats some consolation! (Robert & Collins)
38. ...a man who was now all the rage in London, a very mediocre painter called John Royden... (TOTU)
39. This is all grist to the mill of orthodox social democratic analysis of crime. (BNC)

20Ceci s’explique fort bien dans la mesure où il est question davantage ici de mettre en balance un sujet et un contenu notionnel, et d’évaluer le rapport entre les deux, que de se limiter à mentionner des faits.

21On constate, par ailleurs, que le choix du sujet et du prédicat dans ce genre de structure n’est pas, tant s’en faut, entièrement neutre. Le sujet représente généralement une personne déjà évoquée ou parfaitement identifiée dans la situation d’énonciation. L’anaphore y a d’ailleurs une place prépondérante. On note aussi le recours très fréquent aux déictiques, les pronoms THIS et THAT, en position sujet, leur fonction étant de relayer un thème débattu en amont et de permettre à l’énonciateur de donner son opinion.

22Du côté du prédicat, on relève, dans les notions choisies, des éléments exprimant, dès le dictionnaire, un jugement de valeur. On le voit avec « traitor » (34) et « consolation » (37) dont le programme contient déjà un sème dépréciatif. Il en va de même pour « there-and-back journey » (35), notion fabriquée pour l’occasion, dont le sens voulu est l’idée d’inconsistance et de futilité. On remarque également l’emploi fréquent de métaphores dont la part de subjectivité n’est plus à démontrer : « all the rage in London » (= la coqueluche de Londres) (38), « all grist to the mill of... » (= de l’eau au moulin pour ...) (39).

23 Toutes ces observations viennent corroborer l’hypothèse selon laquelle l’interprétation qualitative de ces emplois correspondrait à une opération de « ré-identification », une « ré-vision », en quelque sorte, des propriétés d’un sujet à l’aune d’une notion mise en balance dont le sens serait à prendre « en bloc », « de façon absolue », donc « en intension ». La boucle serait ainsi bouclée et l’on reviendrait à QLT, au sens défini par Culioli dans notre introduction, sauf qu’ici la notion n’est pas en attente d’instanciation, au service de la construction d’occurrences, mais sert de pôle de référence à l’énonciateur dans le jugement qu’il porte sur un sujet donné. Il convient donc de distinguer entre deux valeurs qualitatives pour la notion. La distinction s’impose d’autant plus que, dans ce cas de figure particulier, la notion n’intervient jamais seule, elle est toujours accompagnée d’un quantifieur. Et c’est justement ce quantifieur qui la propulse sur le plan des abstractions, à l’intérieur du discours. Sans le quantifieur, les mêmes énoncés seraient agrammaticaux ou dénués de sens :

40. * She’s ø girl!
41. * That’s ø consolation!
42. * ... a man who was now ø the rage in London ...

24Quelle est donc la part du quantifieur dans la construction du sens final et l’interprétation qualitative des énoncés ? Il semblerait que la palette des effets recensés ait quelque affinité avec le sémantisme formel de chacun des quantifieurs.

25 Etymologiquement issu de l’association des racines *ne + *aiw (négation + force vitale, éternité) en indo-européen, ce qui a donné *ne + *a, puis na en vieil anglais devant un NOM, NO sert, comme on l’a vu, à exprimer, dans ses emplois quantitatifs, l’inexistence d’une notion. Comment ce sens premier se traduit-il dans ses emplois qualitatifs ? Le meilleur moyen de s’en faire une idée est de voir ce qui se passe quand les deux valeurs QNT et QLT apparaissent, comme ci-dessous, en succession remarquable dans un échange dialogué :

43. Orc: No man can kill me!
Eowen: I am no man! (LOTR, The Return of the King, film)

26La situation est celle d’un combat entre deux individus appartenant à des espèces différentes, d’où la possibilité d’un double jeu sur la signification du mot « man » : un homme en tant qu’être de l’espèce humaine ou bien un homme en tant qu’opposé de la femme. Ici, l’orque donne à entendre le premier sens et Eowen le second, puisque, joignant le geste à la parole, elle ôte son casque et montre qu’elle est une femme. Or, le décalage entre les deux mentions de « man » ne s’arrête pas là. Dans la bouche de l’orque, la notion est à prendre quantitativement, et une manipulation : « there is no man who can kill me » ou une glose : « l’homme capable de me tuer n’existe pas » le montrent bien. Avec la réplique d’Eowen, la notion se situe sur un tout autre plan. Il n’est plus question là de parler d’existence ou d’inexistence, mais de propriétés du sujet. Pour cela, une relation d’identité (copule BE) est d’abord construite entre le sujet « I » et la notion « man » pour être ensuite catégoriquement niée. Autrement dit, NO correspondrait ici au refus de l’énonciateur d’attribuer l’étiquette de « man » au sujet de l’énoncé, car, pour lui, il n’en partage pas les propriétés. Il semblerait donc que le sens quantitatif de NO, qui le porte à nier l’existence d’une notion qui n’est pas, soit récupéré sur le plan qualitatif pour nier l’existence d’une relation qui n’a aucune raison d’être.

27 Quelle est, dans ce cas, la différence entre NO et NOT qui peut également servir, avec l’aide d’un article indéfini, à établir une relation d’identité à effet qualitatif ? Si l’on s’appuie sur des paires minimales classiques, la nuance entre les deux saute aux yeux immédiatement :

44. He is not a doctor. He is a lawyer.
45. He is no doctor. (Ce n’est pas un docteur à la hauteur)
46. This is not a guitar. This is a luth.
47. This is no guitar.      (Ça, ce n’est pas une guitare, c’est une casserole)

28Dans un cas, c’est le choix paradigmatique de la notion qui est rejeté, parce que, dans les faits, ce n’est pas le bon, et il faut le remplacer par un autre plus en accord avec la réalité : « lawyer » doit se substituer à « doctor », et « luth » à « guitar ». L’attitude de l’énonciateur relève du constat objectif et ses dires peuvent se vérifier. Dans l’autre, en revanche, il ne s’agit plus du tout de savoir si l’on a affaire à un vrai docteur ou à une vraie guitare, mais de faire remarquer l’inadéquation d’un tel attribut face à un tel sujet. C’est cette remise en cause, de type polémique, - puisqu’elle peut aller jusqu’à nier un état de fait, - qui est l’apanage de NO dans ses emplois qualitatifs. L’énonciateur se démarque du point de vue du co-énonciateur pour rectifier le tir et imposer sa propre vision des choses. Cette forme de déni portant sur l’existence même d’une relation présupposée ressort d’autant mieux qu’un contexte est là pour l’expliciter :

48. The man is headstrong, but he is no traitor. (BNC)
49. ‘My dear and most beloved hobbit !’ said Frodo deeply moved. (...) ‘You speak of danger, but you do not understand. This is no treasure-hunt, no there-and-back journey. I am flying from deadly peril into deadly peril.’ (LOTR, Book 1, p.137)
50. ‘Never wondered how you got that mark on yer forehead? That was no ordinary cut. That’s what yeh get when a powerful, evil curse touches yeh.’ (HPPS, p.45)
51. ‘I will not walk blindfold, like a beggar or a prisoner. And I am no spy. My folk have never had dealings with any of the servants of the Enemy. (LOTR, Book 1, p.455)
52. ‘I do not like the feel of the middle way; and I do not like the smell of the left-hand way: there is foul air down there, or I am no guide.’ (LOTR, Book 1, p.412)

29Comme on peut le constater, la structure négative n’intervient qu’après coup, en contrepoint de ce qui précède. Elle s’appuie sur ce qui a été dit ou pensé par le co-énonciateur pour en prendre systématiquement le contrepied. Le tout s’organise tel un débat. En (48) et (49), les segments soulignés représentent la position de la partie adverse – du moins telle que l’énonciateur la conçoit -, les segments en gras expriment sa propre position. L’idée d’une joute est confirmée par « but » chargé de dissocier les deux points de vue. On voit, en outre, que l’objet du débat n’est autre qu’une affaire d’appréciation. Aux yeux de l’énonciateur, il ne suffit pas en (48) d’être « headstrong » (têtu, impétueux) pour être assimilé à un « traître ». De même, en (49), la mesure du danger n’est pas calculée dans les mêmes proportions par l’énonciateur (Frodo) et le partenaire de l’échange (le Hobbit). C’est pourquoi il choisit délibérément des notions comme « treasure-hunt » ou « there-and-back journey », dont le degré de dangerosité est réduit au minimum, pour s’emparer du programme des deux notions et refuser d’en appliquer les traits à l’expédition, objet de la discussion. En (50), le clivage entre deux camps existe toujours, mais se présente un peu différemment. L’énonciateur construit lui-même, dans une première partie, sous forme de question rhétorique, la position qu’il prête à son interlocuteur (Harry Potter), à savoir le manque d’intérêt de celui-ci quant à la nature et l’origine de la marque qu’il porte au front. En découle automatiquement une relation d’équivalence entre « that mark » et « an ordinary cut » que l’énonciateur va s’empresser de reprendre à son compte pour la réfuter. Il s’agit bien de reprise qualitative et de pesée subjective, si l’on considère que ce n’est pas tant ici la notion « cut », en elle-même, qui fait l’objet d’une remise en question que l’épithète « ordinary » qui la modifie. On trouve enfin, en (51) et 52), le cas de figure classique où l’énonciateur refuse de se voir attribuer une étiquette en raison de qualités qui lui sont propres et qui entrent en contradiction avec le label qu’on veut lui faire porter. Si le nain Gimli se défend d’être un espion en disant « I am no spy » et non « I am not a spy », c’est qu’un peu plus haut dans le texte, l’un des Elfes venu les accueillir, lui et ses compagnons, a posé comme condition de lui bander les yeux sous prétexte que : « We allow no strangers to spy out the secrets of the Naith. » La coordination est importante : « and » fait le lien non seulement avec ce qui précède immédiatement dans l’énoncé, mais aussi, et surtout, avec ce contexte plus éloigné. Et, comme pour convaincre qu’il y a une part d’objectivité dans son déni, le nain se sent obligé d’apporter des preuves : « my folk have never had dealings with any of the servants of the Enemy. » Il n’en reste pas moins qu’il en porte complètement la responsabilité. Le dernier exemple (52) est intéressant dans la mesure où l’énonciateur occupe lui-même les deux camps. Dans les faits, celui qui parle, Gandalf, est bien un guide, un sage expérimenté qui doit conduire les membres de la Communauté des Anneaux à l’autre bout du monde. Or, il est prêt à se « démettre lui-même de ce titre » s’il se trompe dans son appréciation du danger et le choix de la route à prendre. Comme cela fait partie des qualités requises chez un guide « digne de ce nom », il n’a pas droit à l’erreur. Avec « or » entre les deux parties, l’alternative est claire : ou bien il voit juste, ou bien il doit être « disqualifié ».

30 En résumé, ce qui est à retenir sur le rôle de NO dans ce type d’énoncés, c’est ce travail de « déconstruction » qui s’opère sur une relation d’identité présupposée ou tenue pour acquise, parce que l’énonciateur ne la trouve pas adéquate et veut la rejeter, en raison de propriétés du sujet qui, à ses yeux, ne le qualifient pas pour se voir attribuer les traits de la notion en regard.

31Avec SOME, l’écart sémantique entre une saisie QNT et une saisie QLT se creuse davantage. Comment expliquer, en effet, le saut qualitatif, si l’on s’en tient aux noms communs continus et discontinus au singulier, entre, d’une part, un indice d’INDEFINI (sens traditionnel) ou de DEFICIT INFORMATIONNEL (C. Delmas) qui se superpose à un PRESUPPOSE D’EXISTENCE, et, d’autre part, l’expression d’une ESTIMATION FLUCTUANTE, qui, prenant appui sur une notion, peut balancer entre deux pôles, POSITIF ou NEGATIF, ou se positionner au POINT LE PLUS ELEVE comme au POINT LE PLUS BAS ?

32L’histoire de la langue et l’étymologie peuvent nous fournir des éléments de réponse. Le présupposé d’existence attaché à SOME en anglais contemporain semble trouver sa source dans certains emplois de sum, son ancêtre en vieil anglais (X°-XI° s.), où le recours au quantifieur, notamment en début de récit, servait, à la manière d’un tour existentiel, à planter le décor et donner vie aux personnages :

53. Sum mann haefde twegen sunu.  (Luc, Le fils prodigue)  (Or, il y avait un homme qui avait deux fils.)
54. An Antiochia þare ceastre waes sum cyning Antiochus gehaten. (Apollonius de Tyr) (Dans la ville d’Antioche, il y avait un roi appelé Antioche.)

33Quant au sens primitif du quantifieur, il est intéressant de noter que c’est la même racine indo-européenne *sem-, signifiant « one », « as one », « together with » (voir C. Watkins), qui est à l’origine de SOME et de SAME. On en retiendra, pour notre propos, l’idée de « similitude » et de « conformité ».

34Ce sens se retrouve déjà, dans une certaine mesure, dans les emplois quantitatifs de SOME :

55. There is some milk in the fridge.

35L’existence de la notion étant posée, elle prend une dimension susceptible d’être quantifiée, mais qui reste néanmoins non spécifiée. « La quantité existe, elle est ce qu’elle est, mais je n’en dirai pas plus » est une glose couramment utilisée pour rendre compte du phénomène. On pense évidemment à la « came » dont parle A. Culioli. Il y a bien circularité, puisque l’on s’écarte de la notion pour y revenir afin d’en évaluer la quantité. Mais, comme rien n’est ajouté à la notion pour définir cette quantité, il en découle un sentiment d’inachevé – et donc de déficit – dans le processus d’information entamé.

36Mais que se passe-t-il au juste dans les emplois qualitatifs de SOME ? Partons de deux exemples simples et de leurs traductions en français :

56. This is some wine!
(Ça, au moins, c’est du vin !) (C’est ce qui s’appelle du vin !)
57. He’s some doctor!
(C’est un docteur à la hauteur !) (Pour un docteur, c’est un docteur !)

37On constate, tout d’abord, que le présupposé d’existence est toujours là, bien que l’on ait quitté le plan des faits pour le plan du qualitatif et des appréciations subjectives. Si un tel présupposé subsiste, c’est qu’il est nécessaire pour servir de support à l’énonciateur et lui permettre d’exprimer son jugement. Comment, en effet, émettre un avis sur les qualités d’un vin ou d’un docteur, si le vin ou le docteur en question n’a pas d’existence effective ?

38On retrouve également la circularité du plan quantitatif, mais exploitée différemment. L’énonciateur part d’une notion déjà instanciée et déjà identifiée pour y revenir « après coup ». C’est là un point commun avec NO qualitatif, mais l’objectif n’est pas le même, quoique les deux quantifieurs puissent parfois se rejoindre, comme c’est le cas quand l’ironie l’emporte et que SOME équivaut plus ou moins à un NO :

« Some guide you are! » = « You are no guide! »

39En quoi consiste donc la spécificité de SOME qualitatif ? Tout comme NO, SOME doit se greffer sur une relation d’identité entre un sujet et une notion pour procéder à son évaluation. Mais, à la différence de NO, il ne la réfute pas, il la confirme. De plus, l’aspect polémique, sauf quand l’effet recherché est l’ironie, n’est pas la motivation essentielle de l’énonciateur en employant SOME. Quel est donc l’objectif principal et d’où viennent les effets de sens recensés ? S’il y a bien, là aussi, circularité, elle ne se limite pas à la notion. Elle passe également par le sujet avant d’y revenir. Ceci correspond à la première phase des opérations : procéder à une confrontation entre un sujet et le programme d’une notion mis en balance. C’était déjà ce qui se passait avec NO. Quelle est la différence avec SOME ? Elle intervient dans la deuxième phase des opérations, lorsque le quantifieur fait usage de ses sèmes formels pour filtrer la relation. Comme nous l’avons vu, SOME partage une origine commune avec SAME. Nous en concluons qu’il en conserve une trace dans le travail qui est à l’oeuvre ici. En effet, que se passe-t-il si ce n’est la vérification d’une certaine similitude entre un sujet et une notion qu’une relation a placés sur un pied d’égalité ? L’identification a déjà eu lieu : « this is wine », « he is a doctor », mais y a-t-il bien conformité entre les deux programmes ? Les traductions de (56) et (57), rendent parfaitement compte de ce qui est à l’oeuvre. Avec des expressions comme : « C’est ce qui s’appelle du vin ! » ou « Pour un docteur, c’est un docteur ! », on assiste à de véritables gloses métalinguistiques. Tout se passe comme si la structure se dédoublait en deux couches superposées dont l’une serait la reduplication de l’autre, avec juste l’écart nécessaire pour permettre à l’énonciateur de vérifier et de sceller la conformité entre les deux. Ici, SOME s’apparente un peu à un DO emphatique, sauf que la portée n’est pas la même. Et c’est ce travail d’apparente redondance qui est mis au jour dans les traductions.

40 Venons-en, pour terminer, aux effets de grossissement ou d’amenuisement, selon le bout de la lorgnette, et de balancier entre une valuation positive ou négative. Pour les expliquer, plusieurs facteurs sont à prendre en compte. Un accent fort sur le quantifieur produira indéniablement une amplification dans l’estimation du contenu de la notion, mais elle n’aura pas nécessairement d’incidence sur la valuation qualitative. Tout dépend, en effet, du contexte et de la situation. On le voit avec « something » dans ces deux structures différentes, où l’indéfini peut tendre vers le plus haut degré comme vers le degré le plus bas :

58. That really is something!
(Ça, au moins, c’est quelque chose ! / C’est pas rien !)

59. That’s always something!
(Ce n’est pas grand-chose, mais c’est mieux que rien !)

41Cela dépend aussi de l’orientation inscrite dans le programme même de la notion :

60. Some speed! (Quelle vitesse !)
61. Some heat! (Quelle chaleur !)
62. Some courage! (Ça, c’est vraiment du courage !)
63. That’s some consolation! (Tu parles d’une consolation !)
64. He’s some fool! (Tu parles d’un imbécile !)

42Des notions comme « speed » ou « heat » comportent déjà en leur sein un sème exprimant le « haut degré ». La notion « courage » est, quant à elle, survalorisée, pour des raisons éthiques et culturelles. A l’inverse, et pour des raisons similaires, c’est la valeur dépréciative qui l’emporte quand on a affaire à des notions comme « fool » ou « consolation ».

43En conclusion, on voit que SOME partage quelques points communs avec NO dans ses emplois qualitatifs, mais, à la différence de ce dernier, SOME semble davantage orienter l’attention sur la notion que sur le sujet.

44Comme nous l’avons dit en début d’article, les emplois qualitatifs de ALL sont loin d’être évidents. Reprenons pour tâcher de les identifier les critères invoqués précédemment.

45Tout d’abord, le choix d’une structure susceptible de se prêter aux problèmes d’identification entre un sujet (généralement anaphorique ou déictique) et une notion saisie « en intension ». En voici deux illustrations où l’on a bien la mise en place d’une relation d’équivalence entre ce qui vient d’être dit et des notions comme « surface » ou « talk », loin d’être neutres et choisies justement en fonction de leur orientation négative :

65. I can’t get to the bottom with her particularly. On anything. It’s all surface. (THS)
66. ‘I know Malfoy’s always going on about how good he is at Quidditch, but I bet that’s all talk.’ (HPPS, p. 107)

46Reste à savoir si l’on peut considérer de la même manière des exemples comme (67) où la notion est au pluriel, donc plus en accord avec une lecture quantitative :

67. He never hurt her and he never hurt the kids. That was all lies. (P. Roth, The Human Stain, p.66)

47Deux indices, néanmoins, peuvent être invoqués pour faire pencher la balance du côté qualitatif : la première partie de la relation est au singulier [« that was »] et le choix de la notion est déjà orienté négativement [« lies »].

48Nous avions également mis en évidence la part de subjectivité associée à ce type de relation. Les exemples déjà cités obéissent pleinement à ce critère. On peut y ajouter ceux où interviennent des métaphores ou des expressions figées impliquant un décrochage par rapport au réel :

68. ... a man who was all the rage in London ... (la coqueluche...)
69. To be all ears (être tout ouïe, tout oreilles)
70. To be all impatience (être un condensé d’impatience)

49On y retrouve, d’ailleurs, l’expression d’un haut degré, comme pour SOME dans certains de ses emplois.

50On a également des tournures comme « beyond all doubt », « in all honesty », « with all due respect » qui peuvent, à certains titres – ce sont des commentaires de l’énonciateur – entrer dans la liste des emplois qualitatifs. Pour une analyse plus complète de la question, nous renvoyons à l’article de Ruth Huart. Il nous semble, cependant, que l’on s’éloigne, dans ce cas, de la structure au coeur même du processus de qualification, la relation d’identité servant de support à la ré-identification.

51Voyons maintenant quelle est l’opération du quantifieur dans ce type d’emplois et si son sémantisme peut nous aider à y voir plus clair. L’étymologie de ALL est un peu floue. La plupart des dictionnaires spécialisés se contentent de renvoyer à une racine IE *al-, mais sans en donner le sens, y compris C. Watkins, d’ordinaire plus explicite. Nous nous rabattrons donc sur la seule étymologie plus étayée à ce sujet, celle de Kluge, que nous reprenons à Marie-Line Groussier dans son article sur « Totalisation et Parcours : coup d’oeil sur l’expression du "tout" et du "chaque" en indo-européen » (2004). Selon Kluge, ALL viendrait d’un radical IE *al-nos, participe du radical verbal IE *al- "croître", qui aurait signifié « arrivé au maximum de sa croissance », d’où « adulte ». Cette origine nous convient parfaitement dans la mesure où elle confirme certaines de nos intuitions. Dans notre thèse (voir bibliographie), nous en étions arrivée à la conclusion que ALL n’était ni la marque d’un nombre, ni la marque d’une quantité, mais un opérateur de saturation, à savoir la trace d’une « clôture » dans le processus d’association d’unités séparées ayant pour finalité de constituer une totalité à effet globalisant. C’est pourquoi nous n’y voyons pas non plus la marque d’un parcours que nous préférons, personnellement, réserver à ANY ou à EVERY. Cet indice de « clôture » se laisse très bien appréhender dans des tournures comme : « that’s all » (c’est tout) ou « that’s all there is to it » (un point, c’est tout) qui servent à mettre un terme à une liste d’achats ou à la discussion. De plus, cette vision des choses concorde parfaitement avec l’étymologie proposée par Kluge, l’idée de l’atteinte d’un point maximal de croissance étant très proche de celle d’un achèvement.

52Fort de ces principes, on comprend aisément que la position de l’énonciateur est sans appel, quand il émet un avis, comme en (65), (66) ou (67), sur une situation ou une personne. La relation d’identité est « saturée », donc irréversible et il n’y a pas lieu d’y revenir. L’effet d’exclusivité souvent recensé va dans le même sens : le choix de la notion étant clos, et pour ainsi dire « verrouillé », impossible d’y substituer une autre notion, quelle qu’elle soit. On en arrive ainsi tout naturellement au « refus d’altérité » associé au sens de ALL dans ces cas-là. Quant aux effets de maximalisation, comme en (68), (69) et (70), on peut en rendre compte de la manière suivante : puisque la notion est déjà prise dans sa globalité quand elle est utilisée qualitativement, le fait de lui adjoindre un quantifieur dont la fonction est d’exprimer lui-même la globalisation va démultiplier les effets et aboutir à l’hyperbole.

53Faute de place, nous n’avons pu voir tous les cas de figure, et, notamment, les cas d’ambiguïtés où il est difficile de trancher entre une valeur QNT et une valeur QLT. Tel est le cas, par exemple, de tours hybrides comme « there is no knowing ...» ou « there was no mistaking...» où une modalité vient se greffer sur un tour existentiel. On pense également à certains emplois de SOME où certains critères font pencher la balance du côté qualitatif et d’autres du côté quantitatif, comme l’a judicieusement démontré C. Mazodier dans son article sur SOME portant sur du discontinu au singulier. La question qui reste donc à débattre est de savoir si la frontière séparant QNT et QLT est aussi marquée que certaines de nos analyses ont pu le donner à penser. Il se pourrait bien que l’une des deux valeurs reste en filigrane quand l’autre passe au premier plan. Quoi qu’il en soit, notre objectif dans cet article, aussi sommaire soit-il, était, d’une part, de mettre en évidence les points de convergence qui lient ALL, SOME et NO sur le plan qualitatif, au vu des structures, du contexte et des stratégies énonciatives, mais aussi de montrer la spécificité de chacun et l’infléchissement du sens en fonction de l’opération qui leur est propre : la saturation pour ALL, la conformité pour SOME et la réfutation pour NO.

Notes de bas de page numériques

1 A. Culioli, Pour une linguistique de l’énonciation, domaine notionnel, p. 9.
2 Idem, p. 9.

Bibliographie

CULIOLI, A. : Pour une Linguistique de l’Enonciation, Domaine Notionnel, Tome 3, Paris : Ophrys, 1999.

DELMAS, C. : Grammaire Linguistique de l’Anglais, Paris : Colin, 1982.

GAUTHIER, A. : « Singuliers non pluralisables et construction de l’unité » in Détermination Nominale et Individuation, Nice : Cycnos, 1999.

GILBERT, E. : « SOME et la construction d’une occurrence » in Détermination Nominale et Individuation, Nice : Cycnos, 1999.

HUART, R. : « ALL : questions de portée » in Cahiers de Recherche, Tome 7, La Composante Qualitative : Déterminants et Anaphoriques, Paris : Ophrys, 1997.

LANCRI, A. : Contribution à une Etude Métaopérationnelle des Quantifieurs en Français et en Anglais, Thèse de 3ème cycle, Paris 3, 1985.

MAZODIER, C. : « I must have read it in some article » in Cahiers de Recherche, Tome 7, La Composante Qualitative : Déterminants et Anaphoriques, Paris : Ophrys, 1997.

WATKINS, C. : The American Heritage Dictionary of Indo-European Roots, Boston : Houghton & Mifflin, 1985.

Notes de la rédaction

Annie LANCRI est Agrégée d’anglais et Maître de Conférences Honoraire à l’Université de Paris III – Sorbonne Nouvelle. Après une thèse de doctorat de 3ème cycle sur les quantifieurs en français et en anglais soutenue en 1985 à Paris III sous la direction d’Henri Adamczewski, elle a publié plusieurs articles sur le sujet – notamment sur each, every, all et both – mais également sur le vieil anglais, domaine dans lequel elle s’est spécialisée. Ses travaux en diachronie incluent des études sur les modaux, les relatives, les adjectifs, le génitif, ainsi que sur l’origine de to et de -in.

Pour citer cet article

Annie Lancri, « Les emplois qualitatifs de ALL, SOME et NO ou la NOTION revisitée  », paru dans Cycnos, Volume 23 n°1, mis en ligne le 30 juin 2006, URL : http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=291.


Auteurs

Annie Lancri

Université de Paris 3 ; Université de Paris III ; alancri@club-internet.fr