Cycnos | Volume 11 n°2 Autour d'Orwell - 

Robert Sayre  : 

Guerre d’Espagne et politique chez les intellectuels de gauche européens

Le témoignage exemplaire d’Orwell

Texte intégral

1Dans son essai sur Koestler rédigé à la fin de la deuxième guerre mondiale, Orwell définit un nouveau genre littéraire dont l’auteur du Zéro et l’infini est à son sens l’un des meilleurs praticiens :

[it] may be roughly described as political writing, or pamphleteering. I mean by this the special class of literature that has arisen out of the European political struggle since the rise of Fascism. Under this heading novels, autobiographies, books of ‘reportage’, sociological treatises and plain pamphlets can all be lumped together, all of them having a common origin…1

2Mais quelque temps plus tard Orwell portera un jugement sévère sur l’ensemble de la littérature de ce genre qu’avait inspirée la guerre d’Espagne :

Wherever there is an enforced orthodoxy — or even two orthodoxies... — good writing stops. This is well illustrated by the Spanish civil war.... There were only two things that you were allowed to say, and both of them were palpable lies : as a result, the war produced acres of print but almost nothing worth reading2.

3Or, parmi les rares ouvrages sur cette guerre qui “valent la peine d’être lus”, on devrait certainement mettre au premier rang Homage to Catalonia d’Orwell lui-même. Il faudrait donc poser la question de savoir en quoi consiste la spécificité — et l’exemplarité — de la contribution orwellienne dans ce domaine.

4La guerre civile en Espagne suscita, comme on le sait, un engagement massif de la part des écrivains et des artistes en Europe et ailleurs. La grande majorité des intellectuels qui s’engagèrent, le firent à gauche, du côté de la République espagnole, mais ce fut dans des optiques politiques différentes. La guerre intestine en Espagne entre 1936 et 39 était, comme Orwell le souligne dans Homage to Catalonia, “above all things a political war”3, non bilatérale mais trilatérale, puisqu’un conflit violent à l’intérieur du camp républicain s’ajoutait à la lutte antifasciste.

5Ce conflit opposait grosso modo ceux (notamment anarchistes et membres du POUM, proche du trotskisme) qui voulaient continuer le processus révolutionnaire déjà bien entamé au début de la guerre, à ceux (la gauche modérée et les communistes) qui s’efforçaient de l’arrêter et qui prônaient une politique non-révolutionnaire. Chaque côté prétendait également que sa position représentait la meilleure stratégie pour arracher la victoire à Franco. Ce désaccord politique fondamental fut réglé, cependant, non pas par le débat mais par la répression : la coalition anti-révolutionnaire, dominée par le Komintern en raison de l’aide soviétique au régime républicain, supprima l’opposition par une combinaison de force et de propagande.

6Cette dernière — en grande partie mensongère — en vint, effectivement, à jouer un rôle primordial dans la guerre. Dans ce contexte, les écrivains et les intellectuels, qui subissaient la propagande autant qu’ils la produisaient ou la transmettaient, penchaient majoritairement du côté dominant et véhiculaient le plus souvent, sous une forme ou une autre (dans tous les sous-genres de “l’écriture politique” énumérés par Orwell), la “ligne” officielle. Il y eut d’autres qu’Orwell qui s’opposèrent à cette ligne, et il  y en eut davantage encore qui finirent, à un moment donné, par déchanter et par modifier leur point de vue. Mais nous pouvons anticiper sur notre argument, avant de regarder de plus près, en résumant ainsi ce qui nous semble définir le statut exemplaire d’Orwell parmi les écrivains dans la guerre d’Espagne : il vit juste (dans l’ensemble) plus tôt que les autres, il vit plus loin que les autres, et ceci exerça sur son évolution intellectuelle un effet plus ou moins contraire à celui que l’on constate chez d’autres écrivains, un effet qui fut très fructueux.

7Dans ce qui suit nous aborderons en premier lieu — nécessairement de façon schématique et partielle — la nature de l’engagement dans la guerre d’Espagne des intellectuels de gauche européens, pour ensuite engager la discussion sur la contribution d’Orwell dans ce contexte. Soulignons que le contexte désigné se limite spécifiquement à la gauche et à l’Europe. Si on voulait l’élargir pour inclure la droite, on pourrait relever un certain parallèle entre les Grands Cimetières sous la lune de Bernanos et Homage to Catalonia, bien que les différences entre les deux ouvrages nous semblent importantes aussi4. Dans les deux cas un écrivain plus ou moins isolé se distingue par une dénonciation de la terreur pratiquée dans son propre camp (terreur à laquelle il attribue une dimension qui dépasse la seule guerre). En outre, si on voulait inclure les Etats-Unis on y trouverait à peu près tous les cas de figure des intellectuels de gauche européens, et on constaterait une analogie entre le rôle de Dos Passos et celui d’Orwell5. Mais d’une part, nous avons évoqué ailleurs les écrivains américains dans la guerre d’Espagne6, et d’autre part il semble plus cohérent de nous borner ici à parler des intellectuels du côté républicain, puisqu’ils se trouvaient confrontés à la même situation.

8Cette situation se caractérise par l’occultation systématique de deux réalités essentielles : une révolution et une répression. La première année de la guerre dans le camp républicain se divise en effet en deux périodes distinctes :

  • premièrement de juillet 36 jusqu’à la fin de cette année, une grande mobilisation populaire avec expropriations de terres, d’usines, etc., constituant les débuts d’une révolution sociale ; les partis dont la politique est révolutionnaire (anarchistes, POUM) jouent un rôle de premier plan ;

  • deuxièmement à partir du début de l’année suivante, le démantèlement systématique par la coalition communiste/gauche modérée, des acquis du mouvement social, la marginalisation puis la suppression des partis révolutionnaires ; cette période aboutit aux événements de mai 1937, lorsque les communistes et leurs alliés prennent le pouvoir à Barcelone par la force, puis en juin interdisent le POUM, procèdent à des arrestations, emprisonnements, tortures et exécutions de prisonniers politiques (POUM et anarchistes).

9Le besoin de cacher les réalités gênantes de ces périodes contribua à l’élaboration de ce qu’on pourrait appeler un discours dominant du côté républicain : la “ligne” sur la guerre tenue par la coalition qui s’était imposée, répétée par la quasi-totalité de la presse étrangère et reflétée aussi, d’une manière plus ou moins subtile, par le courant majoritaire des intellectuels, qu’ils soient communistes ou compagnons de route “libéraux”, qu’ils soient restés chez eux ou qu’ils aient visité l’Espagne rapidement, ou encore qu’ils se soient engagés dans une unité de combat (le plus souvent les Brigades Internationales).

10Quels étaient les éléments de ce discours dominant ? D’abord, on définissait la guerre d’Espagne comme une lutte entre le fascisme et la démocratie, ou entre la barbarie atavique et la modernité, plutôt qu’entre les classes dirigeantes espagnoles et un peuple (paysannerie et prolétariat) en révolution. En parlant des fascistes on mettait l’accent sur les atrocités commises, qui pourraient écoeurer tout homme éclairé et de bonne foi. En parlant des républicains on les associait aux luttes libérales et démocratiques des siècles précédents : les Révolutions américaine et française, 1848, etc. En ignorant, ou tout au moins en sous-estimant largement, le mouvement révolutionnaire du début de la guerre, et en passant sous silence le retour en arrière et la répression politique ultérieurs, on présentait la première année après le soulèvement de Franco comme une simple évolution vers l’ordre, la discipline, et l’efficacité militaire, traitant toute considération qui ne fut pas d’ordre strictement militaire comme dépourvue d’intérêt, ou pire, comme un sabotage de l’effort militaire. Quant à ceux qui soulevaient ce genre de considérations — les partisans des partis révolutionnaires — si on ne les ignorait pas, en les rendant “invisibles”, on les ridiculisait, les traitant de loufoques et d’imbéciles, ou encore, et de plus en plus au cours de la guerre, on les accusait d’être à la solde de l’ennemi, des crypto-fascistes de la “cinquième colonne”.

11C’était donc cette version-là de la guerre, dans ses différentes variantes, que la plupart des écrivains engagés acceptaient, et traduisaient dans leurs propres énoncés de toutes sortes, plus ou moins complètement et avec plus ou moins de nuances. Ainsi, par exemple, Stephen Spender déclara dans Authors Take Sides on the Spanish War, publié à Londres en 1937 :

I support in Spain exactly such a movement of liberal and liberating nationalism as the English liberals supported in many countries still groaning under feudalism in the nineteenth century7,

12alors que l’année suivante, dans une émission radiophonique à Madrid destinée aux Etats-Unis, l’émigré allemand expressioniste Ernst Toller, ex-anarchiste passé au communisme, s’efforçait de rassurer ses auditeurs, affirmant que la propriété privée était respectée chez les loyalistes (ce qui était devenu vrai en 38, sous le gouvernement Negrin) et insistait sur le fait que leur lutte était contre les “royalistes économiques”. Dans la même émission Toller livrait ses impressions lors d’une visite récente à Barcelone, impressions qui ne peuvent qu’étonner quiconque a lu Orwell, car Toller se disait frappé surtout par le “fonctionnement de la démocratie”, par l’évidence que là, comme ailleurs en Espagne républicaine, on pouvait penser, parler, écrire librement et sans peur !8

13Quant à la manière de représenter les partis révolutionnaires, on peut citer un article d’octobre 37, du romancier et nouvelliste anglais Ralph Bates, soldat dans les Brigades, dans lequel il ne craint pas d’affirmer :

Three days before the Twelfth International Brigade... attacked Huesca in an attempt to help Bilbao, the POUM troops were playing football with the fascists in no man’s land9.

14Certains “compagnons de route” — comme André Malraux — refusèrent cependant d’attaquer ainsi une opposition avec laquelle ils étaient en désaccord. Lors d’une des conférences que faisait Malraux aux Etats-Unis pour faire de la publicité à la cause républicaine, quelqu’un dans l’auditoire essaya de le pousser à condamner le POUM : le romancier refusa de critiquer en quoi que ce soit ceux qui s’étaient battus et qui étaient morts à la défense de Madrid10. Par contre, une lecture attentive de L’Espoir révèle, à notre sens, que ce roman est profondément marqué par le discours dominant sur la guerre : la révolution et la répression en sont absentes, et la guerre y est représentée comme un mouvement apolitique vers l’efficacité militaire11.

15Il y eut quelques voix d’intellectuels, peu nombreuses du reste, qui exprimèrent les points de vue des groupes politiques dissidents. En Angleterre, deux écrivains qui étaient philosophiquement anarchistes soutinrent leurs camarades espagnols : Herbert Read visita la Catalogne où il observa avec admiration les communautés anarchistes, et composa par la suite un poème intitulé “A Song for the Spanish Anarchists” ; Aldous Huxley, pour sa part, déclara dans Authors Take Sides sa sympathie pour les positions anarcho-syndicalistes en Espagne, “much more likely to lead to desirable social change than highly centralised, dictatorial Communism”12. En France, Victor Serge représenta la perspective du POUM, puisqu’il fut leur correspondant à Paris pendant la guerre.

16D’autres intellectuels qui n’étaient directement associés avec aucune de ces tendances, essayèrent néanmoins — sans être trop écoutés — de témoigner des réalités désagréables dont ils avaient pris connaissance, de première ou de seconde main. André Gide, comme Orwell à plusieurs reprises, essuya un refus de publication, lorsqu’il proposa au journal Vendredi, de tendance Front Populaire, un article dénonçant la répression communiste dans les journées de mai à Barcelone13. Mais Cyril Connolly, dans un article, et surtout Franz Borkenau dans son excellent livre, The Spanish Cockpit, relevèrent le contraste entre les deux périodes de la guerre, révélé par deux voyages successifs en Espagne14.

17Tout cela ne pesa pas lourd, pourtant, à côté de la masse des écrits qui étaient dans la mouvance prédominante. La plupart des écrivains continuèrent à tenir, au moins publiquement, le discours dominant jusqu’à la fin de la guerre. Certains avaient depuis longtemps plus ou moins perdu leurs certitudes, mais craignaient de compromettre les chances de victoire des loyalistes. D’autres les avaient gardées, et continueraient à les garder, tel le romancier allemand Ludwig Renn, commandant communiste dans les Brigades, dont La Guerre d’Espagne, publié en RDA en 1956, met la technique et la discipline militaire avant tout, tient les anarchistes et le POUM pour seuls responsables de tous les maux du côté républicain, et laisse entendre que les “trotskistes” du POUM étaient liés aux fascistes15.

18Mais après la défaite, et à la suite de l’accord Hitler-Staline, beaucoup d’anciens communistes quittèrent le Parti, et d’anciens “compagnons de route” prirent leurs distances. Le plus souvent, cependant, l’abjuration du communisme ne s’étendait pas à une critique approfondie de la politique des communistes dans la guerre. On condamnait la répression des dissidents, tout en continuant à approuver le comportement et les positions des communistes par ailleurs. Ainsi Ralph Bates, dans un article qu’il écrit après avoir quitté le Parti à la fin de 1939, reproche aux communistes d’avoir faussement accusé le POUM de collaboration avec Franco (sans rappeler sa propre transmission du mensonge deux ans plus tôt dans le même journal), mais ajoute :

Lest I be thought to be unfairly critical of the Spanish Communist Party, let me say that that party throughout the civil war exercised marvellous patience, showed great wisdom... The Communists of the world, in their degrees, did the same. The tragedy of Spain was that the effective fighting forces were more or less limited to the Communist regiments16.

19De même, le roman de la guerre par l’Allemand Gustav Regler, La Grande Croisade, écrit en 1940 après que Regler aussi avait abandonné le communisme, s’il se montre hostile à la paranoïa de certains communistes qui voyaient des espions et des traîtres partout, jette tout le blâme de la défaite sur les autres partis17.

20Le cas d’Arthur Koestler est particulièrement instructif si l’on veut situer Orwell par rapport aux autres intellectuels européens, car après la deuxième guerre mondiale les deux sont devenus amis et collaborateurs, et depuis on les a souvent associés comme critiques du “totalitarisme”. Or la trajectoire de Koestler est tout à fait différente de celle d’Orwell, et beaucoup plus proche du courant majoritaire. Membre du parti communiste dès 1931, il travaillait dans l’appareil du Komintern lorsqu’éclata la guerre d’Espagne ; ses interventions en Espagne et ses écrits sur l’Espagne furent tous entrepris en collaboration avec le Komintern et en accord avec sa politique. Ensuite, après avoir quitté le parti en 1938, et ayant rejeté entièrement le communisme au moment de l’accord Hitler-Staline, Koestler dénonça les tactiques répressives des communistes en Espagne mais ne critiqua jamais plus largement leur rôle, ni ne modifia son attitude vis-à-vis des autres partis18.

21Koestler fit deux voyages en Espagne, tous deux patronnés par le Komintern : le premier à Séville, en territoire fasciste, ne dura que quelque jours parce qu’il fut reconnu comme communiste ; il en tira un livre de propagande, publié à Paris en 1937 et intitulé L’Espagne ensanglantée. Le second voyage, dont le but principal était de sortir de l’Espagne républicaine des archives pour le Komintern à l’insu des anarchistes, aboutit à son arrestation par les fascistes lors de la chute de Malaga. Après plusieurs mois dans une prison fasciste où il s’attendait quotidiennement à être fusillé, il fut libéré et revint en Angleterre où il publia un deuxième livre sur l’Espagne : Spanish Testament (Left Book Club, 1938).

22Or la première partie de ce texte, qui est en fait la traduction anglaise de L’Espagne ensanglantée19, est en général un fidèle reflet du discours dominant sur la guerre. L’ouvrage est préfacé par une duchesse “compagnon de route”, et Koestler y cache soigneusement son identité de communiste, en posant comme liberal. Il présente la guerre comme un conflit entre la réaction moyenâgeuse et l’aspiration à la démocratie libérale, raconte en grand nombre et avec force détails des histoires d’atrocités fascistes, ainsi que quelques incidents concernant les anarchistes, dont le but évident est de démontrer l’absurdité et la dangereuse inefficacité de ces derniers.

23Dans son autobiographie, publiée longtemps après son abandon du communisme, si Koestler se montre gêné par la manipulation des histoires d’atrocités (y compris quelques “interpolations” pour les améliorer), il semble garder le même point de vue sur les anarchistes (il  parle notamment du “soulèvement anarchiste à Barcelone”). Et surtout il justifie ses options de l’époque par l’ignorance. Il dresse une longue liste des méfaits des communistes en Espagne, pour préciser : “All this we know today, but did not know then...”20. L’inconvénient, c’est que quelqu’un d’autre savait bel et bien “tout cela” au moment même des méfaits : George Orwell.

24Si le témoignage d’Orwell sur la guerre d’Espagne est donc de la première importance, il est vrai aussi que l’on pourrait difficilement surestimer l’importance de cette guerre pour Orwell. Car, au contraire de la plupart des intellectuels, pour qui elle occasionna le désillusionnement et le désarroi politiques, souvent accompagnés d’un désengagement ou d’une évolution vers la droite, Orwell vit ses convictions renforcées. On peut dire qu’il trouva sa voie politique en Espagne, et cette voie fut de gauche, voire révolutionnaire. En juin 1937 il écrit déjà à Cyril Connolly, alors qu’il est toujours à Barcelone : “I have seen wonderful things and at last really believe in Socialism, which I never did before”21. Et une dizaine d’années plus tard, dans “Why I Write” (1946) il se rendra compte rétrospectivement que la guerre d’Espagne avait cristallisé l’orientation politique qu’il garderait ultérieurement, une orientation qui fut double :

The Spanish war and other events22 in 1936-37 turned the scale and thereafter I knew where I stood. Every line of serious work that I have written since 1936 has been written, directly or indirectly, against totalitarianism and for democratic socialism, as I understand it23.

25Or la guerre lui fit découvrir non seulement sa voie, mais aussi sa voix, le type et le style d’écriture que nous associons avec le pseudonyme George Orwell : dans l’essai de 1946, il affirme que pendant cette même dizaine d’années son grand but avait toujours été de “faire de l’écriture politique un art”.

26Certains de ses écrits sur la guerre d’Espagne — surtout Homage to Catalonia — sont parmi ses meilleures réalisations artistiques dans ce genre. Et il ne nous semble pas exagéré de dire, en dépit des analogies que l’on a été parfois tenté d’établir avec d’autres auteurs24, que la contribution d’Orwell sur ce sujet est unique. Ceci non seulement en vertu du timing de ses aperçus — ils commencent dès juin 1937 — mais aussi de leur envergure. Envergure à la fois de sa compréhension de la guerre elle-même, et de ce qu’elle laisse présager, de ce qui va au-delà d’elle.

27La nature sui generis du témoignage d’Orwell tient peut-être en partie au fait que son expérience de la guerre fut différente de celle d’autres écrivains : au lieu de faire une visite officielle, d’être aux Brigades ou proche du pouvoir gouvernemental, Orwell fut combattant dans une unité du POUM (et ensuite de l’ILP — Independent Labour Party — britannique, lié au POUM), dans une Catalogne à forte tendance anarcho-syndicaliste. Orwell prétendait toujours que cette expérience excentrique dépendait beaucoup du hasard : d’abord en ce qui concerne son premier engagement dans l’unité du POUM, et ensuite par rapport à la prolongation de son séjour à Barcelone avant de réaliser sa décision tardive d’intégrer les Brigades. Ce retard fit de lui un témoin (engagé, du côté du POUM) des événements de mai 37 à Barcelone.

28A plusieurs reprises Orwell s’interroge sur ce qui serait arrivé si les choses s’étaient passées autrement : dans une lettre à un ami il suppose que s’il avait rejoint les Brigades dès le début il aurait probablement fini par être emprisonné ou fusillé, “for being ‘politically unreliable’”25. Mais dans Homage, au contraire, il se demande si, ayant rejoint les Brigades avant les événements à Barcelone, il n’aurait pas accepté la version officielle de l’incident donnée par les communistes26. Quoiqu’il en soit, il semble clair que le hasard ne peut pas à lui seul rendre compte du caractère unique du témoignage, caractère qui tient en grande mesure aux prédispositions et à la qualité de l’esprit d’Orwell avant d’arriver en Espagne. Car Orwell était déjà, en 1936, un penseur indépendant et intègre, avec une attitude fortement critique à l’égard des communistes, du point de vue d’un socialisme “gauchiste”.

29C’est cette attitude qui transparaît partout dans ce qu’Orwell écrira sur la guerre d’Espagne, dans un corpus qui comprend, en dehors d’Homage, des lettres, des comptes rendus, des essais — notamment “Spilling the Spanish Beans”, rédigé avant Homage, immédiatement à son retour d’Espagne, et “Looking Back on the Spanish War” (1943).

30Orwell recevait et lisait des journaux britanniques en Espagne, et voyait, déjà avant de rentrer en Angleterre, que le reportage sur la guerre était radicalement faussé par la propagande communiste/libérale. Aussi rencontra-t-il des difficultés, dès son retour, pour faire entendre son point de vue. D’abord avec “Spilling the Spanish Beans”, refusé par le New Statesman and Nation. Orwell avait aimé l’article de Connolly sur la situation en Espagne, publié par la même revue en février 37, mais dans son propre essai Orwell allait beaucoup plus loin que son ami. On l’informa que l’article n’était pas en conformité avec la politique du New Statesman, et Orwell fut obligé de le publier dans une revue moins connue et diffusée.

31De la même manière, Gollancz, l’éditeur de ses livres précédents, refusa de publier son livre annoncé sur l’Espagne, même avant qu’il l’ait commencé27. Orwell finit par publier Homage avec une maison d’édition de gauche moins bien établie et moins importante, Secker & Warburg. Une fois publié, Homage eut toujours un public modeste : lors d’une première édition, il se vendit moins de la moitié des 1500 exemplaires parus, dans les six premiers mois. A la mort d’Orwell, il restait des invendus. Homage demeure d’ailleurs un des livres les moins lus d’Orwell28.

32Le black-out ne fut certes pas total sur ce qui se passait véritablement en Espagne, comme Orwell finit par l’admettre. Son livre reçut des comptes rendus plutôt favorables, puis, peu à peu d’autres livres dissidents parurent, et, pour mieux ventiler la discussion, Orwell en fit souvent le compte rendu (notamment du Spanish Cockpit de Borkenau, selon Orwell le meilleur livre sur le sujet). Toujours est-il que les voix contestataires restèrent très marginales tout au long de la guerre.

33Qu’y a-t-il donc de dérangeant dans le propos d’Orwell sur la guerre d’Espagne, qu’est-ce qui va à l’encontre du discours dominant ? D’abord, bien entendu, tout ce qu’il a à dire sur la répression : restauration du statu quo ante social et suppression de l’opposition politique. Il va jusqu’à affirmer, dans “Spilling the Spanish Beans”, que le gouvernement a davantage peur de la révolution que des fascistes, que la véritable lutte est maintenant entre révolution et contre-révolution, et dans divers écrits il évoquera : le retour des inégalités, avec l’esprit de cynisme et d’indifférence ; le manque d’approvisionnement en armes, pour les affaiblir, des milices anarchistes et du POUM, avec des conséquences militaires négatives ; les journées de mai à Barcelone, selon Orwell déclenchées par des initiatives gouvernementales (c’est-à-dire communistes) et non anarchistes ; la persécution des partis dissidents, en particulier du POUM, qui fonctionne comme bouc émissaire (en février 38 Orwell prétenda qu’il y avait environ trois mille prisonniers politiques non-fascistes)29.

34Mais tout aussi gênant, sinon plus, est-ce qu’il dit concernant la révolution. D’abord, l’insistance sur le fait que les débuts d’une révolution avaient bien eu lieu, et les descriptions frappantes des manifestations de cette révolution qu’Orwell avait observées et vécues, à Barcelone et au Front. Et encore son argument, répété à plusieurs reprises, que la guerre, étant révolutionnaire, était “essentiellement” une guerre de classes, ouvriers et paysans contre bourgeois, malgré le fait que l’élément de la réaction féodale chez Franco avait poussé une partie de ceux-ci dans le camp républicain. Orwell le croira toujours en 1943, lorsqu’il écrira dans “Looking Back on the Spanish War”:

The broad truth about the war is simple enough. The Spanish bourgeoisie saw their chance of crushing the labour movement, and took it, aided by the Nazis and by the forces of reaction all over the world30.

35Enfin, au-delà de la constatation d’une situation révolutionnaire et de l’interprétation sociologique de la guerre, Orwell fit un pas supplémentaire : il estima, pendant et après la guerre, que probablement (mais il n’ira pas plus loin que ce “probablement”) la meilleure stratégie pour gagner la guerre était, ou aurait été, de continuer à développer la révolution. Car cela pourrait donner une motivation suffisante aux soldats républicains, pourrait appeler à la révolte le peuple derrière les lignes fascistes, et susciter le soutien actif de la classe ouvrière dans d’autres pays. En 1943, cependant, dans “Looking Back...”, Orwell était arrivé à la conclusion qu’aucune stratégie n’aurait marché, vraisemblablement, contre l’immense supériorité matérielle et technique des fascistes31.

36Ces positions le rendent très proche du POUM et de l’ILP (dont il devint membre pendant une courte période après son retour d’Espagne), malgré ce qu’il put dire pour s’en différencier. Dans Homage Orwell prétend qu’en arrivant en Espagne il partageait la perspective dominante, parce qu’il avait été intoxiqué, lui aussi, par la propagande. Ceci est sans doute vrai dans une certaine mesure, mais il est clair aussi qu’il y avait déjà chez lui une forte prédisposition envers la politique “gauchiste”. Celle des anarchistes également : Orwell dit a plusieurs reprises, en effet, que s’il avait mieux connu la situation en arrivant en Espagne il aurait rejoint une unité anarco-syndicaliste. Mais il semble avoir été attiré surtout par un état d’esprit chez les anarchistes (et qu’il trouvait chez les espagnols en général) ; ses analyses ressemblent globalement le plus à celles des groupes “trotskisants”32.

37Mais dans ce qu’Orwell écrivit sur la guerre d’Espagne, peut-être le plus important est ce qui la dépasse, débouchant sur des questions plus générales. D’abord, sur la question de ce qu’il finira par appeler le “totalitarisme” ; si celui-ci ne portait pas encore son nom en Espagne, c’est là où Orwell vit ses premières manifestations. Dans “Looking Back...” il raconte :

I remember saying once to Arthur Koestler, ‘History stopped in 1936’, at which he nodded in immediate understanding. We were both thinking of totalitarianism in general, but more particularly of the Spanish Civil War... In Spain, for the first time, I saw newspaper reports which did not bear any relation to the facts, not even the relationship which is implied in an ordinary lie...33

38Dans Homage Orwell avait analysé en détail le caractère radicalement mensonger de ces articles de journal qui “réécrivaient” l’histoire selon une ligne idéologique. D’autres écrivains engagés du côté républicain — entre autres, Koestler dans Spanish Testament — avaient fait la même démarche avec la presse fasciste ; mais ce qui était original chez Orwell, c’était de voir et d’examiner ces symptômes “totalitaires” dans le discours des Staliniens dans son propre camp. En ce faisant, il avançait déjà vers Animal Farm et 1984. Dans Homage il fut déjà conscient du tort immense que la mentalité ainsi révélée pouvait faire à la cause pour laquelle il se battait. Et, lorsqu’il déclara plus tard (en février 38), “I hold the outmoded opinion that in the long run it does not pay to tell lies...”34, il énonca peut-être une vérité dont nous ne commençons que maintenant à mesurer la portée.

39Mais la guerre eut pour Orwell une dimension positive au moins aussi importante : l’expérience concrète et vivante du “socialisme”. A Barcelone, et surtout au Front, où il la véçut plus intimement, Orwell assista à une tentative d’égalitarisme hors du commun : “Human beings were trying to behave as human beings and not as cogs in the capitalist machine”. Les passages de Homage qui l’évoquent font sentir vivement le caractère utopique, au sens fort, de ce moment vécu. C’est un “interregnum” dans la vie d’Orwell, totalement différent que ce qui l’a précédé et de ce qui va probablement le suivre, un instant de rupture radicale, “strange and valuable”, qui se donne en préfiguration (“a foretaste of Socialism”), en modèle ou en microcosme d’un monde hypothétique futur35. Cette expérience paradoxale et lumineuse — vivre concrètement dans le présent une société sans classes qui n’existe pas encore — marquera tout aussi profondément Orwell que celle du totalitarisme, même si, dans le découragement de tous les espoirs après la deuxième guerre mondiale, ce sera le cauchemar et non le rêve utopique qui dominera son oeuvre ultérieure.

40On pourrait se poser une dernière question : est-ce qu’Orwell modifia plus tard son interprétation de la guerre d’Espagne ? Pour l’essentiel, il semblerait que non, si l’on peut juger par ses écrits publiés. Nous avons déjà cité plusieurs passages dans “Looking Back...” qui corroborent plutôt que contredisent ses positions antérieures. Mais sur un point il semble vouloir apporter une correction dans cet essai rétrospectif : malgré leurs mensonges concernant les conflits politiques internes, “the broad picture of the war which the Spanish government presented to the world was not untruthful. The main issues were what it said they were”36. Cependant, Orwell introduit ici une contradiction flagrante : car, quelques paragraphes plus haut il avait réaffirmé sa conviction (et il l’appelle “the broad truth about the war”) qu’il s’agissait d’une guerre de classes, avec la bourgeoisie du côté fasciste. Et comme nous avons pu le constater, ce n’était assurément pas ce que la coalition gouvernementale affirmait ! Le lapsus d’Orwell s’explique peut-être par le fait que l’essai fut écrit à une date assez tardive dans la deuxième guerre mondiale, alors que les espoirs qu’avait eus Orwell de voir ce conflit devenir une révolution en Angleterre37 s’amenuisaient, et l’essentiel paraissait être de gagner la guerre contre Hitler par l’agence des gouvernements bourgeois. Ainsi, le passage à une identification avec la position gouvernementale en Espagne. Mais lorsqu’Orwell exprima directement sa position sur la guerre d’Espagne, elle resta ce qu’elle avait toujours été.

41En conclusion, relevons un paradoxe. Dans l’article sur Koestler cité en introduction, Orwell fait remarquer que les maîtres de “l’écriture politique” — Silone, Malraux, Serge, Koestler — sont tous du Continent, et non britanniques. Or, en ce qui concerne ce genre appliqué à la guerre d’Espagne, nous avons essayé de montrer que c’est l’Anglais George Orwell qui se distingua de manière exceptionnelle. Ajoutons que la grande véracité du discours d’Orwell sur la guerre semble se confirmer de plus en plus. Ce n’est pas tant la corroboration, selon ses deux biographes38, du récit de son expérience personnelle par ceux qu’il côtoyait en Espagne, mais bien davantage la confirmation que l’historiographie récente peut apporter à beaucoup de ses intuitions globales. Si l’historien Hugh Thomas, l’auteur de la Spanish Civil War (1961), avait formulé des réserves sur le témoignage d’Orwell, elle portèrent surtout sur des questions de détail ; c’est à un autre niveau, plus significatif à notre sens, que se situe la confirmation des analyses d’Orwell du rôle des communistes et de l’URSS, offerte par Pierre Broué l’année passée avec la publication des résultats de sa recherche dans les archives du Komintern, récemment ouvertes39. En fin de compte, cependant, la contribution principale des écrits d’Orwell sur la guerre d’Espagne restera peut-être ce qui dépasse celle-ci, dans la pénétration avec laquelle le visionnaire Orwell sut voir dans cette guerre la figure, non seulement du faux espoir mais aussi du vrai.

Notes de bas de page numériques

1 Rédigé en septembre 1944, publié dans Focus, 2, 1946 et repris dans The Collected Essays, Journalism and Letters of George Orwell, eds Sonia Orwell et Ian Angus, 4 vols (Londres: Secker & Warburg, 1968), III, p. 234. Par la suite abrégé en CEJL.
2 “The Prevention of Literature”, publié dans Polemic, 2 janvier 1946, repris dans CEJL, IV, p. 67.
3 George Orwell, Homage to Catalonia (New York: Harcourt, Brace and Co., 1952), p. 46.
4 Le livre de Bernanos, plutôt décousu et disparate, n’est que partiellement consacré à la guerre. Et les portions qui la concernent représentent le point de vue d’un non-participant, et de quelqu’un qui se trouvait loin des centres du conflit : sur l’île de Majorque.
5 Bien que les effets sur la carrière littéraire des deux auteurs furent aux antipodes : voir Robert Sayre, “Anglo-American Writers, the Communist Movement and the Spanish Civil War : The Case of Dos Passos”, RFEA 29 (1986).
6 “La Guerre d’Espagne : écrivains et écriture aux Etats-Unis”, RFEA 55 (1993).
7 Cité dans Spanish Front: Writers on the Civil War, ed. V. Cunningham (Londres: Oxford UP, 1986).
8 Voir Spanish Front, pp. 72-75.
9 New Republic, 20 oct. 1937. Cité dans Stanley Weintraub, The Last Great Cause: The Intellectuals and the Spanish Civil War  (Londres: W.H. Allen, 1968), p. 107.
10 Ibid., p. 290.
11 Pour une analyse détaillée, voir Robert Sayre, “L’Espoir  and Stalinism”, dans Witnessing André Malraux: Visions and Re-visions, eds B. Thompson et C.A. Viggiani (Middletown, CT: Wesleyan UP, 1984).
12 Voir Weintraub, The Last Great Cause, p. 74, et Spanish Front, p. 54.
13 Voir Frederick R. Benson, Writers in Arms: The Literary Impact of the Spanish Civil War (New York: New York UP, 1967), pp. 17-18. Un émigré allemand, Hans Erich Kaminski, publia cependant un livre, Ceux de Barcelone, à Paris en 1938.
14 Cyril Connolly, “A Spanish Diary”, New Statesman and Nation, 20 février 1937 ; Franz Borkenau, The Spanish Cockpit: An Eye-Witness Account of the Political and Social Conflicts of the Spanish Civil War (Londres: Faber and Faber, 1937).
15 Der Spanische Krieg, Aufbau Verlag, 1956. Voir Henri Plard, “Les écrivains allemands”, dans Les écrivains et la guerre d’Espagne, ed. Marc Hanrez (Paris: Panthéon Press, “Les Dossiers H”, 1975), pp. 24-27.
16 New Republic, 13 décembre 1939. Cité dans Weintraub, The Last Great Cause, pp. 329-30.
17 Publié en anglais sous le titre The Great Crusade: (New York: Longmans, Green, 1940). Voir Benson, Writers in Arms, p. 282.
18 Koestler raconte sa “sortie” du parti communiste et du communisme dans The God That Failed, ed. R. Crossman (New York: Harper & Row, 1950). Voir aussi Benson, Writers in Arms, p. 285.
19 Voir son autobiographie, tome II : The Invisible Writing (New York: Macmillan, 1954), p. 337. La deuxième partie, rédigée après le second voyage, est le récit de son expérience en prison.
20 Koestler, The Invisible Writing, pp. 325, 329.
21 CEJL, I, p. 268.
22 Vraisemblablement les procès de Moscou.
23 CEJL, I, p. 354.
24 Outre Koestler, on a par exemple rapproché Orwell à Gustav Regler : Richard Bjornson, “Betrayed Revolution and the Persistent Ideal : Regler, Orwell and the Spanish Civil War”, dans Red Flags, Black Flags: Critical Essays on the Literature of the Spanish Civil War, ed. J. B. Romeiser (Potomac, MD: Studia humanitatis, 1982).
25 Lettre à Jack Common, octobre ( ?) 1937: CEJL, I, p. 289.
26 Orwell, Homage to Catalonia, p. 117.
27 Voir la lettre à R. Heppenstall, du 31 juillet 1937 : CEJL, I, p. 279.
28 Voir Peter Lewis, George Orwell : The Road to 1984 (New York: Harcourt Brace Jovanovich, 1981), p. 67. Selon Raymond Williams ce manque de succès ultérieur s’explique par le fait que le grand public des oeuvres tardives d’Orwell se trouve gêné par la perspective révolutionnaire explicitement affichée dans cette période : Orwell (Londres: Flamingo/Fontana, 1984), p. 59.
29 Voir notammentCEJL, I, pp. 269-70, 300 ; Homage to Catalonia, pp. 137, 150.
30 CEJL, II, p. 256 ; CEJL, I, pp. 344-45 ; et Homage to Catalonia, pp. 48, 52.
31 CEJL, II, p. 262 ; voir aussi Homage to Catalonia, pp. 49, 68-70.
32 Sur la position politique d’Orwell, voir notamment Homage to Catalonia, pp. 47, 58, 62-63, 116 ; CEJL, I, pp. 289, 317-18, 336-38 (“Why I Joined the ILP”, New Leader, 24 June, 1938).)
33 CEJL, II, p. 256.
34 CEJL, I, p. 298.
35 Homage to Catalonia, pp. 6, 27, 103-104.
36 CEJL, II, p. 257.
37 Une révolution “patriotique”, telle qu’Orwell la conçoit dans The Lion and the Unicorn (1941).
38 Voir notamment, Bernard Crick, George Orwell, une vie (Paris: Seuil, 1984), p. 286 ; mais les entretiens supplémentaires conduits par Michael Shelden (Orwell, the Authorized Biography, New York: Harper Collins, 1991), aboutissent à la même conclusion.
39 Pour les critiques de Hugh Thomas, voir CEJL, I, p. 317n, et Averil Gardner, George Orwell (Boston: Twayne, 1987), pp. 75, 142 ; et voir Pierre Broué, Staline et la révolution : le cas espagnol (Paris: Fayard, 1994).

Pour citer cet article

Robert Sayre, « Guerre d’Espagne et politique chez les intellectuels de gauche européens », paru dans Cycnos, Volume 11 n°2, mis en ligne le 24 juin 2008, URL : http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=1433.


Auteurs

Robert Sayre

Université de Paris VI