Cycnos | Volume 21 n°1 L'Identification -  

Isabelle Gaudy-Campbell  : 

Identification négative et non identification : ain’t et got

Résumé

L’auxiliaire be, auxiliaire d’identification orienté à droite, s’oppose de façon binaire à have, auxiliaire orienté à gauche. Nous proposons d’intégrer à cette opposition ain’t et got.
Il peut paraître déroutant de rassembler ces deux marqueurs oraux, l’un portant une négation et l’autre non. Cependant, tous deux peuvent s’apparenter à des formes auxiliées qui, par leur fonctionnement, sont des opérateurs de travail sur la relation prédicative, permettant d’en modifier la polarité.
Ain’t peut résorber l’opposition entre have et be en s’y substituant et devient ainsi un marqueur d’identification négative, là où be ne le permet pas. Got n’a pas la même faculté de substitution. Il vient plutôt s’intégrer à une relation prédicative pour faire contre poids et neutraliser l’orientation à gauche de have, sans pour autant permettre une identification. Marque de rééquilibrage de la relation prédicative, got devient une marque de résorbtion d’orientation, entre non attribution et non identification.

Abstract

Be, the identifying right-oriented auxiliary, is opposed to have, the left-oriented auxiliary. Within this binary opposition, we would like to integrate ain’t and got.
It may be surprising to put together these two oral marks, the former bearing a negation when the latter does not. Still, both can be likened to auxiliary forms in as much as they have an influence on the orientation of the predicative link.
Ain’t can indeed erase the opposition between have and be, in as much as it can mean either. It thereby becomes a mark of negative identity when be does not allow it (I ain’t). Got does not have the same capacity of replacing either form. It rather integrates into a predicative link to counter-balance the left orientation of have whilst still not enabling an identification for it. As a tool to rebalance the predicative link, got becomes a means of neutralising the orientation, between non-attribution and non-identification.

Plan

Texte intégral

1En amorce, nous souhaiterions circonscrire le cadre de notre propos par les définitions suivantes [BOUS : 1993] :

Have est un opérateur de repérage, il a une valeur de localisation, c’est à dire de différenciation (contraire de l’identification, marquée par be) : en effet, quand deux termes ne sont pas identiques, l’un des deux est forcément situé, localisé par rapport à l’autre.

2La définition suivante de J.C. Souesme entre dans le même cadre [SOUE : 1992] :

Identification : opération par laquelle on établit une relation d’identité entre deux termes qui renvoient au même élément.

She is a student.

3Nous prendrons donc comme cadre l’opposition entre be et have. L’auxiliaire be, auxiliaire d’identification orienté à droite, s’oppose de façon binaire à have, auxiliaire orienté à gauche. Une autre approche est celle d’Adamczewski, pour qui be est symétrique et have asymétrique [ADAM : 1993], p1121. Nous proposons d’intégrer à cette opposition ain’t et got en nous reposant sur des occurrences tirées de corpus oraux.

4Ain’t a en effet la capacité de neutraliser l’opposition symétrie/ asymétrie, dans la mesure où il peut se substituer, de façon ambiguë, aussi bien à be qu’à have :

Gone without the eggs ain’t she? (KBG 2787, BNC, Corpus oral)

5Got, quant à lui, infléchit l’asymétrie en contrecarrant have et en en changeant l’orientation [BEDE : 2002] :

What you’ve got to remember about Rosa Klenner is that she’s got a really timid side to her. (A.S. Byatt)2

6Ainsi, alors même qu’il peut paraître déroutant de rassembler ces deux marqueurs oraux, l’un porteur d’une négation et l’autre non, il est possible de les rassembler afin de les organiser autour de la thématique de l’identification. Ain’t va être abordé en qualité d’outil d’identification négative et got en qualité de vecteur de non identification. Le cadre de notre propos est le suivant : identification, identification négative et non identification.

7Travailler alors ain’t et got relativement à be est possible si l’on souligne que tous deux peuvent s’apparenter à des formes auxiliées. Egalement, par leur fonctionnement, tous deux sont des opérateurs de travail sur la relation prédicative, permettant d’en modifier l’orientation. Ces deux axes permettront ensuite de déboucher sur l’étiquetage de ain’t comme marqueur d’identification négative et de got comme marqueur de non identification.

8Mettre en relation ain’t et got avec la notion d’identification que nous opposons à la localisation (au sein de be / have) suppose que ces formes aient un statut proche de l’auxiliaire. Faire le bilan des paramètres propres aux auxiliaires serait ici trop ambitieux3 et n’est pas notre propos.

9Toutefois, nous souhaiterions souligner la pluralité des valeurs de ain’t et sa capacité à se substituter sur un axe paradigmatique à des formes auxiliaires : ceci nous amène à considérer ain’t comme une forme auxiliée.

10Got, quant à lui, peut également être apparenté à une forme auxiliée si l’on considère le phénomène de désémantisation qui l’affecte au sein d’occurrences comme have got et have got to4.

11Sans entrer dans le débat sur le dégré de correction de ain’t5, nous souhaiterions amorcer cette présentation en soulignant sa fréquence dans des contextes oraux.

12Une recherche par le BNC montre que ain’t est utilisé pour rendre compte de propos oralisés. Certains contextes, malgré l’absence de marques de discours (comme des guillemets), sont assimilables à du discours indirect libre grâce à ain’t qui vient souvent se substituer à toute autre marque.

Every time I ask him too, he says no you ain’t allowed a disco out there. (KDA 1591, BNC, Corpus oral)
Mandy was telling us, you know, about one of her friends she erm her husband was very high up in a company and he went to work one day and they called him in the office and says right, you ain’t got a job! (KCL 3937, BNC, Corpus oral)

13Dans ces contextes-là, on remarque facilement une pluralité des valeurs, oscillant entre be et have.

14Parmi les contextes les plus propices à l’apparition de ain’t, on compte les question-tags. Ain’t apparaît notamment dans les reprises auxiliées, où il joue un rôle d’inverseur de polarité.

Getting quite low ain’t we? (KBF 11582, BNC, Corpus oral)
Got a can ain’t we? (KD3 5155, BNC, Corpus oral)
Sweet, ain’t she? (KP9832, BNC, Corpus oral)

15De telles occurrences nous incitent à percevoir la valeur auxiliée de ain’t. D’une part il compense l’absence d’une forme auxiliaire dans la base du question-tag. De plus, grâce à ain’t, il est facile de rétablir de façon rétroactive la forme élidée en question. On perçoit alors facilement le rôle de ain’t, comme une forme de substitution6 à un auxiliaire orienté.

16Ce rôle de substitution se retrouve dans certaines occurrences où l’on voit que ain’t ne permet pas de lever l’ambiguïté se substituant indifféremment à ce qui pourrait être be ou have. C’est le cas de l’occurrence citée en introduction.

Gone without the eggs ain’t she? (KBG 2787, BNC, Corpus oral)

17Avec ain’t, on dépasse la dialectique have / be. Dans des énoncés oraux, ain’t joue un rôle dans le travail de formulation. L’énonciateur, à la recherche de la formulation adéquate, passe par plusieurs étapes avant de trouver le mot juste. Ain’t entre alors en jeu soit comme forme préparatoire à un auxiliaire be/have ou do7, soit comme pro-forme auxiliaire, support du prédicat qui va faire l’objet des propos.

I di, I ain’t repeating yourself. (KBD 8968, BNC, Corpus oral)
No I ain’t I’ve, I’ve bought two. (KBR 2012, BNC, Corpus oral)

18Ces données synchroniques vont de paire avec des recherches diachroniques effectuées sur ain’t. Les recherches de Cheshire [CHES : 1991] sont reprises par M. Krug [KRUG 1998], (p. 150) qui rappelle que ain’t est issu d’une coïncidence diachronique.

[Ain’t] is derived by regular sound changes from standard English forms of both have and be. It therefore substitutes for two verbs that -- apart from their high frequency and primary verb status -- perform rather different syntactic functions and are quite distinct in meaning.

19Ain’t peut alors être considéré comme une forme auxiliée ambiguë, voire comme un ambiguisateur, dans la mesure où il amalgame be, have et do.

20A ce moment de notre présentation, il est nécessaire de justifier un choix qui apparaît en filigrane de notre problème. Sur quelle base peut-on traiter de ain’t et de got pour servir une même problématique?

21Une des raisons incitant plus particulièrement à allier ain’t et got tient à leur fréquente cohabitation. Un simple recensement en rend compte aisément.

22Une première occurrence laisserait penser que c’est uniquement le choix d’un registre non soutenu qui justifie cette cohabitation.

I ain’t talking cos you’ve got that bloody thing on.
(KD3 1426, BNC, Corpus oral)

23Mais la coexistence des deux formes dépasse ce simple écho. On peut remarquer qu’elles apparaissent de façon combinée. L’exemple suivant a l’intérêt de faire cohabiter nettement non seulement ain’t et got, mais également de souligner l’amalgame opéré entre be et have, ain’t s’y substituant indifféremment. Une première fois, il se substitue à ce que l’on pourrait reconstituer par be puis par have.

Look, I ain’t being funny, love, but I ain’t got all day.
(FAB 2211, The Ladykiller. Cole, M. London : Headline Book Publishing plc, 1993)

24Finalement, il n’est pas rare que l’amalgame be/have soit nettement perceptible dans des questions tags où ain’t vient reprendre une localisation portée par have dans have got.

I’ve got three now, ain’t I? (KCU 10549, BNC, Corpus oral)
She’s got a point though, ain’t she?
(CR6 2917, BNC, Dangerous Lady. Cole, M.u.p.n.d.)

25Ainsi évoqué le fort lien existant entre ces deux structures, nous nous proposons de traiter got, à la suite de ain’t, dans le cadre de l’auxiliation.

26Avant de travailler sur got, il est nécessaire de faire un rappel des travaux sur get par rapport auquel il est dérivé.

27Les travaux de J. Bouscaren [BOUS: 1982], p.183, mettent la problématique de cet article en perspective. Get remplirait deux opérations fondamentales, à savoir le "changement d’état" et "le repérage de type identification - localisation, qui opère dans la majorité des cas, par rapport au sujet animé". Par le concept de "changement d’état", get s’oppose à be et have, en tant que verbes statifs, et la glose come to have est proposée comme illustration.

28Egalement, N. Quayle [QUAY: 2000] parle des "liens que get peut entretenir avec be comme avec have8 (i.e. il se situe dans leur antécédence)" sur lesquels il construit une représentation schématique de la polysémie de get. Il propose alors un débat sur le statut de quasi-auxiliaire de get, terme polysémique par subduction.

29Ceci peut s’apparenter au phénomène de "sublimation sémantique" du verbe, pour reprendre les termes de Damourette et Pichon [DAM :1940]. Leurs propos sont repris par C. Fuchs [FUCHS : 1989], (p. 45-46). Parmi les critères d’identification de l’auxiliaire, on compte la "sublimation sémantique", c’est à dire le passage du sémantisme matériel et particulier du verbe non-auxiliaire [...] à un sémantisme plus général pour l’auxiliaire, par un processus d’abstraction de la pensée.

30Nous débouchons ainsi sur le phénomène de désémantisation, qui est un critère permettant d’identifier le fonctionnement auxiliaire d’un élément verbal.

31C’est dans ce cadre que N.Quayle [QUAY : 2001] pose la question de la vocation à l’auxiliarité de get. Si get est "exclu de la catégorie des auxiliaires sur le plan purement formel, l’impression persiste que get [...] ne fait pas partie de la masse des verbes événementiels"9. Il conclut sur la capacité de get à faire l’objet d’une subduction externe et avance l’hypothèse d’un degré de grammaticalisation, ou subduction interne, plus abouti pour get que pour des verbes comme come/go, bring/take, make/put.

32Dérivé de get, got fait ici l’objet de notre propos. Traitons maintenant de got, forme au sein de have got et have got to, plus particulièrement analysée dans [BEDE : 2002]. On peut souligner que la désémantisation opère de la façon suivante.

33Sur le plan diachronique, got et sa coexistence avec have et have to entre dans une même logique : souligner le processus d’acquisition avec un have marquant une opération. Selon Crowell [CROW : 1959] got aurait été ajouté dès le 16ème siècle comme "pattern preserver", étant un outil venu soutenir have dans sa forme réduite ‘ve et dont le sémantisme s’est effacé pour permettre de conserver une structure syntaxique Sujet-Verbe-Objet.

34La désémantisation tient de l’interaction de la proximité notionnelle have/get, du rapport get/got et du rôle de l’aspect have -en. Elle est l’enjeu de l’opposition de have got avec have got (participe passé de get). Hors contexte, c’est la forme have got idiomatique de sens présent qui prime pour l’interlocuteur. Got a alors perdu toute valeur dynamique. Toutefois, si got n’est pas perçu spontanément comme get au participe passé, on ne peut nier pour autant l’idée d’obtention inhérente I’ve got (I possess) résultant d’une phase préalable où I’ve got signifiait I’ve acquired.

35Ainsi, got désémantisé est devenu un mot outil. Dans have got comme dans have got to, got a pour fonction de renvoyer implicitement à l’aspect là où have seul ne le permet pas. Ceci sous-entend une valeur d’obtention, participe à la construction d’une valeur résultative, ce qui ne sera pas sans effet sur l’orientation prédicative de la structure.

36Pour conclure, nous sommes amenée à faire des remarques sur le degré d’auxiliarité de ces deux formes. Si ain’t est opératoire sur le mode de la substitution, got fonctionne sur le mode de l’ajout. En cela got présente un degré d’auxiliarité moindre. Il faut également souligner la polarité inhérente à ain’t, ce en quoi il dépasse même have et be.

37TRANSITION

38Pour revenir à la thématique principale, ain’t et got gravitent selon nous autour de be et have. Ceci suppose également que ces deux formes aient un rôle au niveau de la relation prédicative. A ce titre, nous allons montrer qu’ils peuvent être considérés comme des opérateurs prédicatifs et voir comment ces formes neutralisent une identification stricto sensu.

39Ain’t, forme auxiliée, peut résorber l’opposition entre have et be en s’y substituant et devient ainsi un marqueur d’identification négative, là où be ne le permet pas. Got n’a pas la même faculté de substitution. Il vient plutôt s’intégrer à une relation prédicative pour faire contre poids et neutraliser l’orientation à gauche de have, sans pour autant permettre une identification. Marque de rééquilibrage de la relation prédicative, got devient une marque de résorption d’orientation, entre non attribution et non identification.

40Nous avons vu à quel point be/have/ain’t/got sont intriqués. Ain’t et got sont tout aussi opératoires que be et have. Tous deux fonctionnent comme des opérateurs prédicatifs. Ain’t permet d’inverser la polarité +/- d’une relation prédicative et got a un rôle à jouer dans l’orientation de la relation prédicative. Nous allons alors circonscrire le fonctionnement de ces deux marqueurs en terme d’identification.

41Il semble judicieux de se poser le problème en ces termes, dans la mesure où ain’t apparaît dans des contextes correspondant à une quête identitaire

We ain’t social workers, mate, we’re in business.
(FAB 678, BNC, The Ladykiller.Cole, M. London : Headline Book Publishing pplc, 1993)
We ain’t going to have an organised workload, we are not computer operators, what we are is salesmen.
(JSN 619, BNC, Corpus Oral)

42Dans chaque occurrence, on remarque une définition en creux qui permet d’établir une identité en rejetant certaines caractéristiques10. Ain’t semble alors contribuer à une identification négative effectuée pour mieux cerner l’identité.

43Il n’est pas rare que ain’t apparaisse dans des question-tags par lesquels l’énonciateur cherche à identifier au plus juste le sujet grammatical dont il veut parler.

Yeah she’s very exhausting, ain’t she? (KP1 9132, BNC, Corpus Oral)
Ah, nice little girl ain’t she? (KBE 10291, BNC, Corpus Oral)
She’s really gone funny ain’t she? (KD3 2946, BNC, Corpus Oral)

44Il s’agit ici de questions tags avec inversion de la polarité. On remarque donc la dimension opératoire de ain’t qui a la capacité d’inverser la relation prédicative. Nous avançons l’hypothèse d’une lecture intonative descendante à la finale de la reprise. Nous nous reposons pour cela sur les indices contextuels qualitatifs (very, nice, really) qui incitent une lecture égocentrée des propos, par lesquels l’énonciateur donne son avis invitant au mieux à une approbation, voire bouclant, plus certainement, une assertion sur laquelle il n’est pas attendu de débat [GAUD : 2001].

45Il est intéressant de remarquer que s’il était possible de substituer be à ain’t dans les occurrences précédentes, la même quête identitaire est perceptible dans des occurrences où l’énonciateur justifie son identité par le biais de formes auxquelles have pourrait se substituer.

I’ve been busy in my day ain’t I? (KBB 1877, BNC, Corpus Oral)

I’ve always ain’t I when I’ve done summat, if I’ve been sawing or banging, making a noise I’ve always stopped at ten (KCY 1918, BNC, Corpus Oral)

46Les occurrences rendant compte de la quête identitaire opérée par ain’t ont attiré notre attention sur le fonctionnement de ain’t dans les question-tags. Si les question-tags permettent communément l’apparition de ain’t dans la reprise de be ou de have, les cas de reprise de ain’t dans la base sont plus complexes.

47L’observation du corpus montre la difficulté de la langue anglaise, dans un question-tag, à repositiver ain’t dans une reprise. Entre en jeu le pronom personnel. Si le sujet grammatical se confond avec l’énonciateur, la reprise de ain’t par une structure auxiliaire opposée devient problématique.

48Commençons par des occurrences où ain’t est repris par une structure auxiliaire opposée, qu’il s’agisse de be ou de have. Des occurrences présentant you, they, he/she/it comme sujet grammatical ne posent pas de problème :

He knows his name, you ain’t been walkies today have you? (KCP 5035, BNC, Corpus Oral)
She ain’t had another baby, has she? (KBG 3092, BNC, Corpus Oral)
He ain’t no different to my old man is he Bet? (KBE 76, BNC, Corpus Oral)

49Avec we, première personne du pluriel, l’inversion par un auxiliaire, reste possible, mais elle est peu fréquente :

We ain’t heard a word from Jimmy have we? (KCT 13790, BNC, Corpus Oral)
Ooh we ain’t done your faces yet have we? (KD1 2795, BNC, Corpus Oral)

50Vient se substituer une structure post-rhématique moins opératoire et plus lexicale, comme you know, honest, ou tout autre support lexical permettant la réassertion. Ceci fonctionne aussi bien dans le cas où l’on pourrait substituer be que have à ain’t :

I know, we’re not er we ain’t af we ain’t afraid of a few bum workers cos we have got er good engineers like, you know? (KC1 858, BNC, Corpus Oral)

Yeah but we ain’t got it here for Sunday you see. (KCT 1465, BNC, Corpus Oral)
Well, we ain’t letting ‘er go, that’s for sure. (CCD 2565 BNC, Corpus Oral)

51Avec I en revanche, le corpus ne présente pas d’occurrences où ain’t soit repris par une forme auxiliaire positive. Une structure plus lexicalisée, jouant un rôle pragmatique de réassertion est l’unique mode de réassertion.

I don’t work for nobody, I ain’t got a job, honest. (CKE 2854, BNC, Sergeant Joe. Staples, Mary Jane. London : Corgi Books, 1992)
I ain’t done nuffing, honest I ain’t. (HHC 1981, BNC, Wychwood. Thompson, E V. London : Headline Book Publishing plc)

52Le fait que I ain’t ne puisse être repris par un auxiliaire avec polarité positive souligne le caractère figé de ain’t dans sa relation à I. L’impossibilité de repositiver ain’t nous invite à concevoir ain’t comme un opérateur négatif figé.

53Nous venons d’aborder le lien particulier qui existe entre ain’t et I. Pour mieux en cerner l’enjeu, il nous faut considérer cette forme au sein de la problématique de la négation en anglais oral [GAU : 2001].

54On distingue alors les emplois de la négation contractée (n’t) et de la négation pleine (not). N’t fige une relation prédicative dans le négatif. On parle alors de négation en bloc ou d’assertion négative. Not commente une relation prédicative déjà existante. Il s’agit d’une négation d’assertion. Ce domaine d’étude fait apparaître I’m not en marge des occurrences négatives [Sujet-Be-négation] dans la mesure où la forme pleine est la seule viable en anglais standard. S’il est possible d’apporter un commentaire négatif sur [I-be], grâce à I am/’m not, il n’est pas grammatical11 en anglais standard d’identifier négativement I (*I amn’t) [GAU : 98]. Nous proposerons à cela trois axes de justification.

55L’axe temporel retient notre attention. L’énonciateur peut projeter dans le futur (I won’t be) ou déplacer dans le passé (I wasn’t) la négation en bloc de l’attribution ou de la prédication d’existence. La transposition dans le passé ou dans le futur de la relation [I-be-n’t] permet un dédoublement de la situation d’énonciation (l’énonciateur devenant récepteur d’une image du passé ou d’une image anticipée), ce qui résorbe l’impossiblité d’utiliser la négation contractée avec I.

56Ce même dédoublement se retrouve dans l’opposition assertion / question. C’est à nouveau la position de l’énonciateur par rapport à son énonciation qui fait la différence entre l’interrogation (où l’énonciateur se place à l’extérieur de la validité de l’énoncé) et l’assertion (où énonciateur et sujet de la prédication ne font qu’un).

57Ceci nous amène logiquement à nous pencher sur le troisième axe de justification, à savoir la non pluralité du pronom personnel. We aren’t est tout à fait grammatical, alors que la contraction équivalente à la première personne du singulier n’est pas recevable. Avec we, l’hétérogénéité constitutive d’un pronom personnel par lequel l’énonciateur évoque certes sa propre personne, mais aussi l’autre voire le groupe auquel il appartient, fait qu’il ne se place pas au centre, mais à la périphérie de la situation d’énonciation.

58C’est finalement essentiellement dans la relation entre l’auxiliaire be et le sujet grammatical I que l’agrammaticalité se joue.

59C’est à ce moment là de notre analyse que ain’t entre en jeu. Les contextes proposés en II.1.1 montrent qu’en anglais non standard, ain’t apparaît dans un contexte de quête identitaire et permet de figer sur le mode négatif une relation [I-be]. Ain’t se substitue alors à la forme *I amn’t, vient résorber l’agrammaticalité mise en lumière et s’intègre au système pour devenir ainsi un opérateur d’assertion négative dans le cadre de la relation [I-be]. Ain’t fonctionne ainsi comme un opérateur d’identification négative.

60Mais s’arrêter à ce constat n’est pas satisfaisant. Si ain’t peut être considéré comme un opérateur d’identification au sein de la relation [I-be], c’est qu’il a la capacité de dépasser cette relation entre la première personne du singulier et l’auxilaire be. Ne présentant pas de dérivation en fonction des pronoms personnels, il fonctionne aussi bien avec you, he/she/it, they que we ou I. Il n’est pas non plus marqué temporellement.

61Enfin, et c’est ici le remarque la plus pertinente au regard de la problématique de cet article, ain’t dépasse le cadre des relations prédicatives Sujet-Be allant jusqu’à amalgamer be et have. Par l’observation du comportement de ain’t, on vient ici de résorber les trois axes justifiant l’agrammaticalité.

62Finalement, on peut proposer une nouvelle lecture de ain’t. Il est plus qu’un opérateur d’identification négative. Il peut ne pas identifier, mais localiser. Plus exactement, ain’t vient confondre l’orientation des auxilaires be-have.

63TRANSITION

64Alors, la colocation fréquente entre ain’t et got que nous avions remarquée nous procure ici une transition. Dans de telles occurrences, on aurait tendance à substiuter have à ain’t.

She’s got a point though, ain’t she? (CR6 2917, BNC, Corpus Oral)

65Le lien ain’t/got tend à faire percevoir les occurrences en question en terme de localisation. Mais l’intercation entre les deux formes pose question. Got n’est-il pas là au service de ain’t pour le désambiguiser ? Ou bien ain’t est-il le soutien à une localisation que got seul ne suffirait pas à exprimer ? Il nous faut alors mieux circonscrire le fonctionnement de got.

66Nous proposons de considérer got comme un opérateur de rééquilibrage prédicatif dans la mesure où il neutralise l’orientation à gauche de have sans se substituer à be pour autant.

67En effet, si l’on reprend la démonstration menée dans [BEDE : 2002], got est un outil de rééquilibrage prédicatif, non seulement par sa similitude de fonctionnement avec l’aspect have-en mais aussi par son rôle charnière qui permet une mise en valeur de l’objet au détriment du sujet.

68A priori, on pourrait retrouver la même prévalence du sujet avec got qu’avec l’aspect have -en. En effet, le rôle de l’aspect est de porter la relation de droite au compte du sujet grammatical [ADAM : 1982], p.220-221.

69Toutefois, une observation en contexte montre que got permet de jouer avec les caractéristiques de l’aspect, permettant soit de faire porter les conséquences sur le référent du sujet, soit sur le référent de l’objet [COTT : 1997], p.53.

70Considérons à ce titre l’occurrence suivante :

You’re not going to create Switzerland in five years. It’s five years next months since the intervention force went into Bosnia Herzegovina. You’re not going to create some sort of paradise in that period but you’ve actually got functioning institutions now operating there, you’ve got in the last year the biggest return refugees and those who have been displaced in any year since the fighting ended, you’ve got a joint presidency running that country, you had a team from Bosnia Herzegovina in Sydney Olympics so there are big changes taking place. (George Robertson, Hard Talk, NATO) (TV, BBC World, oct. 2000)

71Il est indéniable que les objets listés, à savoir functioning institutions[...], the biggest return refugees [...] et a joint presidency [...] sont crédités au profit du sujet grammatical you. Mais peut-on occulter pour autant le fonctionnement contextuel de got qui permet de mettre en évidence cette liste, d’ailleurs reprise à la fin de l’énoncé par so there are big changes taking place ?

72On retrouve cette même logique de thématisation de l’objet dans les occurrences suivantes :

What’s happened now is that there is a working class, but it’s much more disorganized and exploited than it has been in years. For example, striking dock workers would traditionally get security of employment. Unless you did something bad, you’d get holiday pay and sick pay, insurance, and proper pensions without being sacked. Now people are doing the same work, but they’re working for agencies. So it means that they sit at home and the agency rings up ans says, "OK, you’ve got twelve hours work today, be at such and such a place. But tomorrow there’s no work". (Internet, The politics of Everyday Life : An interview with Ken Loach, 1998. [ www.lib.berkeley.edu/MRC/LoachInterview.html])

73Le propos de Ken Loach est de faire état des dérégulations sociales propres au monde du travail. Dans you’ve got twelve hours work, le référent de you est quasi-générique, reprise d’un they renvoyant à people. Le propos n’est donc pas de créditer ce sujet grammatical générique, mais de mettre l’accent sur l’objet work, quantifié d’abord par twelve hours avant d’être déterminé par no.

74C’est le même cas de figure qui se retrouve dans cet échange. Henri Hubert est amené à faire état des critères lui permettant d’identifier un bon travail de recherche :

Garrett-Petts : Let’s give you that last word, Henry. How do you know you’ve got a good thesis, a good topic to work with? How do you recognize one in a student paper?
(...) At the fourth year level, I’m looking for a thesis that in some way touches the various points that I might expect to find from other critics --in other words, I’m looking for evidence that the essay draws on the primary and secondary research. A good thesis doesn’t isolate the rest of the sources that I’m looking at ; it draws it in a way that deals with the text I’m dealing with. So it’s simply an inclusion of the discourse community, in this case, of literary criticism, with the literary text. And when it does that I know I’ve got a significant thesis. (Internet, interview Henry Hubert)
[www.cariboo.bc.ca/disciplines/interviews/English/html)

75Mise à part la pratique pour laquelle il est sollicité, H. Hubert ne constitue pas l’enjeu du débat. C’est a good thesis, repris par a good topic to work with, repris par one qui est thématisé. La réponse est éloquente. L’énonciateur ne parle pas alors de lui mais des critères à retenir pour obtenir a significant thesis.

76L’approche suivie jusqu’alors nous incite à considérer got dans son agencement contextuel. Got se situe souvent à un moment pivot de l’énoncé, qui fréquemment présente une construction symétrique.

77Nous reprendrons à ce titre l’occurrence traitée dans [BEDE : 2002], p.150 :

They (religions) arise out of crises. If you bellieve there’sa benign (?) deity who has created everything and cares for you and then your entire way of life is destroyed by climactic change, then you’ve got one or two options : either you’ve failed the Gods or the Gods have failed you. (Martin Palmer, Alliance of Religion and Conservation) (TV BBC World, oct. 2000)

78Il est alors fait état du "jeu au niveau de l’orientation you’ve failed the Gods /the gods have failed you [qui] nous permet de cerner à quel point got, qui annonce cette formulation en boucle entre you et gods, en d’autres termes entre sujet et objet, joue un rôle charnière".

79Ainsi, on prend conscience de l’agencement de certains énoncés où got renforce une construction symétrique :

- Yet we found the decision of Joe’s health-worker girfriend, Sarah, to leave him, rather abrupt. Up to this point, she gave the impression of being patient and compassionate.
- She’s got a lot to lose, Joe’s got nothing to lose. She’s a single woman in her mid-to-late-thirties. She’s been in the shadow of her father all her life, she has a steady job and nice home. (Internet, The politics of Everyday Life : An interview with Ken Loach, 1998) (www.lib.berkeley.edu/MRC/LoachInterview.html)

80On voit ici le rôle de got. Il participe à l’opposition des deux sujets grammaticaux she et Joe en insistant sur ce qui les différentie, a lot/nothing to lose, soit l’objet de have got. On n’a pas ici deux objets localisés dans deux sujets distincts, mais une construction plus travaillée qui thématise les objets tout en créant un contraste.

81Ces remarques peuvent être réinvesties dans la problématique de l’identification. Dans de telles occurrences, il n’y pas de localisation stricto sensu. L’agencement contextuel invalide la localisation, la mise en valeur du sujet grammatical n’étant pas le propos. Cependant, il n’y a pas non plus d’identification stricto sensu. On se situe à un temps charnière entre les deux. C’est en cela que nous souhaiterions proposer la lecture suivante pour got. Il est selon nous un curseur invalidant la localisation sans pour autant permettre l’identification. On se situe entre non localisation et non identification.

82L’occurrence suivante vient corroborer notre approche :

We ain’t got time to think about it, I haven’t got time for all that. (JSN 739, BNC, Corpus Oral)

83S’agit-il ici d’un jeu sur l’opposition des sujets? Nous sommes d’avis que non, puisqu’il existe une relation d’inclusion entre we et I. Ain’t ouvre une possibilité de travail sur le sujet grammatical. Mais cette ébauche d’orientation à gauche est vite neutralisée par got qui vient rééquilibrer le contexte en mettant en exergue l’objet avant que la deuxième partie de l’énoncé, réitération partielle de la première, ne prenne une dimension quantitative (all) doublée d’une approche qualitative. Got est ici un outil d’équilibrage. Il invalide l’identification que ain’t seul n’aurait pu permettre sans pour autant permettre la localisation que have seul aurait impliquée. Got permet aussi d’agencer les éléments contextuels et de créer un effet miroir entre les deux propositions.

84Nous pouvons maintenant dire que si have permet la mise en valeur du sujet, got intervient pour réorienter l’énoncé à droite, vers l’objet.

85On finit par obtenir des productions où la fonction de rééquilibrage de got est patent. Il n’est pas rare qu’il apparaisse alors dans des énoncé tronqués, dans lesquels le sujet a été élidé.

Got enough clothes, ain’t he? (KE1 1589, BNC, Corpus Oral)

86Le sujet est posé comme évident et une lecture rétroactive permet de le rétablir. Cette élision rend compte du faible rôle du sujet dans une relation prédicative où c’est l’objet qui est thématisé. Egalement, une approche intonative montrerait que dans un tel question-tag, c’est l’objet qui porte la modulation [GAU : 2000].

87On peut aborder cette occurrence sous un autre angle. Grâce à got, ain’t à la finale n’est pas lu comme une marque d’identification négative et got permet de placer les propos hors du domaine de l’identification.

88Analysons une nouvelle occurrence :

It may have got a lot of talk, but it’s power that counts when you’re using the rave on a racetrack. (TV, BBC World, 21-22/10/2000, Top Gear)

89On remarque avant tout la présence d’un may de concession, qui permet de concéder le prédicat have got a lot of talk à it. Mais on voit que la concession ne porte pas sur le sujet grammatical. It n’a pas le même référent dans les deux propositions coordonnées. Dans le premier, il s’agit du véhicule en question, qui fait couler beaucoup d’encre. Le it de la seconde proposition est non référentiel, il s’agit d’une proforme qui permet de construire un clivage. Donc l’opposition s’organise autour de a lot of talk / power. En d’autres termes, c’est sur l’objet de la première proposition que s’agence la suite contextuelle. La première proposition ne construit pas une localisation. Got oeuvre ici à créer une transition vers une apparente relation d’identification. C’est en cela que nous le concevons comme un curseur12, à mi-chemin entre localisation et identification.

90Finalement, nous souhaiterions rappeler que got vient contrecarrer l’orientation localisante de have. Sous un autre angle, on peut considérer que got neutralise l’opposition entre be, marqueur d’identification et have, marqueur de localisation.

91Got est une façon de dépolariser have. On peut le considérer comme un curseur sur l’axe identification-localisation. Il invalide la localisation stricto sensu pour rééquilibrer la relation prédicative dans le sens de l’identification sans pouvoir être remplacé par be pour autant. Got est donc un curseur, évoluant entre non localisation et non identification.

92En conclusion de cette seconde partie, nous proposons de faire le point sur ain’t et got. Ain’t ne s’organisant pas seulement par rapport à be mais aussi have, voire do dans certains cas, il permet de sortir de la problématique de l’identification stricto sensu pour aller vers son opposé, la localisation, voire vers une neutralisation du problème de l’orientation. A priori vecteur d’identification négative, il dépasse en réalité ce cadre-là, dépasse même toute orientation de la relation prédicative pour ne rester qu’un auxiliaire négatif avec intrication de l’auxiliaire et de la polarité. L’opération alors effectuée est celle d’une opération de négation en bloc, sur un mode oral où l’énonciateur fait état de façon égocentrée de sa perception d’un événement de polarité négative.

93Got, quant à lui, permet de s’éloigner de la localisation stricto sensu pour s’approcher d’un fonctionnement proche de l’identification. Il neutralise également le problème de l’orientation pour agencer des propos qui tendent vers la création d’une relation d’identification sans jamais l’atteindre. En cela, nous le considérons comme un curseur évoluant sur le plan de l’orientation prédicative tendu entre be et have.

94Au regard des différentes conclusions intermédiaires, nous serions tentée d’organiser une représentation de be/have, ain’t, got et ain’t got sur un même plan :

Be

ain’t

ain’t got

got

have

95Ceci reviendrait à intégrer au sein d’une logique d’opposition binaire, identification/ localisation, représentée par be/ have, d’autres marqueurs tout aussi opérationnels.

96Mais nous ne nous situons pas ici dans une logique linéraire proposant un continuum. On peut certes situer got de façon linéaire entre be et have, comme inverseur d’orientation prédicative.

97En revanche, on ne peut pas situer ain’t sur ce même axe. Si ain’t réconcilie et amalgame be et have dans certains contextes, si ain’t a tendance à cohabiter avec got dans certaines formulations oralisées, il n’a pas le même mode opératoire que got pour autant. Il fonctionne sur le mode de la substitution, là où got fonctionne sur le mode de l’ajout. Ain’t véhicule également la polarité négative de la relation prédicative alors que got n’en a pas la capacité et n’a aucune vocation à la polarité.

98Donc le lien be - have - ain’t ne s’organise pas sur un même axe que le lien be - have - got. Si l’on cherche à rassembler ces quatre opérateurs en un même système, nous ne pouvons pas proposer une approche linéaire.

99Nous proposerons plutôt une représentation non linéaire, non plane, en trois dimensions pour ainsi dire. Serait alors au centre du système be, pivot de trois plans dont la numérotation est purement arbitraire :

  • Plan 1 de l’opposition d’orientation be / have (identification/ localisation)

  • Plan 2 de la gradation d’orientation, got en curseur

  • Plan 3 de la polarité, neutralisant toute polarité, avec ain’t comme métaopérateur négatif de prédication

100Ainsi, l’identification (plan 1) pourrait être présentée en système avec la non identification (plan 2) et l’identification négative (plan 3).

Notes de bas de page numériques

1 Nous nous limitons ici à des citations ponctuelles et partielles. Nous n'ignorons pas pour autant les travaux de Benveniste [BEN : 66] et Culioli [CUL : 90] notamment.
2 Cette occurrence est empruntée au corpus proposé par G. Girard dans sa communication sur "BE/HAVE suivi de "to X" et identification de la localisation" lors du colloque sur L'identification.
3 Nous renvoyons au volume publié par le  Cerlico (1989) sur La question de l'auxiliaire.
4 Nous traiterons de got aussi bien dans son rapport à have pour l'expression de la possession que dans son rapport avec to pour l'obligation. Ce rapprochement est également opéré par P. Cotte [COTT : 1997], p.63 et Y. Birks [BIRK : 2003].
5 Nous renvoyons aux propos développés par Quirk [QUI : 1985], p.129.
6 Une telle approche gagnerait à être approfondie. Il serait souhaitable d'établir un corpus de question-tags présentant une ellipse de l'auxiliaire dans la base afin d'établir la prépondérance ou non de ain't dans la reprise. Cette analyse supplémentaire nous a été suggérée par B. Guillaume que nous remercions.
7 De telles justifications se trouvent notamment dans les propos de J. Cheshire [CHES : 92], (p365-366) qui montre que ain't se subsitue a plusieurs opérateurs négatifs, be, have et parfois do dans certains dialectes Noir Américains. Egalement, De Bose, C. [DEBO :1994], pp. 127-130. apporte une explication d'ordre phonétique :  Fasold & Wolfram (1970 : 69) claim that "in some varieties of Negro dialect, ain't also corresponds to standard English didnt", and attribute the varition results from the loss of the initial /d/ of didn't resulting in "the pronunciation of /int/ for didn't," and posit a merger of the hypothetical form */int/ with ain't : " This form (/int/) is so similar in pronunciation and function to the already existing ain't that the two forms merged.
8 Sont alors organisées les opérations permettant le passage d'un état 1 get à un état résultant 2 be ou have. Become permet le passage de get à be. Ce passage est également véhiculé par d'autres acceptions de cette forme polysémique, à savoir acquire, fetch et understand.
9 Il en propose pour illustration la polysémie de get. Get "possède une signification dynamique qui le rend apte à évoquer le passage d'un état 1 à un état 2", "il signifie l'opération qui précède nécessairement le résultat". C'est en cela qu'il se distinguera de be, comme auxiliaire du passif et qu'il s'emploiera avec des verbes perçus comme une opération, comme like, know, enjoy afin de souligner un processus d'acquisition.
10 On remarque également la prépondérance des pronoms personnels première personne. Ceci est certes lié au choix des occurrences présentées mais le style direct des propos et la quête identitaire de l'énonciateur, singulier I ou pluriel we, y sont particulièrement propices.
11 Le lien I-be-négation est souvent traité. Quirk [QUIR :1985] remarque en effet :"there's no completly natural informal contraction of am I not".  /  M. Stevens [STEV : 1954] annonce : "[...] the fact that there is no adequate substitute for ain't when used interrogatively in the first person singular becomes a matter of some importance".  /  De même Krug [KRUG : 1998] pose la question suivante : " An intriguing phenomenon of standard English is the first person singular interrogative or tag question of be. Is the standard variant am I not, amn't I, aren't I or ain't I?"  /  Egalement, E. Jorgensen [JORG: 1979], (p.40) rend compte de formes amn't attestées dans la littérature anglo-saxonne  et débat de l'authenticité de telles formes, transcriptions orthographique d'une variante phonétique chez des personnes se distinguant par leur accent écossais, irlandais ou américian.
12 Il n'est alors pas rare de trouver des tournures publicitaires ou encore des titres dans lesquels got apparaît comme vecteur d'un discours accrocheur et d'un agencement rhétorique. Considérons le titre de l'article (Fortune, 2003) et son illustration (en annexe) qui présente une superposition de boules de glace personnifiant une silhouette enjouée mais obèse: We've got to stop eating like this.  /  Peut-on, au regard de ce document, nier le rôle clef de got, participant à l'appel pour responsabiliser le sujet grammatical we, tout en tirant une sirène d'alarme comportementale? N'est-on pas là à mi-chemin entre une orientation à droite de l'énoncé, comme l'illustre la généreuse illustration de this, et une remise en cause identitaire à laquelle stop contribue ici ?  /  Enfin, nous répondrons à l'appel de la compagnie d'aviation à bas prix Go dont le slogan est : Got to go  /  Got est tout à fait opératoire dans le jeu de mot sur go, entre prédicat et référent éponyme. Le sujet grammatical tout comme have est éllidé. A quoi bon en effet nommer le destinataire d'un message ? L'enjeu est de toucher un vaste public, de ne pas identifier ce sujet que la compagnie veut le plus divers possible afin que chacun puisse se sentir concerné. A quoi  bon également créditer à ce destinataire générique une obligation quand le but est d'inciter (ce à quoi to contribue), d'inviter à une seule chose : go & go.

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Documents annexes

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Pour citer cet article

Isabelle Gaudy-Campbell, « Identification négative et non identification : ain’t et got », paru dans Cycnos, Volume 21 n°1, mis en ligne le 21 juillet 2005, URL : http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=22.


Auteurs

Isabelle Gaudy-Campbell

Isabelle Gaudy-Campbell, est maître de conférences à l’université de Metz après avoir soutenu une thèse sur "La négation en anglais oral spontané : approche intonative de not, n’t, no" (Paris III). Membre du CET (Université de Metz) et de l’EA 1483 (Paris III), sa recherche repose sur l’analyse d’occurrences extraites de corpus d’anglais oral spontané afin d’identifier le fonctionnement de marqueurs propres à l’oral. Université de Metz, email : gaudy@zeus.lettres.univ-metz.fr

Université de Metz

gaudy@zeus.lettres.univ-metz.fr