Cycnos | Volume 11 n°2 Autour d'Orwell - 

Jean-Marc Riaume  : 

Violence et non-violence sous le regard de George Orwell

Plan

Texte intégral

1En un choix aussi déchirant qu’inévitable, nous évaluons cette thématique en partant de l’hommage d’Orwell à E. W. Hornung (1866-1921), le Maurice Leblanc britannique. Orwell oppose l’écrivain oublié à J.H. Chase (1906-1985) qu’il exècre. Il partage l’opinion d’amis qui remarquent à propos de No Orchids for Miss Blandish (1939) : “It’s pure fascism!”1. Le genre policier reflète l’évolution des moeurs vers l’esprit totalitaire. D’où l’éloge réservé à Raffles (1899). Passionné de cricket, joueur par goût, non pour gagner à tout prix, Raffles, criminel attachant, répugne à la violence. L’honneur se confond avec la haine. Raffles tue trois membres de la Camora pour venger sa chère Faustine qu’ils ont assassinée. Le sport, le baccarat, l’individualisme, la lecture nostalgique de Faustine (1866) expriment la culture britannique, menacée par le fascisme et la sauvagerie américaine, mise en scène par Chase, pour qui tout est permis. Orwell ne le pense pas !

2Raffles adopte une certaine morale. Pratiquer le cricket dans le respect des règles témoigne d’un esprit civilisé. Les Nazis veulent bannir ce sport du Reich : détail révélateur !2.

3Raffles, “the amateur cracksman, the gentleman burglar”, commet ses vols avec délicatesse. Comme Bunny, son ancien “public-school fag”, il rêve à la Grèce hellénistique et à l’Italie. A Baiae, Faustine lui rappela Aphrodite, surgie de la mer3.

4Avec des décalages notables, ces deux marginaux du “milieu” recèlent une âme gandhienne. Raffles and Miss Blandish (1944) annonce “Reflections on Gandhi (1949). Les héros d’Hornung suivent une route rectiligne recommandée par Gandhi : abnégation, droiture, loyauté, noblesse morale : “Certain things are not done”,... (Raffles) avoids violence wherever possible ... He will take extra risks in the name of ‘sportsmanship’, and sometimes even for aesthetic reasons”4. Orwell partage son amour de la patrie5.

5En revanche, oubliant sa nationalité, Chase invente une Amérique qu’il n’a jamais vue. La bande dominée par Ma et Slim Grisson, les policiers tortionnaires, le détective Fenner, manipulateur et sadique, incarnent le “fascisme noir ou rouge”. Les deux camps se valent bien, le massacre de la bande Grisson étant faussement moral6.

6Mais, puritain par convention, Orwell réprouve aussi le seul passage qui déifie le corps féminin. Ce critiqueur ne ressent pas l’élan poétique, dionysiaque que Chase sait trouver pour dépeindre avec finesse l’effeuillage d’Anna Borg7.

7Commettant une erreur grave, Orwell compare Freud à Machiavel : “Freud and Machiavelli have reached the outer suburbs”8. Freud voulut mieux soigner les troubles psychiques, non inciter au crime.

8L’essai outrancier, mais brillant, décèle le sens caché du roman noir : aucun scrupule, à l’image de l’idéologie. Comme Trollope relata l’ascension des bourgeois, Chase, exempt de visée politique, glorifie la barbarie fasciste. L’homme de la rue s’intéresse à Slim et à Fenner, comme d’autres à la G.P.U. et à la Gestapo. Dans un taudis de Glasgow, un jeune admire Jack Dempsey et Al Capone. Un fanatique du New Statesman vénère Staline : “There is a difference in intellectual maturity, but none in moral outlook... Between Holmes and Fenner on the one hand, and between Abraham Lincoln and Stalin on the other, there is a similar gulf...”9. Orwell oublie que son siècle ne détient pas l’exclusivité de la cruauté, millénaire dans le vécu et dans la fiction.

9Trop bienveillant envers Hornung, il ne remarque pas la perversité mentale de Raffles envers le “fag” Bunny, qui s’en plaint souvent. Raffles assomme un policier, défenestre un voleur âgé, lors d’une bagarre. Délaissant ces accès de sauvagerie, Orwell admire les deux compères, engagés volontaires contre les Boers, héroïquement ! Raffles réconforte Bunny, grièvement blessé, puis s’interrompt, mortellement atteint10. Ce fataliste citait souvent un aphorisme “hindou, karmique” : “We are on the knees of the gods.” Dans la ferveur du combat, cette belle apocalypse séduit Orwell, qui dédia un poème magnifique à un Italien, rencontré à Barcelone, avant de monter en ligne. Ces vers sur la fraternité, la vaillance, l’abnégation instinctives s’appliquent à Raffles, et à Gandhi, malgré le décalage des situations.

But oh! What peace I knew then
In gazing on his battered face
What would the world give back to you?
Always less than you gave11.

10Ces rapprochements inattendus, ces curieux accords qui se répondent, formant de singuliers concertos, éclairent un peu la fascination insolente d’Orwell envers Gandhi.

11Dès 1941, Orwell dénigre, par souci de réalisme, la non-violence de Gandhi. Il met sa bonne volonté inaltérable au service de tous les dominateurs, avec pour seul remède à l’oppression : “soul force”12. En Inde, les fonctionnaires assurent le bien-être du naïf qui les aide tant, à son issu !13.

12En cas d’invasion de l’Angleterre, Gandhi prône la résistance passive qui éveillerait la mauvaise conscience allemande. Hitler soutiendrait ce mouvement culpabilisateur, si utile pour lui14 ; Gandhi se ridiculise dans le contexte d’une guerre exterminatrice : “...Where is the Korean Gandhi ?”15. Les Asiatiques choisissent la résistance armée ou la soumission totale aux Japonais. Sans datation, pour l’Inde seule, Orwell prédit le succès de Gandhi. Il réduit l’amertume intercommunautaire, atténue les pulsions meurtrières envers les colons. Ses initiatives laborieuses annoncent la fin honorable de l’Empire16.

13Orwell prévoit le devenir brillant de la littérature indienne anglophone. Il apprécie Mulk Raj Anand, “révolutionnaire forcené”17. The Sword and the Sickle (1942) analyse le désarroi d’un Sikh : nul ne reconnaît sa bravoure ; de retour au pays, le héros fatigué se heurte à une suspicion globale. Le point de rupture est atteint. Le mouvement paysan se dresse, des intellectuels fondent le Parti Communiste. Anand émeut la censure, et réjouit Orwell. Le roman s’oppose à la passivité indienne, sans omettre les Britanniques, mal permanent, qui s’intègre au décor. Doit-on s’y adapter, comme au climat ? La misère, aux frontières sans cesse repoussées, déprime le lecteur, mais Orwell trouve l’irrespect consolateur : “Mr Gandhi’s head is described as resembling a raw purple turnip”18. Anand, Ahmed Ali écartent la tentation fasciste, expriment leur haine du ‘raj’ en anglais ! Alliance paradoxale avec les Britanniques19. Ils s’effaceront devant tant de haine. Les écrivains hargneux révèlent le mythe du sauveur Gandhi. Orwell apprend en riant que Gandhi porte des coups affreux au ‘raj’20. Gandhi construisait sa légende, alors qu’Orwell voyait, en Birmanie, les détenus entassés dans les cellules, les châtiments corporels21. A Hanging (1931), récit éloquent sur la cruauté, montre, par contraste, la bonté de Gandhi, vertu évanescente chez tant d’autres.

14Le fonctionnaire de police dut participer au rituel de l’exécution. Dans un style et une atmosphère presque lawrenciens22, Orwell évoque la peur, les gestes banals du condamné. Il évite une flaque d’eau. Un chien veut le lécher affectueusement. Les acolytes d’Orwell s’emparent du chien qui les dérange. Ils contemplent la scène finale, sous l’emprise d’un malaise flou. Des Birmans manifestent un sadisme grossier : le pendu était Hindou, il ne comptait pas !

15Orwell et d’autres n’oubliaient pas qu’il était un être humain aussi... En s’enivrant de whisky et en plaisantant, Orwell et ses collègues exorcisent l’angoisse. Le rire libérateur, les propos grivois, l’éthylisme permettent une catharsis. Cette “rédemption” diffère des rites purificateurs, accomplis par Gandhi23.

16Depuis 1932, en Mandchourie, puis partout où ils s’installent, les Japonais dépassent en férocité Tchang Kai Chek et tous les colonisateurs.

17Gandhi n’envisage pas le “bourreau malgré lui”, ni le tortionnaire par plaisir. Pour le policier honteux, l’amertume que distille le rôle à jouer, en acteur forcé, dans la tragédie, se noie dans l’alcool, le tabac, la truculence. D’autres gèrent froidement la terreur quotidienne. Orwell règle son compte à la niaiserie gandhienne : “Despotic governments can stand ‘moral force’ till the cows come home; what they fear is physical force”24. Il bascule dans un irrespect digne de Christopher Marlowe, grand blasphémateur : “I do not know whether Gandhi is the nearest equivalent to Rasputin in our time”25. Orwell exagère dans le mépris. Ce surnom signifie “débauché” en russe. Le moine assassiné en 1916 fut un guérisseur, un conseiller politique déplorable, un pseudo-mystique, amateur de vodka, de femmes, de repas copieux. A tous égards, Gandhi diffère de cet aliéné. Orwell semble maniaco-dépressif, à cause des bombardements sur Londres, peut-être.

18Gandhi échappe à ses troubles psychiques malgré les insultes qui l’assaillent. Contre le désespoir il lit un verset, au hasard, de la Bhagavad Gita et reprend courage26. Orwell ne possède aucun repère spirituel. Il méprise l’ataraxie des Stoïciens. Epictète, le Gandhi de l’Antiquité, fut admiré de son vivant. Esclave d’un maître sadique, il lui opposa un courage taquin, une indifférence totale à la souffrance. Pour Orwell, Epictète servit de faire-valoir moral pour les ploutocrates, en figurant dans leur cortège. Les patriciens adorent s’afficher avec des êtres sublimes qui les grandissent27.

19Iconoclaste, Orwell refuse le personnage messianique, prométhéen. Les foules s’exaltent dans des rassemblements totalitaires qui détruisent les individualités et privent les cerveaux de toute autonomie morale. Un amalgame singulier, mais pertinent, complète le rejet du mythe Gandhi : “All... group themselves round some superhuman fuehrer (Hitler, Stalin, Salazar, Franco, Gandhi, De Valera are all varying examples)”28.

20Personnage-phare, au charisme amplifié par les médias, Gandhi cultive l’art d’être sublime. Ce magnétisme s’accompagne d’une abnégation et d’une austérité inhabituelles. Les dictateurs énumérés présentent ces particularités. Staline fait exception, partiellement : bon vivant, il abuse d’alcool et de tabac. Les masses déifient les anti-modèles, enclins à une spiritualité trouble. Comme Gandhi, la foi les marque profondément. Mais le commun des mortels ne comprend pas, à la différence d’Orwell, que le mot “mystique” ne signifie pas bonté automatique. Ancien séminariste, Staline cultive l’humilité, l’effacement, en acteur de génie. Il prend des attitudes modestes, chaleureuses, en présence d’hôtes étrangers. Ivre, il entonne des chants d’Eglise, appris en Géorgie.

21L’athée Hitler raisonne en catholique autrichien, avec des variantes. L’Eglise lui inspire la rigidité de l’édifice nazi. La S.S. observe des rites et une morale stricte, selon un idéal non-gandhien. Drieu La Rochelle, qu’Orwell méprise29, est athée. Pourtant, obsédé par les rassemblements de jeunesse, il découvre un renouveau spirituel dans le fascisme : “Un intellectuel... est toujours un homme de foi”30. Drieu songe au suicide , selon une foi “moniste, hindoue”31. Il touche à l’esprit gandhien : “Je meurs dans la foi de la Bhagavad Gita..., la foi infinie au sein du... détachement”32 . Orwell voit en Hitler un martyr déchiré, au visage de chien battu, au regard extatique, à force de tourments intimes. Il vit sa Passion, et Orwell songe aux cimaises qui représentent Jésus crucifié33. Il existe un lien entre la “grande âme” et celles qui sont les plus basses. Dogmatique, autoritaire, Gandhi s’entoure d’Indiens nombreux, tous admiratifs et soumis.

22Plus sévère qu’Orwell, Alain Daniélou (1907-1994), co-fondateur du Parti Fondamental Hindou, oppose sa haine tenace au magnétisme du “gourou”34. Hindou dévoyé, Gandhi est un arriviste, assoiffé de pouvoir, au puritanisme glacial. Sa conception de l’art sacré, mièvre, insipide, rappelle l’esthétique saint-sulpicienne. Retors, Gandhi prétend réconcilier tous les camps : il divise pour régner, il bâcle la Partition en 1947. Il laisse à sa mort un sous-continent déchiré, à l’Ouest comme à l’Est35. Les guerres civiles sporadiques, sans fin prévisible, justifient ce jugement, partagé par des Indiens jeunes, assez hostiles à l’héritage gandhien. En 1993, nous l’avons constaté en Inde du Nord et à Delhi. Orwell fait figure d’adversaire aimable ; il révéla l’opacité de cette figure hiératique, mais en demi-teintes : fut-il digne d’une telle idolâtrie ?

23Orwell en doute, mais il condamne, avec courage, en temps de guerre, Leo Amery, Secrétaire d’Etat à l’Inde. En août 1942, il multiplie les arrestations massives, les massacres. Nehru, Gandhi, Abul Kalam Azad, jetés en prison, ne méritent pas les insultes d’Amery : “wicked men, saboteurs”36. Et le ‘raj’ est voué à disparaître !

24Journaliste à l’Indian Service de la B.B.C., Orwell console son collègue, Z.A. Bokhari, qui veut quitter la radio. Orwell en vient à une position presque gandhienne : “The way the British Government is now behaving in India upsets me more than a military defeat”37. Le 24 novembre 1943, Orwell démissionne de la B.B.C., par écoeurement.

25Il blâme l’autorité coloniale de ne pas industrialiser l’Inde. En revanche, Gandhi reproche aux Britanniques exactement l’inverse ! Les artisans représentent l’Inde ancestrale; on ose les faire disparaître, peu à peu. Orwell connaît un abîme de dépression38. Toujours plus nombreux, des Occidentaux haïront la science, la rationalité, pour revenir aux outils de jadis et à l’occulte. Ils aimeront l’approche de la boddhéité, la méditation transcendantale39. Lionel Fielden, auteur de Beggar, My Neighbour (1943), fait comprendre à Orwell l’ampleur du courant orientaliste, qui l’afflige. Le rouet symbolise la passivité, la résignation, l’apathie... Orwell prévient les aspirants à l’état de Bouddha que l’Inde vit dans une misère atroce, que complète la vulnérabilité militaire, depuis toujours : “India is very unlikely ever to be independent..., because she is unable to defend herself. And the more she is the cow and the spinning-wheel paradise... the more this is true”40.

26Orwell devine qu’on ne conquiert pas la Chine facilement, ni totalement : grand décalage avec l’Inde41. Mao Dze Dung donne raison à Orwell, qui ne le mentionne jamais. Il est vrai qu’hospitalisé à Londres, il écrit peu à l’automne 1949. Mao triomphe en Chine. Orwell décède, le 21 janvier 1950. Mais l’annexion du Tibet en 1959, puis du Nord-Ladakh, lors de l’offensive himalayenne, dès octobre 1962, confirme l’opinion émise par Orwell. Pendant l’hiver 1962-63, les soldats indiens meurent en grand nombre, armés de simples bâtons ou d’armes peu efficaces. Nehru fut-il un yogi, comme le proclama sa fille Indira ?42

27Apprenant la mort de Gandhi, le 30 janvier 1948, Orwell évolua vers une ‘boddhéité pragmatique’. Relation d’amour-haine envers l’Inde et Gandhi, avec quelque élégance. Né à Motihari (West Bengal), le 25 juin 1903, Orwell partit pour l’Angleterre dès 1907. Mais, il retrouva le ‘raj’ en 1922 en tant que policier en Birmanie, jusqu’en 1927. Il vécut l’Asie du Sud en homme déchiré. Les mauvais souvenirs de Mandalay, Moulmein... se rapportent à la haine, au fiel, aux moqueries de moines bouddhistes, même43. Il perçut la méchanceté des Birmans à l’encontre des immigrés hindous44.

28Cet esprit tourmenté se rapproche de la non-violence, il approuve la conclusion de The Yogi and the Commissar (1944), de Koestler. Le saint devrait ne faire qu’un avec le révolutionnaire. Le contemplatif sanctionne silencieusement la fureur aveugle du stalinien, sans idéal ou scrupules. Opposer la passivité aux purges massives fournit un noble exemple, mais sans émotion, à force d’ascèse, le yogi garde les mains pures et vides... Koestler délaisse les Védas, le Tao, oublie Gandhi, mais prône une réforme éducative qui appliquerait l’art du détachement pour accomplir la révolution humaine. La menace nucléaire et Staline rendent nécessaire un syncrétisme difficile : “Neither the saint nor the revolutionary can save us; only the synthesis of the two”45. Admirant cette conclusion, Orwell modère ses sarcasmes envers Gandhi, incapable d’imaginer une fusion aussi contradictoire.

29Un homme ébaucha cette tâche ardue : Ernesto Che Guevara. Le 1er avril 1965, quittant Cuba pour la Bolivie, il se réjouit de tout sacrifier. Médecin des pauvres, des lépreux, en Argentine, guerrillero, puis économiste à Cuba, cet altruiste éternel reprend les armes : “Comme le saint..., il arrache... de lui même tous ses biens terrestres, et il éprouve presque de la joie à cet arrachement”46. Saint accompli, Gandhi n’exigea pas le bouleversement profond de toute une société archaïque, chaotique, plongée dans la détresse et le désarroi.

30Jamais Orwell ne se réjouit du meurtre de Gandhi. Daniélou signale les feux de joie de nombreux Indiens dans une atmosphère de fête47. En Grande-Bretagne, quelques pacifistes estiment que Gandhi devait quitter la scène. Orwell s’offusque de l’indélicatesse des “bons apôtres”48.

31En 1949, Orwell révèle sa connaissance aiguë de l’autobiographie du jeune Gandhi, avocat brillant, intègre. Doté de talents multiples, il pouvait devenir administrateur, homme d’affaires. Il préfèra un altruisme total, renonçant à sa carrière, sans arrière-pensées. Cette louange le grandit49. Orwell n’en reste pas moins critique. Vaincu électoralement, en juillet 1945, Churchill assista, rageur, à l’entente entre les représentants travaillistes et Gandhi, Nehru, pour aboutir à l’indépendance, le 15 août 1947. Jamais Churchill n’eût cédé l’Empire sans verser des océans de sang. Sans états d’âme, ce lieutenant courageux prit part à l’anéantissement de tribus, insoumises à la ‘pax britannica’. Journaliste, puis député en 1900, Churchill demeure fidèle au ‘raj’ : même détermination contre le ‘fakir’ Gandhi que contre Hitler !50

32En revanche, Attlee, Lord Mountbatten, désabusés, se hâtent de décoloniser. Leur pragmatisme réduit la valeur de la non-violence gandhienne, laborieuse...

33Cependant, depuis les deux explosions nucléaires sur le Japon, Orwell se rallie à l’idée d’en appeler à la conscience universelle. Gandhi enseigna aux Terriens que la Deuxième Guerre Mondiale et ses cent millions de victimes ne garantissaient pas la paix définitive. La non-violence devient nécessaire pour éviter la disparition de toute vie. En août 1945, Gandhi laissa un message sur le sens de la tragédie d’Hiroshima : “L’humanité court à son suicide si le monde n’adopte pas la non-violence”51.

34Clairvoyant, Orwell reconnaît que la politique maladroite de Gandhi voulut réaliser l’inévitable — la fin du ‘raj’ — et empêcher l’irréversible : la mort de la planète. Son incorruptibilité plaît à Orwell, enclin à reprocher ce travers aux politiciens. Jamais Gandhi ne manifesta la méfiance maladive des Indiens entre eux, même ! Orwell apprécie Forster d’avoir souligné comiquement ce travers typique52. A Passage to India (1924) multiplie les scènes de suspicion réciproque. Rapportant à des compatriotes un incident banal, un lycéen est presque frappé d’autisme : “Flames of suspicion leapt up in the breast of each man... Less than the dust, the schoolboy murmured... Flames of suspicion shot up again in the breast of his elders, though in a different direction”53. Un comité de notables nationalistes prépare l’éviction des Britanniques. Forster devine que les réunions cesseront dès la fin du ‘raj’. Les insurgés potentiels vivent dans une atmosphère de duplicité, de malveillance sournoise, que l’Indépendance, mal vécue, confirme encore : “Hindus, Moslems, two Sikhs, two Parsis, a Jain, and a Native Christian tried to like one another more than came natural to them”54.

35Intuitif, sans soupçonner quiconque, à tout instant, Gandhi sut démasquer l’interlocuteur faussement amical. Fils de marchands, Gandhi collecta avec dextérité des fonds abondants pour sa cause, et jamais pour lui-même. Orwell le différencie des politiciens qu’Orwell méprise souvent : sans idéal authentique, ils s’avèrent cupides et mesquins. Et Napoléon déclara : “La tragédie, c’est la politique !”

36Sans 18 Brumaire, Gandhi abolit ces bassesses, tout en s’occupant, avec ferveur, de la vie collective. Pour Orwell il sut magnifiquement insuffler de l’air pur dans une atmosphère nauséabonde55. Juste réflexion, qui nous interpelle :inimitable, Gandhi fut-il homme politique ?

37Et réapparaît la critique : ne fit-il pas le jeu des fonctionnaires du ‘raj’, certains l’appelant ‘our man’ par dérision ?56 Orwell pense que Gandhi raisonna sur une base fausse. Crédule, il se fia trop à la bonté humaine et au dialogue d’égal à égal. L’interlocuteur peut être inapte à toute compréhension ou compassion. La dialectique de Gandhi n’envisage jamais l’abjection totale ni la psychopathologie criminelle. Lecteur de Mein Kampf, Orwell pose la question : “Was Hitler sane?”57 La démence lucide de cet aigri appelle sur lui la violence. Orwell l’eût assassiné sans joie, par devoir envers autrui. Il y renonça, le sachant bien protégé. Selon Orwell, Bonaparte et Hitler pressentaient qu’ils échoueraient. Ils se plaisaient à détruire, par désespoir. Ces caractériels étaient des perdants nés, 0rwell omettant la foi de Napoléon en son étoile58. Gandhi ne comprit jamais la mégalomanie, n’étudia pas la psychiatrie. Ces carences réduisent la valeur de son syncrétisme spirituel. Gandhi voulut enrichir l’hindouïsme de l’inspiration évangélique, coranique, bouddhique. Cet immense savoir le prépara mal au XXème siècle : conditionnement, lavage des cerveaux, suppression ou falsification de l’Histoire, manipulation idéologique des enfants, sans passé, donc malléables, disparition des opposants irréductibles. Né en 1869, Gandhi ne comprit rien au ‘fascisme’, tyrannie inattendue qui utilise la science et met en oeuvre une perversité et une cruauté illimitées. Gandhi réussit simplement à percevoir, pour les condamner, le centralisme et la violence étatiques59. Il bénéficia de la faiblesse du ‘raj’ : on le définirait, dans le vocabulaire de 1994, comme une variante du ‘soft power’, en plus brutal et en état de décrépitude60.

38En revanche, Orwell constata la résolution de l’Espagne franquiste soutenue par Hitler, Mussolini, Salazar. Volontaire du P.O.U.M., dans le secteur Saragosse-Huesca, de janvier à mai 1937, Orwell comprit l’absurdité de la non-violence, face à des ennemis déterminés à gagner, quel qu’en soit le prix en vies humaines. Les purges staliniennes, en territoire républicain, complètent ces impressions. Orwell et Gandhi eurent des vécus différents et ne se rencontrèrent jamais.

39En 1949, l’U.R.S.S., sûre d’elle-même, connaît son apogée. A titre posthume, Orwell taquine Gandhi : “Is there a Gandhi in Russia at the moment? And if there is, what is he accomplishing”61. Mais Orwell reconnaît la valeur relative de l’aphorisme de Gandhi : “In the end deceivers deceive only themselves”62. Tel fut le destin des ennemis de l’indépendance du sous-continent, mais quel fut le mérite exact de Gandhi, pour parvenir à ce résultat ? Orwell estime Gandhi pour ses sentiments égalitaires : aucun racisme, même en Afrique du Sud, où il poursuivait sa carrière d’avocat, commencée au Barreau de Londres63.

40Envoyé au bagne pour avoir défendu Indiens et métis, expulsé d’un train pour irrespect d’une ségrégation implicite, non écrite, Gandhi se rendit compte que les Britanniques, en guerre contre les Afrikaners, les valaient bien, avec l’hypocrisie en plus ! Ces expériences désagréables déterminèrent son choix d’aider tous les humiliés. Il blâma les Indiens de faire persister les ‘intouchables’. Jamais l’hindouïsme ne légitima ce terme destiné à inférioriser ceux que Gandhi appela ‘enfants de Dieu’.

41Avec discernement, Orwell rejeta l’insulte de ‘collaborateur’ à l’encontre de Gandhi. Ce nationaliste ne doit jamais être confondu avec Subhas Chandra Bose, qui estima devoir s’allier aux Nazis et aux Japonais, par haine des Britanniques et de Gandhi. Orwell se borna à s’amuser de la compassion manifestée par Gandhi aux proches de Bose, restés en Inde... Par lettre, Gandhi leur apporta un réconfort moral64. Non-violence ne signifie pas complicité avec l’Axe, ni avec les Britanniques, comme on le dit aussi65.

42Avant le drame d’Hiroshima et de Nagasaki, Orwell émit contre les pacifistes un verdict sans appel : “I call them irresponsible”66. Gandhi méconnut le cynisme de Nietzsche : “He who fights against dragons becomes a dragon himself”67. Orwell nuança ses opinions trop tranchées, et interpréta correctement le mot gujarati ‘satyagraha’, inventé par Gandhi. Cette ‘étreinte de la vérité’ englobe toutes les initiatives fraternelles. Orwell admit la valeur et la sincérité de ce comportement68.

43Néanmoins, les austérités douloureuses que Gandhi s’imposait et recommandait à tous ses semblables, paraissent insupportables. Orwell pense que beaucoup partagent cette impression !69 Gandhi condamnait l’amitié : elle rend les gens influençables. Au nom de cette valeur, un compagnon imite son ‘alter ego’, ce qui peut provoquer des fautes très graves, en toute bonne foi. Malgré la pertinence de cette réflexion, Orwell ne répudie pas l’amitié, sans laquelle la vie est gâchée70.

44Le rêve de chasteté universelle, sauf pour une procréation occasionnelle et réfléchie, laisse Orwell hébété. Marié deux fois, Orwell estime que les autres partagent généralement le goût d’un érotisme bien vécu, sans honte, ni bestialité. Orwell comprend la réprobation de l’alcool et du tabac, mais la perfection crée un univers déshumanisé71. Il se rit de la trop grande âme : “Some who achieve or aspire to sainthood have never felt much temptation to be human beings... The main motive for ‘non-attachment’ is a desire to escape from the pain of living, and above all from love, which, sexual or non-sexual, is hard work”72. Orwell admet que la quête du plaisir, malaisée, préoccupe l’être humain ordinaire. Il n’est pas un saint raté qui s’ignore, qu’il faut conduire vers la pureté. Les macérations ne l’intéressent pas. Gandhi confondait son idéalisme avec les instincts d’autrui, fort différents73.

45Leurs socio-cultures les différencient trop, d’où deux systèmes de pensée incompatibles !

46Orwell ignore l’influence des jaïns sur Gandhi : aucune allusion à ces minoritaires, fort influents dans la caste des marchands, au Gujarat. La mère de Gandhi, hindoue austère, de tendance jaïn, exerça sur son fils une influence prépondérante, à Porbandar, où il naquit. Les astreintes innombrables s’appliquent au lait, coupable d’exciter le désir. Orwell connaît cette idée, mais ignore l’origine jaïn de la répression sexuelle par interdiction du lait74. Gandhi but du lait de chèvre, moins suspect ! Végétalien, il s’alimentait peu...

47Stupéfait d’une éthique si mutilante, Orwell méconnaît l’un des modèles gandhiens : le prophète jaïn Mahavira (559-487). Très rigoureux, l’hindouïsme jaïn respecte toute vie, sans concession à l’agrément personnel. Seul compte l’autre. Le but final consiste à ne pas se réincarner. Gandhi se souhaitait un tel destin, certes mérité. En 1947, il refusa la moindre protection policière, malgré des attentats perpétrés contre sa personne. Resté indemne, Gandhi postula son destin, sans juger son meurtrier, encore inconnu, qui l’aurait considéré comme une crapule : “Ce n’est pas le vrai Gandhi qu’il aurait abattu, mais celui qu’il aurait cru voir sous ce faux jour”75.

48N’ayant pas lu ces lignes, comprenant la non-violence, avec justesse, mais non sans lacunes, Orwell ne sut jamais à quel point la ‘chronologie mentale’ le décala de Gandhi, fidèle à Bouddha et à Mahavira, morts il y a 2500 à 2600 ans. Athée, Orwell blâme Gandhi de songer moins à la condition humaine qu’à l’au-delà. Sans se tromper, Orwell interprète mal les religions orientales : elles n’entretiennent aucun rapport clair avec le monothéisme. Anglican par sa famille et à Eton, uniquement, Orwell dissocie le visible de l’invisible. En revanche, un Hindou perçoit la femme, l’homme, le vivant, l’inanimé, comme des microcosmes, éléments constitutifs de Dieu lui-même. Agresser un objet, c’est frapper Dieu, physiquement. La mort se fond dans la vie, d’où l’insignifiance de la mort, nullement un passage, ni un phénomène irréversible, mais une manifestation biologique, qui conduit à des vies meilleures ou pires, selon un principe de causalité et de rétribution, favorable ou défavorable, selon le vécu d’un être. Ne jamais exister que par fusion invisible avec la transcendance récompense la perfection prônée par Gandhi. Orwell fait fi de la théologie comparative, très subtile. L’esprit gandhien, passéiste, réactionnaire, nuit au progrès, à la “révolution anglaise”76 et à la marche en avant des prolétaires, tous pays confondus, mais sans Staline !77

Gandhi’s teachings cannot be squared with the belief that Man is the measure of all things, and that our job is to make life worth living on this earth, which is the only earth we have78.

49Le libéral aimable, même croyant, partage, à son insu, le principe de l’anarchiste : “One must choose between God and Man...”79. Ecartant le moyen terme, cette idée peut choquer. Très originale, elle exprime, a contrario, l’exclusion suggérée, en un aphorisme lapidaire, par Malraux : “Le XXIème siècle sera religieux, ou ne sera pas !” En 1981, Jacques Ellul s’affligea de ce verdict : “Le XXIème siècle sera religieux, malheureusement !”80 Ellul, protestant par conversion, non athée comme Orwell, redoutait le dévoiement du dogme, émis par Malraux. Par-delà la mort, Orwell et Ellul se rejoignent. Ces ‘dépiégeurs’ pessimistes peuvent être justifiés, plus tard...

Notes de bas de page numériques

1 George Orwell, “Raffles and Miss Blandish” (1944) in The Collected Essays, Journalism and Letters of George Orwell, eds Sonial Orwell and Ian Angus, 4 vols (Harmondsworth : Penguin Books, 1970), III, p. 259. Par la suite abrégé en CEJL.
2 Ibid., p. 65.
3 Ernest William Hornung, Raffles, the Amateur Cracksman, 1899 (Londres: Thomas Nelson and Sons, 1929), p. 243 ; p. 247 : Raffles déclare à Bunny que Faustina, femme fatale évoquée par A.C. Swinburne, était différente de la sienne.
4 CEJL, IV, pp. 249-250.
5 Ibid., p. 250.
6 James Hadley Chase, No Orchids for Miss Blandish, 1939 (Berne/Paris: Phoenix Publishing Co., Scherz and Hallwag, 1947), pp. 180-202. Fenner sauve l’héritière, mais elle se jette par la fenêtre d’un hôtel. Elle souffrait de troubles psychiques dus à ses rudes épreuves. Ce suicide attire les passants, cyniques ou méprisants, pp. 202-206.
7 Ibid., pp. 113-114.
8 CEJL, IV, p. 260.
9 Ibid., p. 78.
10 Hornung, op. cit., p. 384.
11 CEJL, II, pp. 305-306.
12 CEJL, II, p. 136.
13 Ibid., p. 136.
14 Ibid., p. 136.
15 Ibid, p. 354.
16 Ibid, p. 136.
17 Michel Pousse, R.K. Narayan, Romancier et Témoin (Paris: Editions L’Harmattan, 1992, p. 73.
18 CEJL, II, p. 251.
19 Ibid, pp. 253-254.
20 Ibid., p. 262.
21 Voir “Shooting an Elephant” (1936) in CEJL, I, p. 266.
22 “A Hanging” (1931) in CEJL, I, pp. 66-71. Cf. Laurence Brander, George Orwell (Londres: Longmans, 1954), p. 91 et Keith Alldritt, The Making of George Orwell (Londres: Edward Arnold Publishers, 1969), p. 98.
23 Alldritt, op. cit., pp. 98-99.
24 CEJL, II, p. 262.
25 Ibid., p. 471.
26 Cf. A.C. Prabhupada, La Bhagavad-Gita telle qu’elle est (Paris: Editions Bhaktivedanta, 1975).
27 CEJL, III, p. 231.
28 Ibid., p. 177.
29 CEJL, II, p. 213. Drieu, écrivain décadent, dirige “La Nouvelle Revue Française” dès 1942. Les nazis dénoncent la décadence, mais apprécient Drieu. Cf. aussi CEJL, III, p. 203 : “When Anatole France died, ... according to the charming French custom, vicious personal attacks were made upon him. A particularly venomous one was written by... Drieu..., afterwards to become a collaborator of the Nazis.”
30 Pierre Drieu, “Nouvelles littéraires”, 28 janvier 1933.
31 Tarmo Kunnas, Drieu La Rochelle, Celine, Brasillach et la tentation fasciste (Paris: Les Sept Couleurs, 1972), p. 171.
32 Dans son journal du 19 avril 1944. Voir ibid., pp. 171-172.
33 CEJL, II, p. 28.
34 Alain Daniélou, Histoire de l’Inde (Paris: Fayard, 1990), p. 363.
35 Ibid, pp. 364-376.
36 CEJL, II, p. 500.
37 Ibid. Cf. Daniélou, op. cit., p. 370. Réponse de Churchill et Amery au slogan pacifique : “Quit India”. A partir du 8 août 1942 : 940 morts, 70 000 arrestations, 18 000 personnes détenues sans jugement. Ambiance de terreur inégale jusqu’en juillet 1945, lorsque Attlee remplace “le clan Churchill”.
38 CEJL, II, p. 352.
39 Ibid., p. 359.
40 Ibid., p. 353.
41 Ibid., p. 353.
42 Trevor Fishlock, India File. Inside the Subcontinent (London: John Murray Publishers, 1983), notamment le chapitre 5 (Indira Gandhi said : “My father was a saint. Not me!”)
43 CEJL, I, p. 265 et p. 270.
44 Ibid., pp. 267-268.
45CEJL, IV, p. 35.
46 Robert Merle, in Ernesto Che Guevara, Ecrits. 1. Souvenirs de la guerre révolutionnaire (Paris: Maspéro, 1967), p. 11.
47 Daniélou, op. cit., p. 376.
48 CEJL, IV, p. 530.
49 Ibid., p. 523.
50 Ibid., pp. 523-531.
51 Mohandas Gandhi, All Men are Brothers, in Sarvepalli Radhakrishnan, Vie et Pensées du Mahatma Gandhi d’après ses œuvres (Paris: Gallimard, 1981), p. 18. Cf. CEJL, IV, p. 530.
52 CEJL, IV, p. 524.
53 E. M. Forster, A Passage to India (London: Edward Arnold, 1924), pp. 101-102.
54 Ibid., p. 104
55 CEJL, IV, p. 531.
56 Ibid., p. 523.
57 Ibid., p. 530.
58 CEJL, II, pp. 28-29 : “One feels, as with Napoleon, that he is fighting against destiny, that he can’t win, and yet that he somehow deserves to..., half the films that one sees turn upon some such theme.”
59 CEJL, IV, p. 526.
60 Ibid., p. 531.
61 Ibid., p. 529.
62 Ibid., p. 524.
63 Ibid., pp. 524-525.
64 CEJL, II, pp. 470-471.
65 Ibid., p. 471.
66 Ibid., p. 136.
67 CEJL, I, p. 329.
68 CEJL, IV, pp. 528-529.
69 Ibid., p. 527.
70 Ibid., p. 527.
71 Ibid., p. 527.
72 Ibid., p. 528.
73 Ibid., pp. 527-528.
74 Ibid., p. 526 : “Gandhi... had to compromise on milk, but seems to have felt this to be a backsliding.”
75 Gandhi, op. cit., p. 106. En note, Radhakrishnan précise que Gandhi prononça ces paroles, dans la nuit du 29 janvier 1948, moins d’un jour avant d’être assassiné de trois balles de pistolet.
76 CEJL, II, pp. 112-134 : “The English Revolution” in The Lion and the Unicorn. Première publication dans Horizon, décembre, 1940.
77 CEJL, II, p. 175 : “Communism... amounts simply to... leader-worship..., transferred to the U.S.S.R.”
78 CEJL, IV, p. 526.
79 Ibid., p. 528.
80 Cf. Les Radioscopies de Jacques Chancel : entretien avec J. Ellul, 1981.

Pour citer cet article

Jean-Marc Riaume, « Violence et non-violence sous le regard de George Orwell », paru dans Cycnos, Volume 11 n°2, mis en ligne le 18 juin 2008, URL : http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=1393.


Auteurs

Jean-Marc Riaume

Université de Rennes 1