Cycnos | Volume 11 n°2 Autour d'Orwell - 

Antoine Capet  : 

Gollancz et Orwell : même combat ?

Texte intégral

1Il est dans la démonologie orwellienne un personnage qui figure au tout premier rang1 : l’éditeur Victor Gollancz (1894-1967). Le passage de sa lettre à Rayner Heppenstall du 31 juillet 1937 où Orwell écrit que Gollancz “is of course part of the Communism-racket”2 est rappelé à la fois par Bernard Crick dans sa biographie d’Orwell3 et par David Caute dans sa monographie sur les “compagnons de route”4. La critique se fait encore plus féroce lorsque Bernard Crick voit en Gollancz, non un simple compagnon de route, mais un “fellow-travelling tightrope walker”5 : la naïveté de celui qui s’extasie devant “le premier pays socialiste” peut être pardonnée, mais les accommodements avec sa conscience pour ménager la chèvre et le choux ne peuvent l’être en aucun cas.

2Dans une lettre à son agent littéraire Leonard Moore (3 juillet 1945), Orwell instruit très directement le procès de Gollancz :

I have no quarrel with him personally, he has treated me generously and published my work when no one else would, but it is obviously unsatisfactory to be tied to a publisher who accepts or refuses books partly on political grounds and whose own political views are constatly changing. When I wrote Animal Farm, for instance, I knew in advance that it would be a very difficult book to find a publisher for, and having to submit it to Gollancz simply meant that much time wasted. This might happen over and over again, and judging by some of the things he has published during the past year or two, I doubt whether I could now write anything that Gollancz would approve of. For instance, I recently started a novel [1984] […] but I am pretty sure Gollancz would refuse it when the time comes, unless by that time his views have altered again6.

3Ainsi Orwell, toujours méfiant vis à vis du “communisme bourgeois” comme nous le rappelle Raymond Williams7, aurait trouvé chez Gollancz l’archétype de tout ce qu’il exécrait. Quand Orwell écrit en 1944 : “The sin of nearly all left-wingers from 1933 onward is that they have wanted to be anti-Facist without being anti-totalitarian”8, il énonce probablement l’élément central de sa conception de l’honnêteté en politique, mais justement, on peut sérieusement se demander si les “acrobaties” de Gollancz, pour poursuivre l’image de Bernard Crick, ne sont pas plutôt dues à une prise de conscience proche de celle d’Orwell — certes plus tardive — qui le fait se débattre comme un torturé pour échapper au “péché” dénoncé par Orwell.

4André Gluckmann écrit que dans 1984 “Orwell étale les transformations que doit subir et s’infliger un intellectuel occidental pour devenir un Soviétique bien pensant”9 et le schéma semble de prime abord s’appliquer parfaitement à Gollancz : de la fondation du Left Book Club en mai 1936 au dernier mois de paix en août 1939, la position de Gollancz ne cessera de se rapprocher de celle des “staliniens”. Il l’écrira lui-même dans un de ses ouvrages autobiographiques :

I personally allowed myself […] to get into a false position, intellectually, with the communist movement itself: which I can express perhaps by saying that for fifteen months I was as close to the communists as one hair to another and that for every minute of those months I was billions of light years away from them10.

5Rappelons que la carrière dans l’édition de Gollancz débute en 1922 chez (Sir) Ernest Benn11 et qu’il fonde sa propre maison d’édition, avec le soutien financier de sa famille et de quelques amis, en 1928. Son fonds se constitue en premier lieu sur la littérature générale et les romans policiers, mais dès le début des années 1930 il se lance dans une direction plus “politique”, avec un succès certain : The Intelligent Man’s Guide Through World Chaos de G. D. H. Cole (1932) se vendra à 50 000 exemplaires12. Mais c’est bien évidemment avec la fondation du Left Book Club, auquel son nom reste si étroitement attaché, qu’il atteindra la notoriété. L’ironie veut que l’idée ne soit pas venue de lui, mais de la Worker’s Bookshop, célèbre librairie communiste de Londres, qui en 1935 cherche des éditeurs “de gauche” prêts à lancer avec elle un club de livres politiques, un peu à la manière du Book-of-the-Month Club qui est déjà en place depuis 1926 aux Etats-Unis. Ces démarches n’aboutiront pas, mais en 1936 Gollancz reprendra l’idée à son compte : ce sera la fondation du Left Book Club, qui fonctionnera ensuite sans interruption jusqu’en 194813.

6Dans l’optique d’un Left Book Club “vendu aux staliniens”, le premier ouvrage sélectionné par le club, en mai 1936, apparaît certes caricatural : France Today and the People’s Front, de Maurice Thorez. Mais nous sommes alors en pleine période “unitaire” et les trois membres du Comité de sélection : Victor Gollancz lui-même, Harold Laski (professeur de sciences politiques à la London School of Economics et membre du National Executive Committee du Parti travailliste) et John Strachey (député travailliste de 1929 à 1931 et auteur d’ouvrages économiques très proches de la “ligne” du Parti communiste de Grand-Bretagne dans les années 1930) sont convaincus de la logique de l’équation : gauche = anti-facisme = union de tous les anti-facistes = union avec les communistes staliniens = “Front populaire” à la française. Rappelons, en schématisant, qu’il existe alors trois “gauches” en Grande-Bretagne :

  • les héritiers de la Socialist League et l’Independent Labour Party, les “Trotskyistes”, qui gardent leurs distances vis-à-vis à la fois des travaillistes et des communistes ;

  • les travaillistes emmenés par Attlee après la “trahison” de 1931, qui se méfient de l’agitation “trotskyiste” et encore plus de l’entrisme com-muniste : tout membre du Communist Party of Great Britain (CPGB) perd le droit d’adhérer au Parti travailliste et tout appel à une alliance officielle avec les communistes, à la création d’un “People’s Front” en d’autres termes, rend son auteur suspect de malveillance à l’encontre des travaillistes ;

  • les communistes du CPGB qui, après la politique suicidaire “classe contre classe” menée en Allemagne, sont les vigoueux avocats d’un Front populaire où toutes les forces de gauche oublieraient ou à tout le moins tairaient leur vieilles querelles face à la montée de l’ennemi commun. Dans cette optique, tous ceux qui refusent ce front unitaire (travaillistes et “gauchistes” au premier chef) sont “objectivement” des alliés du fascisme.

7On voit de suite ce qui ne pouvait qu’opposer Orwell et ceux qu’il appellera dès 1938 les “Left Bookmongers”14 : tandis qu’Orwell appartient sans conteste au premier camp, le triumvirat qui règne sur le Left Book Club, bien que faisant officiellement partie du deuxième camp (Gollancz a lui aussi sa carte du Parti travailliste), mène ouvertement campagne en faveur des idées du troisième! Or ces idées ne laissent, par hypothèse, aucune place aux doutes, aux interrogations, aux hésitations, aux scrupules, à l’esprit critique — disons le mot : à l’honnêteté intellectuelle — pour ceux qui comme Orwell veulent affirmer que, même dans le cas de l’objectif éminemment louable de la destruction de Hitler, la fin ne justifie pas les moyens.

8C’est dans le développement qu’il consacre à The Road to Wigan Pier, sélection du Left Book Club pour mars 1937, que Bernard Crick introduit le qualificatif déjà cité de “tightrope walker” à propos de Gollancz, et c’est vrai que — tout au moins dans ses relations avec Orwell — jamais Gollancz n’a fait un numéro d’équilibriste aussi périlleux. Le même Bernard Crick nous rappelle en premier lieu l’importance capitale de l’impulsion initiale donnée par Gollancz à la carrière d’Orwell :

Victor Gollancz was the deus ex machina who decisively tilted the still-uncertain and experimenting Orwell in the direction of becoming a political writer, though Gollancz would later wish to dissociate himself from some of the results. That same January 1936, he commissioned Orwell to write a book about the condition of the unemployed in the industrial north of England […]. Orwell accepted readily Gollancz’s suggestion of going north, especially as he offered an advance of £500, a very big advance indeed for the time. Orwell told Geoffrey Gorer that but for the money he would never have gone. Advances are, of course, seldom if ever quite all that the word implies. Some money came on signature of the contract, some on delivery of the manuscript, and some not until publication. The total, however, was about twice the amount Orwell counted on for each year’s survival; so he could now plan ahead, and indeed marry Eileen. For the first time he could feel reasonably secure, even modestly successful, as a professional writer15.

9Lorsque le manuscrit est prêt en décembre 1936, ce que Ruth Dudley Edwards appelle “Orwell’s dislike of orthodoxy” pose problème à Gollancz, car “his Road to Wigan Pier proved to be one-half superbly valuable propaganda about the social conditions endured by the working class, and one-half embarrassingly frank and satirical criticism of the British Left”16.

10Gollancz est donc partagé entre son flair d’éditeur et son désir de ne pas déplaire à ceux qu’Orwell appelera plus tard ses “Communist pals”17 : on sait que le premier l’emporte au point de faire du manuscrit un “Left Book Club Choice” —au départ, ce ne devait être qu’un livre “ordinaire” de chez Gollancz, comme l’a établi Bernard Crick18. Tentant de désamorcer les critiques communistes, Gollancz écrit pour les lecteurs du Left Book Club une introduction qu’il reniera plus tard, où il avance notamment, et bien sûr à tort, que la deuxième partie du livre est rédigée du point de vue d’un “devil’s advocate for the case against Socialism”. Cette tentative échoue à tel point que Harold Laski lui-
même — rappelons que c’est l’un des trois “sélectionneurs” — attaque le livre dans Left News, le bulletin du club19! L’ironie, c’est que non seulement le livre
se situe parmi les meilleures ventes du Left Book Club — plus de 40 000 exemplaires20 — mais aussi qu’il alimente pendant des mois au sein des sections locales du club un débat sur la nature du socialisme qui sent le soufre pour les “compagnons de route”. Les attaques de Harry Pollitt (secrétaire général du CPGB) et du Daily Worker, qui se poursuivent tout l’été jusqu’à ce qu’Orwell fasse intervenir Gollancz pour qu’il réfrène leurs ardeurs21, n’auront donc guère entamé son succès, mais cet épisode montre bien un Gollancz écartelé entre sa crainte de “désespérer Dagenham” — pour transposer la célèbre formule — et son plaisir de voir un autre de ses auteurs trouver un large écho dans le public de gauche.

11Si l’“affaire” de The Road to Wigan Pier est fort bien documentée, en revanche il ne reste guère, semble-t-il, de traces écrites de l’“affaire” suivante, à savoir la rupture à propos de Homage to Catalonia. Tout ce que l’on a, c’est l’annonce par Orwell dans une lettre du 9 mai 1937 à Gollancz écrite à Barcelone qu’il espère en sortir vivant pour rédiger un livre sur ce qu’il a vu22, ainsi qu’une autre lettre (à Rayner Heppenstall, 31 juillet 1937) où il indique que Gollancz, apprenant qu’il avait combattu aux côtés des anarchistes et du POUM, avait refusé le livre avant même que le premier mot en ait été écrit. Cette fois, donc, aucun numéro d’équilibriste n’a été à déplorer de la part de Gollancz. Orwell ajoute, ce qui se révèlera capital pour leurs relations à venir : “I think he must have very astutely foreseen that something of the kind would happen, as when I went to Spain he drew up a contract undertaking to publish my fiction but not other books”23.

12Les ponts ne sont donc pas entièrement rompus entre Gollancz et Orwell, puisque Coming Up for Air, en tant que “roman”, paraîtra en juin 1939 chez Gollancz, sans aucune demande de coupure, même pour la dizaine de pages, malheureusement trop longues à reproduire ici, où Orwell fait une description d’un férocité impitoyable d’une réunion publique organisée par le Left Book Club dans un endroit miteux un soir de brouillard. Quelques lignes sur l’orateur invité peuvent cependant peut-être donner une idée du ton employé par Orwell :

“Bestial atrocities… Hideous outbursts of sadism… Rubber truncheons… Concentration camps… Iniquitous persecution of the Jews… Back to the Dark Ages… European civilization… Act before it is too late… Indignation of all decent peoples… Alliance of the democratic nations… Firm stand… Defence of democracy… Democracy… Fascism… Democracy… Fascism… Democracy…”

You know the line of talk. These chaps can churn it out by the hour. Just like a gramophone. Turn the handle, press the button, and it starts. Democracy, Fascism, Democracy. But somehow it interested me to watch him. A rather mean little man, with a white face and a bald head, standing on a platform, shooting out slogans. What’s he doing? Quite deliberately, and quite openly, he’s stirring up hatred. Doing his damnedest to make you hate certain foreigners called Fascists. It’s a queer thing, I thought, to be known as “Mr So-and-so, the well-known anti-Fascist”. A queer trade, anti-Fascism24.

13Et pourtant, Gollancz se concentre plus que jamais sur son Left Book Club et sur ce que Ruth Dudley Edwards appelle “the case for anti-fascist unity”25. Le dernier “choix” à paraître avant la déclaration de guerre ira lui aussi, il faut bien le dire, dans le sens de la caricature stalinienne : il s’agit de The Condition of the Workers in Great Britain, Germany and the Societ Union 1932-1938, de Jürgen Kuczynski. En parcourant la conclusion, on trouve bien entendu les dithyrambes attendus :

Labour conditions in the Soviet Union improved moderately between 1932 and 1934; between 1934 and 1938 an improvement has taken place which has no parallel in the history of labour. […]

The children, the sick and aged workers are betted cared for in the Soviet Union than in Great Britain. […]

If present trends continue, every year now will widen the gap between conditions in the Soviet Union and capitalist Great Britain. […]

In both the capitalist countries, there are millions of workers and workers’ families who are underfed […] Such an army of underfed workers is not to be found in the Soviet Union.

14avec en prime les punch lines finales : “In the Soviet Union the worker has gained within a few years more freedom than the workers in other countries have gained in a century”26.

15Quelques mois plus tôt, Orwell ironisait déjà sur ce genre de publication : “Who does not know those Soviet statistics, published by Mr Gollancz and others, in which the curve of everything except mortality goes up and up?”27

16Tout bien considéré, donc, la politique suivie par le Left Book Club entre sa fondation et août 1939 figure en première place dans le dossier d’accusation contre Gollancz. Il semble vain de vouloir calculer le pourcentage d’auteurs communistes — “presque un tiers” selon Neavill28 ou “très peu” selong John Lewis29 — ou travaillistes. Gollancz fera toujours grand cas du fait qu’il a publié The Labour Party in Perspective de Clement Attlee comme “choix” d’août 1937 alors que ce livre prend position contre l’alliance réclamée alors à cor et à cri par Gollancz et les communistes. Mais d’un autre côté, selon Caute, “the publication by the LBC of Attlee’s The Labour Party in Perspective was accompanied by specific instructions to group conveners to contrast it unfavourably with the relevant Marxist works on the same theme”30.

17Ajoutons enfin — à la charge ou à la décharge de Gollancz, c’est à chacun d’en juger — que Hugh Dalton, président à l’époque du National Executive Committee du Parti travailliste, refusera toujours les “numéros spéciaux” que le Left Book Club lui proposera de publier pour présenter le point de vue du parti31.

18Il semble également vain de compter le nombre de “slick books”32 consacrés à l’URSS — John Lewis en dénombre 15 entre 1936 et 193933. C’est bien sûr la tonalité qui compte, bien davantage que le nombre absolu, et il suffira peut-être de rappeler ici que la vision béate des Webb, Soviet Communism, où, comme le dit Neavill, “the Webbs imagined that Soviet society worked in practice as it was supposed to work on paper”34 fait l’objet d’une réédition spéciale pour le Club en octobre 1937 — en plein “procès de Moscou” — procès dont l’iniquité sera réfutée dans deux autres “choix” : Soviet Justice and the Trial of Radek and Others et Soviet Policy and its Critics35. Comme l’écrira candidement Harold Laski dans Left News d’août 1937 pour justifier les “choix” du Comité de sélection : “We have excluded only one type of book that some people consider, we think erroneously, to fall within the purview of the Left Book Club —viz., Trotskyite attacks on the Soviet Union”36.

19Si le bilan de l’action de Gollancz s’arrêtait là, la cause serait par conséquent entendue, Gollancz ferait sans conteste partie de ces “intellectuels dévoyés à rejeter dans les poubelles de l’Histoire”, pour employer le vocabulaire qu’affectionnaient ses pals d’alors. Mais l’annonce de la signature du Pacte germano-soviétique le 23 août 1939 va faire, comme il le dira en 1960, que “something snapped in him”37. Se produit alors un total retournement de situation, où subitement, ainsi que l’écrit sa biographe, “Victor found himself allied with long-standing enemies and lined up against erstwhile reliable friends”38.

20Dans son étude consacrée aux “compagnons de route”, David Caute montre bien comment la consternation d’un Gollancz s’inscrit dans un mouvement d’une amplitude considérable au sein de ce que l’on pourrait appeler la gauche intellectuelle planétaire : du communiqué de l’Union des Intellectuels Français (notamment Frédéric et Irène Joliot-Curie et Paul Langevin) qui exprime sa stupéfaction devant la volte-face constituée par le Pacte jusqu’à l’éclipse de la très “moscoutaire” League of American Writers, en passant par l’éclatement du Left Book Club39, Caute relève dans tous les cercles intellectuels mondiaux la fin de ce qu’il appelle la “Alice-in-Wonderland logic”40.

21Il est vrai que Gollancz avait déjà eu des doutes, surtout au moment de Munich. Il écrit par exemple dans les Left News de novembre 1938 : “Passionately believing in certain ideas, I have allowed myself, I think…, to become too much of a propagandist… In my view the publications of the Club have tended to concentrate to too great a degree (though by no means exclusively) on two or three points of view”41.

22Il est vrai également, dans le sens opposé, qu’il défendra encore les communistes dans le New Statesman & Nation du 26 janvier 1940 : “I have had many grave differences of opinions with communists since more than a year before the war: but their single-minded devotion to the cause of human liberation is such that it should make every supporter of capitalist and fascist abominations hang his head in shame”42.

23Tous les commentateurs voient d’ailleurs l’archétype de ce balancement dans la politique éditoriale imposée au Left Book Club par Gollancz pour ce qui est des “choix” de la fin 1939, avec en novembre Barbarians at the Gate de Leonard Woolf, “the first attack on the Soviet Union to appear in vermilion covers”43, et en décembre The Socialist Sixth of the World, “a rapturous celebration of life in the Soviet Union”44, écrit par Hewlett Johnson, le “Doyen Rouge” de Cantorbéry45. Ce sera là pourtant, semble-t-il, le dernier acte de naïveté de Gollancz, cette “naïveté” que sa biographe relevait chez lui à la fin des années de paix : “Naiveté was accepted by friends as an endearing facet of Victor. He could be taken in, more than most, by the communists”46.

24Au cours de l’hiver 1939-1940, Gollancz va en effet “remercier” John Lewis, le responsable des groupes locaux du Club, et écarter Strachey du processus de décision à cause de leur soutien à la ligne stalinienne : Stop The War! “J’ai cessé de comprendre ce qu’est réellement la politique du PC” écrira-t-il à une de ses employées dévouée à la cause soviétique47. En mai 1940, il publiera une “Lettre ouverte aux Communistes” intitulée Where Are You Going? pour leur reprocher leurs reniements et il continuera d’attaquer leur “pacifisme” dans Left News tout au long des mois suivants, si bien que, selon Ruth Dudley Edwards, “during 1940 and 1941 Victor was by far the most formidable enemy of King Street”48.

25Le point culminant de son action, au cours de cette période de “non-belligérance” soviétique, sera la publication en mars 1941 de The Betrayal of the Left: an Examination and Refutation of Communist Policy, ouvrage collectif sous la direction de Gollancz. L’argumentation de sa propre contribution sera bien sûr reprise de Where Are You Going?, mais l’essentiel pour le sujet qui nous occupe ici réside dans le fait qu’Orwell, qui a déjà été invité à écrire dans Left News en janvier 194149, y signe deux interventions, sur “Facisme et démocratie” et sur “Patriotes et révolutionnaires”. Pour Bernard Crick, “the book has been claimed as a watershed in British Left-wing thought, but in fact it marked the beginning of the end of the Left Book Club”50.

26Neavill note pour sa part qu’ensuite “no more selections were written by Communist authors”51 et Ruth Dudley Edwards, quant à elle, voit dans l’épisode un tournant dans la résistance de la gauche au chant des sirènes communistes : “It was later to be regarded as a crucial book in left-wing historiography: at the time it was far and away the most devastating indictment anyone had produced on the CP, precisely because the majority of its contributors understood the compulsiveness of that reassuring creed”52.

27C’est malgré tout dans Russia and Ourselves que Gollancz lui-même montre le mieux que son ancienne naïveté — naïveté supposée — a totalement disparu. Ecrit et publié en un temps record après l’entrée en guerre de l’URSS, l’ouvrage (qui ne paraît pas dans le cadre du Club, mais possède la même célèbre jaquette “vermillon”) porte en exergue un slogan, “All possible Aid to the Soviet Union”, qui s’apparente à première vue aux “mots d’ordre” que Gollancz a naguère suivis avec parfois un peu trop de zèle sans vraiment réfléchir à leurs implications réelles. Mais il s’en explique indirectement dans le corps du livre :

I wholly respect (while violently dissenting from) the point of view that nothing matters but the salvation of the Soviet Union, on the ground that the cause of the Soviet Union is the cause of the world’s workers everywhere. This conviction (not to be confused with correct judgment as to what policy is in fact in the best interests of the S.U.) is the inner consistency which explains all the apparent inconsistencies of the Communists53.

28C’est que le choc du pacte n’est toujours pas oublié :

The sincerity of a man’s belief that to beat Hitler is everything may be tested by his ability to put the needs of the present before the memory of the past. Nothing can be gained by pretending that all this is easy: for my own part I sometimes find it difficult not to feel bitter when I think of Communist policy from September 1939 to June 22nd, 194154.

29Gollancz a par ailleurs sur l’erreur fondamentale des communistes une phrase d’une lucidité tout orwellienne :

The mistake of the Communist Party generally has been to take a certain over-simplified theory about the world as given, and then to make the real world fit the theory, instead of constantly revising the theory in the light of our ever growing knowledge of the real world55.

30Lucidité explicitée par une réflexion sur la situation de “combat triangulaire” qui ne manque pas de faire penser aux renversements d’alliance de 1984 :

According to the Sunday press of July 6th [1941], the People’s Convention now “passes a resolution ‘heartily welcoming the declaration of the Government in favour of the united fight of the British and Soviet peoples against the common enemy, Hitler Fascism’ and pledges its fullest support”. But this is the same Government that was formerly attacked with such single-minded enthusiasm. The Government is the same: its policy is the same: the war is the same: Hitler is the same: the only difference is that Russia has now been added to the total of Hitler’s aggressees. The Communists attacked the Government when its policy, as everyone can now see, was to come to the aid of Russia if Russia were invaded; they now support it because, Russia having been invaded, it duly implements that policy. Either the present support, or the former condemnation, must be wrong56.

31Dans l’ouvrage suivant qu’il fera paraître, en janvier 1942, sur le sujet de l’attitude à adopter vis à vis des Allemands après la guerre, Shall Our Children Live Or Die? A Reply to Lord Vansittart on the German Problem, Gollancz ne pourra s’empêcher d’inclure une profession de foi qui vaut d’être reproduite presque intégralement tellement elle montre le chemin parcouru depuis les premiers jours du Left Book Club57 :

I would add another word about the Soviet Union. Socialists who criticise her […] are misinterpreted both on the left and on the right. If we cannot agree that she enjoys […] liberty of speech […] then the left is quick to cry “antisoviet” and “enemy”. The right […] impertinently imagines that we are preferring its greedy, inefficient, and morally contemptible capitalism to Soviet socialism, whereas we are really preferring the liberties and clemencies we have won by centuries of struggle to the absence of them which, perhaps necessarily, has characterised the establishment of socialism, as yet no more than twenty-five years old, in Russian condition. An if we speak our minds, it is because the fascist threat to civilisation, with its lies and its propaganda and its blaphemous hatred of objectivity, makes any suppresion of the truth or suggestion of the false of which we might be guilty a betrayal of ultimate standards which are everywhere in peril. […]

We may not be “friends of the Soviet Union”: but we are her friends, not only because she is resisting Hitler but also and above all because she is socialist. Our gratitude and friendship however, do not imply that we would wish European socialism to be without those values which so far […] have not found a sure place in the Soviet Union58.

32Certes, le parcours “orwellien” de Gollancz n’est pas encore tout à fait accompli en janvier 1942 : il va de soi que par exemple son jeu de mots sur Friends/friends n’aurait pas pu être fait par Orwell et la “première gauche” décrite plus haut. D’ailleurs, l’“affaire” Animal Farm sera là pour le confirmer.

33Le très curieux échange de correspondance entre Gollancz, Orwell (qu’il continue à appeler Blair) et son agent Leonard Moore que Bernard Crick reproduit se termine par l’information suivante donnée par Gollancz à Moore le 4 avril 1944 : “I am highly critical of many aspects of internal and external Soviet policy: but I could not possibly publish (as Blair anticipated) a general attack of this nature”59.

34Parallèlement à Crick qui parle d’attitude injuste d’Orwell à l’égard de Gollancz60, Ruth Dudley Edards tente pour sa part de montrer que Gollancz ne mérite pas l’opprobre que l’“affaire” lui a valu auprès des partisans d’Orwell :

George Orwell was in the news following his death at the end of January [1950] and Victor was unhappy with the publicity about his rejection of Animal Farm. He wrote a “Not Sent” letter to the Bookseller: “My firm was the first to be offered “Animal Farm”. I read it with the greatest delight and agreed with every good word of it. But the manuscript came to me at one of the most critical periods of the war — I believe during Stalingrad, though my memory may be at fault here — and I felt immediately that to publish so savage an attack on Russia at a time when we were fighting for our existence side by side with her could not be justified. I made it clear that this was the reason for refusing the book. To my knowledge, at least one other greatly respected house took the same view”.

He had released Orwell from his contract, he explained, because of his courteous understanding of Victor’s attitude. (His memory was slightly at fault in that he saw the manuscript after the German defeat at Stalingrad, but in any case the Russians were still fighting desperately. It was a justifiable source of irritation to Victor that his rejection of Animal Farm prolonged his out-of-date reputation as a communist stooge. And it was true that except initially — when he sought to keep Orwell under contract on a technicality — he behaved generously towards him and bore him no resentment. When Orwell was ill in 1947, Victor Gollancz wrote to him very kindly, offering to send books)61.

35Il apparaît par conséquent, et c’est là le plus important, que malgré l’“affaire” Animal Farm, malgré les propos peu amènes tenus encore en juillet 1945 par Orwell sur Gollancz — propos que nous avons vus dans l’introduction — aucune animosité réelle ne subsiste entre les deux hommes dans les années d’après-guerre. On peut d’une part noter leur courtoise correspondance en mars-avril 1947, qui aboutit à ce que Gollancz abandonne gracieusement ses droits sur les œuvres de fiction d’Orwell à venir62. Mais surtout il faut, à la même époque, relever leur coopération active, avec également Koestler et Bertrand Russell, en vue de la création d’une “Ligue pour la dignité et les droits de l’homme”, héritière du Freedom Defence Committee dont Orwell était le vice-président et qui avant été fondé dans le but avoué de faire pièce au National Council for Civil Liberties “récupéré” par les communistes. Il semble donc bien qu’au cours de l’après-guerre Orwell ait fini par admettre que Gollancz avait effectivement mis un terme à son “flirt” avec les communistes, même s’il exprime parfois des doutes sur un revirement toujours possible en cas de fin de la Guerre froide, comme il le lui exprime dans une lettre de mars 1947: “I know that your position in recent years has been not very far from mine, by I don’t know what it would be if, for instance, there is another seeming rapprochement between Russia and the West, which is a possible development in the next few years. Or again in an actual war situation”63.

36Il est bien certain que le personnage de Gollancz reste très complexe, comme l’admet volontiers sa biographe :

“There is really no ‘editorial policy’ in this firm”, he wrote in a burst of honesty in 1954. “I publish what I like from time to time: at one time I may like one thing, and at another another”. In that of course he was not unique among publishers, but the rapidity with which his moods and interests changed made things bewildering for authors dealing with controversial subjects64.

37Cette même Ruth Dudley Edwards voit par ailleurs dans le sursaut de consience que constituait The Betrayal of the Left en 1941 un “peccavi, free of the excuses he drummed up in later years when the truth became too painful to remember”, citant notamment un passage où l’on trouve — ironie de la situation — une autoconfession presque dans le plus pur style stalinien :

Looking back, I think I erred more as a publisher than as a writer or speaker, and more by omission than commission. I accepted manuscripts about Russia, good or bad, because they were ‘orthodox’; I rejected others, by bona fide socialists and honest men, because they were not. It was in the matter of the Trials that the inner conflict was greatest […] I published only books that justified the trials, and sent the socialist criticisms of them elsewhere65.

38Vis-à-vis d’Orwell, il aura également une attitude ambiguë, non seulement du point de vue “politique”, nous l’avons vu à maintes reprises, mais aussi, comme le souligne Bernard Crick, en ce qui concerne la valeur de l’écrivain :

Gollancz was never close to Orwell. They never got on to first-name terms nor met socially; books were to be rejected and author and publisher were to quarrel. Gollancz was to declare, though with the sour-grapes of hindsight, that he thought Orwell had been ‘enormously over-rated”. But at the time of the contract for The Road to Wigan Pier he had great faith in Orwell, as shown by the huge advance […] He thought that Orwell would develop into a considerable novelist66.

39Orwell de son côté aura été très dur avec Gollancz à certains moments de leurs relations, mais après tout, pour reprendre l’observation de Simon Leys, “il est vrai qu’Orwell avait souvent réservé ses traits les plus féroces pour ses propres compagnons67.

40Si l’on admet avec Frédéric Regard qu’un des principaux aspects du combat d’Orwell c’est “le pari presque intenable […] : un engagement, mais pas une orthodoxie ; une prise de parti, mais sans partisanerie”68, on pourra sans trop de difficulté appliquer la formule au Gollancz d’après août 1939. Et si l’on veut vraiment faire un effort d’impartialité, au delà de toute polémique héritée de la lutte fratricide entre les “trois gauches” avant la guerre, il semble alors licite de reprendre les termes de la belle profession de foi d’Orwell and Why I Write (1946) pour les transposer à la carrière de Gollancz à condition de substituer “septembre 1939” à “1936” : “Every line of serious work that I have written since 1936 has been written, directly or indirectly, against totalitarianism and for democratic Socialism, as I understand it”69.

41Ne peut-on pas d’ailleurs rapprocher cet engagement de ce qu’écrit Ruth Dudley Edwards sur la jaquette de son Victor Gollancz : “Victor Gollancz was a teacher, publisher, author and public campaigner who spent his life passionately trying to make people see the truth as he saw it. His intensity and strength of commitment were legendary, as were his mighty personality and contradictory nature”70?

42Et si Bernard Crick parle de “tightrope walker” à propos de Gollancz, Frédéric Regard nous indique pour sa part que “Orwell devait imaginer une corde raide de la littérature” — intéressant parallèle!71

43Alors, au bout du compte, Gollancz et Orwell — même combat ? Oui, “objectivement”, à partir du Pacte germano-soviétique. mais “objectivement” n’est-il pas banni du vocabulaire orwellien ?

Notes de bas de page numériques

1 Voir par exemple Roger Raby, “George Orwell et les fonctionnaires de la vérité”, L’Arc, n°94, 1984, pp. 89-95, où Gollancz figure en tête de la liste de ces “fonctionnaires” (p. 93).
2 The Collected Essays, Journalism and Letters of George Orwell, eds Sonia Orwell and Ian Angus, 4 vols (Harmondsworth: Penguin Books, 1970), I, p. 312. Par la suite, CEJL.
3 Bernard Crick, George Orwell: A Life (Harmondsworth: Penguin Books, 1982), p. 339.
4 David Caute, The Fellow-Traveller, A Postcript to the Enlightenment (Londres: Weidenfeld and Nicolson, 1973), p. 171.
5 Crick, op. cit., p. 310.
6 CEJL, III, p. 444.
7 Raymond Williams, Orwell (Londres: Fontana, 1971), p. 60.
8 CEJL, III, p. 273.
9 André Glucksmann, “Camarade Big Brother”, Magazine littéraire, n° 202, décembre 1983, p. 28.
10 Cité par Gordon Barrick Neavill, “Victor Gollancz and the Left Book Club”, The Library Quartely 41, (1971), p. 202.
11 Il est piquant d’observer leur parcours ultérieur radicalement divergent : on sait que Benn sera au cours de la guerre l’un des principaux animateurs de la droite “individualiste”, avec sa Liberty Library qui publie des pamphlets virulents contre la “mentalité Beveridge”. Pour plus de détails, voir A. Capet, Le Poids des années de guerre. Les classes dirigeantes britanniques et la réforme sociale 1931-1951 (Rouen: Presses de l’Université de Rouen, 1991), pp. 70-74.
12 Le lecteur intéressé par les premiers pas de Gollancz dans l’édition trouvera tous les détails dans Ruth Dudley Edwards, Victor Gollancz: A Biography (Londres: Gollancz, 1987) d’où nous extrayons ces quelques indications.
13 Là encore, le lecteur trouvera tous les détails souhaités sur le Left Book Club dans l’ouvrage précédent, à compléter par l’article de Neavill déjà cité et par le petit livre écrit par l’ancien secrétaire (communiste) du Club, John Lewis, The Left Book Club — An Historical Record (Londres: Gollancz, 1970).
14 CEJL, I, p. 397.
15 Crick, op. cit, p. 278.
16 Ruth Dudley Edwards, op. cit, p. 246.
17 CEJL, I, p. 299.
18 Crick, op. cit, p. 611.
19 Ruth Dudley Edwards, op. cit, pp. 247-8.
20 John Lewis, op. cit., p. 36.
21 Crick, op. cit, p. 345.
22 CEJL, I, p. 299.
23 Ibid., p. 312.
24 George Orwell, Coming Up for Air (Harmondsworth: Penguin Books, 1962), p. 145.
25 Ruth Dudley Edwards, op. cit, p. 289.
26 Jürgen Kuczynski, The Condition of the Workers in Great Britain, Germany and the Soviet Union 1932-1938 (Londres: Gollancz, 1939), pp. 90-92.
27 Orwell, The Collected Essays, I, p. 418.
28 Neavill, op. cit., p. 204.
29 Lewis, op. cit., p. 107.
30 Caute, op. cit., p. 163.
31 Ruth Dudley Edwards, op. cit., p. 263.
32 L’expression est d’Orwell, The Collected Essays, III, p. 271.
33 Lewis, op. cit., p. 112.
34 Neavill, op. cit., p. 206.
35 Lewis, op. cit., p. 112
36 Neavill, op. cit., p. 204.
37 Ruth Dudley Edwards, op. cit., p. 301.
38 Ibid., p. 300.
39 “The Left Book Club was shattered”, écrit Caute, op. cit., p. 188.
40 Ibid., p. 191.
41 Neavill, op. cit., p. 207.
42 Cité par Caute, op. cit., p. 189.
43 Ibid., p. 190. C’est là l’expression employée par Caute.
44 Opinion de Neavill, op. cit., p. 212.
45 Ruth Dudley Edwards parle de “the Red Dean’s enconium” (op. cit., p. 307). Sur les relations entre Gollancz et le “Doyen Rouge”, voir également Lewis, op. cit., p. 111.
46 Ruth Dudley Edwards, op. cit., p. 249.
47 Ibid., p. 310.
48 Ibid., p. 318. “King Street” était l’équivalent de notre “place du Colonel-Fabien”.
49 Lewis, op. cit., p. 127.
50 Crick, op. cit., p. 396.
51 Neavill, op. cit., p. 212.
52 Ruth Dudley Edwards, op. cit., p. 327.
53 Victor Gollancz, Russia and Ourselves (Londres: Gollancz, 1941), p. 99.
54 Ibid., pp. 130-131.
55 Ibid., p. 105.
56 Ibid., p. 111-112.
57 Neavill écrit à ce propos (op. cit., p. 198) : “In the early years of the Left Book Club he worked so closely with the Communists that a favorite topic of debate among his associates was whether he was actually a member of the party”.
58 Gollancz, Shall Our Children Live or Die? A Reply to Lord Vansittart on the German Problem (Londres: Gollancz, 1942), pp. 112-113.
59 Lettre reproduite dans Crick, op. cit., p. 454.
60 Ibid., p. 452.
61 Ruth Dudley Edwards, op. cit., pp. 547-548.
62 Voir Crick, op. cit., p. 519 et CEJL, IV, pp. 353-356.
63 Owell, ibid., p. 355.
64 Ruth Dudley Edwards, op. cit., p. 546.
65 Ibid., p. 325.
66 Crick, op. cit., p. 278.
67 Simon Leys, Orwell ou l’horreur de la politique (Paris: Hermann, 1984), p. 46.
68 Frédéric Regard, 1984 de George Orwell (Paris: Gallimard, 1994), p. 20.
69 CEJL, I, p. 28.
70 Ruth Dudley Edwards, op. cit., rabat de jaquette de couverture.
71 Regard, op. cit., p. 21.

Pour citer cet article

Antoine Capet, « Gollancz et Orwell : même combat ? », paru dans Cycnos, Volume 11 n°2, mis en ligne le 18 juin 2008, URL : http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=1394.


Auteurs

Antoine Capet

Université de Rouen
Professeur de civilisation britannique à l’université de Rouen, Antoine Capet a fait sa thèse sur l’attitude des élites politiques et sociales britanniques au cours de la deuxième guerre mondiale (Le poids des années de guerre : les classes dirigeantes britanniques et la réforme sociale, 1931–1951, Presses de l’université de Rouen, 1992). Il continue de s’intéresser à la genèse de la pensée conservatrice moderne.