Cycnos | Volume 15 n°2 Irlande - Exils.  

Sophie Ollivier  : 

Le retour posthume de l’exilé

Abstract

The funeral of the Young Irelander T. D. MacManus (10 November 1861) was stage-managed by the founder of the I.R.B. James Stephens who wanted to strengthen his organization. It took place before the rising of 1867 and was a political event. John O’Mahony’s funeral (5 March 1877) took place at a moment when the Fenian movement was highly divided with the issue of the Home Rule. It did not have the same political impact but was more a tribute paid to a man who created the Fenian Brotherhood in America and together with James Stephens made the Irish revolutionary movement a living force. Patrick Pearse’s graveside panegyric on O’Donovan Rossa (1 August 1915) was an open appeal for insurrection.
The funerals created a powerful myth which erased the humiliations of the past failures and built up a romantic nationalism driving to the struggle for independence.

Texte intégral

1La phrase de Denis Dowling Mulcahy : “Il semble que nous accordions plus de valeur aux os d’un patriote mort qu’à son intelligence quand il est en vie1 est le point de départ de notre réflexion sur le retour posthume de l’exilé révolutionnaire dans sa patrie. Quelle est la signification des funérailles grandioses auxquelles ont eu droit Terence Bellew MacManus, John O’Mahony et Jeremiah O’Donovan Rossa ?

2De ces trois exilés T. D. MacManus (1823–1861) est celui dont le rôle dans les mouvements révolutionnaires irlandais a été le moins éclatant. “Un des personnages les plus séduisants de l’histoire de l’Irlande”, selon son biographe T. G. McAllister2, MacManus n’est certes pas une figure de grande envergure. Il est remarquable toutefois que son intense activité dans le domaine des affaires (notamment à Liverpool où il se rend vers 1840 et travaille comme agent expéditionnaire) ne l’ait pas détourné de la politique. Très tôt, il s’était enthousiasmé pour “la cause” irlandaise. Son amitié avec Charles Gavan Duffy, le futur fondateur, avec Thomas Davis et John Blake Dillon, de l’hebdomadaire du mouvement “Young Ireland”, la Nation, ainsi que son expérience de l’orangisme dans le comté de Monaghan “ont semé les germes de la révolte dans son esprit3. Partisan du “Repeal movement” à Liverpool, il est terriblement déçu, lorsqu’il se rend en Irlande le 8 octobre 1843, d’apprendre qu’O’Connell avait annulé la grande manifestation de Clontarf interdite par le gouvernement. Il se tourne alors vers le mouvement “Young Ireland”, dont il rencontre les principaux membres, organise des meetings et des discussions en Angleterre, distribue des armes… et prend part avec William Smith O’Brien à l’escarmouche de Ballingarry, appelée “la bataille du carré de choux de la veuve MacCormack” (30 juillet 1848). Arrêté à Cork le 30 août à bord d’un bateau à destination de Boston, il est emprisonné, jugé, condamné à mort et voit sa peine commuée en déportation à vie en Australie. Il reste à MacManus douze ans à vivre. De Tasmanie il s’enfuit le 11 mars 1851 aux États-Unis. Sa vie à San Francisco du 5 juin 1851 au 15 janvier 1861, date de sa mort, est assez terne. Ses activités commerciales sont un échec, quant à ses activités politiques elles sont quasiment nulles. MacManus n’était pas un Fenian. Il a rejeté la demande de James Stephens, le fondateur de l’I.R.B., d’entrer dans la Fraternité, soit pour des raisons de santé, soit parce que, en tant que catholique fervent, il n’a pas voulu adhérer à une société secrète4.

3Pourquoi donc les Fenians de San Francisco lancent-ils l’idée d’un enterrement en grande pompe en Irlande ? Pour le rôle qu’il avait joué à Ballingarry où il avait fait preuve de sens pratique et d’audace, pour son patriotisme, pour sa fidélité à “la cause” irlandaise ? Smith O’Brien a affirmé que MacManus serait devenu un héros si la lutte avait duré plusieurs mois5. Le Père Fitzgerald, prêtre de la paroisse de Ballingarry, tout à fait opposé à l’insurrection, a dit que celle-ci ne se serait pas terminée aussi vite s’il y avait eu des insurgés aussi audacieux que MacManus6. John Mitchell écrira plus tard : “Ses idées sur l’art de la guerre étaient pratiques, et, s’il avait agi à sa guise, l’insurrection aurait pu atteindre des dimensions respectables7. En présence de la mort (il est condamné à être pendu et écartelé), il fait preuve d’un grand courage. Alors qu’il est aux États-Unis il refuse l’amnistie qui lui est accordée “par un dirigeant étranger”. Mais si sensibles que soient les Fenians aux qualités de MacManus, à “sa foi dans son idéal8, ils sont surtout désireux de promouvoir leur organisation créée en 1858 par John O’Mahony, qui avait pris part à l’insurrection de 1848. On peut dire que les Fenians, aussi bien aux États-Unis qu’en Irlande, sont pour la plupart d’anciens membres du mouvement. Ce n’est pas par hasard si un autre insurgé, Michael Doheny9, voulait que les funérailles de MacManus soient le signal d’une insurrection.

4Le projet des Fenians d’Amérique se heurte à une double opposition en Irlande, celle du clergé et celle de James Stephens, fondateur de l’I.R.B. en 1858. Obéissant, dans sa grande majorité, au rescrit de Pie IX lui interdisant toute activité politique (février 1848), le clergé irlandais n’avait pas soutenu l’insurrection de 1848. L’archevêque de Dublin, Paul Cullen (il deviendra cardinal en 1866), qui avait été recteur du collège irlandais à Rome, avait été très marqué par l’agitation révolutionnaire et la montée du nationalisme italien, suivant en cela l’attitude de l’Église romaine10. Il tenait un révolutionnaire modéré tel que Gavan Duffy pour l’incarnation irlandaise de Mazzini11 et ne pouvait que s’opposer violemment au fenianisme, que condamnera l’encyclique papale du 11 janvier 187012. Par une phrase sybilline : “Prenez garde aux Phéniciens !”, il avait mis en garde l’archevêque Hughes qui avait accepté qu’une messe soit célébrée en l’honneur du défunt à la cathédrale Saint-Patrick de New-York et avait loué MacManus pour son esprit de sacrifice au nom de sa patrie opprimée. À Michael Doheny et à James Roche qui demandent que le corps soit exposé solennellement à la pro-cathédrale, Cullen oppose un refus catégorique13.

5Quelques prêtres irlandais sont favorables à un enterrement religieux, tels le Père Keane de Cloyne et surtout le fameux Père Lavelle qui défie l’archevêque Cullen en prononçant quelques mots au cimetière : “Vous contemplez aujourd’hui dans cette tombe le symbole de la résurrection14.

6Le retour posthume de l’exilé se heurte, dans un premier temps, à l’hostilité de James Stephens et de Thomas Clark Luby pour trois raisons. Ils craignent que la force et le nombre des Fenians ne soient révélés publiquement, que M. Doheny et James Roche n’organisent une insurrection et enfin que les “aspirationnistes”, c’est-à-dire les anciens membres de “Young Ireland”, partisans d’un nationalisme constitutionnel, ne profitent de l’occasion pour enterrer le fenianisme. Puis, dans un second temps, Stephens comprend que son pouvoir est en jeu et décide de prendre la situation en main. Il déjoue les plans de M. Doheny qui voulait amener le cercueil à Slievenamon et provoquer un soulèvement15, refuse le discours du Père Kenyon qui fait partie des “aspirationnistes”, prend le contrôle du Comité d’organisation des funérailles et décide de faire de celles-ci une démonstration politique. Il réussit à écarter A. M. Sullivan, éditeur de la Nation après le départ de Gavan Duffy en Australie. Enfin, Stephens défie la hiérarchie catholique en s’assurant “la coopération d’un prêtre radical16. La dépouille de MacManus arrive à Cork le 31 octobre. L’exposition solennelle a lieu à la chapelle de l’hôpital de la Merci, l’archevêque de Cork l’ayant interdite à la cathédrale. Environ 8000 personnes prennent part à la procession. Le 4 novembre, le cercueil arrive à Dublin et l’exposition solennelle a lieu au “Mechanics’ Institute”. Les funérailles ont lieu le dimanche 10 novembre. Une procession de 40000 personnes environ accompagne le corps au cimetière de Glasnevin sous une pluie fine et serrée. Des cavaliers portant écharpes et brassards noirs maintiennent l’ordre. Les quatre personnes qui portent le cercueil sont des membres de l’I.R.B. et 3000 membres de la “National Brotherhood of St Patrick”, organisation publique servant de couverture à l’I.R.B.17, marchent derrière. L’oraison funèbre, rédigée par Stephens, est prononcée à Glasnevin, à la lumière des flambeaux, par un membre de la délégation de San Francisco, le capitaine Smith.

7Il parle en termes pathétiques et grandiloquents des souffrances endurées par MacManus, de son courage lors de l’insurrection et de sa fuite aux États-Unis, de l’angoisse de l’exilé et de son retour dans la patrie : […] la mère affligée serre son dernier martyr contre son sein. Qui peut contester son droit à reposer ici, honoré et révéré ?18 L’oraison funèbre, ponctuée de questions rhétoriques, est moins un rappel de la vie de MacManus qu’un appel à la lutte. Les funérailles sont présentées comme un test pour les Irlandais. C’est l’occasion pour ces derniers de ne pas douter d’eux-mêmes, d’affirmer leur esprit d’indépendance afin de devenir des martyrs au nom de la cause : “Le Jour désiré ardemment par nos pères et pour lequel ils ont lutté, ils se sont battus et ils ont souffert approche19. Telle est la dernière phrase, dictée par Stephens, que prononce Smith. La grandiose manifestation20 est un énorme succès pour Stephens. Dans les années soixante-dix James O’Connor écrira que ce jour-là “il régnait21 à Dublin, et dans ses Recollections of the I.R.B. J. Denieffe le présentera comme “l’homme le plus radieux de Dublin”, qui avait “mis hors de combat les Sullivans, les Grays […]22. La situation est parfaitement résumée par O’Leary qui, comparant les funérailles de MacManus à celles de Gambetta et de Parnell, déclare à propos de MacManus que ce n’était pas l’homme qui comptait mais “la cause23. Les funérailles constituent “le plus grand triomphe de Stephens”, “le sommet de sa carrière en tant qu’organisateur révolutionnaire24, un moment décisif, avec le déclenchement de la guerre civile américaine, de l’histoire du fenianisme.

8John O’Mahony (1816-1877), qui avait demandé à l’Archevêque Hughes de dire la messe de requiem25 et avait assisté aux funérailles de MacManus, devait connaître le même sort posthume et être enterré à côté de lui. Ses amis, Thomas Clarke Luby et Denis Fowling Mulcahy — tous deux membres de l’I.R.B., arrêtés en 1865, puis libérés en 1871 — le découvrent par hasard, mourant de faim dans un pauvre appartement de New-York et assistent à ses derniers instants. John Savage et quelques autres anciens Fenians ont le temps d’accourir à son chevet. Lorsqu’il meurt le 6 février 1877, un comité est formé pour accompagner le corps en Irlande.

9Le même scénario se reproduit avec le cardinal Cullen. James O’Connor et Thomas Sexton lui ayant demandé le 17 février que le corps soit exposé solennellement dans la pro-cathédrale en insistant sur le fait que l’exposition solennelle avait eu lieu dans l’église Saint-François-Xavier de New-York et qu’O’Mahony était mort en recevant les sacrements de l’église, le cardinal répond, le 21 février, par une longue lettre dans laquelle il écrit qu’il lui est impossible d’accéder à cette demande parce que, ce faisant, il semblerait approuver la conduite publique et religieuse d’O’Mahony ainsi que ses projets relatifs à l’Irlande26.

10Mais une des grandes différences entre les funérailles de MacManus et celles d’O’Mahony est que ces dernières ne constituent pas un événement politique. En 1861, Stephens veut consolider l’organisation révolutionnaire que, aiguillonné par Dofreny et O’Mahony, il avait créée en 1858. En 1877, l’insurrection a eu lieu dix ans auparavant, et elle a connu un échec total. Elle “marque la fin de la vieille conspiration feniane27, et une politique à long terme s’impose. Bien que l’insurrection, après l’exécution d’Allen, Larkin et O’Brien à Manchester (l’Irlande a ses martyrs), ait influencé la politique de Gladstone, bien qu’on comprendra plus tard le rôle du fenianisme qui a été de transmettre aux générations futures “La flamme du Phœnix”, emblème du nationalisme militant, l’I.R.B., tout en restant “la nation clandestine28, est dans une position de faiblesse. Les années qui vont de 1867 à la mort de Parnell en 1891 sont marquées par le mouvement du “Home Rule”, et les méthodes constitutionnelles semblent l’emporter sur les méthodes violentes.

11Les funérailles d’O’Mahony ont été comparées à celles de MacManus29 par leur importance, leur caractère grandiose et parce qu’elles ont attiré des milliers de personnes30. Mais la formule de Desmond Ryan, selon laquelle les funérailles de MacManus “se sont avérées être plus importantes que sa vie31, ne peut s’appliquer à O’Mahony. Denis Dowling Mulcany, dont la phrase prononcée à propos d’O’Mahony commence notre article, a souligné sa grandeur, son intégrité, accusant les Irlandais d’ingratitude à son égard et les rendant responsables de ses échecs, de sa mort ainsi que de l’échec de la cause révolutionnaire. Dans son journal d’Amérique du 7 janvier 1859 Stephens écrit : “O’Mahony, je le déclare formellement, est de loin le premier patriote de la race irlandaise32. Charles J. Kickham, un des hommes les plus importants du premier mouvement fenian, qui défendit O’Mahony contre les attaques lancées en 1862 contre lui par La Nation33, prononce une belle et émouvante oraison funèbre.

12Comme l’avait fait le capitaine Smith pour MacManus, Kickham insiste sur les souffrances endurées par O’Mahony durant ses années d’exil, sur son esprit de sacrifice : il fut “un martyr pour l’Irlande”. Toutefois l’essentiel n’est pas “la cause” — car le but est lointain — mais l’amour de l’Irlande “qui a été sa mère, sa reine, son idole, tout son univers34. Kickham, qui fut un grand ami d’O’Mahony, incite ses compatriotes à honorer la mémoire de leurs morts et souligne la dimension éthique de la mémoire collective, fondement de l’unité nationale. Partisan farouche de la lutte armée, résolument hostile à toute coopération avec le mouvement constitutionnel, il estime que ce dernier n’aurait pu exister sans le fenianisme qui lui-même est inextricablement lié aux mouvements révolutionnaires antérieurs. L’espoir de changement n’a pu rester ancré dans le cœur des Irlandais que grâce à l’action d’hommes tels qu’O’Mahony. Garder vivante sa mémoire est un devoir et un gage d’espoir pour la nation. Le travail de mémoire implique une vision du passé qui se concentre moins sur l’échec ponctuel des insurrections que sur les actions et les souffrances des hommes. C’est par une prière que se termine l’oraison funèbre : “Que Dieu ait l’âme des fidèles et des braves !35.

13John O’Mahony a joué un rôle fondamental dans l’histoire du fenianisme. Issu d’une vieille famille du comté de Cork, connue pour ses exploits et ses prouesses, il fait des études à Cork et à Dublin où il suit des cours de grec, de latin et d’irlandais. D’abord partisan d’O’Connell, il se tourne vers le mouvement “Young Ireland” en 1845. Très beau, athlétique et intrépide, il était, selon Kickham, l’idole des paysans. Comme MacManus, il prend part à l’insurrection de 1848 et, comme lui, aurait voulu continuer la lutte. Sa tête est mise à prix, et il s’enfuit au pays de Galles, puis à Paris où il retrouve Stephens et Doheny. Il vit pauvrement en écrivant et en enseignant l’irlandais aux étudiants du collège irlandais.

14De France, il part ensuite aux États-Unis où il s’installe en janvier 1854. C’est lui qui est à l’origine du fenianisme en Irlande et aux États-Unis où il crée la “Fenian Brotherhood” dont il devient le chef. Ce n’est pas par hasard s’il choisit le mot “fenian”, celui-ci vient de Fianna, milice légendaire de Finn MacCumhaill, héros des récits mythologiques irlandais. O’Mahony était un spécialiste de culture gaélique ; durant la seconde année de son exil il avait fait une traduction remarquable de l’Histoire d’Irlande de Keating36. En donnant ce nom au mouvement qu’il avait créé, il a voulu souligner que ce dernier était lié au passé gaélique et que l’indépendance de l’Irlande devait être conquise par la force armée.

15Le fenianisme américain a connu de graves difficultés. D’une part, il y eut des frictions entre Stephens et O’Mahony, notamment en 1863 lorsque celui-ci, qui avait jusqu’alors plus ou moins accepté la dictature de Stephens, affirme son indépendance au congrès fenian de Chicago. Stephens accusera toujours les Fenians d’Amérique de ne pas lui avoir envoyé assez d’argent. D’autre part, en 1865, le mouvement se scinde en deux : l’aile du sénat dirigée par William R. Roberts prône l’invasion du Canada, celle dirigée par O’Mahony l’intervention armée directe en Irlande. Ces rivalités internes freinent le recrutement des membres et l’aide matérielle que réclament les Irlandais ; d’une certaine façon, elles ont contribué à l’échec de l’insurrection.

16La responsabilité d’O’Mahony a été maintes fois soulignée. John Devoy et Joseph Denieffe ont critiqué son manque de jugement (il n’a jamais voulu croire que “Red Jim” MacDermott était un espion) et ses fautes politiques. Le jugement de Michael Davitt a été très sévère à son égard : “O’Mahony était à la fois un prophète et un chef celtique, un rêveur aux idéaux grandioses et aussi peu qualifié pour être à la tête d’une conspiration secrète que Lamartine pour être le chef d’une révolution française37. Toutefois son œuvre fut un événement historique, et des cendres de son organisation naît une autre organisation “plus formidable, plus durable, le clan na Gael38. Tel est l’homme étrange dont les Irlandais ont honoré la mémoire le 5 mars 1877 : désintéressé, idéaliste, passionné par le passé irlandais tout en se refusant à l’idéaliser et à le prendre pour modèle39, professant des idées, selon sa propre expression “ultra-démocratiques” et prônant l’unité des Irlandais, selon une conception de la nationalité fondée sur la naissance dans le pays, sans distinction d’origine ou de croyance religieuse40.

17Les funérailles de Jeremiah O’Donovan Rossa (1831–1915) constituent un événement politique de première importance. Le faste commémoratif y atteint son point culminant. Il semble que, comme pour MacManus, ce soit moins l’homme qui compte que “la cause”. Le rôle historique d’O’Donovan Rossa ne peut être comparé à celui d’O’Mahony. John Devoy a pu écrire que sa vie était “une quintessence de l’histoire du Fenianisme”, et qu’il était “l’incarnation même de son esprit” par son hostilité à la domination britannique et “sa détermination implacable à s’en débarrasser41.

18Et il est vrai qu’au début du fenianisme O’Donovan Rossa a joué un certain rôle. Il avait créé en 1856 à Skibbereen la “Phœnix Society”, une société à la fois politique et culturelle dont l’absorption dans l’I.R.B. contribua au développement du mouvement fenian. Directeur de l’Irish People, il est arrêté en octobre 1865. C’est alors que, par son attitude à l’égard du juge Keogh qu’il défie en prenant sa propre défense et en parlant huit heures d’affilée, par les souffrances qu’il endure en prison (il devait manger sans se servir de ses mains parce qu’il avait les menottes aux poignets), il devient une figure symbolique de l’idée feniane de résistance à la domination anglaise. L’indignation soulevée par les mesures inhumaines dont il a été l’objet entraîne une campagne d’amnistie, et, grâce à la politique de conciliation prônée par Gladstone, il est libéré avec d’autres prisonniers fenians, dont John Devoy, Luby, O’Leary.

19Quand le groupe d’anciens prisonniers, appelé “Cuba five”, dont il fait partie, arrive à New-York en janvier 1871, il est reçu avec les plus grands honneurs. Les nouveaux venus tentent de lutter contre les dissentions qui déchirent la “Fenian Brotherhood”. Mais la création d’une confédération est un échec. O’Donovan Rossa est le dernier chef de l’organisation feniane (la dix-septième et dernière convention se tient en novembre 1885), qui meurt en 1886. Ses activités durant son exil américain sont surtout marquées par la création d’un “skirmishing fund” destiné à sa campagne terroriste en Angleterre. Avec d’autres Fenians, tels que Lomasney et Millen, il a voulu impressionner l’opinion publique anglaise par des explosions à la Chambre des Communes ou au Palais de Buckingham. John Devoy, qui désapprouvait ses méthodes, disait de lui qu’il était “du genre lunatique”. Opposant les deux hommes, T. Desmond Williams souligne le rôle de premier plan joué par John Devoy dans le “New Departure”, l’édification du “Clan na Gael” ainsi que dans l’insurrection de 1916, et présente O’Donovan Rossa comme un homme vaniteux, avide de pouvoir, mais dépourvu d’un talent de chef, capable de se lancer et de lancer les autres dans de folles aventures, somme toute un homme qui a discrédité la cause feniane et dont l’influence a été “plus négative que positive42.

20Les funérailles d’O’Donovan Rossa s’inscrivent dans le contexte d’une renaissance culturelle et politique. La première, commencée à la fin du siècle avec la création de la G.A.A., de la “Gaelic League” et d’une foule de clubs et de sociétés celtes, n’est pas sans avoir une teinte politique.

21Mais c’est de la commémoration de l’insurrection de 1798 que date véritablement le renouveau du nationalisme irlandais avec l’émergence en 1900 d’une organisation appelée “Cumann na nGaedheal” dont le chef est le Fenian John O’Leary et qui s’unira aux “Dungannon clubs” pour former le parti “Sinn Féin”. Mais des jeunes gens, tels que Bulmer Hobson, Denis McCullough, Séan MacDermott, membres des “Dungannon clubs” qui ont fusionné avec le mouvement d’Arthur Griffith, étaient aussi actifs dans l’I.R.B. qu’ils revivifient. L’organisation prend son élan avec l’arrivée de Tom Clarke qui avait passé quinze ans dans les prisons anglaises pour avoir pris part à des actes terroristes. Il constitue le lien entre l’I.R.B. et le “Clan na Gael” en Amérique où il avait travaillé douze ans avec John Devoy et exerce une très forte influence sur la jeune génération. C’est en août 1914 que le conseil suprême de l’I.R.B. décide que la guerre ne se terminera pas sans une insurrection, utilisant le vieux slogan “England’s difficulty is Ireland’s opportunity”. Trois hommes de l’I.R.B. vont jouer un rôle essentiel lors des funérailles, Tom Clarke, qui accède à la demande de Mme Rossa, Patrick Pearse, membre du conseil suprême de l’I.R.B. et directeur de l’organisation militaire des “Irish Volunteers” après la scission de septembre 1914, Thomas McDonagh, directeur de l’entraînement, qui organise les funérailles.

22L’I.R.B. et les “Irish Volunteers” sont donc omniprésents aux funérailles. Celles-ci sont, comme celles de MacManus, un appel à la lutte armée par le biais d’un hommage rendu à un ancien Fenian. Elles sont à la fois tournées vers le passé et vers un avenir proche. Le passé est le tremplin qui permet de s’élancer vers l’avenir afin de parvenir à l’indépendance. La “Citizen Army”, créée lors des troubles ouvriers de 1913 par James Connolly, partisan d’une insurrection armée, y prend part aussi. C’est l’occasion pour Connolly, qui en janvier 1916 se joindra aux “Irish Volunteers”, de lancer un appel à la lutte et au sacrifice de soi : la manifestation est présentée comme le moment décisif où chaque ouvrier irlandais doit déterminer son attitude à l’égard du pouvoir contre lequel s’est révolté “le héros disparu43. Toutefois l’énorme différence qui sépare ces funérailles de celles de MacManus et d’O’Mahony est la présence de toutes les classes sociales, de toutes les couches de la société, de tous les partis. Elles sont un événement national auquel participe tout Irlandais.

23Sont présents les membres du Parlement, de la “Dublin Corporation”, des dominicains, capucins, bénédictins, des carmélites, des prêtres provenant de divers comtés d’Irlande, ainsi que d’Angleterre (Coventry, Oxford, Newcastle-on-Tyne) et d’Italie, des représentants de tous les comtés, des membres de la G.A.A., de l’A.O.H. (“Ancient Order of Hibernians”), de la “Na fianna Eirann”, de la “Cuman na mBan”, des représentants de diverses corporations d’ouvriers… et des enfants. La cérémonie religieuse avait été interdite pour MacManus et O’Mahony. Cette fois, la dépouille, arrivée le mardi 27 juillet, est exposée solennellement dans la pro-cathédrale. Une procession a lieu autour du catafalque, et chacun pose la main sur le cercueil. La messe de requiem est célébrée le lendemain. Quatre “Irish Volunteers” se tiennent près du cercueil comme “les sentinelles d’un roi mort44. À quatre heures une garde d’honneur composée de membres de la “Citizen Army” et d’“Irish Volunteers” accompagne le corps à la mairie où il sera exposé jusqu’au dimanche 1er août. Le cercueil, tendu du drapeau tricolore vert blanc orange, est couvert par T. Clarke, président du Comité du monument dédié à Wolfe Tone ainsi que du comité des funérailles et l’ami du défunt. Le Père radical M. O’Flanagan prononce à la mairie une oraison dans laquelle il exalte O’Donovan Rossa, “le plus noble des rois non couronnés d’Irlande45, pour son patriotisme qu’il définit comme un amalgame d’amour et de haine. Très habilement, il s’appuie sur l’Acte de contrition dans lequel il est dit qu’on aime Dieu et qu’on hait le péché, pour soutenir que l’amour de la patrie et la haine de l’oppresseur de la patrie sont “des vertus chrétiennes”46, assimilant l’amour de Dieu à celui de l’Irlande et la haine de l’oppresseur à celle du péché. L’exaltation de Rossa débouche donc sur l’exaltation d’une Irlande indépendante dont la spécificité, qui la distingue des autres nations, a été menacée par 700 ans d’oppression mais a pu être maintenue grâce à la lutte d’hommes tels que Rossa. Dans la bouche du Père O’Flanagan l’exil est moins le lieu de la souffrance que la rançon de l’amour de l’Irlande. La fin de l’oraison est un appel à s’unir et à faire des funérailles “le point de départ d’une nouvelle époque dans l’histoire de l’Irlande46.

24100000 personnes accompagnent O’Donovan Rossa au cimetière de Glasnevin. Les “National Volunteers” portant leurs armes marchent au pas, au son d’une musique jouée par l’orchestre de St James. C’est au cimetière qu’a lieu l’événement le plus marquant des funérailles : le panégyrique de Patrick Pearse. Nationaliste mystique, passionné pour la langue irlandaise qu’il avait apprise vers onze ans et fondateur en 1908 de la fameuse école bilingue de Saint-Enda, Pearse avait été choisi non seulement en tant que membre de l’I.R.B. (il était entré dans l’organisation à la fin de 1913) mais aussi pour ses talents exceptionnels d’orateur, qu’il avait déployés lors de la commémoration annuelle de Wolfe Tone deux ans auparavant. Il avait rencontré O’Donovan en Amérique où il était allé collecter des fonds pour son école et où il avait conquis John Devoy. En lui s’amalgament idéalisme, foi chrétienne et foi révolutionnaire : “Je suis assez vieux jeu, écrivait-il en octobre 1913, pour être à la fois catholique et nationaliste47. Bien que son discours contienne, comme celui du Père O’Flanagan, un appel à l’union de tous les Irlandais et à la lutte contre le mal assimilé à l’oppresseur, il en diffère sensiblement. Pearse use d’une rhétorique fondée sur des oppositions sémantiques récurrentes entre mort et vie, amour et haine, des répétitions ternaires de substantifs,” […] les imbéciles, les imbéciles, les imbéciles !”, ou d’adjectifs, par exemple “splendide” appliqué à Rossa, des chiasmes, des anaphores, un rythme et un balancement de phrases propres à capter l’attention. Ce qu’il veut, c’est enflammer son auditoire, lui prouver qu’en luttant pour leur indépendance les Irlandais luttent aussi pour leur identité gaélique, et que ce lien est inextricable : “[…] non pas seulement libre, dit-il en parlant de l’Irlande, mais aussi gaélique ; non pas seulement gaélique mais aussi libre48. Rossa est le “Fenian impénitent” et aussi” le brave et splendide Gaël49. Le retour de l’exil est le moment où triomphe l’ancien rebelle et l’occasion pour les Irlandais de renouveler leurs “vœux de baptême50, c’est-à-dire leur serment de Fenians. La terminologie chrétienne dont se sert Pearse est révélatrice de sa conception révolutionnaire. En fait, l’éloge d’O’Donovan Rossa n’est qu’un prétexte : il s’agit, pour Pearse, d’inciter à une insurrection imminente pour laquelle il est prêt lui-même à donner sa vie, comme son héros préféré Cu Chulainn l’a fait dans les temps anciens.

25Le fameux aphorisme, “La vie naît de la mort, et des tombes des hommes et femmes patriotes naissent des nations vivantes51, résume sous une forme antithétique et paradoxale le mysticisme révolutionnaire de Pearse. La phrase évangélique “Si le grain ne meurt” est transposée dans le domaine politique. Le nom d’O’Donovan Rossa a été immortalisé par le discours inspiré de Pearse.

26La phrase de D.D. Mulcany que nous citions au début de notre article ne s’applique guère à nos trois exilés. Le retour de leurs dépouilles mortelles est l’occasion de revivifier l’I.R.B. et, dans le cas de MacManus et d’O’Donovan Rossa, d’inciter à une insurrection proche. Les commémorations, chères au cœur des Irlandais52, ont eu pour rôle de faire connaître le passé révolutionnaire et de l’inscrire dans la mémoire collective. Elles sont créatrices d’un mythe puissant qui, en quelque sorte, efface les humiliations de l’échec et construit un nationalisme romantique, moteur de la lutte pour l’indépendance. L’étude des trois discours montre l’élaboration progressive d’un mythe constitutif de l’identité d’une nation.

Notes de bas de page numériques

1 Cité par Desmond Ryan, “John Mahony”, dans The Fenian Movement (Cork : The Mercier Press, Moody ed.), p. 74.
2 T. G. McAllister, Terence Bellew McManus 1811 (?) - 1861. A short Biography (Maynooth : Department of Modern History, St Patrick's College), p. 7. Selon ce dernier, MacManus serait né en 1811.
3 Ibid.
4 Ibid., p. 41.
5 Cité par McAllister, ibid., p. 21.
6 Ibid.
7 John Mitchell, Jail Journal (Dublin : Gill and Son, 1921), p. 443.
8 Desmond Ryan, The Fenian Chief (Dublin and Sydney : Gill and Son, 1967), p. 170.
9 Il s'était enfui en France avec James Stephens, puis de là était allé aux États-Unis où il était devenu lieutenant-colonel du fameux 69ème régiment de la Milice de l'état de New-York.
10 En 1854 fut promulgué le Syllabus des Erreurs dans lequel sont condamnés le socialisme, le libéralisme, la franc-maçonnerie et des sociétés secrètes de tous genres.
11 Il avait été recteur de la propagande au moment de la République romaine de Mazzini.
12 “Arrachée” au Vatican (Robert Kee, The Green Flag, volume 2 : The Bold Fenian Men (London : Penguin Books, 1972), p. 18).
13 Une rébellion est justifiée, selon St Thomas d'Aquin, à trois conditions : si un gouvernement tyrannique opprime le pays, si la force est le dernier recours et s'il y a un espoir raisonnable de succès.
14 Freeman's Journal (11 novembre 1861).
15 À la bifurcation de Limerick il demande à la foule présente de s'agenouiller, tête nue, et d'observer une minute de silence.
16 R. Kee, op. cit., p. 18.
17 Elle avait été créée en février 1861 pour devancer le projet de Sullivan, désireux d'établir une organisation permanente.
18 John O'Leary, Recollections of Fenians and Fenianism (London : Downey and Co, 1896), p. 166.
19 Ibid., p. 169.
20 Des délégations de nombreuses villes d'Irlande et d'Angleterre sont présentes. Selon O'Leary qui tient ses renseignements de Luby, témoin de l'événement, il y aurait eu 150000 personnes dans les rues. Les membres de l'I.R.B. portent un ruban blanc, en signe d'espoir.
21 Cité par T. G. McAllister, op. cit., p. 179.
22 Joseph Denieffe, Recollections of the IRB (New-York, 1906), p. 71.
23 J. O’Leary, op. cit, p. 52.
24 The Fenian Movement, op. cit., p. 18.
25 O'Mahony a été accusé par John Rutherford d'avoir voulu mettre les Fenians sous le contrôle de l'Église (John Rutherford, The Fenian Conspiracy (London : C. Kegan Paul, 1877), pp. 187–191). O'Leary, Stephens et Doheny ont violemment critiqué Rutherford pour avoir, selon eux, déformé le fenianisme.
26 Peadar MacSubhne, Paul Cullen and his Contemporaries, vol. III (Naas, 1965), p. 235.
27 The Fenian Movement, op. cit., p. 35.
28 Ibid., p. 37.
29 Ibid., p. 74.
30 Les parlementaires et les prêtres n'ont pas pris part à la manifestation.
31 Desmond Ryan, op. cit., p. 354.
32 The Fenian Movement, op. cit., p. 63.
33 O'Mahony avait été accusé d'être “un maniaque et un assassin moral” (Charles J. Kickham, The Valley near Slievenanom ; a Kickham anthology (Mullinahone : James Maher, 1942), pp. 306–309).
34 Ibid., p. 313.
35 Ibid., p. 314. Au cours d’une réunion du Conseil suprême de l’I.R.B., à la fin de 1876, il avait été demandé à Patrick Egan, John Barry et Joseph Biggar, favorables à la politique du Home Rule, de démissionner du Conseil. Après les funérailles d’O’Mahony une résolution du Conseil, réuni en août 1877, condamnera l’action parlementaire. En conséquence, deux membres (P. Egan et J. Barry) démissionneront et deux autres (J. Biggar et J. O’Conner Power) seront expulsés. Les funérailles d’O’Mahony n’auront pas été une démonstration de force, comme celles de MacManus, mais elles auront permis à l’I.R.B. de faire le point sur la politique à suivre à l’égard du Home Rule.
36 Ce fut un travail long et ardu (700 pages de texte avec de copieuses notes), accompli dans un état de frénésie et d'exaltation poétique et qui se termina par une dépression nerveuse.
37 Cité par Desmond Ryan dans The Fenian Movement, op. cit., p. 68.
38 Ibid., p. 73. Il avait créé le 99ème régiment de la garde nationale de New-York, composé de Fenians.
39 Ibid., pp. 64–65. O'Mahony a exposé ses idées dans sa préface à sa traduction de l'Histoire de l'Irlande ainsi que dans l'Irish People de New York. Selon lui, le système irlandais a affaibli le pays et permis sa conquête par l'Angleterre.
40 Comme Wolfe Tone et Thomas Davis.
41 The Fenian Movement, op. cit., p. 93.
42 Ibid., pp. 92–93.
43 Jeremiah O'Donovan Rossa, Rossa's Recollections (New-York : 1972), pp. 18–19.
44 Ibid., p. 26.
45 Ibid., p. 32.
46 Ibid., p. 34.
47 Francis Stuart L. Lyons, Ireland Since The Famine (Glasgow : Fontana Press), p. 333.
48 Rossa's Recollections, op. cit., p. 36.
49 Op. cit., p. 35. Il faut noter que Rossa avait parlé irlandais dès sa plus tendre enfance.
50 Ibid.
51 Ibid., p. 36.
52 Citons le centenaire de 1798, les commémorations de Wolfe Tone, les funérailles de Charles Kickham en août 1882, de Thomas Ashe en septembre 1917 et de John Devoy en septembre 1928. Ce dernier était venu en septembre 1924 à Dublin où il avait été reçu officiellement avec tous les honneurs. En retournant aux États-Unis il avait dit : “La prochaine fois que je reviendrai, ce sera dans un cercueil, les pieds devant, pour Glasnevin”. (Desmond Ryan, The Phœnix Flame (London, 1937), p. 327).
Cette conception de la commémoration est proche de la conception benjaminienne de la remémoration (Eingedenken). Dans la thèse VI (Thèse sur la philosophie de l’histoire) Walter Benjamin distingue la remémoration du souvenir. Elle a pour fonction d’arracher le passé à l’oubli et au conformisme : “Articuler historiquement le passé ne signifie pas le connaître “tel qu’il a été effectivement”, mais bien plutôt devenir maître d’un souvenir tel qu’il brille à l’instant du péril” (W. Benjamin, L’homme, le langage et la culture (Paris : Denoël, 1971), p. 186). Comme l’écrit un commentateur de W. Benjamin, la remémoration sauve le présent en faisant vivre en lui “les espoirs avortés des générations passées”. (Stéphane Mosès, L’ange de l’histoire (Paris : Seuil, 1992), p. 156).

Pour citer cet article

Sophie Ollivier, « Le retour posthume de l’exilé », paru dans Cycnos, Volume 15 n°2, mis en ligne le 09 juillet 2008, URL : http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=1557.


Auteurs

Sophie Ollivier

University College, Dublin.
M. A. (anglais), agrégée, docteur d’état (russe) a été maître de conférences à l’université de Clermont 2, puis professeur de littérature slave à l’université de Bordeaux 3. Elle enseigne actuellement la littérature française à Dublin. Ses recherches concernent la littérature russe (Dostoïevski, Mandelstam, Paoustovski…) et l’histoire irlandaise (sociétés agraires, Fenians).