Cycnos | Volume 19 n°1 Résistances - 

Préface

Texte intégral

1Fortement connoté par le contexte et les événements de la deuxième guerre mondiale, le terme “résistance” ne signifie plus guère aujourd’hui que résistance à l’agresseur, à l’envahisseur et, par extension, à toute oppression ou injustice, fût-elle culturelle ou linguistique. Le recours à l’Histoire montre aisément d’ailleurs que ce fut toujours là, dans la vie (et la mort) des hommes, son acception la plus pertinente et la plus commune. Dans la ville où se crée Cycnos n’était-ce pas déjà de cette résistance-là qu’il s’agissait lorsque le 8 septembre 1543 Catherine Segurane, lavandière héroïque, repoussa à coups de battoir le Turc et le Français ?

2Mais de par son étymologie résistance n’implique pas rupture. Tout le contraire. En soi, la résistance n’est ni une avant-garde, ni une révolution. Résister, c’est d’abord vouloir retenir, ou revenir à, un état de fait qui apparaît plus équitable, plus libre, sinon parfait— ce qui implique que l’on résiste d’abord à des changements indésirables imposés par un pouvoir ou une culture hégémoniques.

3Cette signification du concept de résistance dérive elle-même d’un autre sens, plus ancien, celui qui, au dix-neuvième siècle, faisait de “la résistance” une attitude conservatrice s’opposant au “mouvement”. Il s’agissait déjà de faire obstacle à des transformations jugées néfastes, à des mutations brutales, à des “sauts dans les ténèbres”. Mais ici les connotations deviennent vite négatives. “La résistance” est (et se veut) un frein au “progrès”, à la “démocratie”, à “l’innovation”. Pour ses adversaires elle devient synonyme de toutes les politiques immobilistes. Elle-même, par contre, n’éprouve nulle honte et si elle a souvent le sentiment tragique de tirer les dernières cartouches, elle se pare aussi volontiers du romantisme des causes perdues.

4C’est autour de ces axes de réflexion que s’articulent la plupart des articles qui composent le présent numéro de Cycnos. Mais l’on trouvera aussi dans ces pages des analyses sur la résistance intérieure, par la langue et l’écriture, d’hommes et de femmes aux marges de la démence, ainsi que quelques étranges cas de non-résistance là où on ne s’y attend guère. Et si la résistance est en définitive plus souvent réaction qu’action, pour adapter assez librement ici la terminologie de Jean Starobinski dans un livre récent, il n’en reste pas moins, comme le démontre dans ces pages l’analyse de la rébellion de Bacon, que loin de viser toujours à une restauration elle n’est parfois que le premier pas vers la révolution.

5Les articles que l’on va lire sont autant de coups de sonde dans un ample contexte multiforme de “résistances” grandes et petites, ouvertes ou voilées, triomphantes ou défaites, progressistes ou conservatrices, élitaires ou populaires, personnelles ou identitaires, telles qu’on peut les observer dans l’histoire, la pensée et la littérature des îles Britanniques et de l’Amérique depuis le dix-septième siècle. Ils proviennent des communications faites lors des Deuxièmes Rencontres Européennes d’Histoire Culturelle conjointement organisées en septembre 2001 par le Centre de Recherche sur les Écritures de Langue Anglaise de l’université de Nice et le Research Group in European Urban Culture de l’université de Northumbria à Newcastle. En raison de la vocation de Cycnos il n’a malheureusement été possible de retenir pour publication dans ce numéro que les contributions relevant du domaine des études anglophones. Il a donc fallu sacrifier toutes celles, souvent d’une grande originalité, qui étudient le thème central dans des histoires et des géographies étrangères à l’anglistique. On en trouvera néanmoins la liste, et parfois le résumé, à la fin de cet ouvrage.

Pour citer cet article

« Préface », paru dans Cycnos, Volume 19 n°1, mis en ligne le 11 juin 2008, URL : http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=1248.


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