Cycnos | Volume 8 Apparences textuelles et réalité linguistique - 

Jean-Louis Vidalenc  : 

Didactique des langues et langue des scientifiques ; la limite de la dichotomie subjectif/objectif

Plan

Texte intégral

1La mise en place des Instituts Universitaires de Formation des Maîtres a apporté de nouveaux éléments au débat autour de l’intersection linguistique/didactique des langues.

2Depuis une bonne vingtaine d’années, des chercheurs issus de différents courants théoriques de la linguistique anglaise1 œuvrent pour faire progresser, chez les futurs enseignants, la connaissance des phénomènes lexicaux et syntaxiques.

3Cette préoccupation recoupe, même si certains clivages institutionnels ont occulté cette convergence, celle des linguistes travaillant avec des étudiants à Bac+4 dans les filières Traduction spécialisée des L.E.A. ou de ceux qui préparent les étudiants de D.E.A. non anglicistes à la lecture de leurs ouvrages spécialisés et à la rédaction d’articles en anglais.

4Les difficultés de compréhension de ces trois populations d’apprenants ont de nombreuses similitudes. La pratique de l’analyse linguistique de textes2 montre d’ailleurs bien que les mêmes problèmes d’aire sémantique des lexies ou de contradiction invariant/effets de sens des marqueurs syntaxiques se retrouvent dans des corpus très différents. Les barrières entre les différentes variétés d’anglais dont on a beaucoup parlé depuis la fin des années soixante, semblent devoir céder sous la pression conjuguée des banques de données terminologiques3 et de la lexicologie revitalisée par Jean Tournier4. En effet les lexies utilisées avec une acception très technique, dans une discipline précise, ne sont pas ambiguës et peuvent être comprises on line avec tout micro-ordinateur ou minitel. Les mots les plus courants, les points de grammaire les plus triviaux en apparence, recèlent des pièges redoutables au niveau bac+4 5.

5Toutefois, une des retombées, qui n’est paradoxale qu’en apparence, des succès des divers courants de la linguistique de l’énonciation a été de figer l’anglais scientifique en tant que corpus d’énoncés "objectifs". La mise en évidence de l’absence de marqueurs associés aux phénomènes énonciatifs les mieux décrits, dans des pages entières photocopiées dans les bibliothèques scientifiques, a permis d’illustrer, a contrario, leur fonctionnement6. En outre, la langue anglaise des chercheurs en physique ou en biologie a fourni un objet d’observation particulièrement utile aux linguistes qui ont été les pionniers en traduction automatique7 dans les années 7O.

6Il est difficile de cerner en quelques lignes, les causes et l’impact de cette assimilation de la langue des scientifiques à l’objectivité. Cela a toutefois servi de point d’appui à de nombreux colloques et tables rondes organisés par des universités scientifiques et à des sociétés savantes comme le GERAS, l’ALLC ou l’ATALA8.

7En didactique de la langue, la dichotomie subjectif/objectif a été une de celles qui ont été particulièrement utilisées . Elle se révèle utile, par exemple, pour inciter les étudiants de première année à aller au delà de clichés sur les "équivalents des défectifs" et introduire l’opposition modal/ non modal. Elle est souvent évoquée pour suggérer aux étudiants d’utiliser soit SHALL soit WILL pour traduire un futur, lorsque le verbe est à la première personne.

8La dichotomie subjectif/ objectif qui a été expliquée en amphithéâtre avec des précautions oratoires multiples pour stimuler la réflexion métalinguistique de l’apprenant, devient en fin de première année, voire à Bac+4, une formule magique brandie devant des examinateurs perplexes. Des études très fouillées, dont on trouvera les références en bibliographie, traitent en détail des modaux ; on se bornera donc, dans cet article, à considérer les limites de cette opposition dans l’explication de WILL et MUST.

9Cette interrogation sur les avatars d’une dichotomie qui rend de grands services en pédagogie quotidienne, nous amènera dans un premier temps à examiner cette question de l’objectivité de la langue des scientifiques. Dans un second, on s’intéressera à la relativité de cette objectivité dans le lexique ; dans un troisième, on étudiera la pertinence de cette opposition autour de trois points de syntaxe.

10Discuter en quelques paragraphes, même en se limitant – si cela était possible ! –  au seul aspect linguistique de la question, de l’objectivité de la science pourrait paraître déraisonnable. On se propose toutefois de montrer que cet examen rapide de la question est susceptible de s’avérer utile en pédagogie de l’anglais.

11En étant très schématique, les énoncés les plus cités dans les colloques, lorsque l’on discute de l’objectivité de la science, sont extraits de la partie compte rendu d’expérience des articles de recherche. Ils sont du type :

The filters were washed at room temperature.
Cells were grown at 25°C.
Target cells were then transferred to culture tubes.
Clone p 442.O4 was used to screen a male genomic library.

12Les deux premiers exemples ont été cités dans une communication de 1987 9, les deux derniers ont été extraits d’un corpus que nous constituons depuis plus de douze années d’analyse linguistique de textes scientifiques. Dans les centaines de milliers de publications inventoriées tous les ans, on pourrait sélectionner de très nombreux énoncés de ce type. Dans un laboratoire x quelque temps avant l’écriture de l’article cité, – d’où l’emploi de + ED – , on a fait subir un processus à un élément de la matière – d’où l’emploi de BE+EN –. Ce mode de fonctionnement du compte rendu expérimental, qui pourrait avoir été spontané au départ, semble avoir été figé par des comités de rédaction et être devenu une rhétorique que beaucoup de chercheurs paraissent avoir intériorisée.

13Du strict point de vue didactique, les revues scientifiques permettent de disposer d’un réservoir inépuisable d’énoncés qui illustrent BE+EN et son corollaire l’effacement de l’agent, la thématisation, la transitivité. On peut aussi prendre appui sur le repérage temporel bien établi par les comptes rendus de laboratoire, en amont d’une explication de +ED.

14On peut noter à ce propos, que l’injonction faite par certains comités de rédaction de ne pas employer HAVE+EN, parce que trop "subjectif" et "non scientifique" corrobore ce souci évoqué plus haut de gommer les marques de la présence de l’énonciateur. Des sociologues de la science, comme Bruno Latour10, ont pu noter que cet effacement du chercheur était vécu comme une éthique par de nombreux scientifiques.

15Cette "objectivité" que l’inconscient culturel collectif évoqué plus haut reconnaît dans la langue des scientifiques ne serait pas contestée à propos d’énoncés comme :

The fingerprints of sickle cell hemoglobin and normal hemoglobin differed in a single peptide.

16où on identifierait le bilan d’expériences effectuées précédemment dans le laboratoire. De même lorsque l’on trouve sous la signature d’un Prix Nobel :

D.N.A is, at bottom, a much less sophisticated molecule than a highly evolved protein and for this reason reveals its secrets more easily.

17la notoriété de l’auteur ( Francis Crick) fait que "l’objectivité" n’est pas mise en doute.

18Cette confiance du lecteur dans le caractère "objectif" de l’énoncé se retrouve bien évidemment dans la lecture de manuels connus, ou lorsque la situation de transmission de connaissances est implicitement admise par le co-énonciateur :

In the Jurassic period, the time unit preceding the Cretaceous and spanning the time from about 21O to 145 million years B.C., there were a number of smaller extinction events, several of which have been used to mark subdivisions of the Jurassic.

19Le segment d’énoncé articulé autour de were ne parait pas plus "objectif" que celui autour de have been used ; au contraire, la présence de subdivisions d’une ère géologique dans des manuels semble plus facilement vérifiable que leur existence.

20La même crédibilité est affectée aux formes définitoires dans des ouvrages reconnus :

A geodesic is the shortest ( or longest path) between two nearby points.

21On pourrait donc multiplier les exemples où des énoncés sont reconnus comme "objectifs" pour des raisons extralinguistiques. L’affaire Darsee, une des affaires de faux en science les plus spectaculaires de ces dernières années n’était pas détectable par des moyens linguistiques. Lorsque la rédaction de Nature a suspecté une équipe française de l’I.N.S.E.R.M. d’avoir truqué ses résultats expérimentaux, ils ont utilisé les services d’un prestidigitateur et non ceux d’un linguiste.

22A ce stade de notre exposé, on peut dire schématiquement qu’il y a eu confusion pour beaucoup – linguistes et non linguistes – entre une crédibilité institutionnelle ou sociologique et le taux de fréquence de certains marqueurs linguistiques. Cette erreur peut se comprendre dans le contexte de l’époque, mais on ne doit pas oublier que celle-ci a eu des aspects positifs. La rhétorique qui aboutit à l’effacement apparent de l’énonciateur fournit au linguiste des énoncés sur lesquels il peut travailler plus facilement que sur des énoncés oraux. Le schématisme apparent d’une croyance naïve dans l’objectivité du chercheur scientifique a rendu bien des services en didactique des langues.

23Dans une publication précédente11, nous avons esquissé des pistes montrant le parti que l’analyse linguistique de textes pouvait tirer de la polémique scientifique. Son existence même va à l’encontre de la vision idyllique, évoquée au paragraphe précédent, que beaucoup de non scientifiques entretiennent à l’égard de la science.

24Lorsque l’on s’intéresse à des énoncés comme :

Both titles of Lumsden and Wilson’s book record unconscious failure.

25ou :

The data in table 1 are very unlikely to be derived from faultless experimental results.

26le sémantisme de failure, la négativation de celui de faultless, rendent transparente l’intention polémique des énonciateurs. Institutionnellement, étant extraits l’un d’un livre, l’autre d’un article bien placés dans les bibliothèques et empruntés plus que la moyenne, ils sont incontestablement des énoncés scientifiques. Il faut cependant faire observer que des chercheurs de statut reconnu ont été mis en cause, et que les énoncés qu’ils seraient susceptibles de livrer à l’examen du linguiste diraient tout aussi "objectivement" le contraire de ce qui a été cité.

27La croyance dans " l’objectivité" de la langue des scientifiques amènerait le linguiste, plus souvent qu’on ne le croit, à gérer des "objectivités" fortement divergentes. Ainsi, à propos d’une des cinquante hypothèses scientifiques expliquant la disparition des dinosaures :

The lead article in the June 6, 1980 issue of Science detailed the iridium story and proposed a large body impact at the end of the Cretaceous as the cause of the extinction of dinosaurs and other animals.

28On trouve dans la revue Paleobiology en 1981 la contribution de trois spécialistes connus de la question, Clemens, Archibald & Hickey :

The extinctions used to mark the end of the Cretaceous were not the product of one great catastrophe.

29Dix ans après, la question de fond n’est toujours pas tranchée, on ne peut donc savoir quel énoncé est plus "objectif" que l’autre.

30Les grandes bibliothèques scientifiques regorgent d’énoncés fortement contradictoires. Cette constatation pourrait n’être qu’anecdotique, en fait on pourrait presque soutenir que les pionniers de la traduction automatique ont rencontré "par accident" des énoncés "objectifs".

31La polémique fait partie intégrante du mode de fonctionnement de la science. Les échanges parfois vifs entre chercheurs d’un laboratoire ou d’une discipline, les joutes oratoires dans les congrès, les affrontements dans les revues et les livres sont inséparables du fonctionnement d’une communauté scientifique.

32Opposer science et objectivité paraît toutefois une mauvaise querelle. La polémique n’est pas toujours détectable sémantiquement par le linguiste, elle fonctionne souvent dans l’implicite ou le feutré. Surtout, en ce qui concerne l’analyse linguistique, on peut observer un continuum entre polémique et non polémique qui complique la tâche du traducteur et du linguiste. Lorsqu’un des grands noms de la biologie américaine écrit à propos d’un grand nom de la biologie anglaise :

Dawkins writes as a strict Darwinian.

33même une analyse fine de la courbe intonative de l’énonciateur énonçant son énoncé dans un couloir de congrès ou l’emploi du détecteur de mensonges ne fournirait probablement pas les dosages réels de polémique et d’"objectivité".

34Cette recherche de l’"objectivité" s’apparente, en pratique, à celle de la pierre philosophale. Dans la première ligne de l’article qui devait déboucher sur l’attribution d’un prix Nobel, Francis Crick écrivait :

We wish to suggest a structure for the salt of desoxyribose nucleic acid.

35La proposition d’un nouveau paradigme implique une rupture, donc l’état maximum de polémique avec les partisans de l’ordre ancien. Que l’histoire des sciences ait tranché, jusqu’à constitution éventuelle d’un nouveau paradigme, n’ajoute ou ne retranche rien – d’un point de vue strictement linguistique – à "l’objectivité" du texte . A ce stade de l’exposé, cette notion semble plus que difficile à gérer.

36Par ailleurs, il se pourrait bien qu’elle ait occulté les possibilités intéressantes que des corpus scientifiques seraient susceptibles d’apporter au linguiste.

37Contrairement à l’idée reçue, ces textes seraient fertiles en énoncés où apparaît la distance entre énoncé virtuel et énoncé réel. Lorsque Francis Crick écrit à propos de Linus Pauling, deux fois prix Nobel :

He is now known to the general public mainly because of his championship of vitamin C.

38Si on sait que d’autres chercheurs parlent de lunatic fringe à propos des livres de Pauling sur l’acide ascorbique, on peut se demander quel est l’énoncé réel. Les talents de styliste de Crick sont trop connus pour que cette ambiguïté et la coexistence de différentes significations possibles n’ait pas été travaillée. Les comptes rendus de lecture, la partie des articles consacrée à la discussion, les interventions orales dans les congrès se révèlent fertiles en énoncés de ce genre.

39Loin de regretter cette perte de l’objectivité mythique, il nous semble que la linguistique a tout à gagner à pouvoir travailler sur des énoncés où l’extralinguistique est bien cerné, où les rapports langagiers entre énonciateurs et co-énonciateurs obéissent à des règles strictes. Le jeu rhétorique – évoqué plus haut à propos de BE+EN – de l’écriture de comptes rendus d’expérience permet en fait à n’importe quel co-énonciateur de reproduire l’expérience et de se mettre à la place de l’énonciateur.

40On assiste à l’émergence d’un énonciateur collectif de la communauté scientifique dans des énoncés comme :

A phenotype that can be caused by a single mutation may also be caused by a specific environment.

41où il y a constat des connaissances acquises et demande que les co-énonciateurs – les étudiants lecteurs du manuel – se l’approprient.

42Cet exemple extrait d’un autre manuel montre que "l’objectivité" est difficilement détectable :

In higher animals, behaviour may take the form of individual suicide to ensure the survival of the species.

43S.J.Gould qui le cite, souligne que ce n’est conforme ni aux observations – les pingouins préfèrent jeter un congénère à la mer pour savoir si un prédateur s’y dissimule – ni à la logique darwinienne. Il note toutefois que les auteurs du manuel partagent l’opinion de Konrad Lorentz.

44On ne se trouve donc pas avec un énonciateur "objectif" et omniscient, on dispose par contre dans les bibliothèques d’énoncés acceptés comme vrais par une collectivité importante, et des moyens de situer le taux de crédibilité des énonciateurs. Pour le linguiste, au delà du gommage des marques de l’énonciation qui reste valable si on laisse de côté cette question de l’objectivité, les corpus scientifiques fournissent donc les moyens de cerner l’interaction entre le linguistique et l’extralinguistique.

45Gérard Delechelle12, en traitant de la cause en linguistique, a mis en évidence la différence de fonctionnement entre celle qui apparaît dans la langue orale ou écrite de tous les jours et celle que l’on peut observer dans la pratique des scientifiques. Cette différence peut être observée dans l’énoncé suivant :

Some insects gain protection from predators by being distateful or toxic or both. Predators learn to avoid such prey.

46Les chercheurs ont identifié les gènes, résultant d’une mutation, qui dans un premier temps ont pour conséquence que l’insecte est empoisonné et dans un second que les oiseaux de proie évitent de le manger. La théorie est validée par l’observation et par l’expérimentation en laboratoire. Elle fait l’objet d’un consensus qui a pour résultat la production d’énoncés convergents et cohérents dans les bibliothèques.

47Les effets de tribune des nombreux colloques sur l’objectivité de la science, évoqués plus haut, ont occulté les services que la langue anglaise des scientifiques peut rendre à la linguistique. Un univers de croyance cohérent de tout ou partie d’une communauté scientifique, des causes et des conséquences bien délimitées, un raisonnement rigoureux, permettent au linguiste d’observer le fonctionnement de nombreux marqueurs dans des conditions où linguistique et extralinguistique sont bien délimités, et où la présence de l’énonciateur peut être bien cernée.

48Les progrès de la lexicologie n’ont pas eu de prise sur la croyance spontanée d’une partie importante de la communauté linguistique dans "l’objectivité" du vocabulaire et plus particulièrement du vocabulaire scientifique.

49Certes, des lexies comme test tube, oxygen, D.N.A., black hole, ne semblent pas devoir être colorées par une subjectivité quelconque. En ce qui concerne black hole, elle est comprise de manière différente dans la langue de tous les jours et dans celle des physiciens. Elle est dans ce cas parfaitement cernée et non ambigüe. Comme il a été noté plus haut, le vocabulaire scientifique présente peu de difficultés en didactique, le gommage des ambiguïtés de la langue naturelle résulte dans l’univocité de la plupart des trois cents mots autour desquels une discipline peut fonctionner.

50Toutefois, il semble qu’il faille là aussi se garder d’un vision trop idyllique des choses. Avant Lavoisier, phlogiston était un terme scientifique accepté, le changement de paradigme scientifique l’ a cantonné dans l’histoire des sciences. Les lexies qui renvoient aux processus techniques, à ce que les chercheurs imposent comme transformation à la matière, subissent une évolution parallèle à celle de la théorie ou de la pratique expérimentale qui les a fait naître. Le verbe test dans une discipline donnée n’inclut pas dans son programme sémantique tel qu’il peut être perçu par un co-énonciateur, l’utilisation des mêmes appareils au début du siècle et maintenant.

51Jean Tournier a, entre autres contributions à la lexicologie, montré la puissance de la métaphore comme outil de création lexicale. Contrairement à ce que la vision naïve de la science pourrait faire croire, elle intervient dans la genèse du vocabulaire scientifique. Les chercheurs ne limitent pas leur créativité en ce domaine au réemploi de racines grecques ou latines. Home devient en biologie un tout petit point visible uniquement au microscope électronique, fitness un concept clef en biologie des populations, niche un terme technique d’écologie.

52En biologie animale, on remarque même une double métaphore intéressante, hawk et dove sont en effet utilisés de manière générique, pour décrire le comportement d’animaux qui ne ressemblent en rien à un faucon où à une colombe. Il y a transfert au second degré, sur la métaphore d’origine zoologique appliquée dans un premier temps, aux responsables du Pentagone et aux Sénateurs de Washington. Cette métaphore en revenant en biologie animale, s’intègre d’ailleurs bien au concept darwinien de survival of the fittest, un comportement de type dove pouvant garantir la survie dans certaines communautés animales.

53On peut aussi observer l’insertion de sèmes parasites qui ne sont pas toujours immédiatement décelables par un apprenti traducteur. La lexie panda pourrait être considérée comme univoque, elle est en fait affectée d’un sème positif affectif, dans le grand public. Que ce soit l’aspect sympathique de la peluche du W.W.F. où la prise de conscience des risques d’extinction de l’espèce, l’énonciation de la lexie panda se voit affectée d’un contour intonatif qui révèle la prise de position favorable de l’énonciateur à l’égard du symbole. La valeur sentimentale semble d’ailleurs tellement présente que cela pourrait bien avoir suscité en retour un certain énervement chez les zoologues. On devrait alors s’interroger sur la présence d’un sème parasite (vulgarisation non contrôlée + sentimentalisme irrationnel).

54On notera à ce sujet la tendance récente chez les romanciers anglais contemporains à intégrer de la vulgarisation scientifique à la littérature. L’exemple d’Iris Murdoch ou d’Oliver Boyd dans Brazzaville Beach est susceptible de multiplier les transferts lexicaux de la science vers la littérature.

55Comme évoqué plus haut en 2, le mode de fonctionnement de la langue des scientifiques fournit des repères intéressants pour le linguiste. Les bibliothèques, les revues et les débats, permettent de savoir que sous la lexie morphological break, qui peut paraître tout à fait transparente, se dissimule un présupposé théorique, celui qui veut que l’évolution des espèces soit un processus continu. On ne peut observer de consensus entre les différents courants qui se réclament de la biologie darwinienne.

56Les chercheurs qui considèrent que des bonds qualitatifs ont permis, alors qu’une espèce paraissait relativement stabilisée, à de nouvelles espèces d’apparaître par mutation génétique, utilisent le concept de punctuated equilibria (Eldredge & Gould 1972.). On peut donc disposer de la photocopie du premier article scientifique où le mot est apparu. Le processus se complique parfois lorsque, comme le précise Gould lui même dans An Urchin in the Storm, il faut trois photocopies d’articles pour cerner le sémantisme de coadaptation (Dobzhansky 1948, Mayr 1963 et Wallace 1968).

57La lexie niche évoquée plus haut, au delà du processus d’emprunt, si elle n’exige pas trois sources complémentaires demande de prendre en compte deux dimensions, une géographique liée à l’habitat de l’espèce et une fonctionnelle correspondant à ses activités (Hutchinson 1947).

58Comme dans la langue qui n’est pas exclusivement celle des scientifiques, une part d’arbitraire intervient dans le succès ou l’échec d’un mot. Malgré toute sa notoriété d’enseignant à Harvard, Gould ne semble pas avoir réussi à imposer le mot exaptation qui selon lui permettrait de lever l’ambiguïté entre les sèmes statiques et dynamiques d’adaptation (1982).

59On peut aussi observer que des concepts fortement mathématisés comme l’ESS (abréviation de evolutionarily stable strategy) sont devenus indispensables en génétique. Il sera intéressant d’observer, d’ici quelque temps, si ces concepts définis par des équations conservent leur univocité et leur sémantisme d’origine. Pourrait-on là aussi observer, comme dans les néologismes en langue naturelle, des glissements métaphoriques, des gains ou des pertes de sèmes.

60Les institutions extérieures à la science jouent aussi un rôle dans la création du langage scientifique. En français, la création du mot ordinateur, résulte d’une décision du général De Gaulle. Si conservation biology est devenue une discipline autonome, à la fin des années 60, cela résulte, en premier lieu, du consensus entre une cinquantaine d’universitaires issus de champs différents qui ont décidé de se reconnaître sous ce vocable. Les responsables politiques ont aussi joué leur rôle en accordant un financement spécifique à cette nouvelle discipline. La combinaison de la volonté des chercheurs et de la compréhension d’élus, répercutant les préoccupations de leurs électeurs a abouti à la diffusion d’un champs lexical nouveau. On ne peut toutefois soutenir que ces différentes interventions humaines relevaient de l’"objectivité". Ce sont plusieurs "subjectivités" qui ont débouché sur des nouveaux cursus.

61Cette question de " l’objectivité" s’avère donc plus complexe qu’on pouvait s’y attendre. La contribution de savants reconnus à l’enrichissement du lexique, montre bien qu’une intervention humaine subjective s’avère nécessaire à un moment pour déclencher le processus. Que l’appropriation de la nouvelle lexie par une communauté donnée dépende de la rigueur théorique et expérimentale du chercheur qui le premier a fait la proposition, souligne encore ce facteur humain. Que la collectivité – que ce soit la communauté scientifique ou un ensemble plus large – et son univers de croyance collectif décide de la survie d’une lexie dans les dictionnaires, gomme certes les effets pervers d’une subjectivité, mais ne garantit nullement l’objectivité.

62Là encore, le linguiste trouve vraisemblablement plus d’objets d’études méritant son attention dans la langue des scientifiques telle qu’elle est, que dans le mythe que certaines vulgarisations ont construit. On peut pister dans les grandes bibliothèques scientifiques, la naissance d’une lexie, récupérer la photocopie de sa première apparition, suivre la manière dont elle a été acceptée ou déformée, mesurer son taux de fréquence, évaluer les sèmes parasites éventuels, etc. On dispose d’un outil de comparaison qui devrait rendre des services importants à la lexicologie.

63L’enseignement de la grammaire anglaise, si on prend en compte ce que disent les étudiants à Bac + 4 ici ou là, semble, comme il a été dit dans l’introduction, faire largement appel à la dichotomie subjectif/objectif. L’utilisation de cette marque présente des avantages incontestables en didactique, elle est immédiatement compréhensible par la grande majorité des étudiants et elle a été justifiée théoriquement par divers courants de la linguistique de l’énonciation. Ce n’est d’ailleurs pas la seule explication proposée d’un phénomène linguistique qui ait subi une certaine usure, ou qui ait été déformée par le schématisme à l’emporte-pièce de certains étudiants.

64Cette dichotomie est souvent mise à contribution pour expliquer les différences d’emploi de HAVE TO et MUST. MUST modal est considéré comme subjectif, have to non modal comme objectif. Henri Adamczewski et ses disciples ont toutefois introduit une nuance, qui désarçonne les étudiants les moins attentifs, en analysant TO en terme de verbe modal. Faute de place, on ne développera pas cet aspect de la question, on se bornera ici à une discussion de la limite de la subjectivité dans les énoncés comportant le modal MUST.

65Si aucune mesure précise n’a été effectuée de la fréquence relative de MUST et HAVE TO sur des corpus de grande ampleur, les enseignants qui travaillent sur différentes variétés de textes scientifiques savent bien qu’il faut un temps bien plus long pour trouver des exemples de HAVE TO que de MUST. Il est pratiquement absent de certains livres et articles. MUST, comme tous les modaux, est peu présent dans la partie expérimentale des articles, mais se trouve dans les introductions, discussions, commentaires et conclusions.

66L’énoncé suivant est un des exemples où la dichotomie fonctionne de manière satisfaisante :

In the case of a chemical molecule, there must be interactions of some sort if the molecule has to take a particular configuration.

67La présence de l’énonciateur s’avère manifeste dans le MUST et moins marquée dans le HAVE TO. De nombreux autres exemples confirment la validité de la dichotomie mais la différence importante de la distribution de HAVE TO et MUST pose problème. L’"objectivité" que l’on semble exiger du discours scientifique devrait avoir pour corollaire une fréquence bien plus grande de la forme, qu’un certain consensus décrit comme plus objective.

68Les statistiques ne sont pas les seuls éléments qui nous amènent à suggérer une présentation nuancée de la dichotomie subjectif/objectif. Après avoir relativisé l"‘objectivité" en 2 et 3 de cet article, c’est peut-être la subjectivité qui doit être modulée, lorsque l’on aborde la syntaxe.

69Dans l’exemple suivant qui appartient à l’histoire des sciences, le grand biologiste anglais Haldane répond à une question sur l’existence de Dieu :

I’m not really sure, except that he must be inordinately fond of beetles.

70MUST peut être compris comme renvoyant à une opinion personnelle, mais sa force de conviction repose plus sur l’énonciateur collectif possible que sur l’argument d’autorité. Haldane fait allusion au grand nombre d’espèces d’insectes répertoriées par les spécialistes, mais toute la communauté des biologistes et une partie significative du public cultivé est consciente de la répartition des espèces dans la nature et serait susceptible de s’approprier l’énoncé. En outre, la vulgarisation a largement fait état du fait que les insectes, vraisemblablement après quelques mutations, seraient les seules espèces à survivre à un désastre nucléaire.

71La dialectique implicite énonciateur/coénonciateur semble limiter considérablement la subjectivité de MUST dans des énoncés qui peuvent être considérés comme définitoires :

Species cannot be fixed. They must indeed be labile.

72Dans cet exemple, on peut soutenir que le modal a une fonction "pédagogique" et que la collectivité des chercheurs fait le point sur l’état actuel des connaissances. La subjectivité que l’on reconnaît habituellement dans le programme sémique de MUST, paraît devoir être fortement relativisée.

73Cette limitation du caractère subjectif du modal peut s’observer dans des disciplines plus mathématisées, ainsi en mécanique quantique :

What this means is that the imposition of a more general or local gauge symmetry actually dictates what forces must exist between the particles involved.

74elle s’impose encore plus nettement en physique théorique :

However, in the 1960s John Bell, a British phycisist working at CERN in Geneva, showed that any theory purporting to describe the reality behind experiments like that proposed by Einstein and his colleagues must possess non local features if a simple arithmetic condition is satisfied.

75Utiliser MUST dans une subordonnée introduite par SHOW dont l’emploi en sciences obéit à des règles strictes, ne réintroduit pas la non objectivité dans le discours. On peut toutefois penser qu’il y a acte de langage, signalant au lecteur que la collectivité des chercheurs d’une discipline insère l’énoncé dans l’ensemble des énoncés conformes aux paradigmes en vigueur.

76Le co-énonciateur apparaît implicitement comme demandeur de cette limitation de la subjectivité :

A theory is a good theory if it satisfies two requirements, it must actually describe a large class of observations on the bases of a model that contains only a few arbitrary elements and it must make definite predictions about the result of future observations.

77Les deux MUST ne peuvent être compris comme renvoyant à la seule opinion de l’auteur, ils semblent étayer notre hypothèse de la présence d’un univers de croyance collectif qui fixe des bornes à la subjectivité de l’énonciateur.

78La dichotomie subjectif/objectif ne devrait donc pas être utilisée de manière trop rapide ni trop schématique, des restrictions importantes de l’omniscience et de l’omniprésence de l’énonciateur étant susceptibles d’apparaître dans certains contextes.

79L’emploi de WILL représente un des problèmes les plus classiques de la didactique de l’anglais au collège, au lycée et à l’université. Ce marqueur est d’autant plus intéressant pour cette étude de la subjectivité qu’il y figure à un double titre. En tant que modal, il est considéré plus "subjectif" que toute autre forme et la dichotomie est souvent utilisée pour opposer GOING TO à WILL. C’est surtout à propos de la traduction de la première personne du futur français que l’on entend des explications du type SHALL extrasubjectif/ WILL intrasubjectif. Les positions des ouvrages cités en bibliographie divergent au sujet de la trace du sémantisme de viljan dans le verbe actuel13.

80Un des exemples autour duquel le débat s’est cristallisé, en particulier grâce à Paul Larreya, est :

She"ll be twenty next month.

81L’actualisation du prédicat ne dépend bien évidemment ni de l’énonciateur ni du sujet de l’énoncé. Sauf si des événements extralinguistiques s’y opposent, l’événement annoncé aura lieu à la date prévue.

82En sciences, la validation de l’énoncé est le plus souvent effectuée par l’ensemble des connaissances acceptées à un moment donné. En mécanique quantique, à propos de la théorie on trouve par exemple :

They (quantum field theories) predict how those fields will change and how they interact with one another.

83Dans cet énoncé WILL se trouve dans une subordonnée, le verbe de la principale est predict. On peut trouver predict dans de nombreux contextes de WILL. Ainsi dans un texte de biologie :

An inbred line will become genetically uniform and will no longer respond to artificial selection. This prediction is born out by experiment.

84La seconde phrase montre bien que la prédiction en sciences doit obéir à des règles et être justifiée soit par l’expérience, soit par une théorie qui rencontre un certain consensus. La subjectivité de l’énonciateur ne paraît pas vraiment engagée par les WILL dans :

85Consider a partition with two narrow parallel slits in it. On one side of the partition, one places a source of light of a particular colour. Most of the light will hit the partition but a small amount will go through the slit.

86On peut noter que dans un compte rendu d’expérience, on pourrait remplacer WILL par +ED, dans une discussion de résultats on pourrait lui substituer HAVE+EN. Ce sont plusieurs expériences passées réussies qui autorisent un groupe de chercheurs à utiliser le marqueur de prédiction dans un article. Une fois les expériences effectuées, leur subjectivité se borne à garantir que d’après le protocole de leur discipline, on peut prévoir qu’un autre laboratoire refaisant la même expérience arrivera à un résultat identique. Cette anticipation contrôlée se retrouve dans :

The enzyme works well in vitro and will replicate almost any R.N.A.

87ou dans :

On average, half the offspring will carry the mutation.

88En linguistique, ce sont Boyd & Thorne (13), dans un article qui a eu une grande influence, qui ont soutenu que la prédiction était le sens central de WILL. S’il y a intervention humaine dans la prédiction, on ne peut dire qu’elle soit totalement subjective tant en langue des scientifiques que dans bien des sujets de la langue de tous les jours. L’exemple cité plus haut faisant référence à l’état civil d’une jeune femme n’est pas marginal. Lorsque l’on entend :

She’ll be home

89et que le co-énonciateur peut observer qu’il y a de la lumière dans la chambre de la personne dont on parle, il y a eu interprétation du monde externe par l’énonciateur et non l’expression d’une subjectivité irrationnelle.

90On peut donc considérer, malgré l’étymologie qui fournit le plus souvent des indices significatifs de l’évolution du marqueur, qu’il importe de prendre le maximum de précautions oratoires en utilisant en pédagogie quotidienne, à propos de WILL, la dichotomie subjectif/ objectif.

91Le troisième marqueur qui interpelle de manière significative une présentation trop réductrice est parfois considéré comme marginal en syntaxe. Des études à la suite de Shaumyan14 ont toutefois montré que l’intonation jouait un rôle important dans la modification du fonctionnement prévisible des marqueurs syntaxiques stricto sensu.

92Le contour intonatif d’un énoncé permet de rendre le co-énonciateur conscient du degré d’implication d’un énonciateur dans ce qu’il dit ; ainsi l’exemple classique all right prononcé d’une certaine façon exprime le désaccord.

93La polémique scientifique en histoire des sciences nous fournit un exemple intéressant. Le programme sémique de Copenhagen comme celui de tout nom propre ne dépend pas de la subjectivité de l’énonciateur, qu’il ait été amendé par les physiciens entre les deux guerres pour référer à l’interprétation de Nils Bohr s’inscrit dans les modifications connues de sémantisme. A l’oral, la simple écoute du contour intonatif permettait dans la plupart des cas de déceler si le chercheur qui parlait était en accord ou en désaccord.

94La manière dont beaucoup de chercheurs colorent affectivement le contour intonatif du marqueur THE dans the theory, lorsqu’ils parlent de la théorie chère à leur cœur, apparaît particulièrement expressive.

95Le lecteur entraîné peut même détecter cet effet dans des énoncés écrits comme :

The theory has no space for such concepts.

96où l’auteur est très affectivement impliqué dans l’héritage du Darwinisme où dans :

The method is described further on page x

97que l’on peut trouver dans nombre de parties expérimentales d’articles. On peut comprendre que celui qui a travaillé longtemps dans son laboratoire sur un problème ne considère pas la méthode qu’il a mise au point de manière neutre.

98Cette présence d’une marque de l’affectivité n’est nullement incompatible avec la présence de l’anaphore, qui comme l’ont montré tant Claude Delmas que John Hawkins, avère le mécanisme essentiel du déclenchement de THE. En fait, Jespersen nous met sur la voie de cette cœxistence avec son explication de la présence du déterminant dans the rose , (the rose which is in my mind and in yours ). En glosant ce THE par qui nous intéresse, on peut mieux comprendre pourquoi le marqueur est compatible avec un contour intonatif exprimant l’implication maximale de l’énonciateur. Lorsqu’à la fin d’un ouvrage consacré à une des hypothèses sur la disparition des dinosaures, on trouve :

The final dying was sudden compared to the immense length of the history of the dinosaurs

99The, dans the final dying, renvoie à ce qui a concerné l’auteur et le lecteur, sur plusieurs centaines de pages.

100Cette coloration affective, détectable dans de nombreux emplois de THE, s’accompagne de la subjectivisation du marqueur. Sa compatibilité avec l’anaphore n’est pas surprenante ; en étant très schématique, on ne va pas parler une seconde fois de ce qui ne vous intéresse pas. Cette intrusion épisodique de la dichotomie subjectif/objectif dans des marqueurs où sa présence n’est pas habituellement notée, confirme donc la nécessité d’une réflexion sur la fiabilité des oppositions utilisées à des fins didactiques.

101Cette étude des limites de la fiabilité de la dichotomie subjectif/objectif ne devrait pas aboutir à une remise en cause fondamentale de son utilisation en didactique des langues. Quotidiennement, dans de très nombreux cours et T.D., elle s’avère très utile pour susciter la réflexion des étudiants. Il n’est d’ailleurs pas impossible qu’elle puisse rendre des services à de nombreuses générations de manuels.

102Toutefois, il paraîtrait de bonne méthode d’alerter les étudiants, dès la première année, sur le fait que cette dichotomie se révèle plus une piste efficace pour la compréhension de certains phénomènes linguistiques qu’une vérité absolue.

103L’étude de corpus scientifiques, à coté de corpus plus traditionnellement utilisés dans les universités littéraires, se révèle de nature à fournir des comparaisons éclairantes en lexicologie et en syntaxe.

104Du point de vue de l’épistémologie et de la méthodologie de la didactique des langues, l’examen régulier d’un œil critique, des concepts, de la terminologie et des explications les plus habituellement proposées paraît salutaire. Il serait souhaitable que cette approche ne soit pas limitée aux seuls enseignants- chercheurs et que tous les futurs enseignants aient été initiés à une réflexion critique sur les outils de l’apprentissage lexical et grammatical.

Notes de bas de page numériques

1 On peut considérer que les contributions des chercheurs à l’initiative et autour de Henri Adamczewski, Antoine Culioli, André Joly, rejoints plus tard par d’autres linguistes dont Pierre Cotte, Claude Delmas et Paul Larreya constituent un ensemble de réponses aux questions théoriques et pédagogiques en amont des concours de recrutement du second degré. La mise en place des I.U.F.M. a mis en évidence les apports de Danièle Bailly et de Jean-Louis Duchet à cette problématique. C’est ce savoir commun qui, au delà des clivages de courants, nous sert de référence pour ce travail.
2 L’analyse linguistique de textes telle qu’elle a été définie par André Tellier et Jean Lavédrine en vue de l’épreuve linguistique de l’agrégation d’anglais, puis illustrée par Lucien Cherchi dans La Grammaire Anglaise au Fil des Textes, a permis de faire considérablement avancer l’articulation linguistique/didactique des langues. Cette méthodologie appliquée à des corpus scientifiques a permis de faire avancer le travail en amont de cet article.
3 Le professeur Gouadec et son équipe de l’Université de Haute Bretagne ont développé, en liaison avec la banque de données lexicales des services de traduction des communautés européennes, Eurodicotom, un enseignement de la terminologie sur disquettes.
4 Depuis plus de quinze ans, le travail de Jean Tournier pour développer les études de lexicologie anglaise a, outre les ouvrages cités en bibliographie, contribué à développer la sensibilisation des linguistes anglicistes aux problèmes de lexique. Cette seconde partie du développement de cet article doit beaucoup à son enthousiasme pour sa discipline. Les travaux de Henri Béjoint et John Humbley ont aussi permis d’établir une définition forte de la lexicologie.
5 Des difficultés de nature similaire se révélant des pièges redoutables pour les étudiants ont été relevées tant en préparation du CAPES que de celle des écoles d’interprètes ou dans certaines épreuves d’anglais éliminatoires avant l’inscription dans des D.E.A. scientifiques.
6 On peut se reporter à Vidalenc J.L. : Transitivité et Grammaire des Cas in La transitivité , domaine anglais, CIEREC LII St Etienne 1987.
Thème et discours scientifique in L’anaphore, domaine anglais, CIEREC LXV St Etienne
7 Outre les cahiers du CRAL publiés sous la direction de Guy Bourquin dans une équipe qui a beaucoup œuvré pour la traduction machine, T.A. informations, revue de l’Association pour le Traitement Automatique du Langage et des Langues se révèle une source précieuse et irremplaçable des espoirs et des déceptions des pionniers en ce domaine.
8 Outre les actes du GERAS présidé actuellement par Michel Perrin qui a organisé de nombreux colloques sur l’enseignement de l’anglais de spécialité, on peut se référer aux actes de l’ALLC (responsable Colette Charpentier) ou aux travaux de Philippe Thoiron.
9 cf Thème et Discours Scientifique, Note 6.
10 Bruno Latour, Science in Action, Open University 1987.
11 J.L. Vidalenc, La polémique scientifique, un cas particulier de structuration syntaxique et lexicale, in Structures Lexicales et Grammaticales, Domaine anglais, CIEREC ST Etienne 1991.
12 La thèse de Gérard Deléchelle, L’expression de la Cause en Anglais Contemporain , Paris 1989 se révèle un instrument de travail irremplaçable pour l’étude des connecteurs.
13 Boyd & Thorne, the Semantics of Modal Verbs, Journal of Linguistics, 5, 1969. Nous tenons à rendre hommage ici à Jimmy Thorne, disparu tragiquement, dont l’enseignement rigoureux et convivial a été bénéfique pour nous même et pour la linguistique.
14 La contribution théorique de Shaumyan qui après avoir enseigné à l’Académie des Sciences d’URSS travaille actuellement à Yale peut être abordée dans The goals of linguistic theory and applicative grammar, Mathématiques et Sciences Humaines, 77, 1982.

Bibliographie

Adamczewski H. & Delmas C., Grammaire Linguistique de l’Anglais, Paris, 1982.

Cotte Pierre, Le Système des auxiliaires modaux dans le système verbal de l’anglais, Thèse de doctorat d’état, Grenoble, 1988.

Delmas Claude, Structuration abstraite et chaîne linéaire en anglais contemporain, Paris, 1987.

Joly & O’ Kelly, Grammaire Systèmatique de l’anglais, Paris, 199O.

Larreya Paul, Le Possible et le Nécessaire, Paris 1984.

Souesme J.C., Do something et ses diverses réalisations en anglais contemporain, Thèse de doctorat, Paris 7, 1985

-----------, Noyaux accentuels et choix énonciatifs lors de reprises de prédicat en présence de CAN.in Actes du 3° Colloque d’avril sur l’anglais oral. APLV Paris 1987.

Tournier Jean, Introduction descriptive à la lexicogénétique de l’anglais contemporain, Genève 1985

Précis de Lexicologie anglaise, Paris 1988

Structures Lexicales de l’anglais, Paris 1990

Vidalenc J.L. Les modaux dans le discours scientifique anglais, Thèse de 3°cycle, Paris III, 1980.

Pour citer cet article

Jean-Louis Vidalenc, « Didactique des langues et langue des scientifiques ; la limite de la dichotomie subjectif/objectif », paru dans Cycnos, Volume 8, mis en ligne le 08 juillet 2008, URL : http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=1550.


Auteurs

Jean-Louis Vidalenc

Université de Pau