Cycnos | Volume 17 n° Spécial Journées Charles V sur les propositions relatives et l'aspect "be+ing" - 

Ronald Flintham  : 

Introduction

Texte intégral

1En proposant ces journées de recherche sur les deux questions qui sont cette année au programme de l’option C de l’agrégation d’anglais, notre but est d'affirmer, dans le cadre du  nouveau format du concours, le lien entre la préparation de l'option linguistique et la recherche ; nous espérons, en créant ce lieu d'échange, susciter chez les futurs agrégés option C des vocations qui se concrétiseront dans des thèses. Si cela est le cas, nous aurons plus de candidats aux postes de maître de conférences, parfois laissés vacants actuellement faute de linguistes qualifiés.

2Les “propositions relatives” ont fait l'objet d'une première rencontre à l'Institut d'anglais Charles V, Université Denis Diderot-Paris VII, le 22 Octobre 1999. La seconde sur "Be + ing" s'est déroulée dans les mêmes lieux le 21 Janvier dernier. Toutes deux ont connu un franc succès si l'on en juge par le nombre des participants, enseignants et étudiants, venus de Paris comme de province.

3Ces deux réunions se sont voulu le plus ouvertes possible aux différentes théories linguistiques enseignées en France, et cette diversité même des approches et des questions traitées est, à nos yeux,  la preuve du dynamisme actuel de la recherche en linguistique anglaise.

4La proposition relative est un objet d’intérêt autant pour les linguistes que pour les grammairiens prescriptivistes, et cela depuis longtemps. L’exposé théorique classique de l’opposition entre un“qui déterminatif” et un “qui explicatif” date de la Logique ou l’art de penser d’Arnauld et Nicole de 1662. Il est d’ailleurs curieux que ce soit dans ce cadre-là que cette question ait été traitée, et non dans la Grammaire générale et raisonnée du même Arnauld et de Lancelot ; on pourrait y voir les débuts d’une certaine vision “logiciste” qui a, certes, permis de cerner certains phénomènes langagiers incontestables, mais qui, comme beaucoup d’avancées théoriques, a ouvert certaines perspectives, pour en fermer d’autres. C’est ainsi que la nature du lien entre antécédent et proposition relative n’a pu être envisagée pendant des siècles que dans des cadres construits à partir de ce paradigme. Les analyses successives ont cherché à mieux justifier les faits évoqués par la Logique de Port-Royal ou d’y apporter des nuances plutôt que d’en contester les fondements linguistiques. Diverses analyses plus détaillées ont introduit d’autres catégories, telles que la relative “progressive”, qu’illustre Sweet dans sa New English Grammar (1891) par la phrase “I told John, who told his brother and he told his wife” où la relative joue un rôle de continuation de la narration et n’a pas exactement la fonction de “commentaire” de l’énonciateur que l’on trouve dans la plupart des “explicatives”. Les différences terminologiques, ne correspondant pas toujours à un véritable changement de point de vue théorique, ont parfois obscurci la question. Ainsi Poutsma, dans A Grammar of Late Modern English (1929), distingue les “restrictive relative clauses” (qu’il subdivise de manière intéressante en “classifying” et “individualizing”) des “continuative relative clauses” ; il cite Sweet et l’exemple que nous venons de donner, mais Poutsma inclut dans les “continuous relative clauses” des relatives explicatives avec comme antécédent un nom propre et des relatives de phrase (ayant donc tout un segment comme antécédent), et cela sans distinguer clairement ces sous-catégories par des appellations différentes. Néanmoins Poutsma, comme Kruisinga et Erades, montre que le type de relative que Port-Royal appelait “explicative” contient souvent “some adverbial relation of cause”. Les énonciativistes français, notamment S. Gresset, ont proposé une interprétation plus générale de ce phénomène en attribuant à ces propositions la propriété de marquer un point de vue ou un commentaire spécifique de l’énonciateur sur le contenu propositionnel de la principale (ou proposition enchâssante) ; Gérard Mélis examine dans nos pages le rôle de la subjectivité dans ce type de relative. Jespersen, dans ses Notes on Relative Clauses (1926), en choisissant les termes “restrictive” et “non-restrictive” et en réservant le terme “continuative” pour le type que Sweet a qualifié de “progressive”, est plus clair sur ce point que Poutsma. Mais le grand linguiste danois ne s’est pas contenté de reprendre telle quelle la tradition logiciste : il a également introduit les concepts de “loose clauses” et de “close connection”. Il a choisi ce dernier terme notamment pour rendre compte de ce qu’il a appelé les “contact clauses”, sans marqueur relatif explicite (ou, si l'on veut, à relatif zéro).

5On sait quelles discussions ont animé l’attribution d’un statut syntaxique aux relatives “explicatives” dans la théorie générativiste et surtout la difficulté à donner une place dans cette théorie aux “relatives de phrase”, dans la mesure où ce type de proposition semble ne dépendre directement d’aucun élément syntaxique local.

6Le travail de Claude et Nicole Rivière dans notre recueil représente, à la suite des travaux faits pour le numéro 88 de Langage (édité par
C. Fuchs), une mise à plat de la dichotomie, par le moyen, entre autres, d’une sorte d’“expérimentation linguistique” sur des sujets énonciateurs. Les résultats de cette étude permettent de dépasser une vision trop simpliste d’une opposition binaire. L’analyse des relatives déterminatives non-contrastives enrichit la gamme des outils théoriques à notre disposition.

7Le choix terminologique de relatives “attachées” et “détachées” fait par Naomi Malan, Pierre Cotte et Gérard Mélis  est un autre avatar de la remise en cause de la tradition grammaticale logiciste : ce choix permet également d’envisager la question des enjeux formels linguistiques d’une manière à la fois plus complexe et plus révélatrice.

8On pourra également situer dans la même lignée une autre partie du travail de Pierre Cotte. En effet la tradition grammaticale conçoit la phrase complexe comme l’assemblage d’éléments pré-existants. Or, l’étude de la genèse de la forme de surface montre que la détermination de l’antécédent et le contenu de la relative doivent être considérés dans leur relation à l’ordre de construction des éléments, celui-ci jouant un rôle primordial dans la distinction des types de relatives. Cette position mène inéluctablement, dans le travail en question, à une ré-évaluation du statut du relatif lui-même.

9C’est d’ailleurs cette problématique qui attire l’attention de Naomi Malan, qui s’intéresse à la difficile question du choix du relatif. Se fondant sur une analyse de corpus et sur les bases théoriques de la pragmatique, celle-ci examine les conditions du choix de WHICH, THAT et Ø, et cela en relation avec les propriétés de définitude de l’antécédent.

10La contribution de Liliane Haegeman porte sur une des questions les plus curieuses de la grammaire de l’anglais, à savoir l’attribution au relatif, dans certaines conditions, du cas accusatif dans un énoncé du type “That is the man whom we thought was not coming”. Ce type de relative qu’on appelle parfois “pushdown relative” ou “relative imbriquée” pose des problèmes intéressants, abordés ici dans le cadre de la théorie X-barre. Liliane Haegeman situe cette forme par rapport à d’autres exemples d’attribution du cas accusatif en anglais et par rapport à des phénomènes analogues dans d’autres langues.

11Notre propre article étudie quelques éléments des conditions d’occurrence de WHICH et de THAT à la fin du 18e et au début du 19e siècle aux États-Unis et en Angleterre. Il s’agit d’un travail sur corpus, une contribution à l’histoire complexe d’une opposition qui semble de nos jours manifester des différences dialectales.

Pour citer cet article

Ronald Flintham, « Introduction », paru dans Cycnos, Volume 17 n° Spécial, mis en ligne le 15 juillet 2008, URL : http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=1659.


Auteurs

Ronald Flintham

Université de Paris VII