Cycnos | Volume 21 n°1 L'Identification -  

Ronald Flintham  : 

Identification et altérité : quelques remarques sur DO THE V-ING

Résumé

Cet article examine les propriétés du schéma prédicatif . La nature de la reprise marquée par l’article défini du nom verbal en –ING, les différences aspectuelles entre le prédicat simple et la forme en DO, ensuite les propriétés discursives, notamment les phénomènes d’ajustement notionnel entre le nom verbal de la forme en DO et le contexte avant y sont analysés. On s’aperçoit que le rôle de marqueur de la validation de DO est utilisé pour introduire un ensemble d’opérations d’identification et d’altérités discursives, particulièrement des effets contrastifs sur le sujet de DO, sujet ayant une autonomie réduite. D’autres propriétés contextuelles, par exemple le renversement de l’orientation de la relation prédicative préconstruite ont été observées. De même, on constate des reprises de notions prédicatives frayées qui subissent une sorte de délimitation qui est de l’ordre de la relation hyperonyme / hyponyme.

Abstract

This article examines the properties of the complex verb pattern . The nature of the type of anaphoric relationship traced by the definite article determining the verbal noun, the aspectual differences with the simple predicate, the discursive properties, particularly phenomena of notional adjustment between the verbal noun and the preceding co-text are analysed. The properties of DO as a marker of the validation of a predicate are used to introduce a series of linguistic operations, notably those marking discursive identification and differentiation, particularly contrastive effects on the subjects of DO, those subjects having reduced autonomy. Other contextual properties were observed, notably reversing the diathesis of preconstructed predicative relations. Similarly, anaphoric relations with earlier cotextual occurrences of predicates are associated with operations limiting their reference, having some of the properties of the relation of hypernym to hyponym.

Index

mots-clés : discours , do, énonciation

Plan

Texte intégral

1Nous avons choisi de faire quelques remarques sur le type particulier d’identification que marque la forme ‘DO THE V-ING’, c’est-à-dire DO accompagné d’une nominalisation fléchée. En effet, il nous semble que ce schéma manifeste à la fois des formes d’identification et des formes d’altérité.

2Nous nous écarterons de la vision traditionnelle dans la mesure où nous ne voyons pas dans ce schéma un simple verbe muni de son complément d’objet, mais un prédicat complexe. Telle est d’ailleurs implicitement l’approche plus ou moins intuitive qu’on trouve lorsque certaines des réalisations de ce schéma (par exemple les plus courantes, telles que do the washing ou do the shopping) sont classées parmi les ‘locutions verbales’ dans les dictionnaires. C’est qu’on a affaire à une entité dont les éléments forment un bloc référentiel. Chacun des trois éléments qui constituent la forme joue néanmoins un rôle dans cet ensemble et nous n’avons nullement affaire à une ‘expression’ inanalysable. C’est d’ailleurs le point de vue de J.-Cl. Souesme qui a abordé cette question dans un travail plus important sur l’ensemble des compléments nominaux de DO1.

3Nous adhérons à la position théorique selon laquelle DO est un marqueur unique quel que soit son fonctionnement de surface. On ne s’intéressera pas à la question de savoir s’il faut lui attribuer une valeur ‘sémantique’ ou non, mais on s’évertuera à cerner les propriétés qui caractérisent son fonctionnement dans ce schéma. Dans ces locutions, DO a incontestablement un rôle que la grammaire descriptive qualifie de verbe ‘plein’ ou ‘lexical’ dans la mesure où justement il a un complément d’objet direct et n’a pas une fonction anaphorique stricte de reprise d’une autre prédication explicite.

4Quant à la nominalisation, pour ceux qui font la distinction, il s’agit d’une forme que certains appellent ‘nom verbal’ dans la mesure où il accepte évidemment l’article défini et la complémentation en OF (the running of the house), contrairement au gérondif qui n’autorise pas normalement l’article défini mais qui permet un complément d’objet direct (tel que her running the house). En règle générale, l’article indéfini n’est pas acceptable dans notre schéma et nous examinerons particulièrement le schéma fléché par l’article défini, mais, bien entendu, d’autres formes de détermination sont possibles, notamment par les quantifieurs SOME et ANY, lesquels peuvent être associés à des adjectifs comme dans les exemples suivants :

[1] Considering what is being done compared to what needs to be done, it behooves the hospital management to do some mighty careful planning toward making the best possible use of the increase granted. (Brown)

[2] Will the house on any part-time farm you are considering make a satisfactory full-time residence? How much will it cost to do any necessary modernizing and redecorating? (Brown)

5Visiblement il serait difficile de créer une glose proche de ce type d’emploi en utilisant le prédicat (PLAN, MODERNIZE, REDECORATE) sans le schéma en DO.

6Ici comme pour les light verbs au sens strict, ces formes complexes de qualification / quantification sont la source d’une significant versatility over that of the associated verb construction selon Huddleston et Pullum2. La forme en DO, en dissociant les opérations portant sur la prédication (temps, aspect, modalité, notamment la visée) et celles portant sur la quantification et la qualification du prédicat nominalisé par des marqueurs tels que SOME, ANY, ALL ou des adjectifs, offre des possibilités qui n’ont pas d’équivalent exact dans les marqueurs du groupe verbal. C’est une justification, au moins partielle, du choix de cette forme au lieu du prédicat simple.

7Observons maintenant le schéma comportant le fléchage par l’article défini et prenons premièrement le cas du fléchage repéré par rapport à la situation d’énonciation ou à la situation de l’énoncé. C’est le cas des locutions plus ou moins lexicalisées désignant les taches ménagères du type do the ironing / washing / shopping. Il s’agit le plus souvent d’un fléchage situationnel.

[3] It was Pullen James, the campmate of Simms Purdew. He carried the wood, carried the water, did the cooking, cleaning and mending, and occasionally got a kick in the butt for his pains.

8On voit que le fléchage de WOOD, de WATER est du même type de celui de COOKING, CLEANING et MENDING, repéré par rapport à la situation de l’énoncé. Les nominalisations, faites à partir de ces prédicats particuliers, participent à la construction d’une forme spécifique de téléonomie qui relève de préconstruits de type socioculturel. En effet, he did the cleaning peut se gloser he cleaned what was to be cleaned ou he cleaned what needed / had to be cleaned où les relatives explicitent cette téléonomie par des formes telles que was to be ou needed ou had to. Ces noms verbaux participent à la construction d’un ‘à faire’ ayant une référence situationnelle, en quelque sorte indépendant d’un sujet qui effectuerait la validation de la relation prédicative implicite, <(x) CLEAN (y)>, où les parenthèses renvoient aux places de sujet et de complément (ici complément d’objet) et où x et y désignent des éléments susceptibles d’instancier ces places. Dans notre schéma, on a <(x) DO THE CLEANING> où la nominalisation associée aux propriétés notionnelles primitives, notamment socioculturelles, d’un prédicat tel que CLEAN, préconstruit la téléonomie en question. On a un phénomène analogue en français dans des formes telles que FAIRE LES COURSES, FAIRE LE REPASSAGE etc. où FAIRE et l’article défini sont associés à des prédicats comportant ces mêmes propriétés notionnelles socioculturelles.

9Ce schéma évacue le problème de la transitivité et du statut de l’objet. La majorité des verbes de notre corpus sont intransitifs, mais le schéma en DO THE V-ING, en plaçant le complément d’objet direct en périphérie de la relation, c’est-à-dire en le reléguant à un statut de complément prépositionnel en OF, tend à mettre les verbes transitifs et intransitifs sur le même plan. Nous reviendrons sur le schéma <(x) DO THE V-ING OF (y)>.

10Cependant, le cas d’un fléchage marquant une reprise contextuelle existe également, bien entendu. Celle-ci revêt plusieurs formes. Voici un exemple d’un premier cas de figure :

[4] These tractors are not entirely satisfactory for plowing, particularly on heavier soils, so you may still want to hire someone to do the plowing. (Brown)

11Ce type, assez simple à première vue, comporte non seulement la reprise du terme plowing qui vient d’être posé, mais aussi une reprise situationnelle, car il s’agit d’un texte sur l’exploitation d’une ferme. Par ailleurs on voit que les propriétés de plowing ne sont guère différentes de celles des autres prédicats que nous venons d’examiner : il comporte le même type de téléonomie socioculturelle, associée également ici à un marqueur de visée : for plowing pour la première occurrence et qui fraye le chemin de want to hire et TO dans to do the plowing.

12L’exemple suivant contient également une reprise de prédicat :

[5] She was quiet and calm, and didn't talk much (I was supposed to do the talking) and she said she thought I should come every week, and told me how much it would cost. (BNC)

13La première occurrence de la notion verbale TALK se présente comme une forme assertée au négatif. Nous avons ensuite l’occurrence qui nous intéresse à la forme positive, avec un changement de sujet et une prosodie contrastive (sur I) c’est-à-dire deux marques d’altérité. A cela s’ajoute la forme de téléonomie ou de contrainte marquée par supposed to. La forme en DO THE TALKING n’est pas assertée. Il s’agit d’un premier rendez-vous chez le psychiatre et l’on comprend qu’il puisse y avoir une forme de téléonomie situationnelle de TALK ici, à laquelle s’ajoutent les éléments contextuels que nous venons d’évoquer.

14L’exemple [6] est du même type. Nous passons de la forme de contrainte en HAD TO associé au passif de la première occurrence de INTERPRET au schéma en DO qui se présente avec un changement de sujet (c’est le pronom interrogatif WHO, mis en relief par une prosodie contrastive) et une autre forme de contrainte (SHOULD). La téléonomie est donc fortement marquée contextuellement :

[6] As for what I meant by progressive methods, he did not believe in just filling children with data, if that's what I meant. He believed it had to be interpreted. But who should do the interpreting, and according to what principles? (BNC)

15Nous reviendrons sur la spécificité discursive de ces occurrences de fléchage contextuel après avoir examiné les propriétés aspectuelles de notre forme.

16Une des fonctions du schéma en DO + V-ING, qui dissocie l’opération de prédication marquée par DO et la notion verbale marquée par la nominalisation, est de permettre une forme de délimitation particulière de la notion verbale. Par ‘délimitation’, on entend toute opération sur le domaine notionnel qui construit une altérité, que ce soit par une forme de détermination nominale ou par une détermination verbale, entre autres, aspectuelle. Si on regarde le type de prédicat le plus fréquent dans le schéma que nous examinons (tels que IRON, COOK, SEW, SWEEP, CLEAN etc.), on s’aperçoit que, de façon très majoritaire, on a affaire à des processus non-bornés à droite3.

17Il s’agit de verbes de processus à l’exclusion de verbes d’état, mais, qu’il s’agisse de verbes transitifs ou intransitifs, ce sont toujours des prédicats qui requièrent la construction d’une borne de droite pour pouvoir avoir une référence spécifique dans une situation spécifique (ou un ensemble de situations). Ainsi, la manipulation en [3’] n’est acceptable que dans la mesure où le nouvel énoncé construit une référence de caractérisation, donc proche du générique ou du moins ne renvoyant pas à une situation spécifique. On ne l’interprète pas comme une série d’occurrences successives :

[3’] He carried wood, carried water, cooked, cleaned and mended.

18On a ainsi enlevé une partie de la détermination situationnelle ; les prédicats COOK, CLEAN et MEND au prétérit simple prennent une valeur de caractérisation du sujet de l’énoncé ; l’énonciateur s’intéresse moins à la validation dans la situation spécifique du texte.

19On sait que ce que la grammaire traditionnelle appelle le complément d’objet direct peut participer à la construction d’une valeur aspectuelle et cela a souvent été mis en avant dans les études sur les constructions téliques. Un des critères qui permettent de distinguer les prédicats téliques des prédicats atéliques est la compatibilité avec des circonstants temporels marquant une durée (for an hour) ou une globalisation (in an hour).

20Ces questions sont complexes et, s’il y a des propriétés communes des prédicats que nous trouvons dans notre schéma, il y a aussi une certaine hétérogénéité. Il serait impossible de tenir compte ici de l’ensemble des phénomènes en jeu dans le domaine aspectuel. Nous proposons de prendre l’exemple du prédicat SHOP, intransitif dans les emplois qui nous concernent ici et assez représentatif des prédicats de notre schéma ; il s’agit d’essayer d’en dégager un ensemble de propriétés relevant de l’aspect au sens de l’étude de Bouscaren et Deschamps. Ce verbe a des propriétés notionnelles aspectuelles qui le rangent dans la catégorie des verbes à bornes séparables selon le classement de ces auteurs. La borne de droite doit être explicitement construite lorsqu’il s’agit de renvoyer à une occurrence unique repérée par rapport à une situation spécifique. En appliquant les critères de Vendler et Dowty, on s’aperçoit qu’on peut dire :

[7] She shopped for an hour.

21Mais la phrase suivante n’est pas acceptable :

[8] She shopped in an hour.

22En revanche,

[9] ?? She did the shopping for an hour.

23n’est pas une forme facilement acceptable, là où

24[10] She did the shopping in an hour.

25l’est tout à fait.

26Les formes simples de présent et de prétérit de ces prédicats ne construisent pas habituellement la référence à un évènement, c’est-à-dire une valeur quantitative. Si au lieu d’inventer des phrases, on observe les emplois de SHOP du BNC, on constate que, de façon majoritaire, la forme de prétérit simple construit une valeur de propriété. Elle est souvent associée à une localisation spatiale, souvent un nom de lieu ou de magasin, participant à la construction d’une caractérisation du sujet. Il s’agit d’une délimitation qualitative du prédicat :

[11] But not everybody shopped at the Co-Op did they? (BNC)

27Ici visiblement l’énonciateur distingue, par le choix de la place de la négation, au moins deux catégories sociales, fondées sur le critère . D’autres emplois du prétérit simple paraissent dans des listes de prédicats caractérisant le sujet sans renvoyer à des occurrences individuées de type quantitatif.

[12] She cooked, she cleaned, she shopped, she walked Pilade, she saw to her lodgers …. ; day after day she did the same things at the same time, and instead of being driven half mad with boredom, insane with frustration, she found herself strangely at peace. (BNC)

28A titre de comparaison, la forme de prétérit SHOPPED est dix fois plus fréquente que DID THE SHOPPING dans le BNC. En effet, il n’y a que quatre occurrences de cette forme. Les valeurs référentielles ne sont pas tout à fait les mêmes que celles qui sont construites par SHOPPED. Notre schéma peut renvoyer à un événement spécifique, et peut donc avoir une valeur quantitative, ce qui le différencie des emplois de SHOPPED, essentiellement qualitatifs. Néanmoins, on ne trouve pas d’emplois de DO THE SHOPPING de type “événementiel”, quantitatif. On peut être surpris de ne pas trouver davantage d’occurrences à valeur quantitative de ce schéma. Est-ce dû au caractère “trivial” de ce prédicat dont les occurrences quantitatives ne seraient pas dignes de figurer dans des textes écrits ? Cette question de l’opposition quantitatif / qualitatif dans les occurrences de prédicats simples et dans DO THE V-ING mériterait d’être approfondie. L’exemple suivant met en avant une forme de caractérisation certes, mais accompagnée d’une altérité, un contraste sur les sujets :

[13] Now that Melanie did the shopping, Aunt Margaret never went out at all. (BNC)

29Dans l’exemple suivant , qui ressemble à première vue au [12], de par le fait qu’il s’agit d’un ensemble d’activités caractéristiques, on peut néanmoins observer qu’il y a un contraste implicite entre le sujet EDDIE et plus loin LAURA. La forme DO THE SHOPPING est certes une caractérisation et donc une occurrence qualitative, mais elle met en place également une altérité qui n’est pas présente dans l’énoncé [13]. Nous avons laissé assez de contexte pour montrer comment cette altérité est exploitée pour opposer les deux personnages.

[14] The marriage was mostly an accommodation of interests; a convenience. Eddie did the shopping, tended the garden, mended the taps and the fuses, and serviced the family car.(…) Laura … ; Laura Stratton as she now was …; was reasonably content with the new arrangements: she was less anxious about burglars, she was chauffeured to her twice-weekly consultations with the latest chiropodist, she forgot most of her worries about the upkeep of the household, and she still found herself able to indulge the twin passions of her life, smoking cigarettes and playing contract bridge …. ; simultaneously, wherever possible. (BNC)

30Quant au présent, notons que, des 24 occurrences de DO THE SHOPPING4 du BNC, seules deux sont des formes assertées au présent ; les autres sont des occurrences de la base verbale, souvent associées à la visée en WILL ou TO. Observons les deux occurrences de formes finies :

[15] Husbands can easily get out of touch with the cost of living unless they do the shopping regularly and see the bills. (BNC)

31Le contraste implicite de sujet entre HUSBANDS et WIVES est évident.

[16] I think having a car you do make more unnecessary journeys … ; when you're on a bike or public transport you really have to plan well ahead. Of course the superstore like most superstores is built outside the town centre … ; I haven't yet found the bus that runs there … ; if there is one it isn't advertised very well. Then from town it's a good 15-20 minute walk to Tesco's. We do the shopping and of course once you're laden with your shopping … ; it's necessary to get a taxi back home. (BNC)

32Ici on oscille entre une valeur de pure caractérisation et une itération d’événements caractéristiques, ce qui n’exclut pas une prise en compte de la valeur quantitative.

33Les emplois de SHOP au présent du BNC sont très majoritairement de type qualitatif comme ceux du prétérit. En voici un exemple :

[17] I shop in High Street stores but I love second-hand markets and charity shops. (BNC)

34Certes notre recherche manuelle dans les différents corpus ne peut prétendre à l’exhaustivité, mais nous n’avons pas trouvé beaucoup d’énoncés où le complément d’objet d’un prédicat transitif est maintenu sous forme de complément en OF; autrement dit du schéma que nous avons évoqué plus haut : <(x) DO THE V-ING OF (y)>

35Voici néanmoins quelques exemples :

[18] The contract with Ray Field, who has been converting the agencies electronic data processing program to magnetic tape, would renew his present salary of $8 an hour up to a maximum of 200 hours a month. Field does the planning for the machine operations and fiscal processes and the adapting of the data processing system to new programs as they are made necessary by legislative and policy changes. (Brown)

[19] It is a fairly fashionable dress, but it is adapted for real life, for day to day life, for the life of an ordinary middle class woman who had perhaps one or two servants, but had to do the running of the household herself. (BNC)

[20] If the Capital Budget for safe routes could be used to acquire the land, we through 'Spokes' and with the involvement of the local community could provide volunteers to do the upgrading of the path. (BNC)

36On ne peut nier que de telles phrases font partie du répertoire de la syntaxe de l’anglais, mais la moindre fréquence de ce schéma tient, nous semble-t-il, à deux facteurs. Premièrement, nous l’avons déjà noté, les verbes transitifs sont moins fréquents dans ce schéma, et deuxièmement, de telles formes auraient une double fonction, celle de marquer la validation du procès (la forme en DO que nous étudions) et celle de marquer la relation transitive, mais cette dernière serait plus clairement indiquée par une relation prédicative transitive directe.

37Notons néanmoins que dans ces énoncés, on a toujours affaire à une forme de téléonomie préconstruite qui disparaît si on remplace le schéma en DO par le prédicat simple. Nous ne dirons rien de the running of the household qui est de type socioculturel (il est d’ailleurs accompagné d’un effet contrastif sur le sujet, effet marqué par herself) ; c’est à peu près la même chose d’ailleurs pour the planning. On s’aperçoit que the adapting est associé à made necessary. Le cas de the upgrading of the path est plus complexe. Dans le contexte-avant (un peu trop long à citer ici), il est question d’une campagne pour améliorer ce chemin. Le prédicat simple to upgrade the path effacerait le lien avec cette téléonomie préconstruite.

38Ces remarques nous amènent à considérer que le schéma semble favoriser l’évitement de la relation transitive : prenons l’exemple suivant, dont la ponctuation est d’origine :

[21] The move sent the shares of the smaller ITV companies the ones most likely to be swallowed up as the industry consolidates soaring. Shares in the companies likely to do the acquiring Granada, Carlton and MAI fell as investors sensed that a bidding war might cause them to overpay for their targets. (COBUILD)

39Il est clair que le prédicat simple seul (likely to acquire) créerait une ambiguïté structurelle ; les sujets seraient interprétés comme des compléments d’objet, à moins d’ajouter des virgules pour indiquer une rupture intonative et, dans ce cas, l’absence de complément d’objet direct brouille la délimitation de la relation prédicative et menace l’acceptabilité de l’énoncé.

[21’] ? Shares in the companies likely to acquire, Granada, Carlton and MAI, fell as investors sensed that a bidding war might cause them to overpay for their targets.

40En ajoutant un complément d’objet anaphorique, on obtient un énoncé non-problématique :

[21’’] Shares in the companies likely to acquire them, Granada, Carlton and MAI, fell as investors sensed that a bidding war might cause them to overpay for their targets.

41Mais il est clair que l’effet adversatif entre companies likely to be swallowed up et companies likely to do the acquiring est modifié, le deuxième terme devenant companies likely to acquire them. En supprimant the acquiring on modifie légèrement la perspective. ACQUIRE n’est plus l’objet de discours. Il s’agit d’une simple opposition entre deux notions SWALLOW UP et ACQUIRE, mais qui sont sur le même plan. On s’aperçoit que la forme en DO, et de manière plus précise, le nom verbal fléché, participe à une forme de cohésion discursive qui n’est plus marquée si on choisit le prédicat simple. Par ailleurs, il est clair qu’une des fonctions du schéma en DO est de marquer le statut de terme de départ de la relation et son rôle d’actant. Nous aurons d’ailleurs l’occasion de revenir plus loin de manière plus précise sur d’autres facettes de cette question.

42Par ailleurs, il existe une ambiguïté structurelle avec les verbes transitifs s’insérant dans un complément prépositionnel en TO, ambiguïté qui devient visible si on remplace la forme en DO par le prédicat simple :

[4’] You may still want to hire someone to plow.

43Cette ambiguïté ne provoque aucune difficulté d’interprétation ici, ni d’ailleurs dans la plupart des cas, étant donné l’importance de la situation et du contexte dans la construction de référence, to plow someone étant impossible. Néanmoins, on peut fabriquer des phrases isolées où cette ambiguïté est manifeste :

[4’’] You may still want to hire someone to fight.

44En effet on pourrait interpréter cet énoncé soit dans le sens “someone to fight for you” soit avec la valeur “someone for you to fight with”.

45Le schéma qui nous intéresse est très souvent associé à des formes de visée, notamment celles en TO et en WILL :

[22] I'm waiting to go and do my shopping. (BNC)

23] So what do you think they're up to?' Tom Fuelry shook his head and said blandly, ‘I try not to think, Your Wisdom. I think too much, I get all rattled.' The old man hid a smile. ‘Very well, Tom. I'll do the thinking.’ (COBUILD)

46Dans ce dernier exemple, on voit un frayage textuel important de THINK (trois occurrences avant la forme DO THE THINKING) et un accent contrastif sur le sujet I. La manipulation suivante rend l’énoncé peu acceptable dans le contexte donné :

[23’] ?? Very well, Tom. I’ll think.

47Même avec un accent contrastif sur I’ll, cette phrase ne construit pas une référence nette car on a une occurrence de la notion THINK qui semble mettre en jeu l’opposition des constituants du domaine notionnel THINK / NOT THINK / AUTRE QUE THINK au lieu d’opposer énonciateur et co-énonciateur en tant que sujets potentiels de la relation prédicative complexe en DO. C’est que nous n’avons pas la construction d’une occurrence située de THINK ; étant donné les propriétés notionnelles de l’aspect de ce prédicat, le repérage en visée par ‘LL ne permet pas cette construction alors que le schéma en DO THE THINKING avec sa reprise explicitement marquée et le renvoi explicite à une occurrence individuée permet la construction d’une référence claire.

48L’exemple suivant, où figure également une occurrence avec une visée en TO, contient en outre une contrainte de type déontique marquée par GOT : cette association est assez fréquente dans les occurrences que nous avons trouvées, comme nous l’avons déjà vu.

[24] ‘You've got this all worked out down to the last detail, haven't you?'

‘Someone's got to do the thinking around here, especially with our daughter's future at stake,’ she replied with gentle sarcasm. (COBUILD)

49On trouve l’ensemble des propriétés que nous avons soulignées : WORK OUT représente un préconstruit de THINK et SOMEONE marque une forme d’altérité par rapport à YOU, car l’énonciateur ne reprend pas directement le YOU par I, mais par une forme plus indéterminée SOMEONE, introduisant donc une altérité du sujet de l’énoncé tout en marquant une contrainte par GOT TO qui indique une moindre autonomie de SOMEONE.

50Nous voudrions revenir maintenant sur le cas où l’origine du fléchage de l’article défini est d’origine contextuelle. On s’aperçoit qu’il y a une plus grande diversité de verbes que dans les cas où la détermination est d’origine situationnelle mais surtout on trouve un ensemble de propriétés discursives intéressantes.

51Si dans l’ensemble des occurrences, quel que soit le type de fléchage, on a remarqué un jeu sur le sujet de DO, sujet souvent contrastif, dans certaines occurrences de notre schéma où le fléchage est de type contextuel, ce contraste semble pouvoir être exploité pour mettre en place une sorte de renversement notionnel de la prédication. Voici deux exemples intéressants de ce point de vue :

[25] 'It is better,' he concluded, 'to be a sheep than a wolf, better to be ruined than to do the ruining.' (BNC)

52Dans cet exemple, le sujet du schéma <(x) DO THE RUINING> est coréférentiel avec celui de TO BE RUINED, il y a donc un renversement de la diathèse. Notons, qu’il n’est pas certain pour autant que le sujet de DO soit pleinement agent dans ce schéma, the ruining ayant un statut préconstruit. Observons maintenant l’énoncé suivant :

[26] He was glad he had got rid of her. Admittedly, she had been the one who left, but, in the end, he had been the one to do the getting-rid-of, poor Judi. (BNC)

53Comme dans le premier exemple, il s’agit d’une reprise du même prédicat (RUIN et ici GET RID OF) mais il y a un jeu d’altérité sur le domaine notionnel. Après la première occurrence de GET RID OF, dont le sujet est HE, nous avons admittedly, adverbe de phrase marquant une modalité de l’énonciateur-narrateur et qui indique une sorte d’ajustement notionnel entre la première relation prédicative et ce qui suit. Ce terme d’ajustement notionnel a été utilisé par C. Rieu5 pour rendre compte des opérations marquées par certains adjectifs tels que SHEER, UTTER et ce concept explique des phénomènes qui, à notre avis, ressemblent à ceux qui sont en jeu ici. Il existe une relation entre et qui marque premièrement un contraste sur le terme de départ, sujet de la relation prédicative, contraste souligné par la syntaxe focalisante, she was the one who et he had been the one who. Mais on observe aussi une sorte de renversement notionnel de l’orientation de la relation, particulièrement si est interprété comme ayant la valeur . Finalement nous ne sommes pas si éloigné du renversement de la diathèse de [25]. On peut interpréter la relation entre et de l’exemple [21] comme relevant d’un phénomène analogue. Le marqueur DO a pour fonction dans ce schéma de souligner la fonction de terme de départ de la relation, marquant ainsi l’orientation de cette relation prédicative.

54On peut associer à cette propriété le fait que le sujet de DO est presque toujours un animé humain6, ce qui donne une sorte de saillance supplémentaire à l’élément instanciant cette place. L’énoncé suivant illustre un type d’écart par rapport à cette propriété :

[27] Instead of the observer's eye the image orthicon in the TV camera does the "looking". (Brown)

55Il s’agit d’un extrait d’un texte sur un nouveau type de microscope. LOOK est donc fortement frayé par l’ensemble du texte avant. L’altérité introduite par INSTEAD OF prépare le contraste sur le sujet de DO, opposé à the observer's eye. Les guillemets montrent que, d’une certaine façon, the image orthicon est assimilé à un animé humain, ou du moins un animé. Le fléchage de the looking est repéré par rapport au repère constitutif de l’ensemble de ce texte sur le microscope.

56La reprise contextuelle marquée par le fléchage est souvent accompagnée d’un ajustement notionnel. Ce phénomène est illustré dans l’exemple suivant :

[28] That was the problem which Bernard had come to discuss with him — or rather, since it was always Helmholtz who did all the talking, to listen to his friend discussing, yet once more. (Huxley, Brave New World)

57Le fléchage de the talking est repéré par rapport à DISCUSS, hyperonyme qui s’analyse ici en TALK et LISTEN – mais DO THE LISTENING serait impossible ici puisque cette forme exclurait la relation to his friend. On voit qu’on a une forme d’inclusion notionnelle entre DISCUSS et TALK mais il ne s’agit pas simplement d’une relation d’hyperonyme à hyponyme : il y a une altérité notionnelle, ici marquée par or rather, qui est introduite pour mettre en place une forme de contraste.

58L’emploi le plus intéressant de notre schéma se présente dans le type de discours polémique qu’illustre l’exemple suivant :

[29] ‘Congress has the constitutional power to declare war, but if war comes it will not be Congress that will do the fighting. The editors will not do the fighting; nor will our bellicose lawyers, bankers, stock brokers and other prominent citizens, who mess at Delmonico's, bivouac in club windows, and are at all times willing to give their country's service the last full measure of conversation. No, the people themselves will do the fighting, and they will pay the bill. In death, in suffering, in sorrow, and in taxes to the third and fourth generations, the people who fight will pay.’ (COBUILD)

59Il s’agit d’une déclaration contre la participation des Etats-Unis à la première guerre mondiale. Dans le contexte-avant (que nous avons supprimé faute de place) nous voyons la mise en place de la relation prédicative  ; après la forme interrogative introduisant cette relation, nous avons la négation implicite de la relation par une relation qu’on peut schématiser par  ; ensuite le terme de départ, sujet de la relation est remplacé, de manière contrastive, par la relation . La notion WAR, et plus particulièrement cette relation prédicative, constitue le repère constitutif de cette suite discursive. On sait que A. Culioli a utilisé ce terme pour désigner le ‘aboutness’ d’un texte :

"… le repère constitutif, lui-même repéré par rapport à Sit, est un terme déjà identifié, grâce auquel on constituera de nouvelles déterminations. Le repère constitutif est donc déterminé (on ne saurait ici se contenter de dire qu'il renvoie à du "connu" ou à de "l'information ancienne" …!) et représente le (est la trace du) repérage situationnel (par rapport à l'énonciateur et au locuteur : les deux ne coïncident pas nécessairement)."7

60Il s’agit de donner un statut théorique discursif au repère qui est, en quelque sorte, le repère des différents thèmes d’une suite langagière. La première phrase de notre extrait pose le repère constitutif, ce de quoi le texte parle, c’est-à-dire WAR, qui se rencontre dans la relation visée et non assertée . L’adversatif BUT introduit la clivée négative qui met en relief le terme de départ CONGRESS dans la relation prédicative qu’on peut schématiser par . It will not be Congress that will fight serait d’une acceptabilité douteuse dans ce contexte car cette forme ne marque plus le lien avec ce qui précède ; il y a une perte de cohérence discursive. On constate que la notion FIGHT, introduite après le marqueur d’altérité BUT, est un hyponyme par rapport au repère constitutif WAR, et que le fléchage marqué par l’article défini a pour origine une opération d’identification avec reprise entre FIGHTING et WAR. La fonction de DO est de marquer une dissociation entre la notion FIGHT et la validation des relations prédicatives préconstruites textuellement. L’énoncé suivant, où la prosodie marque la mise en relief de EDITORS, poursuit la même stratégie énonciative de contraste polémique portant sur le terme de départ de la relation prédicative. L’intérêt de l’exemple vient de la suite du développement du repère constitutif dans un réseau notionnel illustré (de manière ironique et sarcastique) par BELLICOSE, MESS, BIVOUAC, COUNTRY’S SERVICE, hyponymes de WAR.

61A la fin de l’extrait, on trouve the people who fight will pay où il s’agit non pas de construire des occurrences visées de FIGHT et PAY (car on aurait alors the people who do the fighting will do the paying), mais de construire deux relations prédicatives de caractérisations visées.

62Ces phénomènes d’hyperonymie sont parfois associés à des adjectifs, essentiellement “actual” (mais aussi “serious” et même “practical”) qui marquent la délimitation de l’ajustement notionnel entre le domaine de l’hyponyme, souvent directement repéré par rapport au repère constitutif discursif, et le domaine de l’hyponyme.

63Ainsi, dans l’exemple suivant, dans un texte sur la réforme des études médicales, medical education est opposé à teaching (sous-domaine) et s’insère dans le type de contraste sur le terme de départ que nous avons régulièrement constaté, ici entre specialists et the vast majority who do the actual teaching :

[30] Many current debates about the future of medical education are going on among small groups of specialists, with no input from the vast majority of people who do the actual teaching. (BNC)

64Dans ces emplois, l’opposition entre termes de départ de la relation n’est pas toujours présente. On a simplement une opposition entre un domaine notionnel hyponyme et une notion incluse dans celle-ci. C’est le cas dans les trois exemples qui suivent :

[31] There was a central spindle on the tyring platform, and the wheel was put over this and clamped down so that it wouldn't spring. Three men were needed to do the actual fitting of the tyre. (BNC)

[32] No. 12 is a finishing repair shop. Bench work is mainly done here, but the system is that men engaged on each repair job come to No. 12 to do the actual woodworking involved. (BNC)

[33] A nice enough chap and he was knowledgeable in theory you see, but when it come to the practical experience and the practical doing of the work, he would just say, Well what did you do the last time Jimmy? (BNC)

65La même démarche énonciative que nous venons d’élucider sous-tend d’autres formes de surface où on trouve également cette dissociation de la validation. Il existe également un schéma proche de celui que nous examinons où le fléchage est marqué par des formes de génitif et qui permet d’autres emplois contrastifs sur le terme de départ implicite.

66En voici deux exemples :

[34] I have a little darkroom and do my own developing. (BNC)

67Ici c’est my own qui introduit une forme d’altérité.

[35] The presidential election of 1952 saw the first large-scale hiring of skilled advertising men to do the politicians' persuading for them. [BNC)

68On trouve ici à la fois le jeu adversatif entre advertising men et politicians en tant qu’actants susceptibles d’instancier la place de terme de départ de la relation <( ) DO PERSUADING> et la téléonomie préconstruite, qu’on pourrait gloser politicians have to persuade electors, glose ayant pour but de montrer la téléonomie culturellement construite entre politicians et persuade.

69Dans le schéma <(x) DO THE V-ING>, la notion verbale première se trouve placée en périphérie de la prédication et est donc dissociée des marques des opérations de validation de la relation prédicative, fonction assumée par DO. Le terme de départ de la relation, sujet de l’énoncé semble perdre en autonomie. Il n’a plus tout à fait un statut d’agent. Cela n’est pas étonnant avec un verbe intransitif ayant le plus souvent un caractère non volontaire comme DIE dans l’exemple [29], mais même dans le cas de prédicats transitifs nous trouvons cette diminution de l’autonomie.

70Voici un exemple avec un prédicat typiquement transitif WAKE :

[36] 'Hi, Johnnie! Wake him up, will you!'

Julian sat up. The forester seemed to be fast asleep. Mary was smiling and obviously waiting to see what would happen. Julian realised that it was up to him to do the waking. He crawled over and shook the foot of one of the wellingtons, but to no effect.

71Encore une fois nous voyons que le sujet de la forme qui nous intéresse subit une forme de contrainte (up to him) qui résulte des relations intersubjectives mises en jeu dans la situation. On constate que la forme DO THE WAKING n’est pas assertée mais apparaît sous la forme d’une visée (to do the waking) où le sujet HIM a nécessairement un rôle moins agentif que dans Julian woke him.

72L’énoncé suivant illustre la manière dont ce schéma peut être utilisé pour mettre en place une altérité portant sur le sujet de DO :

[37] Both horse and jockey have ideas how they want to jump a fence, but the horse has to do the jumping. The jockey should be a good passenger persuading rather than enforcing.

73Le début de l’énoncé introduit HORSE et JOCKEY comme sujets coordonnés de HAVE IDEAS : ensuite nous avons la marque d’une altérité (BUT) et la reprise de THE HORSE, qui doit porter la marque d’une altérité prosodique (accent contrastif) ; ce nouveau sujet subit une forme de contrainte déontique (HAVE TO). Il y a donc mise en place de relations intersubjectives entre JOCKEY et HORSE qui sont associées à la forme que nous examinons de manière à produire un effet de moindre agentivité de HORSE. Si JOCKEY est pleinement agentif et autonome, notamment du point de vue volitionnel, HORSE ne fait que valider une relation préconstruite discursivement et situationnellement. Ce phénomène fait partie des propriétés des marqueurs constituant le schéma que nous analysons et n’est pas dû à la propriété non-humain de HORSE. En effet, le même type de relation est présent dans l’exemple [29] entre CONGRESS et PEOPLE et dans l’exemple [30] entre small groups of specialists et people who do the actual teaching. La relation ‘décideur’ / ‘valideur’ est très explicite dans l’exemple suivant :

[38] "People were very different back then. Everyone was rich and everyone could read. No man could decide the life or death of another."

The boy suspected this story wouldn't be popular up at the keep where the rich and powerful decided who did the living and who did the dying.

74Dans le même ordre d’idées, observons que le type de relation intersubjective relayé par notre schéma est souvent associé à des causatives en LET, MAKE etc.

75A côté du schéma en DO THE V-ING, on rencontre DO THE V, où “THE V” représente un prédicat nominalisé. Ainsi dans l’exemple qui suit, on trouve DO THE ABUSING et DO THE ABUSE :

[39] …like for example Hall and Lloyd who were saying that um, something along the lines of if you if you blame the family as a whole then this draws attention away from the fact that it's not the families who do the abusing, it's often, from their point of view, it was often the men that do. So erm y'know there's a sense in which some people feel rather suspicious of this sort o y'know the family dynamics type theories because it draws attention away from the responsibility of the people who actually do the abuse.

76Cet extrait permet d’opposer do the abusing à do the abuse. Marie-Line Groussier, en comparant les propriétés du verbe par rapport à celles du nom, fait remarquer que le verbe a davantage un caractère relationnel et est donc moins stable que le nom. En effet, dans cette perspective, le verbe est caractérisé par des places vides à instancier dans la lexis où il peut jouer un rôle de relateur. On s’aperçoit que la nominalisation en –ING (gérondif et même nom verbal) garde en quelque sorte la trace des deux places à instancier, notamment quand il s’agit d’un prédicat transitif et que le schéma laisse donc la place de l’objet direct potentiel implicitement libre, comme c’est le cas avec ‘DO THE ABUSING’, là où le schéma en ‘DO THE ABUSE’ ne construit pas une telle possibilité. Ainsi, on pourrait construire do the abusing of the children. Par ailleurs, il reste intuitivement quelque chose de plus verbal dans la nominalisation en –ING, qui évoque davantage l’activité que la désignation de l’acte, mais cela demanderait d’être examiné de plus près. On constate également que, contrairement à ABUSING, ABUSE, en tant que nominalisation, est lexicalisé et figure dans le dictionnaire, ce qui marque un plus grand degré de stabilisation nominale. En outre, il est intéressant de noter que ces formes apparaissent dans un texte dont le titre est Child sex abuse ; on voit qu’il y a un lien de repérage entre le repère constitutif et l’emploi des formes en question. L’emploi de ACTUALLY dans actually do the abuse est également intéressant : on voit que l’ajustement notionnel joue sur la validation et non sur la notion verbale.

77Cette recherche sur la forme DO THE V-ING, notamment sur les spécificités qui l’opposent au prédicat simple, s’est surtout intéressée aux effets discursifs. On a dégagé deux axes où cette opposition fonctionne. Premièrement les spécificités de la validation de la relation marquée par DO : outre les problèmes d’aspect, on a vu un ensemble d’effets contrastifs portant sur le sujet et l’orientation de la relation. Deuxièmement, on a pu élucider divers réseaux notionnels marqués par le nom verbal en –ING, réseaux où on observe des phénomènes de frayage et d’ajustement, notamment entre notions et sous-catégories de ces notions (effets d’hyperonymie). Il serait intéressant de poursuivre la réflexion, par une méthode analogue, en abordant le domaine des constructions contenant des ‘light verbs’, étude qui permettrait peut-être de montrer que là aussi il s’agit de formes ayant des spécificités discursives.

Notes de bas de page numériques

1 Souesme J.-Cl.(1985) Do something et ses diverses réalisations en anglais contemporain, Thèse soutenue à l’université Paris 7 ; voir notamment le chapitre X, pages 245 à 256. On peut consulter également du même auteur, « DO deux valeurs une fonction », dans Explorations en linguistique anglaise, A. Gauthier (1989) et particulièrement pp. 97-99.
2 Huddleston, R . et Pullum (2002) The Cambridge Grammar of the English Language, CUP, p.290.
3 Bouscaren, J. & Alain Deschamps (1993) « Eléments pour une typologie des procès », Cahiers de Recherche en Grammaire Anglaise, tome 6, pp. 6-34 et notamment p. 20-21
4 Pour des raisons techniques, nous n’avons pas tenu compte de la forme de troisième personne du singulier « does the shopping ».
5 Rieu, C. (1992) Contribution à l’étude de l’adjectif en anglais contemporain : les marqueurs d’ajustement notionnel, Thèse soutenue à l’université Paris 7.
6 Nous avons vu le cas de l’animé non-humain HORSE dans l’exemple (37).
7 Culioli, A. (1990 [1978]) "Valeurs modales et opérations énonciatives" in Pour une linguistique de l'énonciation, Tome 1, Ophrys, Paris, p.138.

Bibliographie

Ballier, N. (2002) ‘Les collocations en DO et le statut de verbe léger’, Site de l’ALAES : http://www.univ-pau.fr/ANGLAIS/alaes/do03/ballier.pdf

Bouscaren, J. & Deschamps, A. (1993) ‘Eléments pour une typologie des procès’, Cahiers de Recherche en Grammaire Anglaise, tome 6, pp. 6-34.

Culioli, A. (1990 (1978)) ‘Valeurs modales et opérations énonciatives’ in Pour une linguistique de l'énonciation, Tome 1, Ophrys, Paris.

Rieu, C. (1992) Contribution à l’étude de l’adjectif en anglais contemporain : les marqueurs d’ajustement notionnel, Thèse soutenue à l’université Paris 7.

Groussier, M-L. (2001) ‘La nominalisation et la distinction entre Nom et Verbe’ in Nom et verbe: catégorisation et référence. Actes du colloque international de Reims. CIRLEP, Presses Universitaires de Reims, éds. Cécile Brion et Eric Castagne.

Huddleston, R. et Pullum (2003) The Cambridge Grammar of the English Language, CUP.

Souesme, J.-Cl. (1985) Do something et ses diverses réalisations en anglais contemporain, Thèse soutenue à l’université Paris 7.

Souesme, J.-Cl. (1989) ‘DO deux valeurs une fonction’, dans Explorations en linguistique anglaise, éd. A. Gauthier, Peter Lang, Berne.

Corpus

Brown : Brown Corpus.

COBUILD : Collins Wordbanks Online English corpus :

http://titania.cobuild.collins.co.uk/form.html

BNC : British National Corpus.

Pour citer cet article

Ronald Flintham, « Identification et altérité : quelques remarques sur DO THE V-ING », paru dans Cycnos, Volume 21 n°1, mis en ligne le 25 juillet 2005, URL : http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=15.


Auteurs

Ronald Flintham

Université de Paris VII