Cycnos | Volume 21 n°1 L'Identification -  

Catherine Moreau  : 

Identification et validation fictive

Résumé

Le concept d’identification est envisagé à travers la construction du domaine fictif, à la fois dissocié et identifié au repère origine. Une prise en compte de différentes formes en contexte met en évidence des phénomènes tels que synchronisme, projection d’une image, simulation, ajustement, inclusion, congruence et similitude, qui participent à une acception plus large de l’identification comme une conformité entre des éléments qui sont à la base en relation de rupture ou d’altérité.

Abstract

This paper is an attempt at defining the concept of identification through the construction of a fictive domain, both disconnected from its referential point and sharing similarities with it. A survey of various forms in context is proposed, focusing on phenomena such as synchronism, projection of an image, simulation, adjustment, inclusion, congruence and similitude. Such phenomena are part of a wider acceptation of identification as congruence between elements that are basically disconnected or stand in a complementary relationship.

Index

mots-clés : altérité , congruence, fictif, identification, inclusion, projection, rupture, simulation

Plan

Texte intégral

1Nous adopterons une démarche onomasiologique puisqu’il s’agit de partir d’un concept, celui de la notion d’identification, pour justifier sa présence formelle dans les textes. On est donc amené à s’interroger sur ce phénomène et à limiter sa définition au domaine qui nous intéresse, celui du non-réel et de ses représentations linguistiques. On peut se poser la question suivante : identification entre quoi et quoi ? C’est un problème de repérage, qui relève bien de la théorie des opérations énonciatives sur laquelle nous allons fonder notre analyse.

2Si l’on consulte les valeurs répertoriées dans les dictionnaires, on s’aperçoit que ce terme est emprunté au latin identificare, composé de idem “ le même ” et de facere “ faire ”. C’est donc rendre semblable1, de là les idées de création, d’invention, voire de tromperie. Cette idée se prête bien à la construction du fictif par un S0 qui crée un monde autre (parallèle) mais qui a l’apparence du réel. Dans cette optique, plusieurs marqueurs seront pris en compte dans cette idée de ressemblance : seem , appear, like, as, qui maintiennent explicitement la différence de base, jusqu’à la création du faux-semblant : [let’s] pretend, suppose, imagine, if, as if, even if.

3Dans la perspective culiolienne, on adopte deux positions sur ce phénomène d’identification. La première est de ramener une occurrence à une représentation typique, et dans ce cas repère et repéré sont qualitativement indiscernables. Cette construction par voisinage pourra éventuellement être exprimée par des marqueurs tels que [look] like, seem, resemble ; l’exemple suivant explicite, dans un premier temps, le refus de ramener l’occurrence it au type représenté par a vegetable :

[1] 'Oh, I know!' exclaimed Alice, who had not attended to this last remark, 'it's a vegetable. It doesn't look like one, but it is.' (Lewis Carroll, Alice in Wonderland)

4L’autre position est d’abolir “ la distance qui sépare des occurrences, chacune déjà identifiée (i.e. reconnue), ce qui produit une identification qualitative à travers l’altérité situationnelle ”2, qui sert alors de fondement. Dans ce cas, l’altérité est prise en compte puis éliminée3 :

[2] The other bells were inscribed according to the names of the rooms to which their wires were conducted:  as "Picture Room," "Double Room," "Clock Room," and the like. (C. Dickens, The Signalman)

5Par ailleurs, le principe de permutation permet de différencier d’une part l’identité, qui est une identification stricte dans laquelle “ repère et repéré sont deux désignations possibles d’une même entité ”4. Leur ordre est permutable (cas de l’exemple 2) ; d’autre part l’identification partielle qui consiste à intégrer “ la définition notionnelle du deuxième terme à la définition notionnelle du premier ”5. Dans ce cas, pas de permutation possible (cas de l’exemple 1).

6On voit que l’identification est affaire de repérage entre (au moins) deux entités qui au départ sont dissociées. Il est intéressant de voir par quels chemins on peut aboutir à cette valeur d’identification. On s’aperçoit qu’une certaine quantité de mots-outils sont associés à ce concept et que ce type de démarche se prête bien au cas de l’hypothèse en tant que validation fictive sous la forme de la protase en if. On y trouve en effet deux plans de référence : celui de la validation de la relation prédicative et celui de la représentation. On y trouve également deux cadres de référence : le pôle positif I représentant l’intérieur du domaine de validation et le pôle négatif E représentant l’extérieur de ce domaine. On va aussi y trouver la justification étymologique du terme (“ rendre semblable ”), et ses dérivés, jusqu’au vrai-semblable, le faux-semblant, voire la tromperie.

7Les chemins menant à l’identification sont divers.

8Le cas de l’hypothèse, vue comme une validation fictive, rend compte d’un phénomène de décrochage qui est ensuite ramené à ce qui relève de l’identification.

9En effet, le monde fictif de l’hypothèse est construit à partir du monde réel, celui des présupposés préassertés, admis par tous, et à l’origine desquels se trouve le sujet cognitif énonciateur ; ce réel (l’effectif) est le sien, c’est un cadre de référence en conformité avec la représentation qu’il s’en fait.

10Si, comme le propose Lionel Dufaye6, on conçoit que l’effectif est ce dont le locuteur admet l’existence indépendamment de la représentation qu’il s’en fait, alors on met en évidence dans ce cas une dissociation entre la représentation de l’événement et son existence (son surgissement). L’effectif apparaît la plupart du temps sous la forme d’une assertion qui, positive, donnera lieu à une validation, et négative, à une non-validation :

[3.a] He locked the door

11représente en surface l’opération d’assertion positive :

12It is the case that [he, lock, door> is the the case]; autrement dit, ‘c’est le cas que [“quelque chose” est le cas].

[3.b] He didn’t lock the door

13représente l’opération d’assertion négative :

14It is the case that [he, lock, door> is not the case]; ‘c’est le cas que [“quelque chose” n’est pas le cas].

15Dans l’hypothèse, ce qui nous intéresse, c’est que les trois paramètres de base de ce principe d’effectivité, proposés par Lionel Dufaye, ne sont pas respectés.

161. Dans l’effectif l’“ absence de distance à l’intérieur du plan de validation ” résulte du fait que les valeurs I et E ne sont pas prises en compte simultanément parce qu’elles sont exclusives l’une de l’autre : He locked the door implique que la valeur négative E not lock the door> est exclue. Dans le fictif, en revanche, qui est hors domaine du validé, I et E sont prises en compte simultanément par S0 (se trouvant sur le plan de la représentation) depuis l’embranchement des deux chemins menant à elles7, comme le montre l’énoncé suivant :

[4] If I like being that person, I’ll come up: if not, I’ll stay down here till I’m somebody else. (L. Carroll, Alice’s Adventures in Wonderland)

17Aucune des valeurs pressenties n’est vérifiée. Les valeurs I be> et E not be> ne sont pas exclusives l’une de l’autre et sont nécessairement distanciées l’une de l’autre. Il y a altérité sur ce plan de validation. Et s’il y a validation, elle ne peut être que fictive.

182. Ensuite, contrairement à l’effectif, il n’y a pas, dans l’hypothèse, de “ délimitation spatio-temporelle dans le cadre de référence origine ”, car seules les formes (verbales en particulier) sont  conservées, pas les valeurs8, comme le montrent les emplois suivants :

[5.a] If you cut your finger very deeply with a knife, it usually bleeds.
[5.b] “Well, I’ll eat it”, said Alice, “and if it makes me grow larger, I can reach the key. ”
[5.c] “Oh! Won’t she be savage if I’ve kept her waiting!”
(L. Carroll, Alice’s Adventures in Wonderland)
[5.d] “So he could open it if he wanted to?” (…)
“But he didn’t press that bell last night at all?”
“Oh no, sir,” Angell repeated. “If he had done so, I would have woken up at once.” (A. Christie, The Unexpected Guest)

19La présence de ces formes semblables à celles du réel permet de masquer la non-validation pour ‘faire comme si’, pour créer du ‘vrai-semblable’.

203. Enfin, dans l’hypothèse, l’“ absence de distance entre le plan de validation et le plan de représentation ” remarquée dans l’effectif ne vaut plus, car on a affaire à un repère subjectif décroché par rapport à l’effectif9. Le fictif est situé en rupture, sur le plan de la représentation, comme l’explicite l’emploi judicieux du terme imaginary à l’intérieur de la protase dans l’énoncé suivant :

[6] […] his limp, lazy hands pottered about the wall on either side of him, as if they were groping for an imaginary bottle. (C. Dickens, A House to Let)

21On voit que la définition de l’hypothèse, comme tout ce qui est hors assertion, va dans le sens d’une dépendance entre l’existence de l’objet et l’opération mentale qui l’engendre.  C’est une représentation d’actualisation de procès. Le procès imaginé est réel cognitivement, en tant que construit mental.

22De quelle opération mentale s’agit-il ?

23C’est une opération de rupture, qui va se doubler d’un phénomène d’identification.

24Le domaine du fictif est un repère subjectif décroché du repère initial qu’est l’effectif, car on est dans le cadre d’une représentation qui ne se confond pas avec ce cadre de référence origine10 : il y a un hiatus entre les deux11.

plan de la validation

Image1

plan de la représentation

Schéma 1

25Nous avons affaire à un système de représentation détachée, que l’on ne peut que mentionner, ou désigner :

[7] Not that he actually wanted to commit murder, but that he realized the possibility lay in him. […] he finally dismissed the idea from his mind: “What’s the use?”  […] In this way the notion was – as he believed – dismissed from his mind […] “Even if I did murder him, the State would only murder me in return.” (A. Blackwood, The Land of Green Ginger)

26Ce système est ici représenté par les termes possibility, idea, notion et la protase en if, ainsi que les renvois au sujet cognitif in him, his mind) fonctionne comme repéré par rapport à l’effectif (représenté ici sous la forme Not that he actually wanted to commit murder). Notons que ce repéré (le fictif) ne servira pas de repère à son tour pour le monde réel ; cette impossibilité de permutation bloque toute possibilité d’identité stricte entre ces deux repères.

27Cependant, la relation entre ces deux cadres de référence ne se limite pas à un hiatus. En effet, on peut adapter à cette analyse l’idée du pont récemment évoquée par Pierre Cotte au sujet de –ed en tant qu’opérateur de passage vers l’irréel. Ici, on part de l’effectif, puis le séparateur (i.e. l’opération de décrochage, la distanciation) comme le fait le pont qui sépare les deux rives, permet de construire le plan distancié de représentation auquel appartient le fictif (représenté par l’hypothèse). Cependant ce pont-séparateur nous amène sur l’autre rive, il est donc aussi joncteur ; le domaine fictif ainsi construit est qualitativement en continuité avec le domaine de référence initial, puisque construit à son image (comme le montre par exemple l’emploi des formes verbales finies dans la protase en if) ; cette continuité est qualitative, car construite par S0 (let’s pretend, let’s do as if it was real). On voit donc apparaître, dans la construction de l’hypothèse, un phénomène d’identification (par projection, et image) qui s’ajoute à celui de la rupture : on a un phénomène de moirage.

28Si l’on représente topologiquement ce hiatus entre les deux cadres de référence, on délimite le domaine de la validation fictive (en grisé ci-dessous) par projection12 du plan de validation sur celui de la représentation.

plan de la validation

Image2

plan de la représentation

Schéma 2

29Ce phénomène de projection de Sit0 permet de créer un monde décroché ‘autre’, fictif, par re-construction du réel13. C’est une simulation d’assertion qui vise à rendre faussement identifiables deux entités qui au départ sont fortement dissociées.

30En géométrie projective, deux figures sont équivalentes s’il existe une projection permettant de passer de l’une à l’autre14. Dans la représentation topologique qui nous intéresse, la projection introduit une relation qui n’est pas symétrique car le repère Sito est stable, parce qu’il fonctionne comme repère constitutif, jamais comme repéré.

31La projection engendre un phénomène particulier. Partant du principe que chaque point M du plan D a pour image le point M’, alors M’ est appelé le projeté de M sur D, on écrira :  p(M) = M’, qui se lit : “ le projeté de M est M’ ”. De même pour la construction de la validation fictive sous forme d’une hypothèse :

32p(I) = I1 (le projeté de I est I1)

33p(E) = E1 (le projeté de E est E1)

34Ce principe s’étend à toute valeur approchée de l’assertion (distanciation plus ou moins grande par rapport à I sur le plan de validation) comme par exemple suppose, guess. Ainsi la projetée de Sit0 est l’ensemble des projetés de tous les points de Sit0 :

35p Sit0 (I,E) = Sit0 1(I1,E1).

Image3

Schéma 3

36Nous trouverons aussi bien des re-constructions d’assertion stricte comme en [5] déjà cité ou d’assertion modulée comme dans l’énoncé suivant :

[8] "You are mistaken, Mr. Darcy, if you suppose that the mode of your declaration affected me in any other way, than as it spared the concern which I might have felt in refusing you, had you behaved in a more gentlemanlike manner." (J. Austen, Pride and Prejudice)

37En effet, la validation fictive ici affecte le procès suppose et non la relation prédicative qui le complète, ce qui se serait traduit par ‘if the mode of your declaration affected me in any other way’, qu’il s’agisse d’un if de reprise comme ici ou non.

38Ainsi on parlera d’identification dans le sens de ‘reconstruction à l’identique’, ou  de “ coïncidence à une projection près ”15.

39Dans l’énoncé suivant :

[9] For instance, suppose it were nine o'clock in the morning, just time to begin lessons: you'd only have to whisper a hint to Time, and round goes the clock in a twinkling! Half-past one, time for dinner!' ('I only wish it was,' the March Hare said to itself in a whisper) (L. Carroll, Alice’s Adventures in Wonderland)

40Alice demande à son interlocuteur de se ‘projeter’ dans un monde qu’elle construit à l’aide d’éléments connus comme appartenant à leur environnement cognitif : le temps qui passe, l’heure, des activités telles que les leçons ou le repas. Malgré la construction de marques verbales et nominales typiques du réel, on s’aperçoit que les valeurs sont fictives : décalage modal et déformation des occurrences qui sont associées à des propriétés qui leur sont a-typiques comme you, whisper hint to time>. ça n’est pas le cas, mais on fait comme si c’était le cas ; et pour cela il faut valider ailleurs que dans le domaine de validation, de là la projection sur le domaine de la représentation.

41La projection permet de construire une image, qui va se trouver en relation à la fois de rupture et d’identification.

42En effet, en utilisant la notation traditionnelle de la fonction  f(x) = x’, i.e. l’image de x par la relation f est x’ , on peut établir la relation suivante16 :

Image4/≡ (Sit0) = Sit0 1

qui se lit: “ l’image du réel par la relation de rupture-projection est le fictif Sito1 ”. Autrement dit, Sit01 est l’image de Sit0 par la relation (application) ‘rupture-projection’ Image5/≡.

43C’est à partir de l’effectif que l’on construit la rupture. Ce phénomène de rupture-projection peut ainsi être considéré comme une application17 du domaine Sit0 dans le domaine Sit0 1.

44Tout comme l’on pose :

f : X ----> Y, qui se lit : “ f est une application de X dans Y et l’image est Y ” ,

45de même on établira :

f(Image6/≡) : Sit0Sit0 1 ,

46qui se lit : “ la rupture-projection est une  application du domaine Sit0 et l’image est Sit0 1 ”. 

Ceci vaut pour tout élément de Sit0. En effet, pour chaque élément I ou E de Sit0, l’élément I1 ou E1 de Sit01 qui lui correspond par f(Image7/≡) est respectivement I1 (image de I par l’application f) ou E1 (image de E par f). On notera :

I1 = f(Image8/≡)I et E1 = f(Image9/≡)E

Ainsi l’image de I par Image10/≡, notée I1, est un élément de Sit0 1. Ainsi toute valeur propre au monde des présupposés préassertés (le réel) est re-construite sur le plan de représentation comme l’image du domaine de référence.

47C’est par exemple ce que suggère l’énoncé hypothétique suivant :

[10] “Even if I did murder him, the State would only murder me in return.” (A. Blackwood, The Land of Green Ginger)

L’énonciateur projette une situation où l’occurrence-sujet I> est associée à une propriété entrant dans sa liste définitoire car possible : murder him>. Cette situation, validable, coïncide, dans ses éléments de base, avec le monde réel construit par l’énonciateur, mais elle n’en a pas la valeur réelle car elle n’est pas validée strictement : la présence de if dans la protase l’indique, qui représente l’idée de pont séparateur-joncteur, i.e. la relation de rupture-projection (ou application f(Image11/≡) du domaine de validation).

De même, au niveau de la source énonciative, on construit l’image du valideur18. Dans l’hypothèse, le valideur qui prend en charge le contenu de la protase sur le plan de la représentation, est en rupture par rapport au locuteur car il ne garantit pas le contenu de la protase (et en conséquence de l’apodose) : il ne vérifie pas une valeur à l’exclusion de l’autre. Dans cette optique, nous parlerons de valideur fictif (écart Qlt : S01Image12 S0). S’il y a validation, elle n’est que fictive. Ce qui est validé par le locuteur, c’est l’inférence, la relation entre protase et apodose : ‘I guarantee that if p, then q ’.

48Par conséquent, on établit deux types de distanciation dans la construction de l’image : une distanciation Qlt de type S ; c’est la distance 2 intentionnelle que construit S0 par rapport à la prise en charge de son énoncé. D’autre part, une distanciation Qnt car liée à la validation de l’occurrence (‘ça n’est pas le cas’), mais aussi identification Qlt car S01 construit une représentation-image du réel.

49Le sujet locuteur joue un rôle particulier dans la construction du fictif car il est à l’origine du consensus entre les co-énonciateurs : ‘mettons-nous d’accord pour imaginer que’. Il effectue une opération mentale de simulation qui permet d’identifier le monde fictif qu’il construit au monde de référence.

50En effet, en tant que valideur fictif, ce qu’il prend pour thème ne fait pas partie du monde partagé des présupposés. Il appartient au monde du non-admis que Sarah de Vogüé représente topologiquement par un espace au centre duquel se situe S0, et à la périphérie duquel se trouve le S’0. Le valideur fictif prédique sur une occurrence qui, dans sa relation avec son prédicat, prend un statut hypothétique. Ce qui permet de simuler une correspondance avec le réel, c’est la présence des marques verbales (aspectuo-temporelles) et nominales du réel19. Dans l’énoncé suivant par exemple, le registre, qui sert de thème dans la protase, est prédiqué existentiellement par rapport à Sit0 comme l’indique la marque de fléchage :

[11] And if, as I believe, the register is founded on a false certificate, there is better, still better reason, why the existence of the child should be hidden, and all trace of his parentage blotted out, in the garret of that empty house. (C. Dickens, A House to Let)

51Cependant la présence de if indique que dans sa relation avec le prédicat be founded on a false certificate>, le registre en question revêt un statut hypothétique, fictif.

52Ce phénomène de simulation est double, comme l’indiquent les définitions du terme :

53a) Il est emprunté au latin classique simulare qui signifie “ représenter exactement, copier, imiter ” d’où “ donner l’apparence de ”. Hormis la construction de la validation fictive en if, ‘suppose’ et ‘imagine’ sont des mots-outils qui rendent compte de cette facette de la simulation.

54Dans ce cas, S0 adopte une position positive en choisissant de représenter une autre réalité qu’il identifie au réel. L’extrait suivant montre que la création de l’apparence est fortement liée à la volonté du sujet qui est à l’origine cette simulation :

[12] I would have thanked you before, my dear aunt, as I ought to have done, for your long, kind, satisfactory, detail of particulars; but to say the truth, I was too cross to write. You supposed more than really existed.  But now suppose as much as you choose; give a loose to your fancy, indulge your imagination in every possible flight which the subject will afford, and unless you believe me actually married, you cannot greatly err. (J. Austen, Pride and Prejudice)

55Avec l’emploi des prédicats ‘I suppose, I imagine’, le locuteur valide les procès  représentés (la supposition) mais pas leurs objets (représentés par une complétive) qui sont limités à une valeur approchée20. De même les emplois conjoints de if et de l’impératif suppose montrent la volonté du sujet à ‘faire comme si c’était le cas’ :

[13] "What would you do, Emil, if you was out on the prairie by yourself and seen him coming?" Emil stared.
"Maybe I could hide in a badger-hole," he suggested doubtfully.
"But suppose there wasn't any badger-hole," Lou persisted.
"Would you run?" (W. Cather, My Antonia)

56L’emploi de ‘suppose’ explicite l’opération de simulation21.

57b) D’autre part un des sens du latin classique de ‘supposer’ est de “ donner faussement comme authentique ”, puis “ mettre une chose à la place d’une autre, par tromperie ” (16°s). D’ailleurs simulare a ensuite donné lieu au sens de “ donner pour réel ce qui ne l’est pas (en imitant l’apparence de la chose à laquelle on veut faire croire) ” ; de même le terme ‘simulation’, repris du supin de simulare reprend l’idée de “ feinte ” et “ folie simulée ”.

58Dans ce cas S0 adopte une position négative, oppositive, en choisissant de construire une situation autre avec la volonté de falsifier. On trouve dans les emplois de ‘pretend’ et dans son contexte les marques de ce qui revient à de la tromperie, de la fraude :

[14] "Alexandra, all the way out from New York I've been planning how I could deceive you and make you think me a very enviable fellow, and here I am telling you the truth the first night.  I waste a lot of time pretending to people, and the joke of it is, I don't think I ever deceive any one.  There are too many of my kind;  people know us on sight." (W. Cather, My Antonia)

59On note, en opposition à ‘tell the truth’, le rapprochement entre les notions ‘deceive’ et ‘pretend’ qui montrent la volonté du sujet à tromper autrui.

60De même, l’enfant dans ses jeux cherche à (se) faire croire qu’il est dans un autre monde :

[15] ‘Let's pretend we're kings and queens’ (L. Carroll, Through the Looking-Glass)

61Au niveau du sujet de l’énoncé, on pourra ainsi rapprocher ‘pretend’ de ‘do/look as if’ qui montre que, par ses actes, il est responsable de la tromperie :

[16] “Why, especially, when you called, did you look as if you did not care about me?” (J. Austen, Pride and Prejudice)

62La supercherie est parfois explicitée en contexte, comme ici le dire et le faire sont opposés à l’effectif par le biais des marqueurs d’opposition tels que but, though:

[17] “Norah! Who was that man that came to my house last night?” “Man, sir !”  As if infinitely surprised but it was only to gain time. (C. Dickens, A House to Let)

[18] Mr. Openshaw looked as if he were deep in his book, though in fact he did not see a line. (C. Dickens, A House to Let)

63L’hypothèse-mirage22, par le biais du discours indirect libre et des marqueurs might have-en, est un ajustement d’une situation imaginaire à ce que perçoit le personnage  (‘c’était comme si’). Cet ajustement se fait dans des énoncés du type :

[19] And then we were so merry all the way home! We talked and laughed so loud, that anybody might have heard us ten miles off ! (J. Austen, Pride and Prejudice)

64Dans cet ajustement au réel, la rupture entre l’effectif et l’imaginaire est supprimée car pour le personnage il n’y a plus de différence : la représentation de l’objet et son existence ne sont plus dissociées dans son esprit. L’identification se fait ici par une sorte d’adaptation d’un imaginaire hear us ten miles off> au monde perçu talk and laugh so loud>.

65On peut penser dans ce cas à l’équivalence en it was like/as if où l’association de as avec la marqueur if du fictif explicite cet ajustement entre les domaines du validé et de la représentation . On ne trouve pas de relation d’inférence (protase-apodose) car as if explicite la manière dont le prédicat est validé23 ou justifie sa validation :

[20] "Mrs. Frank, is there any reason why we two should not put up our horses together?" Alice stood still in perplexed wonder. What did he mean? He had resumed the reading of his newspaper, as if he did not expect any answer. (C. Dickens, A House to Let)

[21] Alice was silent. He began to make the tea, as if her reply was a matter of perfect indifference to him; but, as soon as that was done, he became impatient (C. Dickens, A House to Let)

66D’une part, la construction du fictif par projection sur le domaine de représentation donne lieu à un phénomène d’inclusion, puisque Sit01 est un sous-ensemble du domaine IE de représentation : tout élément de Sit01 ( i.e. I1 et E1) est un élément de ce domaine.

67D’autre part, le phénomène d’inclusion est aussi marqué explicitement par le mot-outil even. Lorsqu’il est associé à if, even permet d’associer une situation à un ensemble de situations permettant l’inférence de si p, alors q. L’ensemble de départ des conditions possibles est constitué d’une ou de plusieurs conditions de validation de l’apodose. L’énoncé suivant peut être reconstruit :

[22] Even if you hadn’t called me, I would have come. [Reconstruction: If you call me, I will come. You called me and I came. Actually, even if you hadn’t called me, I would have come.]

68La condition permettant d’inférer la venue est you, call me>. Elle représente la classe de départ constituée par des possibles auxquels on s’attend, i.e. qui entrent dans la définition des conditions de validation typiques permettant l’inférence. On peut considérer que cette classe représente le centre organisateur (I) des conditions de validation de q. La valeur complémentaire you, not call me> ne fait pas partie de cet ensemble de départ, elle en est exclue. La présence de even permet d’inclure à l’ensemble de départ (conditions permettant l’inférence) une condition irréelle (car contrefactuelle : you, not call me> n’a pas été le cas), dissociée, située à l’extérieur (E) du domaine de condition d’inférence :

Image13

Schéma 4

69Even est un égalisateur24, il permet d’inclure un élément non attendu à l’ensemble de départ (éléments permettant l’inférence attendue). Ce marqueur d’inclusion met deux éléments ‘à égalité’ dans leur rôle de condition de validation.

70Ainsi, les éléments formant l’ensemble d’arrivée après inclusion sont identifiables les uns aux autres car ils sont indifférenciés dans leur rôle de condition de validation de la protase. En effet, quelle que soit la condition envisagée, q est validé. Autrement dit, le principe d’effectivité de l’inférence ne vaut plus. C’est pour cela que la corrélation en then ne fonctionne plus (*Even if you hadn’t called me, then I would have come). L’élément inclus est au départ en rupture avec l’ensemble de départ (en E du domaine d’inférence). L’inclusion d’une situation irréelle renforce l’inefficacité de l’inférence.

71Cependant l’inclusion par even peut aussi fonctionner avec des éléments altérés, en relation d’opposition.

72Le repérage en identification concerne aussi des entités en relation d’altérité, opposées dans leur complémentarité, comme le sont par exemple les pôles I et E de validation.

73On peut inclure parmi les conditions attendues une condition possible mais peu probable :

[Inférence de départ: if the weather is fine, I’ll go out (si p, alors q)]
[23] Even if the weather’s not fine, I’ll go out anyway. (si p’, alors q)

74Le pôle E not be fine> au départ n’est pas totalement exclu du domaine de conditions de validation de q. Il est situé dans la zone frontière (F) : rien n’empêche p’ (situation fictive potentielle) de faire partie de l’ensemble des conditions de validation de q, même si cela n’est pas la condition attendue.

75On s’aperçoit que le domaine des conditions de validation est muni d’un gradient avec orientation s’éloignant du centre. Le/les éléments inclus correspondent aux formes altérées situées à la frontière (F = Extérieur non-strict) de ce domaine. Lorsque la probabilité de l’élément inclus est la plus faible possible, on est situé au dernier point imaginaire avant la sortie du domaine. Cet élément est considéré comme extérieur à l’ensemble de départ p permettant l’inférence mais dans un Extérieur non strict, i.e. à la frontière (F).

Image14

Schéma 5

76Even fait passer cet élément du point extrême de l’Extérieur non strict, à l’Intérieur strict/typique (car attendu) : l’élément le moins probable vient s’inclure aux autres par identification à eux. Ce qui au départ était présupposé ne pas permettre l’inférence (la pluie ne permet pas normalement de sortir, c’est sa spécificité : valeur d’altérité), la permet aussi, au même titre que les autres conditions. On lui enlève sa spécificité, on ne la différencie pas des autres : Whether it is sunny or rainy, I’ll go out anyway25. On est proche de la concession26.

77L’altérité est nécessaire au départ. La distance est annulée par le phénomène d’inclusion qui indifférencie les éléments, et permet l’identification.

78Dans la construction de l’hypothèse, le degré du potentiel découle d’un phénomène de congruence, c’est-à-dire de compatibilité. Dans ce cas, la valeur envisagée fictivement correspond à la valeur préconstruite, qu’elle soit pré-assertée ou non :

[11] And if, as I believe, the register is founded on a false certificate, there is better, still better reason, why the existence of the child should be hidden, and all trace of his parentage blotted out, in the garret of that empty house." (C. Dickens, A House to Let)

[5b] “Well, I’ll eat it”, said Alice, “and if it makes me grow larger, I can reach the key” (L. Carrol, Alice’s Adventures in Wonderland)

79En [11]) la validation fictive de be founded on a false certificate> repose sur la croyance du sujet-locuteur que c’est la bonne valeur (as I believe). En [5b], Alice juge pertinent, dans la situation où elle se trouve et selon ses critères personnels, que le gâteau aura l’effet escompté. On remarque d’ailleurs que le potentiel ne dit rien d’une contradiction (qui serait marquée par –ed) entre ce qui est envisagé et l’effectif, puisqu’il y a congruence. L’identification découle du lien, de la continuité avec la situation origine. Ainsi, on peut considérer que la valeur fictive (ici pôle I1) est identifiée à la valeur pressentie (ici I). On annule fictivement (car on asserte fictivement) l’altérité initiale entre I et E du plan de validation en effectuant, sur le plan fictif projeté, un bouclage sur la valeur (I) pressentie car pertinente27.

80L’identification est qualitative car la congruence repose sur un choix subjectif. En revanche, elle est quantitative dans le cas d’une reprise en if car la congruence est liée à la validation (dans le présent comme dans le passé) :

[24] I warned you! I told you what this Coleman was, and if Marjory is suffering now, you have only yourself to blame for it. (S. Crane, Active Service)

[25] "Nonsense! Nonsense! I do not believe that he brought her. If I ever saw a spectacle of a woman bringing herself, it was then.” (S. Crane, Active Service)

81A l’origine de ce terme : sem- qui exprime l’identité. Parmi ses dérivés on trouve similis (‘semblable’) qui a donné d’une part simulare (analysé ici comme une identification fictive) et d’autre part similare qui renvoie à une identification partielle ou (quasi)totale selon les cas.

82On trouve ce phénomène dans les textes avec certains mots-outils renvoyant à une similitude partielle, d’autres à une similitude (quasi)totale.

83Avec le marqueur like on a une idée de ressemblance approximative, qui ne va pas jusqu’à l’identité totale. On maintient la différence entre les deux repères :

[26] He sat down obstinately on the lowest step, with his head against the wall, and the tails of his big great-coat spreading out magnificently on the stairs behind him and above him, like a dirty imitation of a court lady's train. (C. Dickens, A House to Let)

84L’association avec la notion imitation va dans le sens de la ressemblance, mais pas de la confusion. D’ailleurs, en Mathématiques, une similitude est une transformation qui conserve la forme tout en maintenant l’altérité28. On rapproche tout en maintenant éloigné :

[27] So he went in, feeling his way as he went, like a blind man; for it was very dark. (C. Dickens, The Chimes)

85Le rapprochement qui est fait entre l’attitude du personnage et celle d’un aveugle dit implicitement : ‘he was not a blind man’ (pas d’identité), mais les deux notions ont des propriétés communes. Il y a inclusion partielle mais pas confusion totale. Leurs domaines se recoupent plus ou moins, ce qui fait apparaître un gradient dans la similitude, marqué par des emplois comme, almost like, very like, et même le néologisme halflikeness:

[28] The sight of him instantly reminded Trottle of the curious halflikeness which he had already detected between the face of Benjamin and the face of another man, whom he had seen at a past time in very different circumstances. (C. Dickens, A House to Let)

[29] His breathing was so uncommonly loud, that it sounded almost like a snore. (C. Dickens, A House to Let)

[30] […] because I had, on another occasion, noticed something very like a fur cap. (C. Dickens, The Haunted House)

86Dans le cas du marqueur seem, c’est la ressemblance sous forme prédicative, qui implique une valuation qualitative car l’adéquation plus ou moins forte dépend de la subjectivité du locuteur. La conformité29 au repère sera plus forte si le sujet n’apparaît pas (it seems that) que s’il apparaît explicitement :

[31] "Men usually think that, but I want to tell you that you seem to me utterly blind." "Blind or not, do stop the everlasting reiteration of that sentence." (S. Crane, Active Service)

87L’adéquation est plus ou moins le cas. L’approximation est renforcée avec as if qui amène une comparaison avec du fictif :

[32] "Norah!  I must go with you, and look on the face of the man whom I have so injured,--unwittingly, it is true; but it seems to me as if I had killed him. (C. Dickens, A House to Let)

88Avec le marqueur as on a affaire à une opération d’identification stricte, une conformité (quasi)totale30. Dans l’énoncé suivant on passe de la ressemblance avec like (similitude partielle) à l’identité avec as (similitude quasi-totale) :

[33] […] she began to cry over the child the moment she saw him, like a sensible woman as she always was. (C. Dickens, A House to Let)

89Ici as permet d’identifier totalement l’occurrence she à la classe sensible woman : elle reste la même à tout moment (unum et idem) mais la notion d’identité maintient l’idée de distinction (idem nec unum) car chaque moment de validation reste distinct.

90A noter que as ne se comporte pas comme like car il n’implique pas de gradient dans la similitude : c’est (exactement) semblable (just as if) ou pas du tout (not as if) :

[34] And there was my aunt, all the time I was dressing, preaching and talking away just as if she was reading a sermon. (J. Austen, Pride and Prejudice)

[35] She wore a man's long ulster (not as if it were an affliction, but as if it were very comfortable and belonged to her. (W. Cather, My Antonia)

91Dans certains cas on voit apparaître le marqueur like associé à as if. Sa présence renforce cette approximation :

[36] "Coming round the curve in the tunnel, sir," he said, "I saw him at the end, like as if I saw him down a perspective-glass. There was no time to check speed, and I knew him to be very careful. (C. Dickens, The Signalman)

[37] "I don't know, ma'm. But he scolds me about everything, like as if he wanted to have me!" (W. Cather, My Antonia)

92En effet, la volonté de rapprocher deux situations (l’une réelle, l’autre fictive) par le biais de as est contrecarrée par l’emploi de like qui précède et annonce que l’altérité est maintenue.

93De même le marqueur same maintient l’autonomie des éléments tout en marquant une identification (quasi)totale. Lorsque l’on dit : she’s wearing the same dress as yesterday, il s’agit de la même robe, mais la comparaison oppose celle repérée hier à celle repérée aujourd’hui : l’altérité est maintenue. Dans l’exemple suivant, l’identification totale est rejetée :

[38] I pray for you, but that's not the same as if you prayed yourself." (W. Cather, My Antonia)

94L’identification est affaire de repérage. Repère et repéré ne peuvent pas échanger leurs rôles, sinon l’identification reviendrait à une identité. Cette étude nous a permis de mettre en évidence divers chemins menant à l’identification. Entre des éléments en rupture, on passe par des phénomènes tels que la projection, l’application (donnant une image), la simulation, l’ajustement et l’inclusion. Entre des éléments altérés, on passe par l’inclusion, la congruence, et la similitude. La liste de ces phénomènes n’est pas exhaustive. Ainsi, par le biais de la construction de la validation fictive, nous avons vu que l’identification peut opérer d’une part entre des éléments dissociés, en relation de rupture, et d’autre part entre des éléments en relation d’altérité. Ces différents processus sont des chemins menant à une acception globale de l’identification en tant que conformité, adéquation, (‘mise en égalité’) entre des éléments ‘décalés’, qu’ils soient, à la base, en relation d’altérité (le plus communément admis) ou en rupture.

Notes de bas de page numériques

1  L’identification au sens de ‘reconnaissance’ ne sera pas notre propos ici.
2 A. Culioli 1988 :  “ L’identification est ici l’altérité prise en compte, puis éliminée ; la différenciation, c’est l’altérité maintenue. Ainsi, l’altérité est de fondation ”, p. 97.
3 Cela rejoint l’idée de “ recentrage par élimination de l’altérité préconstruite ” proposée par A. Gauthier, 1997.
4 M-L. Groussier, C .Rivière 1996.
5 Ibid.
6 L. Dufaye 2002.
7 Voir schéma p 4.
8 Sauf dans le cas de reprises en if.
9 Voir entre autres à ce sujet A. Trévise, 1999, p. 41.
10 Pierre Cotte (2003) parle de construction d’un scénario fictif : “ Imaginons fictivement l’actualisation de quelque chose qui n’existe pas (p), il s’en suit en représentation l’actualisation de q ”.
11 Pour A.Culioli, (1985), il n’y a rien “ qui nous fournirait une sorte de voisinage ininterrompu de telle manière que je puisse passer d’un plan à l’autre. Il y a un hiatus ”. (p. 89). Jean-Marie Merle (1999), à la suite de Damourette et Pichon, parle d’ “ écart toncal ”.
12 C.Fuchs et A-M.Léonard (1979) ont avancé l’idée d’ “ un point de vue projeté dans le plan de la visée. […] Le point d’où cette projection est possible est justement constitué par le moment de l’assertion […], i.e. pose la situation Sit0 comme origine d’où est projeté le point de vue ” p. 213-214.
13 On retrouve en psychiatrie un phénomène de projection, qui se définit par le fait de ‘lancer hors de soi une force agissante’ et qui vient en complément au phénomène d’identification.
14 “ Les congruences, projections et isométries (équivalences ainsi appelées en géométrie différentielle) sont des équivalences topologiques car, dans chaque cas, la correspondance entre deux figures équivalentes est bijective et continue ”. (Topologie élémentaire, p. 68).
15 Desclès, J.-P. (1978) parle de “ synchronisme entre deux systèmes de repérage, plus particulièrement entre le système fondamental centré sur l’origine T0 et le système aoristique ”. Il établit une concomitance de l’état de chose avec le repère fictif T3. Ce synchronisme met alors “ en coïncidence à une projection près, T3 et T0 bien qu’appartenant à deux systèmes différents ”.
16 ω / est le corps de la fonction ; Sit0 est l’argument.
17 “ Une application est une correspondance qui à chaque élément x d’un ensemble A (appelé ensemble de départ de l’application) associe un et un seul élément y d’un ensemble B (dit ensemble d’arrivée de l’application ) ” (Mathématiques des sciences humaines p. 19).
18 Culioli, A., 1985 : “ Vous construisez une image du sujet énonciateur S0 et de T0 qui a les propriétés suivantes : elle est construite par rapport à Sit0 : Sit01 est en fait (S01, T01) ” p. 89.
19 C. Fuchs et A-M. Léonard (1979) parlent de “ réactualisation simulée ”.
20 A. Culioli (1983) considère la supputation comme du “ certain dégénéré ” p. 27.
21 Pour A-M. Léonard (1983), “ Suppose, à la différence de IF, implique nécessairement que soit marquée la relation entre énonciateurs.[…] Suppose implique la simulation d’une assertion du prédicat et de la validation d’une occurrence (‘faisons comme si…’), bloquant ainsi la possibilité d’avoir any. ” p. 59.
22 C. Charreyre, 1984
23 Voir à ce sujet J-C. Souesme, 2003.
24  A. Culioli, 1995.
25 Cela rejoint ce que Quirk et al. (1985) appellent une “alternative conditional-concessive    clause”: valeur concessive de la construction, liée au paradoxe.
26 Garnier, G., et al. (2002) : “ On présuppose au départ deux contenus propositionnels, dont on présuppose au départ qu’ils sont incompatibles, et que l’on rend résultativement compatibles ” p 235.
27 Voir à ce sujet Merle, J.-M.1999 : “ […] la pertinence notionnelle est garantie par son lien avec les préconstruits thématiques, situationnels ou contextuels ”. Il parle de “ pertinence directe, noncale ” car “ p n’est pas forclos ”. p. 69
28 “ Une similitude transforme des lignes droites en lignes droites et ne change pas les mesures des angles entre les droites. Elle altère les longueurs, les lieux, l’orientation, mais non la forme ”. (Topologie élémentaire p. 14)
29 Pour G. Mélis (2002), la modulation sur la conformité est duale. Vue négativement, ce n’est qu’une apparence et non un fait (écart entre le fait et les propriétés : seem-to) ; vue positivement, l’état de fait a toutes les apparences d’être conforme à un ensemble de propriétés (identification entre le fait et les propriétés : it seems that).
30 J-R.Lapaire, W. Rotgé, 1992 : “ Cet opérateur est porteur de l’idée primitive de conformité totale, de similitude (quasi) parfaite ” p 73.

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Pour citer cet article

Catherine Moreau, « Identification et validation fictive », paru dans Cycnos, Volume 21 n°1, mis en ligne le 25 juillet 2005, URL : http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=24.


Auteurs

Catherine Moreau

Université de Bordeaux 3 TELANCO (JE2385) ; catherine.moreau@u-bordeaux3.fr