Cycnos | Volume 17 n° Spécial Journées Charles V sur les propositions relatives et l'aspect "be+ing" - 

Liliane Haegeman  : 

Extraction du sujet, réallocation de cas et localité

Plan

Texte intégral

1Le but de cette contribution est double : d’une part je donnerai un bref aperçu de l’analyse classique de la dérivation des relatives dans le cadre de la théorie générative (cf. Haegeman et Guéron, 1999, pour une introduction), d’autre part j’examinerai quelques problèmes soulevés par des constructions comme (1.a.) (1.b), où le pronom relatif whom, sujet d’une complétive enchâssée, a le cas accusatif :

1.a. That is the man whom we thought was not coming. (Quirk et al 1985: 1299, note [a])
1.b. The Ambassador, whom we hope will arrive at 10.a.m. (Quirk et al 1985: 368, note [a])

2Des exemples comme (1.a.) (1.b). sont souvent considérés comme agrammaticaux (Quirk et al 1985: 368 et 1299) mais, comme nous le verrons plus loin, ce type d’exemple est certainement attesté en anglais contemporain. Les variantes plus généralement acceptées de 1.a, 1.b, sont données en (1.c.) (1.d.) :

1.c. That is the man who/that/ we thought was not coming.
1.d. The Ambassador, who we hope will arrive at 10 a.m.

3Normalement, la forme accusative whom est retrouvée comme objet direct (2.a.), en alternance avec who, ou comme complément d’une préposition (2.b.) :

2.a. That is the speaker who/whom this student is going to introduce.
2.b.That is the speaker about whom/*who they will be talking first.

4Quirk et al (1985: 1299) mettent l’emploi de l’accusatif whom (inacceptable selon ces auteurs) en 1.a, 1.b, en rapport avec son emploi grammatical comme sujet dans les constructions non-finies.

3. The Ambassador, whom we expect to arrive at 10 a.m. (Quirk et al 1985: 368, note [a])

5A propos du statut des exemples (1.a.) (1.b), Jespersen souligne que :

6"It is admitted that whom is common, but it is thought that this form is used chiefly by recent journalists and writers of slipshod English. Now my first argument is that the idiom is found in many authors of repute." (Jespersen, 1927, 197-8)

7(4) donne quelques exemples attestés :

4.a. Martin had obtained a flashlight and was desperately searching for Hanna whom he thought was in her cabin below (Sigley, 1997: 217)
4.b. "Trailing clouds of glory do we come," said Dr. Davidson, whom I was to learn enjoyed a phrase, " but leave in a haze of exhaust fumes." (Nicholas Freeling, Lady Macbeth, André Deutsch, 1988, Penguin, 1989, 26)
4.c. It is a delicious irony made even more scrumptious by Graham's acrimonious exit from Highbury, which left him not naturally disposed to help the people whom he felt unfairly kicked him out the door through which he had brought six trophies in eight years. (Guardian, 14.5.1999, page 14, col. 3)
4.d. A flamboyant multi-millionaire who died when his £ 650.000 sports car hit a tree, left behind a list of people whom he believed were trying to kill him, a coroner's court heard yesterday. (Guardian, 19.8.1999, page 5, col 1)
4.e. As she continued to stalk the couple to their new home in Ickenham, West London, in her sports car, Kava allegedly approached a car mechanic whom she thought would have underworld contacts. (Guardian, 11.9.1999, page 4, col 7)
4.f. She also sees many couples whom she suspects are holding on to the status quo because it is comfortable. (Guardian, G2, 15.10.1999, page 7, col 1)
4.g. Yet the first statements were made by people whom you told us would give you a cast-iron alibi. (Minette Walters, The breaker, Macmillan 1998, Pan books 1999, page 274)
4.h. The men whom police said had been drinking (Journal, Harbert 1982/3: 242)
4.i. She's lucky to have survived the drugs, alcohol, and Traynor (whom she spookily insisted be an on-set observer during the making of Still insatiable). (Independent, 29.10.1999, Review, page 12, col 8)

8Selon le schéma X-barre (voir Haegeman et Guéron 1999 Chapitre 1 pour une introduction) les phrases sont constituées de trois couches de structure :

  • (i) la couche thématique dont le noyau est la tête lexicale (V, par exemple),

  • (ii) IP, la couche de la flexion, qui représente le domaine de la prédication, et

  • (iii) la couche de la conjonction (CP), le domaine périphérique de la proposition qui sert à établir les liens avec les propositions superordonnées ou avec le discours.

9Le sujet thématique est engendré dans sa position de base, le spécifieur du syntagme verbal, et se déplace vers le spécifieur de IP pour y établir la relation de prédication. (4) donne une représentation schématique. La position initiale d'un constituant déplacé est indiquée par une trace.

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10Dans les questions particulières, le constituant interrogatif de la proposition est déplacé vers le domaine périphérique (CP), où il enregistre la force illocutoire 5.a, 5.b). Dans les questions directes l’auxiliaire se déplace vers la tête de la périphérie (5.a) :

Image2

11Le même type de ‘déplacement wh’ a aussi lieu dans la formation des relatives :

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12Dans les exemples en 5 le constituant wh déplacé aboutit dans la périphérie gauche de la proposition de source. Un déplacement plus long est illustré en 6.a, où le pronom relatif se déplace vers la périphérie gauche d’une complétive superordonnée. 6.b donne une première représentation schématique de ce déplacement long.

6.a. the person who(m) they tell me that John says that you invited.
6.b. NP [CP1 who(m)o [IP1 tell [CP2 [IP2 says [CP3 [IP3 V to]]]]]]
<---------------------------------------------------------------

13La représentation en (6.b) suggère que le déplacement vers CP1 se fait par le biais d'un pontage à travers la structure intermédiaire. Plus loin nous verrons toutefois que le déplacement envisagé en (6.b) ne s’effectue pas en un saut direct mais que l’élément déplacé parcourt les domaines des têtes (V, I, C) intermédiaires.

14Comme le montrent les exemples en (7a) à (7.c), le sujet de la proposition finie n’admet pas normalement le cas accusatif.

7.a. *Me am in the cabin below.
7.b. *Whom is in the cabin below?
7.c. *Hanna, whom is in the cabin below,…

15En (7a), (7.b), toutefois, le sujet de la relative finie enchâssée a la forme accusative. Quand nous examinons de plus près les exemples attestés, nous constatons que le sujet accusatif semble surgir dans une situation où il est sorti d’une proposition finie enchâssée qui est le complément d’un verbe transitif actif. En (8.a-i) je reprends partiellement mes exemples attestés de (3), et en (8.j) je donne un aperçu des exemples attestés cités par Jespersen :

8.a. searching for Hanna whom he thought was in her cabin below
8.b. Dr. Davidson, whom I was to learn enjoyed a phrase,
8.c. help the people whom he felt unfairly kicked him out the door
8.d. people whom he believed were trying to kill him
8.e. a car mechanic whom she thought would have underworld contacts.
8.f. She also sees many couples whom she suspects are holding on to the status quo.
8.g. Yet the first statements were made by people whom you told would give you a cast-iron alibi.
8.h. The men whom police said had been drinking.
8.i. Traynor (whom she spookily insisted be an on-set observer during the making of Still insatiable).
8.j. Exemples : Jespersen, 1927, 189-9

Caxton R86 his fowle hound whom I neuer see doth good
Sh Johns IV 2, 165 Arthur, whom they say is kill'd tonight
Walton A 30 S. James and S.John, whom we know were fishers
Goldsm V 2.41 Thornhill, whom the host assured me was hated
Ib. 47 Mr. Thornhill, whom now I find was even worse than he represented him
Shelley, L 453 to anyone, whom he knows had direct communication with me
Keats 5.72 I have met with women whom I really think would
like to be married to a poem
Kipl DW 36 the Woman whom we know is shewn twelvearmed
Wells Sleeper 118 the Sleeper – whom no one but the superstitious,
common people had ever dreamt would wake again
Benson A 150 I met a man whom I thought was a lunatic
Galsw Ca 167 the girl's admiration for one whom she could see would
in no circumstances lose her dignity
Mackenzie C7 There was a man, too, whom she had only just time to
realize was the doctor
Dreiser F 89… said one whom Davies later learned was Seavey, the
village postmaster
Sutton Vane, Outw. two of our fellow passengers. The two whom I see Bound 63 are not here.

16Nous ne trouvons aucun exemple dans lequel le sujet est sorti d’un complément d’un verbe passif (9.a) ou d’un adjectif (9.b), (9.c). Je conclus, d'après l’absence de ce type d'exemples, qu’ils ne seraient pas acceptables (cf. section 6, toutefois). (10) résume la situation :

9.a. *the people whom it was said had been drinking
9.b. *the people whom it is obvious had been drinking
9.c. *the people whom it is likely had been drinking (Kayne 1984: 6)
10.a. NP [CP1 whoms [IP1 Vtransitif-actif [CP2 Ø [IP2 ts…]]]]
10.b. *NP [CP1 whoms [IP1 Vpassif [CP2 Ø [IP2 ts…]]]]
10.c. *NP [CP1 whoms [IP1 A [CP2 Ø [IP2 ts…]]]]

17Pour rendre compte du cas accusatif du sujet relativisé de la proposition finie, Kayne (1984) propose que le déplacement du pronom relatif sujet ne se fait pas par une sorte de pontage qui lierait la position de source et la périphérie gauche de la proposition superordonnée. Au contraire, le sujet relativisé doit passer par la périphérie gauche de la proposition de source où, en s’approchant du verbe transitif, il peut acquérir le cas accusatif qui remplace le cas nominatif d’origine. Ce phénomène pourrait être libellé 'réallocation' de cas (cf. Harbert 1982/3 pour une discussion comparative).

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18Le passage du pronom relatif à travers le spécifieur du CP2 de la complétive enchâssée de source crée une relation locale avec V1, le V transitif qui régit cette complétive. Sans ce déplacement du sujet, la relation pertinente entre la position de V1 et la position canonique du sujet dans la proposition enchâssée n'existe pas. Les exemples où la complétive de source est régie par un adjectif ou par un verbe au passif seraient exclus puisque dans ce cas ni l'adjectif ni le verbe au passif ne seraient capables de cautionner un cas accusatif.

19Kayne propose que la même dérivation peut rendre compte de la grammaticalité d’exemples comme (13.a), où le verbe assure, qui normalement ne cautionne pas le cas accusatif du sujet d'une complétive non-finie enchâssée (13.b), légitime le cas accusatif du pronom relatif, whom. Comme le montre la représentation en (13.c), le sujet de la proposition enchâssée infinitivale n’a pas de relation locale avec le verbe, dont il reste séparé par la couche CP enchâssée. En (13.d), par contre, le passage du pronom relatif à travers la périphérie gauche de la proposition de source le rapproche du verbe assure que, par le biais de cette relation locale, cautionne le cas accusatif :

13. a. John, who(m) I assure you to be the best (Kayne, 1984 : 5)
13.b. *I assure you John to be the best
13.c. *[IP I assure you [CP [IP John to be the best]]]
V--------------------------*ACC
13.d. John [CP whoms [IP I assure you [CP ts Ø [IP ts…]]]]
V----------------ACC

20Notre exemple (8.i), repris partiellement en (14.a), pose le même type de problème puisque le verbe insist n'est pas capable d'assigner un cas accusatif à un syntagme nominal. Je reviens à cet exemple dans la section 6.

14.a. Traynor (whom she spookily insisted be an on-set observer…)
14.b. *She insists this.

21Selon l’analyse de Kayne, le cas accusatif de whom en (15a) serait cautionné par la relation entre thought et (la trace de) whom dans le spécifieur du CP de source. Par analogie, nous pourrions nous attendre à ce que dans une configuration structurale parallèle, le verbe actif transitif ask en (15b) soit aussi capable de cautionner le cas accusatif du sujet interrogatif de la complétive interrogative enchâssée, mais cette dernière option n’est pas admise. Comme l’a fait remarquer Harbert (1982/3 : 274) : 'Even speakers who accept (15a] uniformly fail to accept [15b]'.

15.a. The man [CP whom [IP we thought [CP t1 [IP t2 was not coming]]]]
15.b. *[IP He asked [CP whoms [IP ts was not coming]]]

22Pour compléter la description, il faut encore ajouter que si la forme accusative whom n’est pas admise pour le pronom interrogatif en (15.b), le cas accusatif est toutefois légitime en (15.c), où le pronom whomsoever fonctionne comme sujet d’une relative nominale finie :

15.c. He had to [VP inform [whomsoever should open it] that he had once lived in this very house. (Mackenzie S 573, Jespersen 1927: 57)

23D’autres exemples de sujets accusatifs dans les relatives nominales finies sont donnés en (15.d). Ici encore, la forme whom alterne avec who (15.e) :

15.d. The second Mrs Williams, whom Wexford had at first thought of as rather sweet and gentle, he now saw had other sides to her nature, among them a rather unpleasant habit of laying the blame for her misfortunes [PP on [whomsoever else might be present]. (Rendell, Ruth. 1994, An Unkindness of Ravens, Arrow books, 116-7)
To bring ruin on whomsoever hath shown kindness to me. (Scott I 305, Jespersen 1927: 57)
She sat by the fire conversing with whomsoever approached her. (James, Am, 1.267, Jespersen 1927: 57)
Winking over her shoulder at whomever would watch her comedy. (Mackenzie S 894, Jespersen 1927: 57)
15.e. She talked with whoever approached her. (Bernard Mac Laverty, Grace notes. Vintage, 1998, page79)
He was angry with whoever crossed his path. (Kingley Farewell, Jespersen, 1927: 56)

24Avant d’élaborer l’analyse des exemples en (15) je résume en (16) deux hypothèses courantes pour la structure des relatives nominales. Selon 16.a, basé sur Groos et Van Riemsdijk (1979), la relative nominale a un antécédent abstrait, le groupe nominal Ø :

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25(16.b) résume les hypothèses de Bresnan et Grimshaw (1978) et de McCawley (1988) selon lesquelles il y a une ‘fusion’ entre l’antécédent de la relative et le pronom relatif. En 16.b je propose que le pronom relatif se déplace dans le domaine de l’antécédent.

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26Je ne veux pas trancher entre ces deux analyses, qui devraient faire l’objet d’une recherche plus poussée. Pour une discussion comparative, je renvoie à Smits (1989).

27Pour rendre compte des sujets accusatifs dans les complétives finies, je ferai l’hypothèse provisoire que le cas accusatif dépend d'une relation étroite locale entre un verbe ou une préposition (les deux capables de cautionner le cas accusatif) et le syntagme nominal pertinent. Je représenterai cette relation locale par la co-indexation de la source du cas accusatif (V, P) et le syntagme nominal.

28Dans le cas central, le verbe ou la proposition cautionnera le cas accusatif du complément avec lequel il entretient une relation thématique :

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29Dans les schémas en (18), je représente la structure des complétives enchâssées dont le sujet reste au cas nominatif. En (18.a), le verbe think n’a pas de relation locale avec le sujet he de la complétive finie. Ce verbe sélectionne une complétive entière et non pas le sujet de cette dernière. De même en (18.b), le verbe ask sélectionne une complétive interrogative mais n’impose aucune restriction sur la nature du sujet de cette complétive dans le sens que la force illocutoire pourrait tout aussi bien être enregistrée par un objet interrogatif. En l’absence d’une relation locale entre V et le syntagme nominal sujet de la complétive, la réallocation de cas, i.e. le remplacement du cas nominatif par le cas accusatif, n’aura pas lieu :

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30Les deux analyses des relatives nominales décrites ci-dessus nous permettent de rendre compte de la réallocation du cas. Dans l’hypothèse de la fusion du pronom relatif avec l’antécédent (cf. 16.b), le verbe qui régit la relative a une relation locale avec le syntagme nominal tout entier, donc avec l’antécédent, qui forme le noyau syntaxique et sémantique de la structure (19.a). Dans l’hypothèse de l’antécédent abstrait (16.a/19.b), le verbe établit une relation locale avec le syntagme nominal tout entier, donc avec l'antécédent abstrait qui est son noyau. Toutefois, on admettra que le pronom relatif whomsoever lui-même est co-indexé avec l’antécédent, dont il détermine la référence, et par transitivité de co-indexation, on pourra admettre qu’indirectement le verbe aura une relation locale avec le pronom dont il pourra légitimer le cas accusatif.

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31Selon l’hypothèse émise ci-dessus le cas nominatif obligatoire du sujet de la question indirecte en (15b) et la réallocation du cas dans la structure relative nominale en (15c) découleront tout naturellement de la structure syntaxique.

32Revenons maintenant à la situation en (1.a), (1.b), répété ici comme (20a), (20.b) où le sujet de la proposition enchâssée finie a subi une réallocation de cas :

20.a. That is the man whom we thought was not coming.
20.b. The Ambassador, whom we hope will arrive at 10.a.m.,

33L'analyse de la réallocation du cas dans ces exemples sera mise en rapport avec le parcours que suit le pronom relatif dans son déplacement vers la périphérie gauche de la phrase. Contrairement à ce qui était suggéré dans la discussion de la section II.3. (exemple 6), je propose que le déplacement du pronom relatif ne se fait pas par le biais d'un pontage à travers les structures super-ordonnées, mais que, au contraire, le pronom relatif, sujet de la complétive enchâssée de source (CP2, IP2), entre et traverse la proposition enchâssée (IP1). Le passage du déplacement du sujet enchâssé à travers le territoire du verbe V1 (thought) établit une relation locale entre le verbe V1 et le pronom déplacé. La relation ainsi établie permet la réallocation du cas : V1 a une relation locale avec le pronom relatif et en sanctionne le cas accusatif. On doit donc admettre que le pronom entre dans le VP1 super-ordonné de think. Comme le disent Quirk et al (1985, 368) 'the relative pronoun [en (28.b), l.h] is the subject of will arrive but is felt to be in the object territory in relation to we hope, embedded in the relative clause.'1

34Dans les récents écrits générativistes cette hypothèse est formulée de plusieurs façons, admettant par exemple que le pronom déplacé s’adjoint au VP1. Je n’entre pas dans les détails techniques de cette hypothèse qui ne nous concernent pas ici (voir Lasnik et Saito 1991, Chomsky 1995, Koizumi 1993, Kayne et Pollock 1999 etc.).

20.b. [CP1 whoma [IP1 we [VP1 ta [VP1 [Vacc thinka] [CP2 ta Ø [IP2 t bnom is not coming]]]]]]

35Il est souvent signalé dans la littérature que le pronom relatif Ø en général n'est pas compatible avec la fonction sujet :

21.a. I met the people who/that/ * were not coming.
21.b. I met the people who/whom/that/ * they had not invited.

36Nous constatons toutefois que le pronom Ø est compatible avec la construction examinée ici:

22. That is the man we thought was not coming.

37Si nous poursuivons l'hypothèse que le pronom relativisé a traversé le territoire du verbe et de cette façon a acquis des propriétés d'objet, le contraste entre 21 et 22 s'explique naturellement.

38L'exemple 23 discuté par Kimball et Aissen (1971), Kayne (1995), Kayne et Pollock (1999) offre une autre illustration de l'effet morphologique que peut avoir le passage d'un pronom relatif dans le domaine d'un verbe superordonné:

23. ?the people who John think should be invited

39Dans cet exemple le verbe think qui régit la complétive dont est sorti le pronom relatif who s'accorde non pas avec son propre sujet John, mais avec le pronom déplacé. Pour une description détaillée et une analyse je renvoie surtout à Kimball et Aissen (1971) et à Kayne (1995).

40L’hypothèse soumise ici implique que le passage du pronom relatif à travers un domaine super-ordonné donne lieu à des modifications dans les relations grammaticales dans les domaines traversés. Dans le cas discuté ici le verbe super-ordonné est capable de cautionner le cas du sujet d’une complétive finie qu’il régit. Dans une certaine mesure, donc, le sujet enchâssé se comporte comme un objet du verbe super-ordonné. L’image miroir de cette situation est évoquée dans les travaux de Chung pour le Chamorro (1982) et par Georgopoulos (1985) pour le Palauan. Dans ces langues le déplacement d’un argument du verbe déclenche des modifications dans la morphologie du verbe. Dans le cas d’un déplacement long du type illustré ici, l’alternance morphologique d’un verbe super-ordonné est déclenchée par le passage d’un argument de la complétive enchâssée, régie par ce verbe, à travers le domaine du verbe super-ordonné. Je renvoie aux auteurs cités pour des exemples et une discussion détaillée.

41L’hypothèse formulée dans la discussion pour rendre compte de la réallocation du cas dans les relatives implique qu’un verbe est capable d’assigner / légitimer un cas accusatif si et seulement s'il a une relation locale avec le syntagme pertinent. Cette hypothèse a des conséquences au-delà du domaine examiné, notamment dans le domaine de la syntaxe des structures non-finies comme celles illustrées en (24) :

24.a. I have found him to be morose.
24.b. I suspect him to be a liar.
24.c. Amber believes her to be intelligent.
24.d. I have wanted her to finish that chapter.
24.e. Jane proved him to be a werewolf.
24.f. I believed him to be interested in ending the war.

42Dans la tradition générative (Haegeman et Guéron, 1999, chapitre 1), il a souvent été proposé que les syntagmes nominaux soulignés en (24) ont une relation de sujet avec la proposition enchâssée. Toutefois, il est évident que les syntagmes pertinents sont associés avec un cas accusatif, qui n’est pas disponible dans la complétive infinitivale en tant que telle, mais dont la source est le verbe transitif qui régit la complétive. La dépendance du cas accusatif du verbe est mise en évidence par les données en (25) où la séparation du verbe et de groupe nominal par un ajout rend la structure agrammaticale :

25.a. *I have found recently him to be morose.
25.b. *I suspect strongly him to be a liar.
25.c. *Amber believes sincerely her to be intelligent.
25.d. *I have wanted for a long time her to finish that chapter.
25.e. *Jane proved fortunately him to be a werewolf.

43La dépendance entre le verbe transitif actif et le syntagme nominal pertinent est aussi démontrée par (26), où la passivisation du verbe qui régit la complétive et qui bloque l’assignation du cas accusatif rend les structures aussi inacceptables :

26.a.*It was found him to be morose.
26.b. *It was suspected him to be a liar.
26.c. *It was believed her to be intelligent.
26.d *It was proved him to be a werewolf.

44Dans une analyse classique, il est proposé que le verbe transitif qui régit la complétive cautionne exceptionnellement le cas (accusatif) du sujet enchâssé (cf. Haegeman et Guéron 1999, chapitre 1).

Image10

45Toutefois, si le cas accusatif doit être assigné dans le contexte d’une relation locale entre le verbe et le syntagme pertinent, l’analyse ci-dessus doit être revue. L’implication de l’hypothèse émise ci-dessus est que le syntagme nominal sujet de la proposition enchâssée doit avoir une relation locale avec le verbe super-ordonné. Ceci impliquera que le sujet enchâssé en fait devrait se déplacer dans le territoire du verbe super-ordonné, impliquant un retour à l’analyse de 'subject to object raising' proposée par Postal (1974). Les conséquences de cette approche sont discutées en détail par Johnson entre autres (1991).

46Un appui empirique pour l’analyse de ‘subject to object raising’ est fourni par les exemples en (28), où le sujet de la proposition infinitivale est séparé de son prédicat par un ajout qui modifie le verbe super-ordonné. Le syntagme nominal devient, dans une certaine mesure, un objet dans la proposition superordonnée :

28.a. I have found Bob recently to be morose.
28.b. I suspect him strongly to be a liar.
28.c. Amber believes Becky sincerely to be intelligent.
28.d. I have wanted Mary for a long time to finish that chapter.
28.e. Jane proved Bob unfortunately to be a werewolf.
28.f. I believed Nixon incorrectly to be interested in ending the war. (exemples Postal 1974)

47Dans la contribution, j'ai discuté la réallocation de cas dans les exemples en (1.a), (1.b), repris ici en (29) :

29.a. That is the man whom we thought was not coming. (Quirk et al 1985: 1299, note [a]
29.b.The Ambassador, whom we hope will arrive at 10.a.m.,.... (Quirk et al 1985: 368, note [a]

48Il est proposé que le cas accusatif dépend toujours d'une relation étroite entre un verbe ou une préposition et un syntagme nominal. En (29) une telle relation locale entre le verbe et le sujet de la complétive finie n'existe pas si le sujet de la complétive reste dans sa position canonique, mais elle est créée par le biais du déplacement du pronom relatif. L'hypothèse implique que le pronom déplacé entre dans le domaine du verbe qui régit la complétive.

49Comme je l'ai signalé, le verbe dont dépend la réallocation de cas est un verbe actif transitif. Toutefois, les données ne sont pas tout à fait claires. J'ai déjà soulevé l'exemple (1.i), (8.i), repris partiellement ici :

30.a. Traynor (whom she spookily insisted be an on-set observer …)

50Cet exemple pose des problèmes pour mon analyse puisque insist n'est normalement pas capable de cautionner un cas accusatif d’un complément nominal.

30.b. *I insist this/ this point.
Une possibilité est que le contraste en (30) puisse être comparé à celui en (31), discuté dans la section III.1. :
31.a. John, who(m) I assure you to be the best, (Kayne 1984:5)
31.b. *I assure you John to be the best

51Je signale que le complément d'insist est au mode subjonctif, mode qui signale une cohésion plus étroite entre la complétive et la proposition superordonnée. Des exemples comme 30.a sont peu attestés. J'espère les reconsidérer dans l'avenir.

52Kayne et Pollock (1999) offrent les jugements suivants :

33.a. The person whom I think is intelligent (leur (73))
33.b. *The person whom it is obvious is intelligent (leur (74))
33.c. (?) the person whom I am sure is intelligent (leur (ii), note 30)

53L'acceptabilité relative de (33.c )est surprenante puisque un adjectif n'est pas censé cautionner un cas en anglais, ce qui est confirmé par (33.d) (Kayne et Pollock 1999: (iii), note 30) :

33.d. *I am sure John to be intelligent.

54Kayne et Pollock suggèrent que le contraste entre (33.c) et (33.d) pourrait être ramené à celui en (32) ci-dessus. Cette question mérite certainement une étude plus poussée.

55Une autre problématique est d'ordre plus général. En admettant l'analyse proposée ci-dessus et les implications qu'elle entraîne pour l'analyse des constructions infinitivales, les définitions des notions 'sujet' et 'objet' devront être repensées. Tout comme un 'objet' peut devenir un 'sujet' dans le cas d'une structure passive (Object to Subject Raising), nous avons vu qu'un sujet peut acquérir les propriétés de l'objet. Une étude systématique des positions argumentales serait nécessaire pour déterminer la nature des fonctions grammaticales et le rôle que ces termes peuvent encore jouer dans le cadre générativiste. Pour une excellente étude du statut du sujet dans ce cadre, je renvoie à McCloskey (1997).

Notes de bas de page numériques

1 Il n'est pas évident que la relation locale entre think et le pronom relatif ait des effets interprétatifs. On pourrait penser qu'interprétativement ce type de phrase s'approche de l’exemple (i):
(i) The most enticing contributions came from Rantzen, the woman of whom it might justly be said that she simply cares too much. (Guardian, 9.11.1999, page 8. col 1).

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Pour citer cet article

Liliane Haegeman, « Extraction du sujet, réallocation de cas et localité », paru dans Cycnos, Volume 17 n° Spécial, mis en ligne le 22 septembre 2008, URL : http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=1694.


Auteurs

Liliane Haegeman

Université Charles de Gaulle - Lille III