Cycnos | Volume 13 n°1 Expressions et représentations de la sexualité dans le cinéma américain contemporain - 

Introduction

Texte intégral

1Ce numéro de Cycnos trouve son origine dans l’atelier consacré au cinéma américain lors du Congrès de l’Association Française d’Etudes Américaines à Tours en 1995 ayant pour thème “Sexualités aux Etats-Unis : Expression et Répression”. A l’instar des discussions qui ont eu lieu dans le cadre de l’atelier ou dans celui du Congrès, il n’a pas la prétention d’épuiser pareil sujet. Tout au plus peut-il espérer poser quelques jalons à propos d’une question qui se révèle en fait essentielle depuis les origines du cinéma, américain ou non. Tout simplement parce que le cinéma est, par essence, comme la sexualité, regard et désir.

2La plongée dans ce regard et l’exploration de ce désir constituent l’axe principal des articles regroupés ici. De Welles à Cronenberg en passant par ce coquin d’Hitchcock, les analyses de Gilles Menegaldo, Dominique Sipière et Reynold Humphries se concentrent sur la façon dont la caméra évoque, suscite et exprime le désir — celui des personnages mais aussi celui du metteur en scène comme, évidemment, celui du spectateur.

3Alors, bien sûr, le voyeurisme. Question centrale que sollicitent l’œil de la caméra et la fascinante blancheur de l’écran en attente, et que Denis Mellier se plaît à expliciter à propos de la mise en abyme que constitue “le regard vidéo dans le thriller contemporain”.

4On pourrait regretter que ne figure pas au générique de ce numéro la pornographie, dont Olivier Smolders prend tant de plaisir à faire l’éloge. Mais l’étude par Michel Etcheverry des fantasmes sado-masochistes en relation avec la société américaine comble en grande partie cette lacune, et nous permet en outre de glisser du psychologique (ou du psychanalytique) au social.

5Car le deuxième axe de cette recherche est en effet beaucoup plus orienté vers la représentation sociale de la sexualité, que cette dernière soit emblématique, ainsi que l’expose Andrea Grunert à propos de Clint Eastwood, ou indicible et dès lors, par nécessité, réduite à la métaphore, comme dans le cas du cinéma chicano, dont Elyette Benjamin Labarthe propose une radioscopie extrêmement documentée, ou encore, qu’elle s’exprime de façon polymorphe, éventuellement perverse, jusqu’à remettre en cause les représentations archétypales habituelles.

6Quoi qu’il en soit, les études que propose ce numéro balaient un large champ méthodologique et chronologique, de l’immédiat après-guerre au contemporain, et de Freud à Lacan et Foucault. Pour variées qu’elles soient, elles offrent cependant toutes un point commun : en dégageant les modalités des représentations d’une sexualité omniprésente, soumise au triple jeu de la caméra, du metteur en scène et des spectateurs, elles montrent à quel point ce cinéma qui se donne à voir est aussi un cinéma qui se regarde, et qui joue et jouit de ce regard.

7Le cinéma étant d’abord l’exaltation du regard, on imagine combien tous les dangers sont possibles à l’écran dès que le regard exulte. On pourrait alors se demander s’il y a, au fond, regard plus pervers que celui d’un universitaire en pareil état d’exultation… Celui du censeur peut-être ?

8Mais ceci est une autre histoire.

Pour citer cet article

« Introduction », paru dans Cycnos, Volume 13 n°1, mis en ligne le 07 juillet 2008, URL : http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=1522.


Directeurs de la publication

André Muraire

Université de Nice