Cycnos | Volume 15 n°2 Irlande - Exils.  

Pierre Joannon  : 

Theobald Wolfe Tone à Paris : conspirateur exilé ou ambassadeur incognito ?

Abstract

Having met Carnot on the 24th of February 1796, Wolfe Tone wrote in his Journal : “I believe that wiser men, if they would speak the truth, would feel a little elevated in my situation ; hunted from my own country as a traitor, living obscurely in America, as an exile, and received in France, by the Executive Directory, almost as an Ambassador!” In Paris, was the father of Irish nationalism an “ambassador incognito” or a conspirator in exile? His influence on the French government points out to the former, his fate to the latter. This paper attempts to define the status of Wolfe Tone and the nature of his mission at this crucial juncture of Franco-Irish relations.

Texte intégral

1Avant d’être le père fondateur du nationalisme irlandais et cet ambassadeur incognito d’une République à venir que saluaient en lui Padraic Pearse et Sean O’Faolain, Theobald Wolfe Tone fut à Paris un conspirateur exilé partagé entre les affres de la solitude et du dénuement et l’exaltation de l’espérance et de l’ambition. Mais il ne saurait se laisser emprisonner dans cette définition réductrice, l’homme qui tout à la fois se lamentait d’être éloigné de son pays et de sa famille, et laissait éclater sa joie à découvrir un pays et un peuple selon son cœur.

2Suivons-le dans ce Paris du Directoire dont il nous livre dans son Journal un portrait aussi contrasté que celui de son esprit agité par les pensées les plus diverses et les ambitions les plus contradictoires.

3Wolfe Tone, alias James Smith, citoyen américain, arrive au Havre le 2 février 1796. Une dizaine de jours plus tard, il fait son entrée dans la capitale. Il s’installe provisoirement à l’Hôtel des Étrangers, rue Vivienne. “Magnifique maison mais chère en diable à ce que je prévois” écrit-il1. Le soir, il consomme au “Restaurateur” dans la Maison-Égalité, ex-Palais Royal, un plantureux repas copieusement arrosé de Bourgogne.

4En bon Irlandais, il juge les Français piètres buveurs et s’emporte contre leur abominable habitude de couper leur vin avec de l’eau, “vile détérioration de cette noble liqueur” pour laquelle il confesse un penchant certain.

5Le lendemain de son arrivée, il s’offre un billet pour l’Opéra et assiste à la représentation de L’Offrande à la Liberté, un ballet patriotique qui le met d’excellente humeur. Tone nourrit une véritable passion pour l’opéra et le théâtre. Il ne passe pas un soir qu’il n’aille au spectacle se divertir et oublier sa solitude “de Chartreux”. Son Journal fourmille de détails piquants et instructifs sur les acteurs, les décors, les costumes, les intrigues. “J’écris comme un muscadin lorsqu’il s’agit de théâtre”, avoue-t‑il sans honte. Au reste, il ne lui échappe pas que c’est un excellent poste d’observation pour apprendre à connaître le peuple français dont il raille gentiment l’étonnante sensiblerie : “J’admire la nation qui peut guillotiner soixante personnes par jour durant des mois, hommes, femmes et enfants, et ne peut soutenir la vue d’un spectacle tragique […]. En somme, les Français sont un peuple humain lorsqu’ils ne sont pas pris de folie, et je les aime avec tous leurs défauts, guillotine en tête, mille fois plus que les Anglais”.

6Mais Wolfe Tone a une mission. Il ne l’oublie pas. Le 15 février 1796, il se présente à l’ambassadeur américain, James Monroe, futur président des États-Unis. L’Irlandais et l’Américain communient dans une même ferveur révolutionnaire. Aussitôt, Monroe prend Tone en amitié et s’institue son conseiller.

7Deuxième démarche : le Ministère des Affaires étrangères. Tone est reçu par le Ministre des Relations Extérieures, Delacroix. Sa tenue égaye l’Irlandais : “Le costume du ministre était singulier. J’ai déjà dit qu’il avait l’aspect d’un évêque. Il était vêtu ce jour-là d’une robe de chambre en soie grise, sous laquelle il portait une sorte de casaque en satin avec des bas de soie rose et des rubans écarlates à ses souliers.” Le ministre manifeste beaucoup d’intérêt pour les projets de Wolfe Tone mais, ne comprenant pas l’Anglais, il le renvoie, pour plus de détails à Nicholas Madgett, vieil Irlandais attaché au Ministère des Affaires Etrangères comme chef de bureau de traduction. En réalité, Madgett, qui est un jacobin de la première heure, sert d’intermédiaire entre le gouvernement français et les révolutionnaires irlandais. Il presse Wolfe Tone de rédiger un mémorandum sur la situation en Irlande et sur les chances de succès d’une expédition militaire.

8Tone se met aussitôt au travail. Il voit souvent Madgett. Ce dernier lui confie qu’un émissaire va être prochainement envoyé en Irlande. Ne pourrait-il obtenir des chefs du mouvement révolutionnaire des lettres de créance de Ministre Plénipotentiaire habilitant Tone à conclure avec la République française une alliance offensive et défensive ? Wolfe Tone se déclare flatté mais sceptique : “Lorsqu’un gouvernement sera formé en Irlande, il sera bien temps de parler d’ambassade ; et si alors mon pays m’en juge digne, je serais le plus heureux et le plus fier des hommes si l’on m’offre le poste d’Ambassadeur d’Irlande.” Cette idée le séduit. “Cela me plairait infiniment d’être le premier Ambassadeur d’Irlande ; et si je réussis dans ma présente mission, je crois que j’aurais quelques titres à revendiquer le poste. Paris est une belle ville et une cité si charmante. Si l’Irlande était indépendante, je pourrais passer ici trois années heureuses avec ma famille et surtout avec mon cher amour. J’imagine que P. P. [George Russell] ne verrait aucune objection à séjourner quelques mois de l’année à l’Hôtel d’Irlande. Nous écluserions force bouteilles de Bourgogne diplomatique. Mais assez de châteaux en Espagne.”

9Le 22 février 1796, Theobald Wolfe Tone remet à Nicholas Madgett les deux mémoires qu’il a rédigés à l’intention de Delacroix. Le premier décrit l’état quasi révolutionné de l’Irlande, l’impopularité de l’aristocratie terrienne protestante, minoritaire, inféodée au gouvernement anglais et l’aliénation profonde des dissenters presbytériens et des defenders catholiques qui n’attendent qu’une descente française en Irlande pour se constituer en République indépendante alliée de la France. Il dresse l’inventaire des forces britanniques susceptibles de s’opposer au débarquement d’un corps expéditionnaire et au ralliement des Irlandais. Sur les 30000 hommes dont dispose le gouvernement, il n’y a guère que 12000 soldats de ligne originaires de Grande-Bretagne, le reste étant formé de milices irlandaises noyautées par la Société des Irlandais Unis dont la défection dépend de l’importance du soutien accordé par la France.

10Le second mémoire donne un aperçu des moyens les plus propres à effectuer “une séparation complète entre l’Irlande et l’Angleterre.” Il faut, affirme Wolfe Tone, que la France envoie un général couvert de lauriers à la tête d’un corps expéditionnaire de 20000 hommes, 15000 jetés sur la côte sud au plus près de Dublin, 5000 en Ulster dans les parages de Belfast. En procédant ainsi on éviterait une effusion de sang et on ferait une grande économie d’argent. A défaut, un corps de 5000 hommes disciplinés, aguerris et bien pourvus en artillerie pourrait avoir quelques chances de succès à la condition d’être débarqué dans le nord de l’Irlande, aux portes de Belfast. Dans cette dernière hypothèse, Tone fait observer que les défections dans l’armée et la milice pourraient bien ne pas être aussi importantes que prévues, le risque à prendre outrepassant les limites du raisonnable. Si la France envoie moins de 5000 hommes, c’est le désastre assuré : “Un plus petit nombre, je le crains, ne pourrait se maintenir jusqu’à ce que le peuple se rallie, tandis que le gouvernement d’Irlande n’aurait aucune peine à leur opposer un tel concours de troupes (qui, dans ce cas, j’en ai peur resteraient fidèles) qu’il serait submergé. En découlerait comme conséquence, outre pour la France la perte d’hommes et d’argent, l’asservissement plus complet encore qu’aujourd’hui de l’Irlande au joug de la tyrannie britannique, l’anéantissement total des espérances et de l’ardeur du peuple, et la ruine de toute perspective d’émancipation dans l’avenir, laquelle serait dès lors absolument irréalisable et désespérée.”

11En débarquant en Irlande, les Français devront expliquer leurs intentions, expose Wolfe Tone. Ils devront désavouer toute idée de conquête, proclamer la liberté religieuse, l’abolition de l’aristocratie et la séparation de l’Église et de l’État, garantir la protection et la sécurité des biens et des personnes qui se conduiront en bons citoyens, et inviter le peuple à rejoindre les étendards de la République et à désigner une convention nationale dans le but de constituer un gouvernement qui conclura avec la France une alliance offensive et défensive et un traité de commerce mutuellement avantageux.

12Lors même qu’il reconnaît, dans son premier mémoire, que l’aristocratie foncière, composée de protestants descendant d’Anglais, s’est appropriée les cinq sixièmes des terres “par les moyens les plus injustes, par le pillage et la confiscation au cours de guerres répétées, et par l’application de lois conçues pour dégrader et détruire les catholiques qui sont les indigènes de ce pays”, Wolfe Tone se garde bien de demander une redistribution des terres aux catholiques spoliés. Il veut que les Français se portent garants du respect des propriétés et de la sécurité des personnes pour ne pas effaroucher les protestants au risque de décevoir les catholiques.

13On relève le même souci dans l’organisation politique qu’il appelle de ses vœux. La convention nationale qu’il souhaite voir réunir n’est autre que le Comité Général des Catholiques auquel se joindraient les délégués des Dissenters. Le Comité, a-t‑il indiqué dans son premier mémoire, est composé de ceux d’entre les catholiques “qui possèdent une considérable proportion du commerce […] les marchands hautement respectables et bien informés […] et les quelques rares grands propriétaires qui restent”. Quant aux Dissenters, ce sont les presbytériens qui n’ont pas de grandes propriétés terriennes “mais qui sont impliqués dans le commerce de l’industrie du lin” et qui forment cette “large et respectable partie de la classe moyenne de la communauté”. Parce que les membres du Comité Catholique et les Dissenters “occupent un certain rang dans la société, de par leur situation et leur fortune” il importe que le nombre des Français envoyés en Irlande soit suffisant pour déterminer leur ralliement car ils ont tout à perdre dans l’aventure. Dans le cas contraire, assure Wolfe Tone, il y aura une insurrection, pas une Révolution. Or il ne redoute rien tant qu’un bouleversement de la société qui ne manquerait pas de se traduire par un bain de sang. Lorsque Tone parle d’insurrection, il fait allusion à la révolution sociale, lorsqu’il parle de révolution, c’est à une révolution politique qu’il songe. Il n’a qu’horreur pour la première et n’aspire, pour son pays, qu’à la seconde2.

14Tandis que les mémoires de Tone sont communiqués à Delacroix, Monroe presse son ami de voir un des Directeurs. Carnot semble le plus indiqué, car il parle anglais et possède une grande autorité. Se rendant aux raisons de l’ambassadeur américain, Wolfe Tone prend “tout tremblant” le chemin du Luxembourg, le 24 février 1796. Il obtient une audience particulière de “l’organisateur de la victoire” qui l’écoute avec bienveillance, l’interroge et le recommande au général Clarke, lui-même fils d’Irlandais, et futur ministre de la guerre de Napoléon. Clarke pose des questions précises : ne peut-on compter sur un ralliement de l’aristocratie anglo-irlandaise ? Le clergé catholique ne risque-t‑il pas de mobiliser l’opinion contre les Français ? Balivernes, répond Tone. La révolution en Irlande se fera contre l’aristocratie dont il n’y a rien à attendre. Quant au clergé catholique, il s’est coupé de la masse des fidèles : l’excommunication de la société secrète des Defenders, qui a juré fidélité à la France comme à l’Irlande, est restée sans effet.

15Wolfe Tone donne libre cours à son anticléricalisme. Il exècre les prêtres : “J’ai d’eux la pire opinion qui soit. En Irlande, notamment, ils sont fanatiques et ignorants, esclaves de Rome et bien entendu ennemis de la Révolution française”. L’abaissement du Pape par les armées du Directoire l’a plongé dans une joie indicible. “Je suis particulièrement heureux, a-t‑il écrit dans son Journal, que le vieux prêtre soit mis à contribution à son tour. Pendant des siècles, lui et ses prédécesseurs ont sucé la moelle de l’Europe, mais le jour de la rétribution est enfin arrivé. J’ose espérer qu’il n’en est qu’au début de ses tribulations”. Au général Clarke, Tone déclare sans ambages que l’Irlande aspire à se donner un régime républicain. “Et quant à la religion, ma conviction est que nous devons nous employer à renverser l’Église officielle, sans en ériger une nouvelle, et que nous ne devons pas avoir de religion d’État.”

16Ses emportements contre les privilégiés de l’aristocratie et l’allusion “à cette classe nombreuse et respectable de la population, les non-possédants” dont il serait nécessaire de requérir le soutien en cas de défaillance des possédants, ne doit pas faire illusion. Wolfe Tone ne militait nullement, on l’a vu, en faveur d’un bouleversement social radical. S’il demande à la France d’envoyer un corps de troupe substantiel, c’est précisément pour convaincre les possédants qu’ils ont tout à gagner à prendre la tête du mouvement pour l’indépendance. Et la première chose, dit-il, que devra faire le général français en débarquant sera de proclamer la liberté de conscience et la garantie des propriétés, afin de rallier ceux des presbytériens “qui se sont enrichis par le commerce et les manufactures, principalement celles des toiles” et ceux des catholiques “qui s’adonnent avec succès au commerce en Irlande”. En cela Wolfe Tone est bien de son temps et de son milieu, petit bourgeois acquis aux idées des Lumières, proche de la classe moyenne ulstérienne, si semblable en maints aspects au Tiers État français qui entendait “faire” la Révolution mais pour autant que ce fût à son profit exclusif.

17Corroborés par les opinions d’autres Irlandais avec lesquels le Directoire entretient des relations à l’insu de Tone, les projets formés par ce dernier commencent d’influencer les desseins du gouvernement. Peu à peu s’estompe l’idée d’une “chouannerie” entretenue à peu de frais en Angleterre et en Irlande, et s’impose progressivement le plan ambitieux d’un débarquement de troupes en Irlande. Mais tout cela prend du temps. Le Directoire ne veut pas s’engager à la légère. Wolfe Tone se laisse souvent glisser au découragement. Sans femme et sans amis, il se sent parfois atrocement seul. “Je ne connais pas une âme ; je parle la langue avec d’infinies difficultés ; je passe mon temps dans les tavernes que je déteste ; je rentre chez moi comme l’on regagne une prison, et me couche la nuit comme si je montais à la guillotine”.

18Au surplus ses ressources s’épuisent. Il se lamente, écrit à Carnot que son dénuement est incompatible avec son statut d’“ambassadeur incognito”. Dans son Journal, il note tristement : “Assurément, je suis le plus misérable ambassadeur aujourd’hui en poste à Paris.” Pour renflouer ses finances, Tone demande à Clarke une commission dans l’armée française. Outre l’avantage d’une solde régulière, cette requête a pour but de satisfaire cette envie furieuse de porter l’uniforme qui le taraude depuis l’enfance, tout en lui conférant “la certitude d’être traité en soldat au cas où la fortune de la guerre me livrerait aux mains de l’ennemi”. Reconnaissant ses services, le Directoire le nommera en juillet chef de brigade dans l’infanterie, et lui versera une compensation équivalant à trois mois de solde.

19Entre ses allées et venues au Luxembourg, Wolfe Tone explore la capitale. “Les Tuileries, le Louvre, le Pont Neuf sont superbes. Paris est mille fois plus beau que Londres, mais moins commode pour les piétons”. Il visite le Panthéon en construction qu’il juge inférieur en proportion et en magnificence à Saint-Paul, mais dont il apprécie vivement la destination. “Lorsque nous aurons une République en Irlande nous devrons construire un Panthéon, mais nous ne devrons pas, comme les Français, nous hâter inconsidérément de le peupler.”

20Un ami le conduit à Versailles. Il trouve le château “véritablement magnifique” mais les jardins de Le Nôtre apparaissent à ce tempérament déjà romantique d’une désespérante monotonie et d’un “style détestable”. Il admire les peintures et les plafonds dont les allégories lui font mesurer le degré d’infatuation inimaginable du Roi Soleil.

21Sur le peuple français, Wolfe Tone est prolixe. Son Journal abonde en réflexions amusantes ou pertinentes témoignant d’une sympathie toujours en éveil. “Les hommes sont agréables et les femmes séduisantes […]. Les Françaises viennent bien avant les Anglaises, et de très loin. Elles sont incomparablement bien faites, presque sans exception. Les femmes anglaises ont de beaux visages, mais pour ce qui est de la silhouette et de la toilette, elles n’approchent pas les Françaises. De surcroît, celles-ci ont une démarche si gracieuse et un langage si adapté à la conversation qu’elles semblent toutes avoir de l’esprit”. Mais ces qualités ont leur revers dans la licence extrême du Directoire qui rend les Françaises attirantes comme maîtresses, mais certainement pas comme épouses.

22Les Français, c’est sous l’uniforme qu’il les prise le plus : il assiste quotidiennement à la relève de la garde aux Tuileries. “Je suis de plus en plus enchanté par les soldats français, nonobstant le négligé de leurs manœuvres et de leurs vêtements”, écrit-il. “Ils sont très portés sur les ornements, les fleurs notamment. On voit rarement une sentinelle sans un petit bouquet dans son chapeau ou sur sa poitrine et plus souvent dans le canon de son fusil. J’aime cela, sans savoir pourquoi, mais cela me plaît. Je crois que j’ai un léger parti-pris en faveur des Français, spécialement de l’Armée, qui est la fleur de la nation”. Cette armée galvanisée par l’enthousiasme révolutionnaire doit servir de modèle à l’Irlande, de préférence à l’armée prussienne comprimée par une discipline de fer. “Nous devons remuer ciel et terre pour créer le même esprit d’enthousiasme que je vois ici ; et d’après mes observations du caractère irlandais, qui ressemble tellement au caractère français, je crois cela tout à fait possible”. Comme la France, l’Irlande pourrait faire une formidable nation armée. “Well, all in good time” s’exclame-t-il, optimiste. Il est vrai que le sort des armes est favorable à la République : la campagne d’Italie est une véritable promenade militaire et Wolfe Tone exulte à l’annonce des victoires françaises dont il attend qu’elles précipitent l’inévitable confrontation avec l’Angleterre qui doit nécessairement aboutir, selon lui, à la libération de l’Irlande. Tout ce qui retarde cette confrontation lui est insupportable et provoque sa colère. Témoin le complot communiste de Babeuf contre lequel il réclame la plus extrême sévérité.

23Le Directoire s’étant finalement rallié à ses vues, un courrier extraordinaire, signé de Carnot, Rewbell et Barras a été expédié au général Hoche, commandant de l’Armée des Côtes de l’Océan, le 19 juin 1796 : “Il s’agit, citoyen Général, de rendre un pays généreux et mûr pour une révolution à l’indépendance et à la liberté qu’il appelle”.

24Le 12 juillet, Wolfe Tone confère avec Hoche, Carnot, Clarke, Truguet, le ministre de la Marine, deux ou trois officiers et Lagarde, secrétaire général du Directoire. Après le dîner, l’Irlandais prend congé. Trois heures plus tard, Clarke vient lui confirmer que la cause est entendue. “Ce fut pour moi une mémorable journée. J’avais dîné avec le Président du Directoire, et j’étais fier, en outre, de ce qu’on avait accédé à mes idées”. On est là plus près de l’“ambassadeur incognito” que de l’exilé reclus dans son misérable galetas.

25Une solide amitié se développe entre le “pacificateur” de la Bretagne et le révolutionnaire irlandais que tout rapproche : la jeunesse, la générosité, l’enthousiasme et une haine implacable de l’Angleterre. De profondes qualités humaines aussi. “Hoche pense que la quantité de sang répandu a fait tort aux principes de la liberté et élevé de nouveaux obstacles sur la route de la Révolution française. Car, dit-il, lorsque vous guillotinez un homme vous vous débarrassez d’un individu, c’est vrai, mais vous transformez toute sa famille et ses amis en ennemis du gouvernement. Une sentence à méditer. Je suis heureux de lui découvrir ce tempérament, car je me crois assez humain moi-même, et espère que nous serons en mesure d’éviter les violences inutiles en Irlande”.

26Hoche fait savoir à Wolfe Tone qu’il va solliciter pour lui le grade d’adjudant général, de manière à l’avoir auprès de lui en permanence à l’état-major.

27A partir de la fin juillet 1796, l’impatience de l’Irlandais ne connaît plus de bornes. Il attend son ordre de mission pour rejoindre Hoche à Brest et donner la main aux préparatifs de descente en Irlande. Il endosse son uniforme de chef de brigade et va tous les jours aux nouvelles. Mais l’attente interminable ne prend fin que le 17 septembre 1796.

28À Brest, Hoche et Wolfe Tone doivent affronter les réticences, sinon l’hostilité des cadres de la Marine. Profitant de toutes les diversions possibles et imaginables, les adversaires de l’expédition irlandaise s’ingénient à retarder les préparatifs. Mais Hoche est inflexible. Il demande à partir avec une seule frégate s’il le faut et sa détermination emporte tous les obstacles.

29Le 15 décembre 1796, une armée expéditionnaire de 14450 hommes embarquée sur 42 bâtiments sort de la rade de Brest. Malheureusement, la flotte se disperse au sortir du port. Le vaisseau amiral à bord duquel se trouve Hoche est porté disparu. Bravant la tempête, seize navires viennent jeter l’ancre dans la baie de Bantry, le 23 décembre 1796. Contre l’avis du général Grouchy qui veut débarquer avec les 6400 hommes dont il dispose, le contre-amiral Bouvet donne, en pleine tempête, le signal à la flotte d’appareiller en coupant les amarres. Les éléments déchaînés et la pusillanimité des officiers de la Marine se sont ligués pour ruiner l’exécution du projet de débarquement conçu par Wolfe Tone et ardemment soutenu par Hoche.

30Aussitôt rentré au port, Tone est dépêché à Paris pour contrecarrer les effets de la cabale déclenchée contre Grouchy par le général Chérin. Il arrive dans la capitale le 12 janvier. En l’espace de quarante-huit heures, il est reçu par les Directeurs au grand complet ; par Doulcet, beau-frère de Grouchy, et membre du Conseil des Cinq Cents ; par Lacuée, membre du Conseil des Anciens et ami de Carnot ; par le ministre de la Guerre avec lequel il dîne ; et enfin par Carnot au Luxembourg. À chacun il démontre que l’échec de l’expédition ne saurait être imputé à Grouchy dont l’esprit de décision et la volonté de combattre étaient sans défaut.

31Le 15 décembre, le général Hoche, dont on pensait qu’il avait opéré sa descente en Irlande avec le reste des troupes, débarque à La Rochelle et se rend directement à Paris où le Directoire lui confie le commandement de l’armée de Sambre et Meuse. Wolfe Tone lui envoie un mot pour lui demander d’obtenir du gouvernement sa mise en congé temporaire jusqu’à la reprise éventuelle des projets de débarquement en Irlande. Tone songe en effet à s’établir près de Nanterre avec sa famille qui est arrivée à Hambourg. La santé chancelante de Matilda, sa femme, le préoccupe vivement. Mais Hoche ne l’entend pas de cette oreille. Il n’a pas renoncé à frapper la puissance britannique en son point le plus faible, et Wolfe Tone lui est nécessaire. Il demande au Directoire “sa conservation, motivée sur l’utilité dont il peut être ; qu’on lui fasse une réponse flatteuse, et lui témoigne ma satisfaction de sa conduite”. Quand Wolfe Tone lui rend visite, il déploie des trésors d’éloquence pour le convaincre de ne pas désespérer. “Sans doute la Providence ne nous a-t‑elle pas complètement abandonnés”, écrit Tone dans son Journal.

32Notre exilé qui n’en est plus un, la faveur du gouvernement et du général Hoche l’ayant fait sortir de l’anonymat, s’installe en février à l’hôtel des États-Unis, rue de Tournon. Situation toute provisoire puisque Hoche souhaite le voir attaché à l’armée de Sambre et Meuse avec le grade d’adjudant général “chargé de la correspondance étrangère du général en chef.”

33Ce deuxième séjour est infiniment plus mélancolique que le premier. “Je mène une vie de chien à Paris où je suis plus seul que dans les déserts d’Arabie, écrit-il. Ce soir, je suis malheureux comme une pierre, j’ai échoué dans une taverne où j’écris ces lignes dans un recoin solitaire. Situation pitoyable. Je me demande s’il me sera donné de revoir une seule fois encore ma bien-aimée et mes enfants.”

34Sa situation financière s’améliore, le Directoire s’étant enfin décidé à lui verser son arriéré de solde. Sa réputation est maintenant bien établie : “L’activité et la grande utilité de cet officier ont été attestées par le Bureau des officiers généraux”. Il a ses petites et ses grandes entrées au gouvernement et dans les cercles militaires. En mars, il dîne avec le général Chérin qui le précède à l’armée de Sambre et Meuse. Mais il y a quelque chose de brisé en lui qui l’apparente encore à l’exilé qu’il n’a cessé d’être que pour retomber dans l’accablement et le doute. Il est dévoré d’inquiétude à la pensée des dangers qui menacent sa femme souffrante et ses enfants, à Hambourg. Le ton de son Journal est empreint d’une infinie tristesse. Il n’a même plus le cœur à le tenir régulièrement. Une quinzaine de pages seulement nous éclairent sur ce second séjour parisien. On sent l’homme atteint au plus profond de son être. “I am devoured with the spleen […]”. Le 29 mars 1797, il monte sans enthousiasme dans la diligence qui doit le conduire à Cologne, quartier général de l’armée de Sambre et Meuse.

35En Allemagne, Wolfe Tone retrouve son compatriote Edward Lewins, émissaire des Irlandais-Unis. Les deux hommes ont de fréquents entretiens avec Hoche sur les perspectives d’une nouvelle descente en Irlande. Mais le Directoire, échaudé par l’aventure de Bantry, et préoccupé par les troubles intérieurs, est trop heureux de se décharger du soin de mener à bien l’expédition sur la jeune République Batave dont le général en chef, Daendels, rêve de se couvrir de gloire. Mais les Hollandais ne savent pas tirer parti de l’occasion. Leurs ambitions s’amenuisent à mesure que le temps passe. Un projet de descente en Ecosse et en Irlande est finalement retenu. Wolfe Tone est chargé d’aller le présenter au général Hoche. Il parvient au camp de Wetzlar le 12 septembre. Il y apprend le coup d’état du 18 Fructidor, la destitution et la fuite de Carnot. Plus grave, il trouve le général Hoche dans un état critique. Usé par la maladie et écœuré par l’attitude de Barras qui s’est servi de lui pour intimider le Corps Législatif avant de le désavouer sans vergogne, Hoche s’éteint le 19 septembre 1797. Avec lui disparaît le partisan le plus généreux et le plus désintéressé de l’indépendance irlandaise. Brisé de douleur, Wolfe Tone abandonne l’armée de Sambre et Meuse et, bien inspiré, gagne Paris au lieu de rallier la Hollande : le 11 octobre 1797, à la bataille de Camperdown, la flotte de l’amiral de Winter est en effet taillée en pièces par la marine anglaise.

36A Paris, Wolfe Tone a le bonheur de retrouver sa femme Matilda et ses enfants. Il renoue les fils de la conspiration. Par le général Hédouville qu’il a fréquenté à Rennes et à Brest, il trouve moyen d’exposer ses plans au Directeur La Revellière-Lépeaux, au ministre des Affaires Etrangères Talleyrand, au ministre de la Guerre Scherer et au Général Desaix qui le conduit chez Bonaparte, lequel vient d’être nommé à la tête de l’Armée d’Angleterre. “Il mesure à peu près cinq pieds et six pouces”, note Tone dans son Journal, “il est svelte et bien fait, mais passablement voûté. Il accuse au moins dix ans de plus qu’il n’a en réalité sous l’effet des grandes fatigues qu’il a supportées dans son immortelle campagne d’Italie. Son visage est celui d’un penseur, mais ne porte pas les traces de ce grand enthousiasme et de cette incessante activité par lesquels il s’est considérablement distingué. Il ressemble davantage, à mon avis, à un mathématicien qu’à un général. Il a le regard franc et la bouche ferme. Il parle bas et d’une voix caverneuse”. Deux jours plus tard, Tone revoit Bonaparte à qui il remet ses mémorandums mis à jour, une carte d’Irlande et quelques lettres de Hoche. “Ses manières sont froides”, remarque-t-il, “et il parle très peu. Toutefois, il semble que ce soit moins de la sécheresse, comme chez Hoche, que de la langueur. Il a été néanmoins très courtois envers nous. Pourtant, avec tout ce que nous voyons et savons de lui, il est impossible d’augurer quoi que ce soit, bon ou mauvais. Nous avons rencontré l’homme le plus célèbre d’Europe trois fois, et je suis surpris de voir le peu que j’ai à en dire.”

37Bonaparte devait rapidement se désintéresser de la question irlandaise et tourner ses regards vers la Méditerranée. À Sainte Hélène, il laissera entendre à Las Cases que ce choix n’avait peut-être pas été le bon : “Si au lieu de faire l’expédition d’Egypte, j’eusse fait celle d’Irlande ; si de légers dérangements n’avaient mis obstacle à mon entreprise de Boulogne, que pourrait être l’Angleterre aujourd’hui ? Que serait le continent, le monde politique, etc.3 Mais l’histoire, c’est bien connu, ne repasse pas les plats. L’interrogation de l’empereur captif, et exilé lui aussi, demeurera à jamais sans réponse !

38Le 24 mars 1798, Tone reçoit l’ordre de rejoindre l’état-major de l’armée d’Angleterre à Rouen. Le lendemain, il reçoit son brevet d’adjudant général. Le temps de mettre ses affaires en ordre, il quitte la capitale le 4 avril. Il ne reverra Paris qu’à l’occasion de brèves permissions.

39Le 23 mai 1798, l’insurrection que redoutait Tone et dont il ne voulait à aucun prix éclate en Irlande sans les secours escomptés de la France. Elle est déjouée à Dublin. Dans l’Ulster épuisé par la dictature militaire du général Lake, elle n’enflamme que les comtés d’Antrim et de Down. En revanche, elle se propage dans le sud-est comme une traînée de poudre. C’est surtout à Wexford et dans le Wicklow qu’elle prend des proportions redoutables avant d’être écrasée, le 21 juin 1798, à Vinegar Hill.

40Le Directoire, qui n’a rien fait pour soutenir les insurgés, achève les préparatifs d’une descente en Irlande, analogue dans son principe à celle de 1796, quoique beaucoup plus modeste dans son ampleur. Le 6 août 1798, une petite escadre prend la mer avec un millier d’hommes à son bord, sous le commandement du général Humbert, héritier des desseins de Hoche. Le 22 août, elle mouille près de la pointe de Kilcummin. Humbert débarque avec ses hommes, s’empare de Killala, prend Ballina, et bouscule pour finir les six mille hommes du général Lake à Castlebar. Mais l’aventure est sans espoir. Encerclé à Ballinamuck par trente mille soldats commandés par Lord Cornwallis, Humbert doit capituler le 8 septembre 1798.

41Une semaine plus tard, une expédition de renfort commandée par le général Hardy quitte Brest avec trois mille hommes à son bord, dont Wolfe Tone. Il ne nourrit plus aucun espoir dans les chances de succès de cette ultime descente aussi mal conçue que mal organisée. Sa correspondance trahit le sentiment de l’inéluctable. Il a fait enregistrer par devant notaire ses ultimes volontés et n’a point dissimulé à Matilda qu’il n’avait que peu de chances de la revoir. La seule chose qui lui importe désormais : connaître une fin qui ne soit pas indigne de lui. Accoudé au bastingage du Hoche, il sait que ce retour en Irlande ne peut avoir d’autre issue que la défaite et la mort4. L’“ambassadeur incognito” n’est plus qu’un soldat perdu promis au gibet ou, dans le meilleur des cas, au peloton d’exécution.

42Dans la baie de Donegal la flotille tombe sur l’escadre de Sir John Borlase Warren. La bataille navale qui s’engage le 12 octobre 1798 à 7 heures 45 minutes est sans espoir. À ceux qui le pressent de s’enfuir sur la frégate La Sémillante, Tone réplique sèchement : “Voulez-vous qu’on dise que je prenais la fuite tandis que les Français se battaient pour mon pays ?” Il prend le commandement d’une batterie du vaisseau-amiral.

43À bord du Hoche “la défense de Bompart fut héroïque, et l’on ne vit jamais plus effroyable scène de carnage. La lutte dura plus de quatre heures contre deux vaisseaux et trois frégates ennemies. Les manœuvres furent hachées, les mâts criblés, les vergues brisées, 25 canons démontés, le faux pont encombré de morts et de mourants, la cale pleine d’eau. À trois reprises différentes, les boulets anglais balayèrent les gaillards ; les sabords de la deuxième batterie se rejoignaient çà et là formant d’immenses ouvertures ; la manœuvre du gouvernail devint impossible, par suite de la chute d’un canon, dont la brague rompit. Le brave Maistral, second du Hoche, ayant été blessé à l’épaule, n’en continua pas moins d’animer les marins de son poste qu’il ne voulut pas quitter ; 300 hommes furent tués ou blessés, et enfin le pavillon de la République fut amené à 10 heures 50 minutes5.

44Débarqué à terre en raison du mauvais temps, Wolfe Tone ne cherche pas à dissimuler son identité. Il est arrêté, enchaîné et transféré à Dublin.

45Le 10 novembre 1798, il comparaît devant une cour martiale. Sa fière profession de foi est celle d’un exilé volontaire qui ne cherche aucun adoucissement à son sort. “Je me suis engagé sous le drapeau de la République Française dans l’intention de sauver et de libérer mon pays. Dans ce but, j’ai affronté les dangers de la guerre au milieu d’étrangers. Dans ce but, j’ai bravé les périls de l’océan, que je savais parcouru par les flottes triomphantes de cette puissance, qu’il était de ma gloire et de mon devoir de combattre. J’ai sacrifié tous mes espoirs dans la vie ; j’ai courtisé la misère ; j’ai laissé une femme aimée sans protection et privé des enfants adorés de leur père. Après de tels sacrifices à une cause que j’ai toujours considérée, en conscience, comme la cause de la justice et de la liberté, cela ne me coûte pas, aujourd’hui, d’ajouter le sacrifice de ma vie.” Si la mort ne l’effraie pas, il redoute en revanche l’ignominie du gibet réservé aux traîtres. “En France, nos émigrés qui sont dans la même situation que celle dans laquelle je me trouve devant vous, sont condamnés à être fusillés. Je demande que la Cour me réserve une mort de soldat, et me fasse fusiller par un peloton de grenadiers. Je sollicite cette mesure de faveur, plutôt en considération de l’uniforme que je porte, l’uniforme de chef de brigade de l’armée française, que par égard pour ma personne.”

46Cette prière n’est plus celle d’un étranger exilé : elle est celle d’un Français par le credo partagé et le sang versé qui exige d’être considéré comme un fils de la Révolution et de la Grande Nation qui en porte les espérances. Les juges ne l’entendirent pas de cette oreille. En le condamnant au gibet comme traître à son roi, ils lui restituèrent sa qualité d’exilé.

47Refusant pour lui-même et pour l’uniforme qu’il avait porté avec distinction la corde infâme du bourreau, Wolfe Tone se trancha la gorge dans sa cellule et agonisa toute une semaine avant d’expirer le 19 novembre 1798. Par ce geste qui fut longtemps contesté, il signifiait qu’il n’entendait pas mourir sous la défroque misérable de l’exilé vaincu, mais sous l’uniforme des soldats d’une liberté qui finirait tôt ou tard par échoir à l’Irlande.

48Ainsi périt l’homme, Anglo-Irlandais de naissance et Français d’adoption, qui voulait “unir tout le peuple d’Irlande, abolir le souvenir de toutes les dissensions passées et substituer le nom commun d’Irlandais aux dénominations particulières de protestants, catholiques et dissenters, un rêve qui n’a rien perdu de son actualité malgré les travestissements dont il ne manqua pas de faire l’objet tout au long de ces deux derniers siècles.

Notes de bas de page numériques

1 Toutes les citations de Theobald Wolfe Tone sont extraites du Journal parisien publié dans le volume II de The Life of Theobald Wolfe Tone, edited by his son William Theobald Wolfe Tone (Washington : 1826).
2 Les deux Mémoires de Wolfe Tone sont reproduits dans l’ouvrage précité, pp. 181–204.
3 Las Cases, Le Mémorial de Sainte Hélène (Paris : Garnier, 1948), tome 2, p. 350.
4 Marianne Elliott, Wolfe Tone Prophet of Irish Independence (New Haven and London : Yale University Press, 1989), p. 385.
5 Charles Rouvier, Histoire des marins français sous la République (1789-1803) (Paris : Arthus Bertrand, 1868), p. 379.

Pour citer cet article

Pierre Joannon, « Theobald Wolfe Tone à Paris : conspirateur exilé ou ambassadeur incognito ? », paru dans Cycnos, Volume 15 n°2, mis en ligne le 09 juillet 2008, URL : http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=1556.


Auteurs

Pierre Joannon

Consulat d’Irlande, Antibes.
Pierre Joannon est Consul Général d’Irlande dans le Sud de la France, Président de l’Ireland Fund de France, membre du Directoire de l’Institut du Droit de la Paix et du Développement de l’université de Nice – Sophia-Antipolis. et rédacteur en chef de la revue Études Irlandaises.