Cycnos | Volume 21 n°1 L'Identification -  

Régis Mauroy  : 

The way : un cas d’identification qualitative

Résumé

La collocation the way en anglais présente une grande fréquence d’utilisation avec des valeurs diverses (chemin, manière, etc.) et une étude des opérations fondamentales du lexème way associé au fléchage (The) démontre qu’aucune de ces valeurs n’est prototypique ni dérivée. En revanche, il s’agit là d’un terme toujours relatif à un procès, à sa source et à son but, désignant un ensemble de propriétés qualitatives contingentes et différentielles qui, comme c’est souvent le cas, est associé à une relative déterminative, et permet de marquer l’anaphore, la reprise d’une relation prédicative ou même la comparaison d’équivalence en marquant l’identification de propriétés analogiques construites ou préconstruites.

Abstract

The collocation the way in English is frequently used with various meanings ranging from path/access to manner, etc. But studying the operations of the noun way with pinpointing (The) shows that none of these may be described as either prototypical or derived. More fundamentally, the way always functions relative to a process, its source and object, expressing a set of qualitative and contingent differential properties. When associated to a determinative relative clause, as is often the case, it may serve as a marker of anaphora, refer to a predicative relation or express comparison of equivalence through the identification of constructed or preconstructed analogical properties.

Index

mots-clés : anaphore , comparaison, identification qualitative, manière, the way

Plan

Texte intégral

1La collocation the way a été choisie pour cette étude en fonction du large potentiel à la fois sémantique et opératoire qu’elle semble receler en anglais. Ses occurrences sont en effet nombreuses, et pour des rôles fort variés, voire assez hétérogènes en apparence, aussi bien au sein des prédications qu’entre elles : comme SN sujet, objet, attribut ou circonstant, (de lieu et de manière, par exemple), mais aussi comme la marque d’une jonction syntaxique ou parfois d’une anaphore. Nous voudrions notamment mettre en évidence les opérations fondamentales dont cette expression semble être la trace, et démontrer qu’elle illustre de façon originale l’opération d’identification dans TOE, et ce à plusieurs niveaux.

2Les constructions que nous étudierons ici concerne essentiellement les cas où le SN the way est antécédent d’une proposition relative déterminative, en particulier, et c’est le cas le plus fréquent, lorsque cette relative construit un complément dit de “manière” à l’aide de cet antécédent. Le relatif apparaît parfois : that seul ou which précédé de la préposition in :

[1] So that's, that is the way that most people find is easiest to remember Ohm's Law. (BNC, GYR 146)

3Le plus souvent, le relatif disparaît ou laisse la place à un relatif Ø1 :

[2] She praised the Daily Mirror for the way it has highlighted Somalia's plight. (BNC, CH2 10472)

[3] (…) and the law reports provide numerous examples of the way in which the courts and tribunals have dealt with specific cases. (BNC, B08 499)

4Enfin, les constructions qui retiendront particulièrement notre attention présentent le même type de relative, mais le SN the way antécédent a lui aussi une fonction de circonstant (de manière) dans la proposition dans laquelle il apparaît, comme dans l’exemple suivant :

[4] She has gone to a hotel in secret, the way she might go to meet a lover. (Michael Cunningham, The Hours, 2000)

5Dans un tel énoncé, on voit clairement que the way et la relative construisent un type d’identification entre deux circonstants, mais aussi entre deux prédications sur le mode de la comparaison d’équivalence.

6Il s’agira donc de décrire le rôle de la détermination représentée par le marqueur the dans les différents types de mise en relation que permet le lexème way à partir de sa composante qualitative, avec les autres termes de l’énoncé, en particulier la proposition relative. Nous le verrons, ces mises en relation sont liées à des données syntaxiques ou simplement distributionnelles, mais aussi toujours fortement contextuelles, en fonction de la nature et de la portée des repérages mis en place pour la construction des occurrences concernées. Il est donc fondamental que l’analyse des opérations en cause permette d’unifier et d’organiser la diversité de ces valeurs pour en rendre compte de manière unique et homogène.

7Afin de cerner l’origine des effets de sens du nom way, il convient en effet de déterminer sa valeur opérationnelle lorsque celle-ci ne semble plus définissable en termes traditionnels de traits sémantiques. Nous poserons donc que les différentes interprétations de ce nom dérivent toutes d’une même valeur centrale, que nous tâcherons de décrire d’un point de vue formel (ce qu’on peut aussi appeler “une forme schématique”).

8Deux interprétations générales apparaissent le plus souvent. La valeur spatiale de chemin souvent présentée comme prototypique nous semble à remettre en cause en tant que telle2.

9La seconde valeur fréquemment identifiée qui semble dérivée de la première est celle de manière, qui recouvre, on le sait une infinité de spécifications particulières sur les modes d’accomplissement et dont il est difficile sémantiquement de tracer nettement les frontières3.

10Néanmoins, un exemple comme le suivant évoque explicitement une acception fondamentale de la manière :

[5] (Ian Stephenson’s Screened Painting 1) combines the notion of the screen as a piece of room dividing furniture and the way in which the paint has been applied is a manner that obliterates both the canvas and earlier paint marks. (“All painting is camouflage” 1974) (The Whitworth Gallery, Modern Collection, Manchester, U.K., April 2003)

11Cependant, rien ne semble justifier a priori un principe pourtant très généralement accepté du passage du concret à l’abstrait, du particulier au général ou du spatial au processuel (des procès de déplacement dans l’espace, par exemple, à tout autre prédicat quelle qu’en soit la nature) par simple analogie et selon le principe de la métaphore.

12En revanche, d’un point de vue antérieur à ces types de descriptions, nous voyons dans les propriétés notionnelles (qlt) que fournit le nom way un ensemble organisé de propriétés contingentes liées à la réalisation d’un processus, voire d’un état. Les caractéristiques aspectuelles du procès concerné semblent en effet indifférentes et un verbe à procès statif, non borné, tel que be ne présente pas de ce point de vue de contraintes particulières, comme en témoignent de nombreux exemples tels que :

[6] Oh I'm scared of violence you know, I like my face the way it is. (BNC, FLB 157)

13Par ailleurs, le nom way semble par essence un terme relatif à d’autres termes dans les énoncés (ou à relier à un ou plusieurs autres termes au cours des opérations), et il ne semble donc pas en mesure de constituer une référence stabilisée et interprétable à lui seul. C’est une propriété bien connue d’un grand nombre de lexèmes tels que brother, father, neighbour, etc. pour des animés humains, mais aussi edge, side, end, etc. pour des non animés. Cette relation de repérage intrinsèque du nom way portant sur des propriétés notionnelles du type des relations primitives dans TOE,  associée à la définition que nous venons de donner des propriétés contingentes dont sa notion qlt est porteuse nous amène à concevoir ce terme comme permettant la mise en œuvre d’un qualitatif différentiel dans la construction des occurrences du domaine notionnel auquel il s’applique.

14Or, le nom way fonctionne en discontinu (comptable). La composante quantitative interviendra donc directement dans la singularisation de chaque occurrence. En effet, seule l’actualisation de propriétés spécifiques liés aux occurrences distinguées d’une notion peut contribuer à la constitution de ces occurrences (qnt). Nous retrouvons ici la problématique des propriétés qualitatives différentielles n’appartenant pas nécessairement à la notion, mais liées à telle ou telle occurrence quantifiée dont dépend précisément la quantification.

15Le caractère relatif du terme way nous semble présent quel que soit le type d’opération de détermination :  extraction : a / some, parcours : any / each / every, négation : no way, deixis : this / that way, quantification au singulier comme au pluriel : one way, several / many / few ways, etc., pour le pluriel, et même Ø (par exemple : by Ø way of).

16Mais on observe qu’il est directement marqué par cette détermination dans le cas où celle-ci possède une valeur anaphorique : le fléchage : the way, ou encore le possessif : my / your / his / her / its / our / their…way.

17De plus, tout adjectif sera interprété en relation étroite avec le terme concerné :

[7] Man Kee’s education, English-style, continued on its eccentric way. (Timothy Mo, Sour and sweet, 1982)

18Les propriétés spécifiques ainsi évoquées peuvent alors être prépondérantes pour la construction d’une occurrence :

[8] ‘The way he said it made the name sound like orchids and honey.’ (BNC, 3144)

19Et l’accent peut aussi être mis le caractère différentiel, plus que sur le caractère spécifique :

[9] (…) the law reports provide numerous examples of the way in which the courts and tribunals have dealt with specific cases. (BNC, B08 499)

20Aussi bien, pour une expression négative telle que “No way”ou “There’s no way...”, la réalisation est impossible non pas parce qu’il n’y a pas d’accès (nous réfutons cette valeur parce que la notion way ne nous semble pas impliquer en soi un aboutissement ou un passage de frontière), mais parce que, s’il n’y a pas d’existence possible, il n’y a pas non plus de façons particulières d’y parvenir, et réciproquement. Il s’agit d’un impossible non pas tant en ce qui concerne les moyens d’accéder au possible qu’en vertu du constat existentiel de l’absence de relations enviseageables pour le passage à l’occurrence repérée et validable, voire validée (dont on ne peut évidemment spécifier la nature a priori).

21Pour prendre un autre exemple commun, mais avec un résultat inverse, dans ‘When there is a will, there is a way’, on peut d’abord se demander s’il s’agit d’un emploi métaphorique de way, mais la question n’est pas tant de savoir s’il s’agit d’un accès ou d’une manière de faire. Simplement, il s’agit d’un prédicat d’existence de propriétés contingentes qui président à la réalisation du but à atteindre (a will), c’est-à-dire, somme toute d’une représentation notionnelle privée a priori d’une validation quantifiée, mais tendant vers celle-ci.

22Par ailleurs, il faut noter que la notion concernée est toujours celle d’un prédicat et que celui-ci est lié en priorité à sa source dans la relation prédicative, quelle que soit la nature des procès concernés.

23De la même manière, nous ne distinguerons pas une ou plusieurs valeurs lexicales d’une part et des valeurs dites grammaticales d’autres part qui seraient liées par un processus de grammaticalisation ou de désémantisation. La description des opérations doit suffire à organiser les différentes valeurs.

24L’opération de fléchage marquée par the s’appuie de toute évidence sur les propriétés relationnelles de way que nous venons de décrire pour ce qui concerne le lexème way, mais à plus forte raison s’il est muni d’une détermination de fléchage (the). En effet, cette opération est présentée dans TOE comme la marque d’un Qt2, c’est-à-dire une seconde mention d’une occurrence déjà identifiée dans le domaine notionnel Qt1, et repérée par l’énonciateur, même si celle-ci n’apparaît pas nécessairement dans le co-texte sous la forme d’une opération d’extraction, par exemple, du type :

a way the way (identification de Qt2 à Qt1 )

25Le fléchage peut évidemment comporter une valeur simplement anaphorique, comme dans l’exemple suivant :

[10] It had stopped raining, and she could easily have walked; but she let Ben drive her, slowly, talking about Jake all the way. (BNC, F99 2444)

26On observe en effet dans ce cas que le fléchage permet une identification par anaphore aux prédications contextuelles (comportant des procès de déplacement spatial : walked, drive) Les termes relationnels appartiennent alors aux prédications antécédents.

27Toutes les configurations de l’opération de fléchage sont évidemment possibles, et notamment celle-ci, mais nous en concluons que d’une manière plus générale, cette mention Qt1 de l’occurrence est préconstruite pour the way, c’est-à-dire inhérente à la construction d’une relation. Cette préconstruction est à rechercher, nous semble-t-il, dans la présence des propriétés différentielles de cette relation sur laquelle il porte (il peut s’agir d’une relation prédicative).

28Cela est vrai pour the way au sens spatial, dans un exemple comme le suivant :

[11]  Let us see the result on the Police Court attendance card, and when you do get a charge or a summons, I will send one of the young constables with you to show you the way to the Police Court, for I expect you have forgotten it. (BNC, B24 1944)

29Les termes essentiels de l’interprétation sont sans doute ici le verbe show et la préposition à valeur spatiale to (destination) suivie d’une  localisation spatiale stabilisée : the Police Court. Mais le plus important est encore la présence des termes qui entrent naturellement en relation avec the way : un animé humain : one of the young constables, agent du verbe show, et surtout, un second animé humain, agent réel ou potentiel, you.

30Ces éléments relationnels indiquent que the way fonctionne comme un véritable procès, bien qu’il ne s’agisse pas à proprement parler d’un prédicat nominal. Plus précisément, il fournit les propriétés distinctives de l’élément véritablement dynamique de la séquence, qui nous semble être représenté par to (the Police Court), qui n’est interprétable que relativement à la source de cette dynamique, en l’occurrence l’ensemble (ici interactif) you et one of the young constables et pour lequel un Qt1, a way, n’est pas à construire pour amener Qt1 the way.

31Certains exemples sont de véritables métaphores pratiquement lexicalisées, partant de la valeur spatiale :

[12] By adopting the third directive on life assurance, the European Commission cleared the way for a single European insurance market. (BNC, ABE 3257)

[13] In short the collapse of Taurus -- where the name of the game was not to upset vested interests -- has paved the way for a compromise […] (BNC, C1 129)

32Un emploi très intéressant est celui qu’illustre l’exemple suivant dans lequel on trouve une identification en aval de certaines propriétés par l’usage qui est fait du référent. The way marque alors l’analogie4 :

[14] I have a few niggles about design, finding the waist drawcord on the Solos awkward and annoying and the elasticated buckle on the Colorados inclined to slip and get in the way of a harness. (BNC, CG1 978)

33Nous voulons également mettre en avant l’analyse selon laquelle les composantes Qlt et Qnt sont bien toutes les deux présentes dans la construction de l’occurrence concernée, mais avec une pondération sur la composante qualitative Qlt Qnt. Là encore, on comprend que cette pondération qualitative soit étroitement liée aux propriétés qualitatives de way que nous avons décrites comme contingentes, particularisantes et donc différentielles. Cette analyse prend tout son sens quand the way est suivi d’une proposition relative déterminative dont il est l’antécédent. En effet une telle relative fonctionne d’une part comme une complémentation notionnelle sur le nom (adjonction de propriétés au SN par une expansion, sur le mode adjectival), mais d’autre part, on sait qu’une relative déterminative est indispensable pour définir l’occurrence concernée, et donc faire en sorte qu’elle soit stabilisée et interprétable. Des relatives simplement appositives (ou explicatives) portant sur the way au sens de manière sont introuvables dans nos corpus. On comprend d’ailleurs qu’elles soient impossibles.

34On connaît le rôle prépondérant que joue d’une façon générale le marqueur de fléchage the sur l’antécédent d’une relative déterminative. Ce fléchage est rendu possible par les propriétés différentielles, souvent décrites comme restrictives, de ce type de relative qui possède un préconstruit prédicationnel. Avec the way, il semble que l’existence de celui-ci soit indispensable du fait des caractéristiques relatives du SN que nous avons évoquées plus haut.

35Par ailleurs, la prépondérance du qualitatif dans cette expresion nous semble être mise en lumière par l’emploi possible, bien qu’assez rare, de much, quantifieur du non comptable (dense ou compact) dont la portée est directement qualitative, dans un énoncé tel que :

[15] As they leave the house, Vanessa takes Virginia’s hand in much the way she would take the hand of one of her children. It is almost as irritating as it is satisfying that Vanessa feels so proprietary. (…)  (Michael Cunningham, The Hours, 2000)

36The way  porte ici sur une relative déterminative. Sa portée s’exerce donc sur une double relation : tout d’abord sur la première prédication, puis sur la seconde qui se voit identifiée à la première par le biais des propriétés différentielles dont the way est porteur.

37Le quantifieur much porte sur l’ensemble du SN (the way) et ne s’insère dans ce SN pour porter sur le seul nom way : * in the much way.

38Par ailleurs, il entraîne ici la présence obligatoire de la préposition in. Mais, le plus souvent the way fonctionne comme un joncteur autonome :

[16] Certainly from what I've heard, things would never have happened the way they did, and I think from the sort of very short dealings I had with him, things wouldn't have happened the way they did. (BNC, HUY 270)

39Ce type de construction (dans laquelle the way porte sur une relative déterminative) semble fonctionner comme une véritable relative nominale permettant d’appréhender la prédication de cette relative sous l’angle des propriétés différentielles. L’exemple qui suit s’élabore dans un co-texte très fourni et le résultat est l’accent mis sur la spécificité de l’occurrence désignée, en particulier parce qu’il s’agit de propriétés reprises au co-texte par anaphore :

[17] My father told me a story once. About a Soviet composer. I can’t remember which. It was during the war what they called the Great Patriotic War. Against the Germans. […] So the top composers were packed off to various regions and told to come back with cheerful suites of folk music. And this one was sent to the Caucasus –at least I think it was the Caucasus, anyway it was one of those regions which Stalin had tried to wipe out several years earlier, you know collectivization, purge, ethnic cleansing, famine, I should have said that earlier.” (…) She liked the way he couldn’t remember the name of the composer.  And whether or not it had been the Causasus.” (Julian Barnes, England, England)

40La manière serait là quasiment ininterprétable du fait que l’événement n’a pas eu lieu. Mais le fait d’imposer des propriétés différentielles par une reprise avec the way oblige à réinterpréter la prédication comme un accomplissement.

41Or, dans certains cas, the way n’est pas identifiable en soi, distinct de la prédication sur laquelle il doit porter :

[18] 'People in government should feel the way social processes are moving early,' he says. (BNC, BMB 2122)

42The way s’identifie ici au moins pour une part à early, c’est-à-dire à une partie des propriétés notionnelles de la prédication, si bien que l’on pourrait le remplacer par the fact that :

[18’] 'People in government should feel the fact social processes are moving early,' he says.

43La différence est une importance plus grande accordée aux propriétés différentielles qui deviennent prépondérantes, plutôt qu’à l’occurrence elle-même. Et surtout, the way s’identifie alors à l’ensemble de la prédication.

44Celle-ci est donc saisie par ce qui en fait une occurrence spécifique.

45Il est vrai que, d’une certaine manière, ce type d’opération laisse la place à une part d’implicite, en particulier parce que ce qui fait l’originalité des propriétés de la prédication est en partie fourni par celle-ci, et en partie par ce marqueur complexe, comme dans l’exemple suivant :

[19] Look at the way the Bishop of Durham gets clobbered every time he opens his mouth. (BNC, CAF 1399)

46C’est aussi le cas lorsque la prédication semble fournir entièrement des propriétés spécifiques, et non plus notionnelles :

[20] Nearly half a year later, in the summer heat, he could still recall the feeling of the cold air on his skin, the way his ears became numb with the freezing cold, the way he kept bursting out laughing, holding up his arms to the cloudy dark orange sky. (BNC, 1467)

47En revanche, lorsque l’accent est mis sur la validation de la prédication, celle-ci est saisie globalement, il s’agit de « être le cas » et il ne devrait plus y avoir la place pour mettre en avant des propriétés différentielles. Pourtant, the way permet encore de poser les éléments relationnels indispensables à un certain type de valuation :

[21] It is not just the owners who turf out their dogs daily, it is also those who blissfully believe everyone is a dog lover and that we don't mind the unpleasant and unhealthy filth their pets create in every park, play area, beach and common, nor the way many out-of-control large dogs are allowed to harass the hapless walker who crosses their path. (BNC, K4T 6578)

48On comprend que dans un tel énoncé the way, soit différent de the fact that, puisqu’il entraîne une qualification dotée d’un plus grand nombre de propriétés subjectives mais on voit que c’est l’occurrence elle-même qui est visée. Il semble néanmoins qu’il existe certains cas intermédiaires pour lesquels l’accent est mis aussi bien sur les propriétés définitoires (notionnelles) de la prédication, que sur ses propriétés spécifiques :

[22] Maxine Bristow’s work engages in preoccupations at the heart of current visual art practice, such as the way in which ordinary everyday objects are embued with value and emotion. (The Whitworth Gallery, Modern Collection, Manchester, U.K., April 2003)

49Le cas échéant, il semble que the way puisse fournir un support qualitatif à l’expression de la quantité :

[23] Solutions to the Ferranti crisis are not going to be easy to find despite the way in which the company has been inundated with offers of help. (BNC, A4329)

50Comme nous l’avons vu, the way peut être à la fois complément de manière dans la relative et aussi complément de manière dans la principale :

[24] A small dark blue wastebasket, empty of trash, hugs the axle housing the way fits a horse. (Michael Cunningham, The Hours, 2000)

51Dans un tel énoncé, on observe certes une identification d’un certain nombre de propriétés d’une prédiction à l’autre, ici de a saddle fits a horse> à A small dark blue wastebasket, empty of trash, hugs the axle housing>. Mais on constate qu’une telle identification n’est possible que s’il existe déjà un certain type d’analogie entre les deux prédications, pouvant revêtir plusieurs formes, à la manière de la construction de la métaphore5. Dans l’exemple qui précède, cette analogie est sensible dans les trois paires d’arguments :

– A (…) wastebasket / a saddle
– fits / hugs
– a horse / the axle housing

52Ces trois analogies forment ensuite un analogie globale entre les deux systèmes de représentation.

53Il est aussi possible que l’on ait affaire à une inclusion de la seconde dans la première au titre d’une ilustration par un ou plusieurs sous-ensembles :

[25] As Laura sets the plates and forks on the table–as they ring softly on the starched white cloth–it seems she has succeeded suddenly, at the last minute, the way a painter might brush a final stroke onto a painting, and save it from incoherence; the way a writer might set down the line that brings to light the submerged patterns and symmetry in the drama. It has to do, somehow with setting plates and forks on a white cloth. It is as unmistakable as it is unexpected. (Michael Cunningham, The Hours, 2000)

54On remarque que les secondes prédications sont ici modalisées à l’aide de might, et donc davantage représentées sur le plan de la représentation plutôt que sur celui de la validation.

55Dans d’autres cas, un seul argument, le SV, est repris à l’identique, seul ou accompagné d’un argument différent :

[26] Everything she sees feels as if it’s pinned to the day the way etherized butterflies are pinned to a board. (Michael Cunningham, The Hours, 2000)

56ou encore :

[27] This moment now, midblock, as the car approaches a stop sign, is unexpectly large and still, serene–Laura enters it the way she might enter a church from a noisy street. (Michael Cunningham, The Hours, 2000)

57La place nous manque pour passer ici en revue tous les types d’analogie, mais on doit également signaler la reprise du prédicat à l’aide de l’auxiliaire do  /did dans des énoncés tels que :

[28] But they're Spirante Girard; I love the neck, they really suit me, but they never seem to wear in the way modern necks do. (BNC, CON 1742)

[29] Only a few weeks ago, California Republicans were giddy about the idea that Arnold Scharzenegger could revive and remake their party the way another actor-turned politician, Ronald Reagan, did when he entered the governor’s race 38 years ago. (Time, 22 september 2003)

58On peut ainsi aboutir à une identification totale du spécifique au spécifique :

[30] Let people see information electronically and browse it exactly the way they want. (BNC, CPM 51)

59Cette construction permettra également de fausses tautologies :

[31] It was somewhat understandable, after all, that a person who had spent three weeks turning the world upside-down to find me should suddenly act with such reserve the moment I was found. But that was the way it was and I did not question it. (Paul Auster, Moon Palace)

[32] Raymond ought to be ashamed of himself, being so drunk that he was shaking the way he was. (Albert Camus, L’Etranger, traduit par Joseph Laredo : “Il a ajouté que Raymond devrait avoir honte d’être soûl au point de trembler comme il le fait)

60Pour résumer, on pourra représenter la formalisation de ce type général d’identification entre deux Relations Prédicatives de la façon suivante :

611) Une identification a priori (que nous avons appelée analogie) entre la composante qualitative notionnelle de RP1 et de RP2 est nécessaire pour que soit possible un repérage des propriétés différentielles Qltdif :

Qlt (RP1) ID  Qlt (RP2)         RP1 Image1dif)> Image2RP2

622) Le fait que chacune des prédications soit repérée par rapport à un même ensemble de propriétés différentielles semble alors entraîner une identification de ces propriétés différentielles :

RP1 Image3<the way (Qltdif)> Image4RP2         Qltdif RP1 ID  Qltdif RP2
Compl. SP1                                   compl. SP2
(in / Ø)                                   (in / Ø)

633) L’opération d’identification présente dans l’anaphore que constitue le relatif est à souligner :

          Identification
RP1          Image5          ID      Anaphorique (relatif which/that/Ø)> Image6RP2

64On voit que le relatif de la construction permet une identification de type anaphorique à son antécédent the way. Cette identification s’exerce à la fois sur le quantitatif et sur le qualitatif, avec les conséquences que nous avons décrites, s’agissant du qualitatif différentiel. Lorsque ce relatif est absent (Ø), le jeu des repérages s’effectue directement sur the way, mais en miroir.

654) Comme nous l’avons noté, la construction de fléchage the way (Qt2) est dédoublée par l’effet de la reprise anaphorique du pronom relatif (que nous pouvons noter Qt2’)et ceux-ci sont également repérés par rapport à Qt1 et Qt1’ préconstruits, de part et d’autre, dans les deux propositions marquant chacune une prédication propre. Nous pouvons ainsi écrire :

a way (Qt1) Image7 <the way(Qt2)> IDwhich/that/Ø (Qt2’)> Image8 a way (Qt1’)

66Notons que dans certains cas, enfin, il n’y a pas d’analogie préalable, car le complément formé avec the way semble exprimer la cause dans la relative et la conséquence dans la principale :

[33] One of the girls in the company, ever such a nice little thing she was, she thought she'd got into trouble; well, I could've told her she would, the way she was going on -- actors -- you wouldn't believe! (BNC, FEE 1204)

67Il n’y a donc pas non plus d’identification qualitative, mais une relation distinctive de causalité par inférence, énonçant la conséquence puis a posteriori la cause présumée, liée à la manière de faire, c’est-à-dire aux propriétés distinctives de cette cause qui deviennent prépondérantes au point d’envahir la totalité de l’espace de référence. On remarque que le complément the way suivi de la relative est alors séparé de la prédication par une pause intonative indispensable. Il s’agit donc dans ce cas d’un autre type de relation que l’identification telle que nous l’avons décrite.

68Nous avons voulu montrer qu’une expression nominale telle que the way était particulièrement productive sur le plan opératoire, non pas à elle seule mais en conjonction avec des formes multiples de mise en relation. Une part importante en revient à la syntaxe, et il faudrait évidemment approfondir les phénomènes que nous avons pu observer dans ce domaine : présence ou absence d’un relatif ou encore d’une préposition. Néanmoins, l’un des traits les plus surprenants est certainement la capacité de cette expression à fonctionner en autonomie syntaxique du fait que les prépositions ainsi que le relatif peuvent s’effacer, ce qui est par ailleurs souvent le cas (Ø/in > Ø/in / which/that Ø > Ø/Ø), bien qu’il soit toujours possible de reconstruire les relations de complémentation ainsi que d’anaphore, notamment en ce qui concerne la proposition relative à laquelle elle est si souvent liée. Il nous semble que le type d’identification qualitative qu’elle rend possible (sur un ensemble complexe de propriétés différentielles, parfois implicites et parfois explicites) est en anglais un outil original qu’il conviendrait de comparer avec des marqueurs tels que as, how ou which, par exemple. Enfin, au-delà de son origine lexicale associée à une détermination nominale, nous avons tenté démontrer que nous avions souvent affaire à un véritable marqueur d’opérations, dont la principale nous semble l’identification des composantes qualitatives de prédications.

Notes de bas de page numériques

1 Nous n’entrerons pas ici dans le détail de ces deux descriptions qui n’ont que peu d’incidence sur nos conclusions.
2 C’est aussi le cas par ailleurs pour un grand nombre de prépositions. Voir l’analyse des prépositions in, on et at par Eric Gilbert par exemple : « Ebauche d’une formalisation des prépositions In, On et At », dans ce volume.
3 Manière : forme particulière que revêt l’accomplissement d’une action, le déroulement d’un fait, l’être ou l’existence. Dictionnaire Le Petit Robert, 1977, p.1145)
4 «en guise de : by way of » (Dictionnaire Le Robert et Collins Senior,  1994, p.395)
5 Voir Denis Jamet, dans ce volume.

Bibliographie

Culioli, A. (1991-1999) Pour une Linguistique de l’Enonciation, Opérations et représentations, Tome 1, Formalisation et opérations de repérage, Tome 2, Le domaine notionnel, Tome 3, Ophrys, Paris.

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Pour citer cet article

Régis Mauroy, « The way : un cas d’identification qualitative », paru dans Cycnos, Volume 21 n°1, mis en ligne le 25 juillet 2005, URL : http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=18.


Auteurs

Régis Mauroy

Université de Limoges, CeReS, rmauroy@minitel.net