Cycnos | Volume 18 n°1 Le théâtre britannique au tournant du millénaire - 

Geneviève Chevallier  : 

Introduction

Texte intégral

1Ce troisième numéro de Cycnos consacré au théâtre ne saurait constituer un état complet de la scène britannique au tournant du troisième millénaire. Les articles publiés ici traitent cependant des auteurs parmi les plus représentatifs du théâtre de ces dernières années, et leurs noms ne sauront que mieux en évoquer d’autres au lecteur, par les réflexions que ces présentations suscitent. Ce sont tout d’abord des auteurs pris individuellement qui sont étudiés, soit à travers une pièce soit pour l’ensemble de leur œuvre. Afin de mieux élargir la scène, une deuxième série d’articles met en parallèle plusieurs auteurs et souligne l’influence profonde du contexte politique, économique et social. Ces voix dénotent les apports extérieurs à une scène londonienne qui fait office de référence. Tous les articles réunis ici évoquent la même inquiétude des dramaturges face à la société contemporaine, les mêmes interrogations sur la place de l’individu dans une société dont la cohésion est en question.

2Les deux premiers articles, consacrés à Pinter, montrent autant ce que son théâtre doit à l’histoire et à la mémoire que son ancrage profond dans la violence du présent. L’article de Katherine Burkman qui ouvre ce numéro introduit au Pinter le plus contemporain, avec sa toute dernière pièce, Celebration, au titre chargé de sens à l’heure où la pièce est représentée. Cet anniversaire suggère avant tout une réflexion sur le désespoir profond d’un présent en mal d’Histoire. L’article d’Hanna Scolnicov qui suit s’intéresse à une pièce à peine plus ancienne, Ashes to Ashes, dans laquelle ce sont encore les liens de l’Histoire qui sont en cause, à travers une interrogation sur le travail de mémoire.

3De même, l’analyse en parallèle d’Arcadia et Travesties, de Tom Stoppard par Valérie Francoite-Chabin témoigne des violences faites au temps et à l’espace. À vingt ans d’intervalle, on saisit l’avancée du processus de dislocation qui semble marquer tout le théâtre contemporain.

4Le nom de Sarah Kane est cité plusieurs fois et cet auteur fait l’objet spécifique de deux articles. Rappelons que ses pièces font en cette année 2001 l’affiche de plusieurs théâtres tant londoniens que parisiens, et qu’elle est une figure marquante et sans doute très représentative du théâtre de cette fin de millénaire. Ruby Cohn relit ses pièces pour en mettre à jour les lignes de force, notant l’utilisation de la violence comme principe des trois premières tandis que les deux dernières sont structurées par la langue. Agathe Torti-Alcayaga s’attache davantage à montrer le processus de fragmentation et de décomposition auquel sont soumis les personnages et le langage.

5On retrouve cette même violence dans le théâtre de Howard Barker, que Michel Morel présente, illustrant l’appellation de théâtre de la catastrophe par une analyse des Possibilities, cet ensemble de courtes pièces ou fragments “amoraux”.

6Nicole Vigouroux-Frey montre ensuite Caryl Churchill comme une figure “exemplaire” d’un théâtre féminin engagé, avec l’exemple de Far Away. C’est aussi d’engagement qu’il est question dans l’œuvre de Tony Harrison, avec un article de Steve Padley, qui étudie comment le dramaturge s’approprie le théâtre antique pour aborder les problèmes politiques et sociaux contemporains.

7L’article de Steve Price sur Martin McDonagh clôt cette première série de travaux consacrés à des voix individuelles. C’est la voix la plus jeune de ce panel, représentative de la dernière génération de dramaturges, grandis dans un monde élargi de nouvelles technologies qui informent différemment l’écriture dramatique, au risque de nouveaux stéréotypes.

8Il était important de présenter la scène dans la diversité correspondant à un espace anglophone lui-même multiple. Ainsi, Susan Blattès ouvre le débat singulier en analysant comment les transformations de la société britannique contemporaine trouvent un écho dans les œuvres de nouveaux dramaturges comme Jim Crater, Judy Upton, Sarah Kane et David Greig. Mais des identités géopolitiques différentes donnent lieu à des écritures propres, et les voix écossaises (de David Greig, en particulier) et irlandaises (de Gary Mitchell et Marie Jones) présentées dans les articles de Jean Pierre Simard et de Martine Pelletier suggèrent l’influence de contextes économique, politique et social spécifiques, tandis que celui d’Anne Fuchs, consacré au théâtre asiatique à Londres, montre les apports du multiculturalisme à la scène britannique.

Pour citer cet article

Geneviève Chevallier, « Introduction », paru dans Cycnos, Volume 18 n°1, mis en ligne le 16 juillet 2008, URL : http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=1661.


Auteurs

Geneviève Chevallier