Cycnos | Volume 6 Violence(s) au siècle de la Raison - 

Françoise Lapraz-Severino  : 

Violence, Raison et Raisonnement : Etude de A Modest Proposal de J. Swift

Texte intégral

1S’il est une œuvre violente au XVIIIe siècle, c’est bien ce court pamphlet rédigé et publié (anonymement, comme à son habitude) par Swift en 1729 : moins de dix pages dans l’édition Blackwell, Oxford, présentée et annotée par Herbert Davis, que nous utilisons ici1.

2Peut-être convient-il, de prime abord, de s’interroger sur l’état d’esprit de Swift à cette époque. Un examen de sa correspondance nous le montre se plaignant de plus en plus souvent d’accès de vertiges et de surdité qui l’handicapent semaines après semaines2. Il continue à détester Dublin et à se sentir un étranger en Irlande où il est établi à demeure depuis 1714 3. A son ami Alexander Pope, à qui il écrit le 1er juin 1728, il confesse que ce dont il est le témoin quotidiennement de l’autre côté du canal St Georges finit par lui gâter le caractère :

"I do profess without affectation, that your kind opinion of me as a Patriot (since you call it so) is what I do not deserve; because what I do is owing to perfect rage and resentment, and the mortifying sight of slavery, folly, and baseness about me, among which I am forced to live. And I will take my oath that you have more Virtue in an hour, than I in seven years; for you despise the follies, and hate the vices of mankind, without the least effect on your temper; and with regard to particular men, you are inclined always rather to think the better, whereas with me it is always directly contrary" 4.

3Le 11 août 1729, s’adressant à nouveau à Pope, il déplore les trois dernières années de disette, par manque de blé, que vient de connaître l’Irlande et qui expliquent la présence de si nombreux mendiants. Mais il s’en prend également à la fuite en masse des capitaux vers l’Angleterre (qu’il ne nomme pas) ; à l’interdiction de commercer à l’étranger ; aux femmes, coupables d’après lui d’alourdir les importations irlandaises de produits textiles. Le pays est absolument ruiné, conclut-il, et cela fait dix ans qu’il ne cesse de le dire5. Swift est donc au paroxysme de l’exaspération politique et nationaliste lorsqu’il rédige la Proposition et Herbert Davis a raison d’écrire dans l’introduction générale au volume qui contient A Modest Proposal : "This is really Swift’s last word on the state of Ireland" 6. Le rédacteur-même de la Proposition dit qu’il était, quant à lui, "utterly despairing of Success" 7 avant de trouver l’idée qu’il offre au lecteur.

4Nous désirons étudier dans les quelques pages qui vont suivre la façon dont Swift installe la violence de son propos et dans son propos et comment il la confronte sans cesse avec la raison par différents moyens. La technique si bien illustrée dans ce pamphlet n’est pas originale chez Swift. Elle apparaît déjà dans les Voyages de Gulliver (1726), comme par exemple, dans la deuxième Partie, chapitre VII, lorsque Gulliver explique au roi de Brobdingnag l’intérêt des armes dont il veut lui fournir le secret. L’avantage de la Modest Proposal est de présenter un tout, d’être intégralement pertinente pour l’étude du procédé qui nous intéresse.

5Le point de départ du raisonnement du projector est un constat somme tout raisonnable et le but qu’il s’assigne ne l’est pas moins. Qu’on en juge. D’après lui, l’Irlande est à cette date dans une misère noire, si terrible, si patente, qu’il ne s’embarrasse même pas de la nécessité de la décrire. Ce n’est pas là-dessus qu’il faudra convaincre le lecteur. Il lui suffit de faire allusion globalement au "present deplorable State of the Kingdom" 8, aux "present Distresses of the Kingdom" 9. Tout au plus se contente-t-il de mettre ces expressions en italiques. Le projector procède comme s’il y avait consensus des deux côtés de la Mer d’Irlande sur le bilan financier, économique et social de l’île. Face aux difficultés incontestables qui assaillent donc le pays et devant les cent mille petits enfants dont ses calculs font état, il pose, d’une voix qui se veut pragmatique, la question de bon sens : "How this Number shall be reared, and provided for?" 10 On retrouve d’ailleurs cette même approche rationnelle, dépassionnée, utilitaire, modestement scientifique et bienveillante dans l’énoncé du projet, à savoir A Modest Proposal for Preventing the Children of poor People in Ireland, from being a Burthen to their Parents or the Country; and for making them Beneficial to the Publick. On pourrait croire qu’on va lire là un de ces essais philanthropiques comme il en fleurissait tant à l’époque sur toutes sortes de questions et qui visaient au bien-être, voire au bonheur des hommes.

6Si le constat est acceptable par la raison et si le but est louable, il n’en est pas de même des moyens que préconise le projector. La monstruosité du projet en soi, la dérive pernicieuse vers d’autres atrocités, la négation de la cruauté, l’ animalisation des enfants et la perversion des avantages escomptés mettent en lumière la violence du raisonnement.

7Ce que le projector appelle, en effet, tantôt "scheme", tantôt "proposal", ou encore "project", n’est ni plus ni moins que du cannibalisme institutionnalisé et massivement développé. Partant de l’observation que

"a young healthy Child, well nursed, is, at a Year old, a most delicious, nourishing, and wholesome Food: whether Stewed, Roasted, Baked, or Boiled; and (...) that it will equally serve in a Fricasie, or Ragoust" 11,

8il va proposer la consommation annuelle de 100 000 nourrissons d’un an. La clientèle ciblée ? Les gens de qualité ou fortunés. Les lieux d’approvisionnement à Dublin ? Abattoirs en plusieurs endroits de la ville, boucheries de quartier, encore que le projector recommande " buying the Children alive, and dressing them hot from the Knife, as we do roasting Pigs 12. En revanche, il déconseille totalement la substitution de venaison animale par les corps d’adolescents entre douze et quatorze ans (les garçons ont une chair dure et peu abondante, les filles sont déjà en âge de procréer et donc d’assurer l’avenir de la production)13.

9Glissant alors de proche en proche, le projector en vient à considérer les bienfaits de l’euthanasie, puis, émergeant de cette "digression" 14, il passe à l’eugénisme à grande échelle15 pour finir par considérer le génocide à l’occasion de considérations politico-religieuses sur les Papistes.

10Un autre projector, conscient peut-être de l’horreur des perspectives offertes, tenterait de se dédouaner en arguant du fait que la fin justifie les moyens. Mais ce serait reconnaître implicitement que les moyens envisagés sont difficilement acceptables. Or, le lecteur voit bien que dans A Modest Proposal cet aphorisme est écarté de façon délibérée et que la cruauté est niée. L’auteur du projet ne dit-il pas à propos des suggestions avancées pour les ersatz de venaison :

"... it is not improbable, that some scrupulous People might be apt to censure such a Practice (although indeed very unjustly) as a little bordering upon Cruelty;"16

11et ne réclame-t-il pas qu’on lui présente, si tant est que cela soit possible, un autre projet, aussi " innocent, peu coûteux, commode et efficace " que le sien ? 17 Il se flatte par ailleurs de combattre par son projet deux maux horribles, à savoir l’avortement et le meurtre des enfants bâtards18.

12Dans les calculs du projector, les enfants sont comparés sans ambage à du bétail : moutons et porcs, porcelets rôtis, poulains et veaux ; ou à du poisson, ou encore à de la viande faisandée19.

13La liste des avantages répertoriés par le projector vaut la peine qu’on s’y arrête plus longuement. Il en dénombre au moins huit. D’abord, le nombre des Papistes diminuera et avec lui, le risque de voir revenir le Prétendant. Ensuite, les pauvres fermiers pourront enfin considérer qu’ils possèdent quelque chose en propre. Troisièmement, les capitaux nationaux seront substantiellement accrus et les gens fortunés feront circuler l’argent pour pouvoir se procurer ce nouveau plat. En outre, les géniteurs seront soulagés du poids de l’éducation de leurs enfants après l’âge d’un an et les taverniers à la page veront affluer une clientèle difficile et choisie pour peu qu’ils se donnent le mal d’inventer des recettes raffinées. Sixièmement, l’institution sociale du mariage en sortira renforcée ; une saine émulation s’instaurera entre les mères qui voudront toutes avoir l’enfant le plus gras à mettre sur le marché ; les maris pourront enfin montrer autant d’affection à leur épouse enceinte qu’à leur jument, leur vache et leur truie en gestation. Enfin, augmentation et amélioration notables des salaisons et cochonailles diverses20. On aura apprécié comment le cynisme le dispute ici à la satire et au burlesque.

14Il est intéressant d’examiner le cheminement de la pensée du projector et la place qu’y occupe une violence primaire (ce qui ne signifie pas irrationnelle), primaire parce qu’elle découle de la nécessité vitale de tuer pour manger, une violence radicale et insoutenable. C’est ce que nous venons de faire. On notera toutefois que cette violence est liée dans A Modest Proposal à un principe d’un niveau supérieur qui veut que l’on doit éradiquer ce qui est cause de mal-être individuel ou collectif. Seulement ici, le mal-être vient d’ une surabondance d’enfants pauvres et oisifs et le remède préconisé est l’homicide volontaire et prémédité. La nécessité d’une violence alimentaire, si l’on peut dire, et le principe du "common welfare" sont en eux-mêmes acceptables par la raison ; ce qui ne l’est pas, et ne le pourra jamais, c’est ce à quoi le projector veut les appliquer.

15Cependant, à côté de cette violence du raisonnement, existe dans A Modest Proposal une violence par le raisonnement, tout à fait spécifique de cette oeuvre et en même temps de la "manière" swiftienne, vers laquelle nous allons nous tourner maintenant. On aurait pu croire qu’une telle proposition serait exploitée dans le désordre le plus total, dans l’instinctivité la plus débridée, dans l’agressivité la plus erratique. Or, il n’en est rien.

16La force de l’argumentation du projector provient d’abord de son parti-pris d’objectivité. La recherche de cette valeur passe par la démonstration pragmatique, la profusion des chiffres et l’étalage d’une (pseudo-)technicité.

17Lorsque le projector emploie à différentes reprises les mots "compute", "reckon", "calculate" et leurs dérivés, ou encore "substract" 21, il attend que le lecteur s’incline devant l’irréfutabilité de ses calculs mathématiques, leur caractère impersonnel et impartial (ce texte constituant probablement la satire la plus acerbe de Swift contre Newton, la Royal Society et la mathématique moderne, car il démontre qu’on peut fort bien mettre la raison pure au service des démonstrations les plus loufoques et les plus indignes).

18Les chiffres abondent dans ce court texte : plus d’une quarantaine, répartis en quatre catégories (les nombres d’individus concernés par le projet de près ou de loin ; les sommes d’argent impliquées suivant les diverses stratégies évoquées au cours du raisonnement ; l’âge des enfants ou leur poids).

19Ce qui frappe le plus, pourtant, c’est l’impression que le projector veut laisser d’un homme qui parle en connaissance de cause. Lorsqu’il décide un jour d’intervenir dans le débat, il le fait, nous donne-t-il à comprendre, en spécialiste de la question, en expert : cela fait longtemps – des années – qu’il rumine cette impossible situation irlandaise22 ; il ne s’est pas fait faute d’étudier les projets des autres23. Il a mené une enquête auprès... des marchands, sur place, mais aussi en Angleterre, en France. Il a réussi à calculer des coûts moyens24. Rompu à la rhétorique de l’argumentation, il sait faire des concessions25. Son propos concerne au premier chef la viande de bouche, mais il ne saurait oublier la mégisserie et la pelleterie en tant qu’éventuelles ressources possibles, faisant ainsi preuve de toute l’étendue de son intelligence du sujet26. Ce candidat au titre de bienfaiteur de son pays ("Preserver of the Nation" 27) connaît la géographie "humaine" sur le bout des doigts, jongle avec les classes d’âge, les classes sociales, les catégories socio-professionnelles, comme on dirait de nos jours. Son plan est celui d’un économiste autant que d’un moraliste. Contre lui, on ne peut avancer d’argument valable. L’Angleterre elle-même y consentira, c’est tout dire28.

20Paradoxalement, mais de façon tout à fait typique chez Swift, cette objectivité est assumée par la voix narrative. D’où la récurrence des expressions telles que "my intention", "my scheme", "my own thoughts" dans le cours du texte. Un exemple révélateur de ce phénomène se trouve dès le début de la Proposition. Le premier paragraphe accumule les instruments de la distanciation : tournure impersonnelle avec "it" ; pluriel imprécis, " they" ; passivation, "are forced" ; présent définitoire, "grow up", "turn", "leave", "sell themselves". Il faut montrer qu’on a affaire à une situation déplorable et reconnue comme telle par tous. Le deuxième paragraphe fait immédiatement intervenir la voix du projector sur ce fond de voix concordantes : "I think it is agreed by all Parties..." 29

21Pourtant, plus on dispose de références et plus l’affirmation a de poids. C’est pourquoi, le projector s’adjoint l’appui d’autres voix : "a principal gentleman", "a very knowing American of my Acquaintance" 30 "a grave Author, an eminent French physician" 31, "a very worthy Person, so excellent a Friend, so deserving a Patriot" 32, et encore "Salmanazaar, from Formosa" 33. Peu importe l’humour (noir) qui se cache à peine derrière ces références, il faut aussi les prendre au premier degré.

22Autre procédé, lui aussi souvent utilisé par Swift, et qui trouve suprêmement sa place ici puisqu’il s’agit de défendre une nouveauté : le temps de quelques lignes, très peu et pour cause, le projector se fait l’avocat du diable. Mais c’est pour mieux écarter l’objection d’un simple revers de main en la retournant à son propre bénéfice :

"I can think of no one Objection, that will possibly be raised against this Proposal; unless it should be urged, that the Number of People will be thereby much lessened in the Kingdom. This I freely own; and it was indeed one principal Design in offering it to the World." 34

23Enfin, le narrateur n’est pas obtus : il est prêt à écouter la voix de la sagesse chez quiconque :

"After all, I am not so violently bent upon my own Opinion, as to reject any Offer proposed by wise Men,..." 35

24Son cœur est sincère et son esprit désintéressé : son raisonnement n’est donc pas suspect36. Parce que c’est un raisonnement à froid.

25Et c’est aussi ce que le lecteur ne peut lui pardonner : une objectivité de glace, négatrice de toute émotion hormis celle qui prétend porter l’individu éclairé à chercher le bien de tous – mégalomanie oblige –, émotion dévoyée et pervertie. Il ne peut échapper aux yeux du lecteur attentif que cette objectivité est destinée à désamorcer l’insupportable des images évoquées par le projector dans son esprit, contre lesquelles toute sa raison, toute la raison, s’insurge.

26En effet, avec A Modest Proposal, le projector fait véritablement violence à la raison.

27Faisons une parenthèse pour examiner brièvement ce que signifie le mot "raison" pour Swift, et pour examiner ses rapports avec cet attribut de la pensée humaine. Il convient de remarquer d’abord que Swift distingue entre Raison et raison. Ne dit-il pas dans l’un de ses sermons, intitulé "On the Trinity" :

"Reason itself is true and just, but the Reason of every particular Man is weak and wavering, perpetually swayed and turned by his Interests, his Passions, and his Vices"? 37

28Deuxièmement, Swift se méfie de la raison avec une minuscule. Il la juge fragile et inconstante, comme il apparaît dans cette comparaison comique relevée dans Le Conte du Tonneau :

"...Reason which I have observed from long Experience, to be a very light Rider and easily shook off".38

29Enfin, le sujet dont il est question ici s’apparente à ceux où l’illogisme des créatures humaines donne toute sa puissance. En effet, A Modest Proposal n’aurait pas lieu d’être si les hommes n’étaient la proie de deux passions incompréhensibles et injustifiables aux yeux de Swift, dont l’une est très précisément "the propagation of (the) species".39

30Il semble donc que la Raison, au sens le plus noble du terme, soit pour Swift l’association de la vérité et de la justice. Reste à définir la vérité et la justice... Vaste entreprise. On ne risque guère de se tromper en disant cependant que l’idéal chrétien tient probablement une place importante dans la conception que le très convaincu Doyen de St Patrick se faisait de ces deux vocables.

31Ces précisions apportées, voyons en quoi le projector fait violence à la Raison. Fondamentalement, il provoque son lecteur en s’appuyant sur la force des interdits ou des préceptes judéo-chrétiens. Qui ne voit que ce texte bat en brèche le sixième commandement, si souvent répété dans l’Ancien et le Nouveau Testaments : "Tu ne tueras point" 40 ou qu’il subvertit la recommandation christique : "Laissez les petits enfants et ne les empêchez pas de venir à moi, car c’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume des Cieux" 41 ? Et, puisqu’il s’agit de mettre un terme à la pauvreté dans les classes nécessiteuses, comment ne pas analyser cette Proposition comme une perversion burlesque des textes évangéliques, où l’on peut lire sous la plume de Matthieu : "Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger" 42 ? Le projector, quant à lui, ose s’attaquer à la faiblesse incarnée par la misère et l’enfance, tout en présentant son projet comme salutaire et bénéfique. Sa raison se départit de la Raison.

32L’alternative à tant de cruauté existe bel et bien dans la Proposition elle-même où en une demi-page Swift suggère dix mesures de conservation, rebaptisées "expédients" et rejetées par le projector43. Cette confrontation est à l’image de la technique swiftienne dans A Modest Proposal. On peut dire que Swift joue le plus souvent dans ce pamphlet sur un effet de décalage : entre le constat de la situation et le but à atteindre, d’une part et les moyens envisagés, de l’autre ; entre l’ignominie des procédés imaginés et la froide pensée calculatrice qui les invente, les détaille, les raffine, les expose ; entre le principe et son application ; entre la Raison et la raison ; entre la barbarie et une version égoïste et injuste de la civilisation44. Le raisonnement du projector renvoie à la description de ces courtisans lilliputiens, les Tramecksans et les Slamecksans, dont les talons n’étaient pas de la même hauteur, ou encore du prince héritier lilliputien affecté d’un léger boitillement45. Ici, il en est de même : le projector claudique dans son raisonnement et son jugement, qui se voudrait de Salomon, n’est en réalité qu’un appel au meurtre. Dans ce projet pour une élimination quasi totale de la population irlandaise en bas âge, pour un génocide qu’on peut rapprocher, mutatis mutandis, du massacre des Innocents, on aura remarqué que le mot "reason" et le mot "reasonable" apparaissent tous deux une seule fois : le premier signifie alors en français "argument" 46 et le second "acceptable" 47. On ne saurait trouver meilleure illustration du raisonnement du projector que ce choix de sens minorés – modestes? – par rapport au sens métaphysique du noble terme "Raison". A travers la technique utilisée dans A Modest Proposal, le lecteur comprend que Swift considère la Raison comme étant bafouée par la situation de dépendance et de misère de l’Irlande d’alors. Encouragé par Swift, il assimile l’hypothétique du projet à la douloureuse réalité des rapports conflictuels qu’elle entretenait avec l’Angleterre.

Notes de bas de page numériques

1 In Irish Tracts 1728-1733, Prose Writings (1955) 1971, vol. xii, pp. 109-18.
2 Voir The Correspondence of Jonathan Swift, ed. by Harold Williams, Oxford at the Clarendon Press, 1965, vol. III, pp.189-366, passim. Pour une étude de la structure du pamphlet et de ses liens avec la rhétorique classique (discours solennel en cinq parties) on lira “Swift’s Classical Rhetoric in A Modest Proposal,” Georgia Review, XIV (1960), pp. 307-317.
3 Voir ibid., pp.249, 296, 297, 341, par exemple.
4 Correspondence, op. cit., p.289.
5 Ibid. p. 341. On peut encore citer cette remarque dans une lettre adressée à la même époque (1729) à l’Archevêque de Dublin, au sujet des tisserands : "I freely own it a wild Imagination that any Words will cure the sottishness of men, or the vanity of women..." (Prose Writings, op. cit., vol. xii, p.68).
6 p. xxi. Voir l’article de Oliver Ferguson, intitulé “Swift’s Saeva Indignatio and A Modest Proposal,” Philological Quaterly, XXXVIII (1963), pp. 473-479, qui argumente une lecture du pamphlet différente de celle de ses prédécesseurs : il pense que Swift s’en prend ici à l’Irlande et non plus à l’Angleterre.
7 p. 117. Même les Lettres du Drapier n’ont pas cette virulence, probablement parce que la démonstration y est toujours réaliste, à l’unisson des préoccupations d’un commerçant. Ici, il s’agit des élucubrations d’un projector, comme l’on disait au XVIIIe siècle.
8 p. 109.
9 p. 110.
10 Ibid.
11 p. 111.
12 pp. 112-3.
13 p. 113.
14 p. 114
15 Ibid. Le froid, la famine, la crasse et la vermine expédient les personnes âgées dans l’autre monde aussi vite qu’on peut "raisonnablement" s’y attendre. Quant aux ouvriers agricoles, jeunes mais pauvres, c’est le chômage et la faim qui les tuent promptement.
16 p. 113.
17 p. 117.
18 p. 110.
19 pp. 111, 113, 115, 112, 113 respectivement.
20 pp. 114-6.
21 pp. 110, 111, 112 par exemple.
22 p. 110.
23 Ibid. D’après lui, on n’en sera pas autrement étonné, ces projets reposent sur des calculs erronés !
24 p. 112.
25 Ibid. :"I’ll grant...".
26 p. 112.
27 p. 109.
28 p. 117.
29 p. 109.
30 Les deux citations se trouvent p.111.
31 p. 112. Il s’agit de Rabelais !
32 p. 113.
33 Ibid. Le "Salmanazaar " dont il est question est le George Psalmanaazaar, auteur de Description of Formosa, ouvrage absolument inauthentique, qui défraya la chronique en Angleterre vers 1711 et à l’autorité de qui Swift fait donc référence avec ironie. Voir Elizabeth R. Napier, "Swift’s ‘Trampling upon the Crucifix’: A Parallel", Notes and Queries, 26 ( 6), December 1979, pp.544-8.
34 p. 116.
35 p. 117.
36 p. 118.
37 Voir Prose Writings, op. cit., vol. ix, p.166.
38 Voir Prose Writings, op. cit., vol.i, p.113. L’autre passion étant constituée par "the love of life".
39 In Thoughts on Religion, Prose Writings, op. cit., vol. ix, p.263. Le dernier mot de la Proposition est, on le sait, "Child-bearing".
40 Voir Exode, 20, 13 ; Deutéronome, 5,17 ; Romains, 13, 9 ; Matthieu, 5, 21. Swift ne s’inspire pas seulement de l’Ancien Testament, comme le suggère Robert A. Greenberg dans son article “A Modest Proposal and the Bible,” Modern Language Review, LV (1960), pp. 568-69.
41 Matthieu, 19, 14.
42 23, 35.
43 pp. 116-7.
44 Les Anglais se comportent en vrais barbares, affirme clairement le projector dans cet aparté :"...this food will be (...) very proper for Landlords; who, as they have already devoured most of the Parents, seem to have the best Title to the Children." (p. 112)
45 Les Voyages de Gulliver, Première Partie, chapitre IV, Longman English Series, Londres, 1972, Angus Ross éd., p.44.
46 p. 111 : "...my reason is...".
47 p. 112 : "...a reasonable Dish...".

Pour citer cet article

Françoise Lapraz-Severino, « Violence, Raison et Raisonnement : Etude de A Modest Proposal de J. Swift », paru dans Cycnos, Volume 6, mis en ligne le 06 juin 2008, URL : http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=1142.


Auteurs

Françoise Lapraz-Severino

Université de Nice – Sophia-Antipolis.
Françoise Lapraz-Severino est professeur à l’U.F.R. lettres, arts et sciences humaines de l’université de Nice-Sophia Antipolis. Sa thèse a été publiée sous le titre Relativité et communication dans les Voyages de Gulliver (Paris : Didier Erudition, 1988, 677 p.). Elle a consacré des articles à Jonathan Swift et son œuvre dans les revues Annales de la Faculté des Lettres de Nice, XVII-XVIII — Bulletin de la Société d’Études Anglo-américaines des xviie et xviiie siècles, Cahiers de narratologie et Cycnos.