Cycnos | Volume 17 n° Spécial Journées Charles V sur les propositions relatives et l'aspect "be+ing" - 

Ronald Flintham  : 

Quelques éléments de comparaison diachronique dans l'emploi des relatifs THAT et WHICH en anglais américain et anglais britannique

Texte intégral

1Dans d’autres travaux faits sur les relatives adnominales, nous nous sommes rendu compte qu’il existait une différence nette entre les corpus anglais que nous avons analysés et les corpus américains, quel que soit le type de texte d’ailleurs. Dans les articles de Scientific American ou de certains journaux, la différence était flagrante ; les mêmes différences mais moins affirmées se manifestaient également dans des romans pris des deux côtés de l’Atlantique. Il apparaît, du moins au regard des données examinées, qu’on a affaire à deux micro-systèmes. Pour schématiser, on peut dire que dans ces documents américains, l’emploi de WHICH est le plus souvent assez contraint : les emplois en dehors du cas où il est précédé d’une préposition et du cas où il introduit une relative appositive ne sont pas extrêmement fréquents. C’est THAT qui est donc le relatif de loin le plus fréquent dans ces corpus. En revanche, dans nos corpus britanniques, c’est WHICH qui est le plus fréquent, et il introduit tres souvent des relatives déterminatives où il pourrait, selon la grammaire traditionnelle, être remplacé par THAT, ce qui n’est pas très fréquent dans nos documents américains. Nous n’approfondirons pas cette question ici, mais on fera simplement remarquer que la différence entre les deux micro-systèmes ne tient pas seulement à ces emplois que l’on vient d’évoquer de façon schématisée ; il semble au contraire que les emplois de WHO et du relatif Ø sont également différents entre les deux dialectes — mais cela demande à être démontré !

2La question que l’on se propose d’aborder ici porte sur l’origine et l’évolution de cette différence. Si on peut imaginer qu’on est parti d’un même point au dix-septième siècle (prenons comme date symbolique 1620 et le départ du Mayflower) comment expliquer les différences d’aujourd’hui ? S’agit-il d’une évolution divergente dans les deux pays, d’un conservatisme de l’un ou de l’autre, quel est l’effet du prescriptivisme ou s’agit-il d’une question mal posée ?

3On peut s’interroger effectivement sur le rôle du prescriptivisme. Nous avons noté dans d’autres travaux qu’il existe un courant prescriptiviste aux États-Unis qui condamne l’emploi de WHICH dans les relatives là où THAT serait également acceptable. Ce courant semble se manifester notamment dans les “style sheets” de certains journaux ou périodiques de grande renommée1. C’est sans doute cette influence qui aboutit à ce que l’on ne trouve que peu de WHICH déterminatif sans préposition dans des magazines tels que Newsweek ou des journaux tels que le New York Times.

4Nous avons également observé que, dans des romans américains, où, on peut le penser, l’auteur jouit d’une plus grande liberté de style, le choix de WHICH semble moins contraint. Notons d’ailleurs qu’en Angleterre, Fowler déjà au début du siècle dans The King’s English et plus tard dans Modern English Usage, dont la première édition date de 1926, écrit un grand nombre de pages sur le choix du relatif et il recommande : “if writers would agree to regard that as the defining relative pronoun and which as the non-defining, there would be much gain both in lucidity and in ease.”2. Ces recommandations ont été reprises dans des ouvrages scolaires en Grande Bretagne3. Pourtant cette “règle” ne semble pas avoir obtenu droit de cité dans les rédactions des journaux britanniques, alors qu’elle semble s’être finalement établie presque en règle générale dans les journaux aux États-Unis. Fowler semble être un des premiers à avoir remarqué la différence dialectale entre l’anglais américain et britannique, car il dit : ”…the temptation to show how better use might be made of the material to hand is sometimes irresistible. The English relatives, particularly as used by English rather than American writers, offer such a temptation.”4 Il n’en dit pas plus, mais le caractère davantage systématique des documents américains, où un rôle plus défini est donné à WHICH et THAT pour limiter les cas de choix libre, pourrait bien correspondre au souhait de “a better use of the material at hand”. Avant de quitter les remarques de Fowler, notons sa perception de la situation en Angleterre vers le début du siècle : “As has been explained, the tendency in modern writing is for which to supersede that even in the functions for which that is better fitted.”5 Cette grande fréquence de WHICH au détriment de THAT en anglais britannique actuel correspond au recensement de Quirk6 et à nos propres observations.

5Nous ne céderons pas à la tentation de remonter toujours plus loin, mais il est sans doute utile, pour situer l’évolution qui nous intéresse, de signaler la remarque de Chevillet, selon lequel “In 13th century English     oet (l’ancêtre de THAT) is practically the only relative”7. À l’époque du départ des Pères Pèlerins pour l’Amérique, c’est-à-dire le premier quart du 17e siècle, nous trouvons la situation suivante : THAT, qui était jusque vers 1560, selon les chiffres de Rydén cités par Dekeyser8, le relatif le plus fréquent (à la fois dans les déterminatives et dans les appositives), était déjà sérieusement concurrencé par WHICH, souvent sous forme de THE WHICH, alors que WHO commençait à peine à jouer un rôle significatif dans le système. Dans la première moitié du 17e siècle, la fréquence d’emploi de WHICH dépasse THAT dans les textes examinés.

6Outre ces questions de fréquence, c’est le rôle de chaque élément du système qui se modifiait progressivement. THAT pouvait apparaître dans les restrictives comme dans les appositives (ce dernier emploi est assez rare de nos jours) et pouvait avoir un antécédent animé ou inanimé. WHICH pouvait également avoir un antécédent animé comme dans le célèbre “Our father which art in Heaven”. Mais, déjà à partir de l’époque de l’Authorized Version de la Bible, selon Barbara Strang9, WHICH précédé d’une préposition n’a plus d’antécédent animé humain ; dans ce cas on a régulièrement WHOM. C’est donc cette forme prépositionnelle qui semble avoir poussé WHICH vers la spécialisation en relation avec un antécédent inanimé ; selon Dekeyser10, les formes fléchies WHOM et WHOSE, en tant que relatifs, sont employées à partir du 12e siècle, bien avant WHO en fonction de relatif, ce dernier ne devenant courant qu’au 15e siècle.

7Au cours du 17e siècle en Grande-Bretagne, la tendance à l’augmentation de l’emploi des relatifs en WH- se stabilise, et quantitativement on a une situation qui commence à ressembler à celle de nos corpus britanniques ou celle que décrit l’article de référence de Quirk. Selon Janet Grijzenhout11, la répartition entre WHO et WHICH tend vers la situation de l’anglais contemporain, WHICH devenant moins fréquent avec un antécédent animé humain, remplacé par WHO : elle conclut que “by 1700 human which is no longer very common” . Elle évoque néanmoins l’étude de Austin12, qui a examiné les lettres de la famille Clift, correspondance dans laquelle cet emploi n’est pourtant pas rare, alors que ces documents se situent à la fin du 18e siècle et au début du 19e siècle. L’absence d’instruction de ces personnes est évoquée par Grijzenhout comme un facteur d’explication. Pourtant il y a d’autres éléments en jeu. Le corpus de Grijzenhout est composé de pièces de théâtre, entre autres des comédies spirituelles d’écrivains londoniens cultivés, brillants et à la pointe de la mode. Leurs pratiques vont d’ailleurs dans le sens du prescriptivisme des nombreuses grammaires que Grijzenhout évoque de façon détaillée. Elle donne notamment l’exemple de Dryden, qui est un théoricien du refus de l’emploi de WHICH avec un antécédent animé humain, comme elle le montre dans une citation d’une lettre13 ; elle note, par ailleurs, la pratique du dramaturge, qui a remplacé des WHICH à antécédent humain par des WHO dans la révision de son Essay on Dramatic Poesy, entre la première version de 1668 et celle de 1684. La différence entre le monde de la famille Clift, essentiellement rural et provincial, et le grand monde londonien “ ranché” est également un facteur qui pourrait laisser penser que le refus de WHICH à antécédent animé humain ne s’est pas imposé de façon aussi générale et rapide dans le monde anglophone que pourrait le laisser croire le corpus de Grijzenhout ; les documents de Austin du siècle suivant en témoignent et nous seront d’un secours intéressant pour la comparaison avec notre corpus américain. En effet, la famille Clift, pauvre, originaire de la Cornouailles rurale, présente un modèle assez conservateur dans l’emploi des relatifs. WHICH est souvent employé avec un antécédent animé humain, comme dans les exemples suivants, l’un appositif et l’autre déterminatif :

1. I have a shop mate with me which I call on at Bath and he Intends to Come with me to London.
2. I do not think there are many Journeymen Shoemakers which can afford 15 shillings.14

8On trouve aussi dans ce corpus un emploi fréquent de THAT relatif15, alors qu’on évite d’employer WHO. Ce qui est particulièrement frappant est le cas de William Clift, seul de la famille à réussir dans le monde ; il s’installe à Londres où, à la fin de sa carrière, il devient conservateur d’un musée de la chirurgie et Fellow of the Royal Society. Austin note : “…in the course of his first eight years in London, his use of that for who and which declined, especially for who, which increases dramatically after his first year in London.”16. Il semblerait donc que l’emploi du relatif THAT à la place des relatifs en WH- soit perçu à la fin du 18e siècle comme un provincialisme par un homme à qui Austin paraît attribuer des qualités de “social climber”17. Notons un autre phénomène dans les emplois des relatifs chez les Clift ; Austin remarque qu’ils emploient des WHICH à antécédent animé humain, même dans des relatives appositives, usage qui avait disparu dans l’aristocratie au début du 18e siècle18. Cet emploi dans les déterminatives se maintenait mais avait un caractère “lower class” et plus tard Dickens s’en servira pour marquer la langue de personnages populaires.

9Sur les relatifs dans l’anglais américain du 17e siècle, il existe une étude extrêmement fine, détaillée et complète de Matti Rissanen19. Ce chercheur étudie des ensembles de textes variés choisis dans deux périodes, la première vers 1640 et l’autre vers la fin du siècle. Parmi les nombreux paramètres analysés, nous ne retiendrons que les phénomènes associés à nos deux préoccupations ici, l’opposition WHICH –THAT et l’association de WHICH avec la propriété animé humain. Rissanen note dans sa première période la grande fréquence d’emploi de WHICH restrictif (21% du total des occurrences de relatif, par rapport à 60% d’occurrences de THAT restrictif)20. Même si THAT reste très largement majoritaire, ce pourcentage de WHICH restrictifs représente une augmentation considérable par rapport à la période du début du siècle en Angleterre. Ce qui est plus significatif, c’est le pourcentage de WHICH appositifs, 69% par rapport à 7% de THAT appositifs. Il s’agit de la mise en place clairement marquée de la spécialisation de WHICH dans ce rôle qu’il garde, pour l’essentiel, de nos jours, lorsque l’antécédent n’est pas un animé humain. On a donc affaire, dans ces années 1640, à un mouvement qui suit la tendance de la Grande-Bretagne que ces colons venaient de quitter depuis peu.

10L’analyse du corpus de la fin du siècle est très révélatrice. Si WHICH affirme sa suprématie en tant que relatif appositif (67% du total des appositives par rapport à 2% seulement de THAT appositifs), on constate que les emplois restrictifs des deux relatifs en question sont de 54% de THAT et de 15% de WHICH21, c’est-à-dire une stagnation du choix de WHICH, là où à Londres, ce dernier semble s’affirmer davantage dans ce contexte. Rissanen ne développe pas cette comparaison entre les deux dialectes, mais il note la tendance à utiliser de manière régulière THAT en tant que relatif restrictif et de WHICH comme relatif non-restrictif. Rissanen s’interroge : “The question whether this tendency is earlier in American English texts than in British English, and thus typical of the colonial language form, can be answered by a detailed study of British English texts of the same period. Addison’s famous Humble Petition of Who and Which may well have been directed towards this tendency of making that the sole pronoun introducing restrictive relative clauses rather than towards the use of [restrictive] that in general.” (p.428).

11Si cette dernière remarque ne nous semble pas convaincante, il reste que c’est au cours de ces années-là que semble se mettre en place l’amorce des différences dialectales que nous avons notées.

12Pour analyser ce point de vue, nous avons examiné quelques textes américains et un texte anglais de la période proche de celle des lettres de la famille Clift, c’est-à-dire le début du 19e siècle. Nous avons d’abord pris une dizaine de pages extraites du Pennsylvania Gazette du début de l’année 1800, prises dans les numéros du 22 janvier, du 5 mars et du 12 mars. (4200 mots environ). Ce journal de qualité (on l’a appelé le New York Times du 18e siècle !) présente des nouvelles de l’étranger et surtout des informations politiques. Beaucoup d’articles que nous avons dépouillés sont rédigés par des témoins, journalistes non professionnels. Les résultats de notre recensement sont assez surprenants. Les relatifs en WH dominent largement (48 relatifs en WH — 33 WHICH et 14 WHO — et seulement 2 occurrences de THAT relatif). C’est l’inverse de la situation que nous avons trouvée dans les textes américains d’aujourd’hui. Contrairement à ce que Austin a vu dans les lettres de la famille Clift, anglaise, on ne trouve pas l’archaïsme (ou faudrait-il dire le “provincialisme” ?) du choix de WHICH avec un antécédent humain.

13Citons les deux seules occurrences de THAT relatif, de type déterminatif :

3. … [the governor] invited them […] both to dine with him, and set the prisoners at liberty in the evening - all except Mr. Smith, who refused to leave his prison, until the boat and every thing that was taken from her were returned into his hands, which [being] done the next day, all things were settled amicably.22
4. There was hardly one shot from us, that she did not receive in the hull….23

14On voit dans ces deux exemples une sorte de “résistance” de THAT qui se manifeste ici dans des emplois qui correspondent à ce que nous pensons être ses propriétés fondamentales et que nous avons analysées ailleurs. Le cas de “every thing” est classique et relève d’une sorte de règle dans la grammaire prescriptiviste, notamment dans les grammaires pédagogiques, même si on trouve des contre-exemples à cette “règle”. Ce qui nous intéresse ici, c’est qu’un tel antécédent requiert une relative pour pouvoir construire une référence et c’est l’ensemble antécédent + relative qui forme un bloc, en quelque sorte, pour constituer cette référence ; le lien entre les deux est nécessairement serré et c’est là une des propriétés fondamentales de THAT relatif. Le deuxième exemple (malgré la présence d’une virgule, qui ne nous paraît pas pertinente ici) marque également ce type de lien serré, mais à un moindre degré pourtant, car la référence de l’antécédent pourrait se construire sans la relative mais avec une référence très différente, même contradictoire, de celle de l’ensemble antécédent plus relative. Mais on voit également que nous avons un effet contrastif dû à la négation dans la relative en THAT, et cette propriété nous semble également très caractéristique de ce relatif, propriété qui trouve vraisemblablement son origine dans la valeur déictique de THAT dans d’autres emplois.

15Notre curiosité s’est ensuite portée sur un document de voyage américain de la même période, le Journal of a Voyage up the Missouri River, in 1811, de Henry Marie Brackenridge24. Il s’agit d’un récit assez long (sept chapitres, plus de 25000 mots), écrit dans un style soigné et agréable dans l’ensemble, mais avec des passages relevant plutôt du carnet de bord, un peu elliptiques. En ce qui concerne les deux critères qui nous intéressent, on s’aperçoit qu’il y a une nette prédominance de WHICH sur THAT dans les déterminatives (186 propositions en WHICH et seulement 5 propositions en THAT). Encore une fois, nous voyons que les occurrences de THAT sont significatives. L’une d’elles est assez marginale, car elle ne fait pas tout à fait partie des relatives au sens strict :

5. This name originated, in the circumstance of a trader having made a narrow escape, being in the river at the very moment that this cutoff was forming.

16C’est une relative de type “circonstancielle” où THAT forme un bloc avec l’antécédent MOMENT : WHICH est impossible ici. Un autre exemple de choix “contraint” de THAT se présente après un superlatif :

6. Some parts of their religious exercises are the most barbarous that can be imagined.

17On sait que WHICH est moins utilisé dans ce schéma ; certaines grammaires prescriptivistes condamnent même l’emploi de WHICH après un superlatif.

18Nous n’examinerons pas ici les trois autres occurrences de THAT déterminatif ; il suffit de dire que WHICH serait acceptable dans les trois cas.

19Pour l’autre critère de notre recherche, notons que nous n’avons trouvé aucune occurrence de WHICH avec un antécédent animé humain du type de celles que nous avons vues chez les Clift.

20Tournons-nous maintenant vers un autre document de voyage The Journal of a Fur-Trading Expedition on the Upper Missouri 1812-181325 de John C. Luttig, qui se présente comme “Clerk of the Missouri Fur Company”. L’auteur semble être d’une famille de Pennsylvanie. Ce récit, d’une longueur moyenne (un peu plus de 16.500 mots) n’a pas de prétention littéraire, mais l’auteur n’est pas inculte ni sans éducation. Il s’agit d’une sorte de carnet de bord, nettement moins “rédigé” que le Journal de Brackenridge et souvent écrit dans un style presque télégraphique, bien qu’il y ait également des passages plus soignés. Voici un extrait — il s’agit du tout début du récit — qui donne une indication du ton, des caractéristiques discursives et surtout de la ponctuation idiosyncrasique :

7. Friday the 8th of May, I started from St. Louis to Bellefontaine to meet the Boats bound up the Missouri River, arriving there at 1. o'clock P.M., took in Meal and Corn, arranged the Loading, and started at 3. o'clock, went about 4 Miles with a head wind.
8. Saturday the 9th head wind and strong Currents made very little way, at noon met Mr. Immel with Boat coming from his winter quarters of the Sioux, this Morning Mr. Manuel Lisa came on Board at the Charbonnier made about 5 miles distance.

21Le micro-système d’emploi des relatifs de ce texte comporte certaines des propriétés des autres textes américains que nous venons de voir, notamment la faible fréquence de THAT relatif — une seule occurrence par rapport à 96 occurrences de WHICH relatif. En fait cette occurrence unique est du même type de relative “circonstancielle” que nous avons déjà vu :

9. …there has not a night passed since our departure from Belefountaine where I got that Cat, that she has not caught from 4 to 10 Mice and brought them to her Kittens.

22WHICH est impossible ici : il s’agit encore une fois d’un point de résistance à l’élimination de THAT du micro-système des relatifs anglais.

23Par ailleurs, ce texte comporte de nombreuses occurrences de WHICH à antécédent animé humain (32 en tout) à tel point qu’il est plus fréquent que WHO relatif (seulement 24 occurrences).

24Voici quelques exemples (nous gardons l’orthographe et la ponctuation, souvent défectueuses ou idiosyncrasiques, de l’édition électronique) :

10. …this Morning the Men which came by Land from the Bigbellies arrived with the horses…
11. [Baptiste]… arrived express from Mr. Lewis and brought the displeasing news, that the hunters which were equipped by the Company and which had been on the Spanish Waters trapping, had been robbed by the Crows….

25La très grande majorité des emplois de WHICH à antécédent animé humain sont de type déterminatif (ou plutôt ils ne sont pas clairement appositifs26). Sur 32 occurrences, 24 sont des relatives déterminatives, deux sont clairement appositives et les six autres sont ambiguës ou inclassables. Il est intéressant d’examiner le rôle du relatif WHO dans un tel micro-système. La majorité des occurrences introduisent des relatives appositives (14 occurrences sur 24). Sept de ces 14 occurrences ont pour antécédent un nom propre animé humain non-quantifié, schéma dans lequel on n’a aucune occurrence de WHICH. Voici un exemple :

12 … they went with us across the River to the Northside 1 Mile below where we camped, laid out the house for Mr. Bijou who was to remain to trade with the Yentonas, Tatons Shaunee….

26Les emplois appositifs de WHO ont pourtant d’autres types d’antécédent, des noms communs, tels celui-ci :

13. … he quarrelled with a women [sic] the wife of a Mandan in the fort, and was going to Kill her, when her husband who was absent at the time of the quarrel, arrived ….

27On a néanmoins des emplois de WHO déterminatif ; voici un exemple :

14. Tuesday the 26 cloudy and cold, this Evening the Men who guarded the horses found two missing supposed to be stolen by Langus [sic] de Buche.

28Il semble difficile de dégager une opposition nette entre ces emplois déterminatifs et les emplois équivalents en WHICH. Un rapide recensement des types d’antécédent semble indiquer une tendance : les antécédents de relatives déterminatives en WHICH sont plus complexes que ceux des déterminatives en WHO. Avec ce dernier relatif on a the men, the man, the same party mais également the whites and Indians,an Indian — à l’exception de ce dernier exemple, tous sont fléchés (par l’article défini), mais il est vrai que nous avons trop peu d’occurrences pour en tirer des conclusions fiables. Les antécédents des relatives déterminatives en WHICH sont légèrement plus complexes, et plus variés à la fois lexicalement et du point de vue de la détermination : one of his children, the Crows, the first, all Bravos, all the Rees. Ce point mérite d’être étudié plus avant. 

29On a fait par ailleurs un rapide recensement de THAT et WHICH déterminatifs dans deux textes assez voisins de par leur sujet et leur date (tous les deux sont parus en 1830) ; le premier publié à Londres porte sur un projet de ville idéale pour les États-Unis, Description of an Architectural Model par l’anglais Stedman Whitwell, et Architecture in the United States paru dans The American Journal of Science and Arts et écrit par un Américain anonyme, qui vise à définir l’urbanisme idéal. Le document anglais est de 5 pages seulement et dans un style très simple. Il ne comporte aucun THAT relatif : le document américain, 17 pages, d’un style complexe, littéraire même, comporte 17 relatives déterminatives en THAT mais 29 déterminatives en WHICH (sur un total de 45, les autres occurrences de WHICH étant donc appositives). On voit que nous sommes loin d’une opposition dialectale simple telle que celle que nous avons vue dans les textes du 20e siècle. La présence d’autant de THAT est-elle due au registre plus littéraire, ou à une influence anglaise qu’aurait subie cet auteur anonyme américain qui a visiblement passé une bonne partie de sa vie à voyager en Europe ? Quoi qu’il en soit, ce texte se démarque des autres par une plus grande fréquence du THAT déterminatif (qui reste néanmoins minoritaire par rapport à WHICH dans cet emploi).

30Conclusion

31Notre tentative d’explorer quelques éléments d’un problème de variation en analysant un axe diachronique relativement long (ce qui ne permet pas une analyse très délicate des phénomènes) s’est concentrée d’une part sur la fréquence et les conditions d’emploi de THAT et de WHICH, particulièrement dans les déterminatives, et d’autre part sur les conditions d’apparition de WHICH avec un antécédent animé humain. On s’aperçoit que la progression des relatifs vers leurs conditions modernes d’emploi des deux côtés de l’Atlantique n’a pas été aussi linéaire qu’on pouvait le penser. Qu’il reste autant d’emplois archaïsants de WHICH animé humain est inattendu ; par ailleurs, il est remarquable qu’au lieu de trouver pléthore d’emplois de THAT dans nos textes du début du 19e siècle américain, nous ayons constaté une très faible fréquence de ce marqueur, qui domine pourtant les textes américains d’aujourd’hui et qui était majoritaire au début du 17e siècle. Est-ce que ce moment de la fin du 18e et du début du 19e siècle marque une régression momentanée dans l’emploi de THAT déterminatif ou est-ce que nos textes ne sont pas représentatifs du mouvement général ? En guise de conclusion, nous ne pouvons qu’exprimer une certaine perplexité. Le changement de fond dans la distribution des rôles des marqueurs de surface introduisant des relatives a entraîné l’augmentation de l’emploi des pronoms en WH depuis le début du 17e siècle ; ce changement, amorcé en Angleterre, renforcé par un mouvement grammatical prescriptiviste londonien, et qui s’est prolongé jusque dans le XVIIIe siècle, semble avoir été suivi en Amérique et bien plus qu’on ne pouvait le croire. Visiblement d’autres études seront nécessaires pour mieux cerner l’évolution de ces marqueurs et rendre compte des différences d’emploi entre la période étudiée ici et les textes américains actuels.

Notes de bas de page numériques

1 Outre les exemples de ce prescriptivisme que j’ai cités ailleurs, j’ajoute cette règle proposée par T.M. Bernstein (1985) Watch Your Language. A lively informal guide to better writing, emanating from the News Room of the New York Times, Great Neck, New York, Channel Press, où il dit “’That’ is better used to introduce a limiting or defining clause; ‘which’ to introduce a non-defining or parenthetical clause.” P. 170, cité par Olofsson, Arne (1981) Relative Junctions in Written American English, Gothenburg Studies in English, No.50, p.131.
2 Fowler, H. W.(1968[1926]) Modern English Usage, OUP, 2nd edition revised by Sir Ernest Gowers, p. 626
3 Citons entre autres Treble H.A. et G. H. Vallins (1959 [1936]) An ABC of English Usage, OUP, Oxford, p.155.
4 Fowler, H. W. (1968[1926]), p. 625.
5 Fowler, (1968[1926])p.628.
6 Quirk, R. (1957) “ Relative Clauses in Educated Spoken English ” English Studies, V.38, p.97-109.
7 Chevillet François, 1996“ Relativization strategies in Early Middle English (and after) ”in Speech Past and Present, Klemola Juhani, Merja Kytö, Matti Rissanen eds. Peter Lang Verlag, p.25.
8 Dekeyser Xavier (1984) “Relativizers in early Modern English”, in Historical Syntax, Papers Presented for the Internationan conference of Historical Syntax held at Blazajewko, Jacek Fisiak ed., Trends in Linguistics n° 23, Mouton, p.64.
9 Strang, Barbara M. H. (1970) A History of English, Routledge, p.143.
10 Dekeyser (1984) p.59.
11 Greizenhout Janet (1992) “ The Change of Relative THAT to WHO and WHICH in late seventeenth-century comedies ” NOWELE (North-Western European Language Evolution) Vol 20, pp.33-52.
12 Austin, Frances O. (1985) “ Relative WHICH in late 18th century usage : the Clift family correspondence ”, Papers from the 4th International Conference on English Historical Linguistics, ed. Roger Eaton et al. pp.15-29.
13 Greizenhout (1992) p.39.
14 Austin (1985) p.26.
15 Austin (1985) p.21-22.
16 Austin (1985) p.22.
17 Austin (1985) p.22.
18 Austin (1985) p.18.
19 Rissanen Matti (1984) “ The Choice of relative pronouns in 17th century American English ” in Historical Syntax, Papers Presented for the Internationan conference of Historical Syntax held at Blazajewko, Jacek Fisiak ed., Trends in Linguistics n° 23, Mouton, pp.417-435.
20 Rissanen Matti (1984) p.421.
21 Une autre modification importante du système est marquée par l’augmentation de fréquence du relatif zéro qui passe de 14% à 25%, Rissanen Matti (1984) p.421 et 427.
22 The Pennsylvania Gazette, March 12, 1800, “ Extract of a letter from a young gentleman on board the United States frigate John Adams, dated St. Kitts, Jan. 22.
23 The Pennsylvania Gazette, March 12, 1800, Extract of a letter from a lieutenant on board the frigate Constellation, dated 3d Feb. at sea, Hispaniola bearing N.W. by N. fifteen leagues distant.
24 Henry Marie Brackenridge (1814) Journal of a Voyage up the Missouri River, in 1811, Cramer, Spear and Eichbaum. Pittsburgh. Nous avons utilisé une édition électronique, établie par James R. Kyle, disponible sur l’Internet à l’adresse suivante : http://www.xmission.com/~drudy/mtman/html/Brackenridge/.
25 Nous avons utilisé une édition électronique, établie par James R. Kyle, disponible sur l’Internet à l'adresse : http://memory.loc.gov/ammem/collections/finder.html. Il existe une édition sur papier Journal of a fur-trading expedition on the Upper Missouri, 1812-1813, by John C. Luttig, éditée par Stella M. Drumm, St. Louis, Missouri Historical Society, 1920. L’édition électronique comporte malheureusement de nombreuses coquilles.
26 Voir l’article de Claude Rivière dans ce numéro.

Bibliographie

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Pour citer cet article

Ronald Flintham, « Quelques éléments de comparaison diachronique dans l'emploi des relatifs THAT et WHICH en anglais américain et anglais britannique », paru dans Cycnos, Volume 17 n° Spécial, mis en ligne le 22 septembre 2008, URL : http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=1702.


Auteurs

Ronald Flintham

Université de Paris VII